Syrie : la rouge, la noire et l’entre-deux…

Il impose des règles, certes : les différentes pièces ne peuvent s’y mouvoir à leur guise. Tant dans leur progression que dans leurs prises, elles sont tenues à un protocole établi. Mais ces conventions ne sauraient nous faire perdre de vue que le jeu d’échecs, s’il établit des codes de civilité, consacre l’incivilité en sa quiddité, qui consiste à éliminer l’adversaire, pièce par pièce, et à le mater pour de bon. Si au jeu d’échecs traditionnel se substitue un tablier plus complexe encore sur lequel sont appelés à prendre place quantité d’antagonistes qui peuvent aussi, dans l’attente de l’inéluctable affrontement final, se présenter, à l’occasion, comme des alliés objectifs, si les tromperies se multiplient jusqu’à se généraliser, si les cases du jeu elles-mêmes ne cessent de permuter, et si, en prime, certaines pièces, sous l’emprise des fous, se mettent à déroger des règles, la férocité du jeu acquiert, par la force des choses, des dimensions exponentielles.

L’un des camps en présence, que l’on refusera, tant par honnêteté que par prudence, de colorer, pour éviter des réprimandes morales légères et infondées, peut certes feindre l’inertie et laisser les autres se combattre entre eux, lui assurant ainsi une victoire de fait, mais il miserait, dans ce cas, sur une désinvolture et un défaut d’observation stratégique dont les joueurs d’échecs sont habituellement exempts. Les autres finiront bien, sans doute, à un moment donné, par se rendre compte de la brigue, et leurs troupes partiellement défaites pourraient même, alors, en venir à s’allier contre celles du joueur amorphe.

A la vérité, le cartésianisme du jeu est implacable : dès lors que l’on y souscrit, il nous tient en laisse jusqu’à son apothéose, pré-écrite dans sa nature. Il se pourrait bien sûr concevoir des alternatives, au réalisme ténu : après tout, l’échiquier n’est-il pas assez grand pour tout le monde, les liaisons plus riches en lendemains et plus prolifiques en substance que les affrontements ? Songez donc à la poésie qu’inspireraient une tour qui, par mouvements ondoyants, entreprendrait de faire la cour à quelque pion, deux chevaliers qui sautilleraient gaiement l’un sur l’autre, des reines qui se prêteraient leur roi et vice versa, dans des alcôves quadrillées spécialement désignées pour la chose. Mieux encore : afin d’éviter de cocufier quelque noblesse, concevez l’équivalence des pièces et leur totale liberté de mouvement. Dans ce jeu-là, tout d’affection, elles ne s’assureraient plus leur place au détriment d’autres; reine serait l’imagination, et prendre congé de l’échiquier, toujours en compagnie, la victoire promise.

Jeu d'échecs à six joueurs

Il y a beaucoup du jeu d’échecs multipartite dans la configuration syrienne, mais pas de celui, idéal et féérique, que nous venons d’invoquer. Le maillage historique y est pour beaucoup, mais c’est avant tout la logique des antagonismes qui le veut. Que l’on choisisse ou non de l’ignorer, il y a, en effet, une logique qui préside à ces derniers, et elle déroule sous nos yeux son impitoyable dénouement, car, en dépit du choix de certaines pièces maîtresses de rester tout un temps sur le carreau en raison de son aberration, elle ne peut être inversée par un seul camp, un seul acteur, quand bien même il serait le plus clairvoyant de tous. Les affrontements ne sont que la résultante de cette logique. S’y joindre ne peut l’entamer. C’est donc à la logique elle-même qu’il incombe de s’affronter…

Si ce tableau apparaît froid et distant, c’est parce qu’il reflète le réel. Nous sommes atterrés, vous et moi, par les images que la télé nous rapporte. Nous versons une larme lorsque nous voyons, à travers le filtre, les cadavres d’enfants s’entasser. Nous compatissons avec les enfants survivants lorsqu’ils nous racontent leurs malheurs et prions, à défaut de mieux, pour que leur destinée soit meilleure. Mais s’il est une chose qu’il nous faut comprendre, si nous ne voulons pas nous laisser berner, c’est que, même si, en leur for intérieur, il reste indéniablement quelque chose de leur enfance passée, refoulée sans cesse pour les besoins de la cause, les dirigeants de ce monde ne répondent pas à ce genre d’émotions. En un sens, ils ont tort, car ils entretiennent ainsi, en un mouvement qui apparaît irréfragable, la logique délétère qui, à un moment ou à un autre, causera leur perte. En un sens, ils ont raison. En un sens, ce genre d’émotions est nécessaire à ce qu’il y a de plus précieux dans l’Humanité. En un sens, elles sont extrêmement pernicieuses.

