Archives mensuelles : juin 2012

Lorsqu’une partie de l’Europe progressiste se penche sur l’Afrique : bilan biaisé d’une matinée de « paroles »…

 « Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l’esclavage comme des crimes envers l’humanité. […] Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. […] Mais nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères. »

Le procès du fameux discours de Dakar du 26 juillet 2007 (1) et sur la distance de la coupe aux lèvres a déjà eu lieu, à plusieurs reprises. Remettre cet ouvrage sur le métier serait donc aussi inutile que pédant. Si j’ai choisi d’en reprendre ici plusieurs passages, c’est parce qu’ils me semblent révélateurs d’un état d’esprit général, en occident, par lequel les anciens Etats colonisateurs ont pris la désagréable habitude de se dédouaner très facilement des conséquences de leurs actes passés… et présents.

« La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution. »

Prébendes organisées, soutien déclaré à des régimes corrompus et / ou dictatoriaux, néocolonialisme économique… Non seulement l’occident d’aujourd’hui a une dette historique envers l’Afrique (y compris en ce qui concerne le découpage des cartes et les conflits auxquels celui-ci continue de donner lieu), mais il s’avère, de plus, tristement incapable de nommer un chat un chat dans ses relations actuelles avec ce sud-là.

« Ce que veut l’Afrique et ce qu’il faut lui donner, c’est la solidarité, la compréhension et le respect. […] Ce que veut l’Afrique, ce n’est pas que l’on prenne son avenir en main, ce n’est pas que l’on pense à sa place, ce n’est pas que l’on décide à sa place. […] Ce que veut l’Afrique est ce que veut la France, c’est la coopération, c’est l’association, c’est le partenariat entre des nations égales en droits et en devoirs. […] Jeunes d’Afrique, la mondialisation telle qu’elle se fait ne vous plaît pas. L’Afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme pour céder à celui du laisser-faire. »

Le mirage du progressisme ? Soit, passons… En tout état de cause, indépendamment de certains éclats de langage à situer dans leur contexte, rendons-nous à l’évidence : affirmer qu’un grand nombre de nations du nord ont bâti leur prospérité sur le pillage de l’Afrique, que ce pillage se poursuit au bénéfice de multinationales toutes étrangères et qu’en guise de cerise sur le gâteau, Septentrion a l’audace, si pas l’outrecuidance, de réclamer, à la manière d’une pieuvre, au continent noir 190 milliards de dollars de dettes (2) demeure tabou.

En 2007, le montant des dettes souveraines cumulées des pays dits émergents était de 3360 milliards de dollars : 11,3 % de cette somme représentaient des dettes multilatérales vis-à-vis d’organismes tels que le FMI, 8,3 % des dettes bilatérales (c’est-à-dire due à des Etats), tandis que l’essentiel, 80,4 % (soit 2700 milliards de dollars) était le fruit de dettes contractées à l’égard d’entreprises. In globo, 40 % du total étaient le fait d’investisseurs publics et, par voie de conséquence, 60 % la conséquence d’investissements privés. Enfin, 190 milliards du pactole étaient à charge de l’Afrique (2).

« Jeunes d’Afrique vous croyez que le libre échange est bénéfique mais que ce n’est pas une religion. Vous croyez que la concurrence est un moyen mais que ce n’est pas une fin en soi. Vous ne croyez pas au laisser-faire. Vous savez qu’à être trop naïve, l’Afrique serait condamnée à devenir la proie des prédateurs du monde entier. Et cela vous ne le voulez pas. Vous voulez une autre mondialisation, avec plus d’humanité, avec plus de justice, avec plus de règles. »

Une autre mondialisation passerait avant tout, dans le cas du plus grand continent du globe, par une reconnaissance, sans manichéisme ni angélisme, des préjudices subis par celui-ci, une reconnaissance du très lourd tribut qu’il a eu à payer pour faire de nous des nations riches et prospères. Supprimer les dettes des pays en voie de développement, en Afrique en particulier, est la clé de voûte d’une réelle stratégie de partenariat qui ne serait plus, sous le couvert d’accords alambiqués et de propos convenus, le recyclage du paternalisme colonial, sur fond de concurrence impitoyable avec les Etats-Unis et la Chine.