Il ne viendrait à l’idée de personne de contester le fait que les enfants syriens ne sont pas parties prenantes au conflit qui tourmente leur pays depuis plus de deux ans, qu’ils sont bien sûr des victimes, de quelque côté que l’on considère la situation. Mais, ayant rappelé cette évidence, qu’a-t-on dit ? En quoi notre indignation, que les médias rendent sélectives quant aux régions du monde en proie à la tragédie et temporaire quant à son ressenti profond et à son expression, peut-elle soulager autre chose que notre conscience, alors que s’achève la période estivale dont nous avons bien profité ?

De mémoire, je ne me souviens d’aucune guerre dont j’ai été le contemporain qui soit réellement comparable, par sa complexité, au conflit syrien. Le principal élément qui la distingue de toutes les autres, outre son caractère métissé et englobant, est son inscription dans une superposition de strates de discours propagandistes et partisans de laquelle très rares sont ceux qui se distancient. A cet égard et pour le pire, cette guerre a sans conteste entamé une ère nouvelle : au black-out qui accompagnait les guerres d’antan, face auquel des révélations impromptues et dérangeantes faisaient vaciller le pouvoir, a succédé, depuis quinze ans au moins, la mode travestie du journalisme embedded. Ces deux variantes relèvent désormais de l’histoire ancienne : la Syrie leur a tordu le coup. C’est, aujourd’hui, à la surcommunication de guerre que nous avons à faire face, et elle fuse dans toutes les directions. Pourquoi, en effet, ce mode très particulier de relations humaines, échapperait-il à ce qui régit tous les autres aspects de la société ?

Que les médias iraniens ou syriens remplissent leurs pages, fussent-elle virtuelles, de propagande aisément déchiffrable saute aux yeux. Que des institutions de presse telles que la BBC, autrefois vénérée pour son impartialité, usent et abusent de cette gloire volatilisée pour promouvoir un agenda politique n’apparaît pas aussi franchement de prime abord. Or, voilà qui est bien plus redoutable et qui contraint l’observateur à ne négliger aucune source, pas même les médias susmentionnés, s’il souhaite, par confrontation d’opinions, se faire une opinion qui soit, sur base des éléments divulgués, la plus proche possible de la vérité.

Nous réitérons notre question : à quoi servent les pleurs et les cris effarouchés, à quoi l’indignation est-elle bonne s’ils sont manipulés comme ils l’ont été à l’occasion de tel ou tel massacre (bien réel) illustré par des photos de carnages similaires prises en Irak dix ans auparavant (1) ? Qui une émotion primaire sert-elle lorsque tel ou tel est blâmé, sur base d’images fortes, pour un acte révulsant impossible à étayer, sauf à en avoir été l’observateur direct ? Oui, des innocents ont été tués par milliers en Syrie. Mais oui, aussi, des mises en scène macabres y ont été orchestrées, à tel point qu’il est devenu impossible, pour quiconque ne dispose pas d’étroites connexions avec le milieu du renseignement, de déterminer qui est qui dans cet abject théâtre de l’absurdité tragique nommé Syrie.

Qui a intérêt à filmer des actes d’une barbarie exclusive et à diffuser les images ainsi filmées ? Qui joue quel rôle ? Quelle émotion attend-on de nous, et à qui peut-elle bénéficier ? Selon les médias et leur localisation géographique, les réponses à ces questions varient. Mais une certitude demeure, que m’a enseigné, à l’époque où je fréquentais les campi, mon cours de critique historique : les images ont un langage, et il faut connaître ce langage, le décrypter, pour les faire parler. Toute image est un écran. A ce titre, elle ne nous apprend qui ce qui y est objectivement visible. Tout le reste est conjectures. Et que la honte et le mépris s’abattent sur moi si d’aventure j’étais tenté d’instrumentaliser le meurtre d’enfants dans un but politique. La politique n’est pas la vérité. Et c’est la vérité, non pas l’instrumentalisation de leur agonie, que ces enfants, que toutes les victimes syriennes innocentes, méritent ! La vérité seule leur rend honneur !! La vérité seule leur restitue leur humanité dérobée !!!

Les médias pâtissent aussi d’un autre travers : leur journalisme. Ce mot, il faut ici le comprendre comme un rapportage au jour le jour qui fait fi, à quelques récapitulatifs près, de la trame et du contexte global dans lesquels s’inscrivent les événements. Ce rapportage se double d’une négation volontaire de leur histoire. En Iran, par exemple, ils ne rappelleront que la prise du pouvoir par les ayatollahs, pas la destitution forcée de Mossadegh : évitons les sujets qui fâchent, surtout si leur origine est noyée dans les limbes du noir et blanc…

Ce sont pourtant, en très large mesure, un pan très récent de l’histoire et de la mémoire qui amènent  aujourd’hui une vaste majorité des Occidentaux à rejeter toute intervention militaire occidentale en Syrie : l’Irak est passé par là, qui a dévoilé les dessous de la machine de guerre médiatique, celle qui, consciemment par des professionnels ou subconsciemment par des amateurs et des idiots, s’emballe et tourbillonne, emportant toute autre considération sur son passage. Aujourd’hui encore, d’ailleurs, qui s’émeut (au sens noble, cette fois) de la panacée de nouvelles révélations relatives à nos Etats policiers (2) ou, pour ne citer que ces exemples, de la nomination, désormais annoncée comme probable, d’un lunatique à la tête de la banque centrale américaine (3) ?

Une fois encore, la focalisation sur l’étranger – et Dieu sait s’il le commande, lorsque c’est à juste titre – sera parvenue à émousser, malgré les tergiversations politico-militaires du moment, l’impression de délitement des institutions intérieures suscitée par l’espionnite aiguë de ceux d’en haut et par les dernières malversations du capitalisme financier. Souvenons-nous en pourtant : c’est lorsque la tension, à son comble, dévie l’attention des sociétés, que les abus sont les plus criants, la matière pétrolière ne faisant pas exception, ou, comme le dit la sagesse populaire, c’est lorsque le chat est parti que les souris dansent.

Précisément, si tant est que l’espèce féline me pardonne cet outrage, que pourrait résoudre le départ d’un dictateur maudit à juste titre, sur lequel –énième de leurs aléas – les médias ont fait une fixation personnalisée ? Pas grand-chose, à en croire les analystes avertis, même si se vérifie la prédiction du premier ministre russe Medvedev, qui affirmait, en début d’année,  « penser que chaque jour, chaque semaine, chaque mois, les chances de survie d’Assad s’amenuisent », non sans ajouter « que c’est au peuple syrien d’en décider. Pas à la Russie, ni aux Etats-Unis, ni à quelque autre pays que ce soit ». Il s’agirait là, sans aucun doute, d’un immense ballon d’oxygène. Une telle évolution est inévitable et, pour qui lit entre les lignes, souhaitée, même, par la Russie, elle aussi prise dans un engrenage incertain. Mais à quoi ferait place ce soulagement de courte durée ?…

Comme le rappelait le deuxième négociateur désigné par l’ONU dans le conflit syrien, l’Algérien Lakhdar Brahimi, dans le rapport qu’il a remis au Conseil de Sécurité le 31 janvier dernier (4), il ne faut pas oublier que la bataille qui sévit en Syrie est aussi une bataille pour la Syrie. D’autres, moins tenus par les contraintes protocolaires, ont indirectement explicité ce propos depuis : « il y a le problème épineux de savoir que faire après le départ d’Assad. Il y aura certes un élan de soutien au développement d’une Syrie démocratique et prospère, mais c’est là tâche ardue dans une zone de guerre. […] Indépendamment des actions de Washington, Les Syriens, les Iraniens, les Turcs, les Saoudiens, les Qataris et d’autres, comme l’Etat islamique d’Irak et du Levant, en découdront en Syrie pendant de longues années encore », indiquait ainsi, le 15 avril 2013, un collaborateur du Council on Foreign Relations états-unien dans un article sombre et dépressif qu’il concluait par ces mots : « il fut un temps où je pensais que l’usage de la puissance américaine en Syrie pourrait faire la différence. Plus d’un an plus tard, j’ai de sérieux doutes quant à une intervention dans la guerre civile d’un autre. Il semble que la Syrie soit un problème sans réponse » (5) …

En toute hypothèse, le recours par une partie de l’Occident à des frappes dites punitives contre la Syrie serait au mieux malhabile, au pire puérile dans le chef de ceux qui s’habiliteraient à infliger la punition, de même que littéralement contre-productive, même si elle s’inscrirait dans la logique asservissante ci-dessus décrite. Supposons, envisageait Brahimi dans son rapport, « que la situation militaire autour de Damas empire considérablement. Nous assisterions alors à un exode massif de civils en dehors de la capitale. [Au bas mot], il s’agirait [dans ce cas de figure] d’un million et demi de personnes qui quitteraient Damas. Supposons encore qu’un tiers d’entre elles trouvent refuge ailleurs en Syrie. Où se rendrait le million restant ? De toute évidence vers les frontières les plus proches, c’est-à-dire les frontières libanaise et jordanienne », emportant dans leur sillage le risque d’une déstabilisation régionale, les Etats d’accueil étant déjà saturés de réfugiés. Tout ceci, comme les autres, les Occidentaux le savent bien. C‘est pourquoi ils se sont bien gardés, jusqu’à présent, d’exhiber leurs muscles et d’utiliser leurs grosses triques.

Objectifs possibles des missiles occidentaux en Syrie

Dans un autre article, un autre contributeur du CFR avançait que l’offensive aérienne d’Israël contre des convois d’armes syriens – à supposer que c’est bien de cela qu’il s’agissait, et non, comme l’affirme une rumeur, de dépôts de composants chimiques, qui auraient ainsi contaminé l’environnement – et la destruction, en 2007, par ce même Etat, d’un réacteur nucléaire syrien en construction seraient la preuve que la défense anti-aérienne syrienne tant vantée pour sa robustesse n’était en fait qu’un mythe. Il concluait dans la foulée « que l’aviation [états-unienne] est parfaitement capable de faire ce qu’a fait [son homologue] israélienne. Les défenses aériennes de la Syrie constituent un problème et un danger, mais représentent avant tout une excuse pour l’inaction » (6). Si cette analyse, qui néglige la possibilité d’un régime syrien peu désireux d’entamer une guerre avec Israël en 2007, tenant compte de l’encombrant occupant présent à sa frontière irakienne, et suffisamment occupé à ses basses œuvres par la suite que pour ne pas envisager une extension inconsidérée du conflit intérieur, est exacte, elle se contente de nous ramener à la question précédente…

Pourquoi, en réalité, note-t-on, depuis juin dernier, une agitation accrue dans certains pays qui relèvent de la sphère d’influence atlantique ? Pourquoi, soudainement, le pouvoir militaire égyptien a-t-il envoyé valser du trône, le mois qui suit, le Frère musulman qui y était installé ? Nous postulerons, sans pouvoir en apporter la preuve, qu’il savait que quelque chose se tramait. Et ce quelque chose, ce n’était pas tant l’impérieuse prise de conscience de Londres et de Paris par rapport à la condition de la veuve et de l’orphelin syriens, abandonnés à leur sort depuis belle lurette, que la nécessité de s’emparer de l’arsenal chimique du régime avant que les dégénérés à l’œuvre dans le répertoire de vidéos le plus sordide jamais postées sur YouTube depuis sa création – certains, quelles que soient leur obédience et leur loyauté réelles, étant peut-être pris du mal du pays qui les a vus naître, dont ils ont, mus par leur désir de supplices, émigré, désœuvrés, meurtris et endoctrinés –  ne le fassent avant eux.

Dès la fin mai, dans un accès de fièvre, la pression s’est accentuée sur Washington, en effet, pour livrer davantage d’armes (et des armes plus lourdes) aux soi-disant rebelles. Ainsi, un pseudo-expert en matière de défense estimait, parmi beaucoup d’autres et alors qu’un sénateur américain un peu niais revenait de son tumultueux périple (en service commandé) dans l’antre de la Bête, que « […] les USA pourraient aider leurs alliés en fournissant aux rebelles des armes antitanks, des armes sol-air [et] du renseignement [notamment] », précisant que « les Etats-Unis devraient accepter une dose de risque [à savoir] que ces armes tombent entre les mains de rebelles auxquels les Etats-Unis sont opposés [et que] ceci ne devrait pas annuler le show ». (7)

Tout un programme que ce show en effet, surtout si l’on sait que les services de renseignement occidentaux sont terrorisés – à juste titre ! – à l’idée d’une nouvelle psychose (inter)nationale qui serait provoquée, en temps de récession cette fois, par quelques énergumènes voyageurs difficilement traçables : ça bout dans la marmite ! Ainsi, début juillet 2013, le responsable du SIS britannique lançait officiellement, dans un rapport destiné au Parlement, un avertissement formel, coup d’envoi possible d’une nouvelle stratégie élaborée depuis des mois : « un nombre important d’individus radicalisés a été attiré par [le conflit syrien], en ce compris nombre de Britanniques et d’Européens. Il est probable qu’ils y acquièrent une expertise et une expérience qui pourrait augmenter significativement la menace posée lorsqu’ils reviennent au pays » (8). Un seul dérapage suffirait à instiller le type de chaos dont nos sociétés ont moins que jamais besoin. Un seul dérapage, qu’il résulte de fous d’Allah ou d’un coup monté fomenté par certaines phalanges brunes, aurait pour conséquence une peur panique générale et un clash interreligieux plus violent que tous ceux orchestrés jusqu’à présent dans les débats télévisés par les béguines rôdées et les cyniques habituels. Un seul dérapage se retournerait immédiatement et pour longtemps, selon les mêmes amalgames émotionnels qui nous attendrissent lorsqu’il est question d’images d’enfants syriens martyrisés, contre les musulmans dans leur ensemble. Un seul dérapage ouvrirait grand une boîte de Pandore déjà entrouverte.

C’est pourquoi l’enjeu est double, et c’est pourquoi ajouter à la confusion syrienne par des frappes qui ne feraient qu’accentuer la détermination des belligérants est suicidaire. Mais demeurer passifs ou opter pour le renfermement nationaliste n’est plus davantage – tel aura, au moins, été le mérite de l’odieuse mise en scène du 21 août, quels qu’en aient été les auteurs, que de le mettre en évidence – une option sérieuse. Il nous incombe désormais de nous prémunir contre les dangers que nous avons-nous-mêmes écoulés aux quatre coins du globe, en vertu des lois du marché, en ce compris, il y a quelques semaines à peine, des bombes à fragmentation (9) ! Il nous incombe désormais, si nous voulons retrouver un semblant de crédibilité, de punir de manière équivalente quiconque transgresse la ligne rouge. Il nous incombe désormais de confiner au sein d’un même cercle rouge barré la production, la vente et l’utilisation des outils de l’apocalypse.

Nimitz, Retour vers l'enfer

Ce n’est pas la Syrie qui déclenchera l’affrontement final, et personne n’en est dupe : comme des athlètes surdopés qui se regardent dans le miroir et s’épient du coin de l’œil, chacun s’observe, chacun se jauge. C’est plus à l’est encore que se profile, pour les faucons de salon enivrés de destruction, l’horizon d’espérance de la fin programmée. Tandis que, depuis des jours, se succèdent, dans la vaste région du rapport de forces présent, les anicroches révélatrices de la volonté d’isoler militairement le régime syrien, et que, de la Méditerranée au(x) golfe(s) et de la Mer Noire à la Mer Rouge, se déploient les requins-missiles, n’est-il pas temps, par conséquent, que prenne fin ce stratego vicié, et avec lui la partie de poker si coûteuse à tous égards ?

Déploiement des forces occidentales autour du théâtre syrien

Présence des navires russes dans la mer noire

Il nous revient, à nous tous, de mettre de l’eau dans notre vin. Le temps n’est plus aux diktats exclusifs des uns et des autres à la table de négociations. Le temps n’est plus à la livraison d’armes, ni au régime syrien, ni aux rebelles, ni à l’Arabie saoudite (10), tant que demeure le jeu de massacre par polichinelles interposés. Le temps – et c’est vieux jeu, peut-être, comme s’en défendait Brahimi dans son rapport – est au dialogue responsable ! L’exiger enfin et se donner les chances de la réussite n’est pas faire preuve de béatitude…

Nie wieder !

Par le papatweet d’hier dans lequel il s’exclamait par deux fois « Plus jamais la guerre ! », l’autre François, celui tout de blanc vêtu, ne cherchait sans doute pas à plaire en répétant. S’il insistait sur ce message, c’est probablement moins pour y mettre de l’emphase que pour rappeler la supplication adressée à l’ONU, à l’occasion du vingtième anniversaire de la vénérable institution à laquelle de plus en plus d’inconscients promettent le sort de la SDN, par son prédécesseur ultramontain Paul VI, lui qui avait connu les tranchées diplomatiques de ’40, ainsi que pour évoquer Nie Wieder Krieg, ce journal apparu en 1923, à Genève…

'Nie Wieder Krieg' (Genève, 1923)

Que les prières du Vatican aillent droit, en premier lieu, à ces cohortes de réfugiés à qui il manque le minimum. « Malgré les efforts humanitaires considérables qui sont entrepris pour atteindre [les 7,8 millions de Syriens qui ont besoin d’une aide humanitaire, dont la moitié sont des enfants], dans les zones contrôlées par les parties au conflit ainsi que dans les zones de combat, cette aide demeure insuffisante », a répété avec désolation, à la mi-juillet, Madame Valérie Amos, la secrétaire-générale adjointe aux Affaires humanitaires et coordonnatrice des Secours d’urgence. Et son collègue Ivan Šimonović, sous-secrétaire général des Nations-Unies aux Droits de l’Homme, d’enfoncer le clou en indiquant qu’à ce jour, « seulement 35% des montants alloués à la mise en œuvre [du plan de secours humanitaire pour la population civile syrienne] ont été versés », et d’appeler à « cesser toute fourniture d’armes aux deux parties et à redoubler d’efforts en faveur d’une solution politique du conflit » (11). Même si s’occuper des conséquences du conflit syrien que sont les réfugiés n’en résoudra pas les causes, la fameuse communauté internationale punitive et donneuse de leçons s’honorerait à prendre soin, avant toute autre considération, d’enfants, de femmes et d’hommes dans le besoin !

Que les prières aillent aussi au Serbe Vuk Jeremic, appelé, jusqu’au 11 septembre, à présider l’Assemblée générale de l’ONU, et à son successeur, John William Ashe, beaucoup plus libéral et états-unisophile à en juger par son curriculum, pour que, de concert avec le trop timide gensec, ils endossent, en prélude à une unité des nations revisitée, le lourd tablier d’architectes de la paix retrouvée en Syrie sur base de principes fondateurs qui, pardieu, apparaissent bien élémentaires pour qui est de bonne foi :

« a/ L’indépendance de la Syrie, sa souveraineté et son intégrité territoriale doivent être préservées ;

b/ il doit être clairement admis que l’objectif final est de permettre au peuple syrien d’exercer ses droits légitimes à la dignité et aux droits de l’humain, et de déterminer pleinement la manière dont il est gouverné ;

c/ Un élément essentiel dans ce processus est la formation d’un gouvernement de transition avec les pleins pouvoirs exécutifs. La signification des « pleins pouvoirs exécutifs » doit être clarifiée avant que les parties syriennes ne se réunissent pour discuter de la formation du gouvernement de transition. Laisser les parties [élaborer la définition de cette notion] équivaut presque certainement à aboutir à une impasse ;

d/ La négociation effective devrait se dérouler entre une équipe forte et pleinement représentative [appelée à s’exprimer] au nom de l’opposition, et une délégation civile et militaire forte qui représente le Gouvernement. Il va sans dire que les deux équipes présentes à cette négociation devraient se composer d’individus capables d’atteindre un compromis dans un délai raisonnable ;

e/ Les négociations devraient débuter hors de Syrie et se dérouler selon un agenda accepté afin de permettre au processus d’évoluer – le plus vite possible – vers le processus démocratique qui inclurait l’élection, la réforme constitutionnelle et le referendum. D’après [ce qui se dit] à Damas et ailleurs, il ne sera pas difficile de conclure un accord pour faire évoluer le pays du système présidentiel actuel vers un système de gouvernement parlementaire ;

f/ Il est important que le Conseil exprime de la manière la plus catégorique son soutien au droit de chaque citoyen en Syrie de jouir de l’égalité pleine et entière devant la loi, quels que soient son genre, sa religion, sa langue [et] son appartenance ethnique. » (4)

Dernières nouvelles du front

***

 « Premier contact al-Sissi/Régime Assad, Riyad en colère!!! »

mercredi 21 août 2013

 

IRIB- « Une délégation militaire égyptienne de haut rang vient d’arriver en Syrie chargée par le ministre égyptien de la Défense al-Sissi  de coordonner les efforts de guerre Damas /Le Caire pour « une lutte plus efficace contre les Frères musulmans »!!

Selon Dampress, qui rapporte cette information, les coordinations sécuritaires entre les services du renseignement égyptiens et syriens iraient croissantesavec pour objectif l’échange de renseignement, la coordination des opérations de lutte anti-salafisme et anti-frérisme. Cette visite, une première depuis 2011, intervient alors que le nouveau gouvernement égyptien vient d’arrêter plusieursmembres syriens des Frères musulmans sur son territoire et que la Syrie en a fait autant pour quelques membres égyptiens des Frères actifs sur son territoire. Selon ce rapport, cet amorce de coopération entre le Caire et Damas a provoqué le mécontentement de Riyad mais al-Sissi fait bloc et affirme noir sur blanc à ses soutiens saoudiens que ce sont les intérêts suprêmes de l’Egypte qui sont en jeu et qui exigent que les deux pays, Syrie et Egypte, développent leurs coopérations sécuritaires et que surtout ces coopérations soient coordonnées. Le ministre syrien de la Défense s’est aussi entretenu avec son homologue égyptien al-Sissi. Al-Sissi n’a pas fait mystère de son intention de voir les « deux armées égyptienne et syrienne combattre ensemble les terroristes »! »

 

http://french.irib.ir/info/afrique2/item/271202-premier-contact-al-sissi-r%C3%A9gime-assad,-riyad-en-col%C3%A8re

***

« Canal de Suez: tentative d’attentat »

Publié le 31/08/2013

« Un « terroriste » a tenté d’attaquer un porte-conteneurs, samedi, dans le canal de Suez, afin de bloquer ce passage stratégique pour le trafic maritime mondial mais il n’a pu mener à bien son projet, a annoncé le directeur de l’Autorité du canal, Mohab Memich. »

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/08/31/97001-20130831FILWWW00356-canal-de-suez-tentative-d-attentat.php

***

Reuters / Sep 2, 3013 – “The USS Nimitz aircraft carrier [equipped with nuclear warheads] and four other ships in its strike group moved into the Red Sea early on Monday, U.S. defense officials said, describing the move as « prudent planning » in case the ships are needed for military action against Syria.

http://www.reuters.com/article/2013/09/02/us-syria-crisis-ships-idUSBRE9810DA20130902

___________

(1) Lire : http://www.presstv.com/detail/2012/05/29/243579/bbc-uses-iraq-photo-for-houla-massacre/

(2) Il y a quelques années, les écoutes illégales qui, à une échelle très modeste et très orientée, avaient été mises en œuvre par l’Elysée avaient considérablement déstabilisé le maître des lieux d’alors lorsqu’elles ont été révélées. Aujourd’hui, il apparaît que les interceptions généralisées de communications privées ont permis, depuis de nombreuses années, aux services dits de l’ordre de s’en servir même pour des investigations à mille lieux de la suspicion de terrorisme brandie pour espérer les justifier : http://www.reuters.com/article/2013/09/03/us-usa-security-drugs-idUSBRE98201A20130903

(3) Source : http://www.cnbc.com/id/100995386

Lire, à ce propos, les articles antérieurs sous le tag ‘Lawrence Summers’

(4) Source : http://un-report.blogspot.be/2013/01/brahimis-principles-for-political.html?spref=tw

La citation de Medvedev reprise dans le paragraphe qui précède est également rapportée dans le rapport Brahimi.

(5) Source : http://blogs.cfr.org/cook/2013/04/15/prolonging-the-conflict-in-syria/

(6) Source : http://blogs.cfr.org/abrams/2013/01/31/what-was-that-about-syrias-lethal-air-defenses/

(7) Source : http://www.bbc.co.uk/news/world-us-canada-22693333

(8) Source : http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/syria/10171890/Spy-agencies-fear-terror-groups-could-get-chemical-weapons-in-Syria.html

(9) Lire : http://www.businessinsider.com/us-to-sell-cluster-bombs-to-saudi-arabia-2013-8

(10) Lire : http://www.defensenews.com/article/20130423/DEFREG04/304230016/Hagel-Riyadh-Saudi-US-Plan-Arms-Deal

http://rt.com/news/bandar-putin-assad-saudi-188/

http://www.jpost.com/Diplomacy-and-Politics/US-official-New-arms-deal-significant-advance-for-Israel-310421

(11) Source : http://www.un.org/News/fr-press/docs/2013/CS11063.doc.htm

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