« Vous voulez que chacun paye le véritable coût de ce qu’il consomme ? » Voilà la question : quand donc le nord – cette catégorie étant donc loin de se limiter à l’Europe – paiera-t-il aux Africains le coût réel du coltan qu’il utilise pour la fabrication de ses GSM et celui de l’uranium qui lui permet de faire tourner ses centrales nucléaires en toute « indépendance énergétique » ? Quand donc le nord mettra-t-il en œuvre les mécanismes qui empêcheront la spéculation bancaire et financière sur les marchés critiques des matières premières alimentaires ? Quand donc considérera-t-on (y compris outre-Atlantique) que l’Afrique n’est ni un déversoir pour les surplus de nos industries céréalières, ni un puits sans fond dans lequel l’on peut continuer ad vitam aeternam de se servir impunément ? Quand donc annulera-t-on enfin les dettes indues ???

Vu tout ce qui précède, c’est faire preuve d’une mauvaise foi prononcée que d’appeler les Africains à prendre leur destin en main. C’est leur administrer une nouvelle gifle que de les inviter à devenir des partenaires à part entière, des égaux en toutes matières. C’est faire montre d’un cynisme hors normes que de pérenniser par le biais, en restant propres sur soi, la tutelle hautaine du reste du globe sur ce continent !

Lorsque j’ai pris connaissance, il y a quelques semaines, dans le métro bruxellois, de l’affiche « Call to Europe », qui présentait, en gros plan, les visages d’une série de personnes qui donnaient l’impression de crier haut et fort leur indignation, c’est à ces sujets-là que j’espérais que la table ronde à laquelle elle invitait s’attarderait. Cet appel à l’Europe, lancé par la Fondation européenne d’Etudes progressistes, avait, en effet, pour thème, cette année, « l’Europe dans le monde ». En réalité, l’imparfait n’est pas de mise puisque les conférences se déroulent aujourd’hui et demain. C’est, en toute logique, à la session consacrée à la paix en Afrique que j’ai décidé de m’inviter…

J’y ai vu ou entendu des bureaucrates fustiger la bureaucratie dans une novlange monotone pseudo-cartésienne toute faite de structures et de procédures, jamais de thématiques ni de sujets de société, un galimatias que ne renierait pas, quant au style, un clone de Brejnev – entendons-nous : il s’agit là du sabir européen, qui n’est pas propre aux socialistes uniquement –, des sous-présidents de séance aseptisés et soporifiques visiblement très inquiets lorsque l’un ou l’autre invité de marque faisait mine de s’écarter du discours convenu, mais heureusement aussi, parmi les personnalités de la société civile (ONG et autres), plusieurs orateurs inspirés qui ont osé mettre en évidence les lacunes des dialogues entre l’Union africaine et son homologue européenne (3) et, dans le public, plusieurs pointures politiques qui avaient autrement plus de verve que leurs homologues dans l’insipide panel ad hoc, dont la plupart se cantonnaient à des interventions ultra-convenues.

C’est lorsque les intervenants de terrain, ceux qui sont les plus en prise avec les sujets abordés, se sont vu couper la parole par l’un ou l’autre apparatchik au moment de répondre aux questions et remarques du public, prétendument en raison d’un retard dans la programmation, que j’ai été saisi d’une illumination : bon sang, mais c’est bien sûr, me suis-je exclamé en mon for intérieur, l’un des problèmes de l’Afrique, c’est l’Europe qui a des problèmes…

Ces problèmes, quels sont-ils ? Notre continent, où tous les besoins sont sursatisfaits (sauf parmi les plus nécessiteux, mais ceux-là ne sont pas des consommateurs, donc certainement pas des citoyens), où le consumérisme est devenu une religion, rêvasse encore à des taux de croissance égaux à ceux de pays où tout reste à construire. Les socialistes ne parviennent décidément, pas plus que les autres, à se défaire de cette religion de la croissance économique sans fin. Pas davantage ne semblent-ils en mesure de remettre en question le dogme de concurrence, toujours considéré comme la base de toute organisation sociale, même dans une Europe rendue exsangue par sa compétition fratricide. Je l’écris avec d’autant plus d’aisance et d’autant moins d’animosité que je suis moi-même un progressiste.

S’ajoute à cela que, décidément, maints bureaucrates européens se sont tant acclimatés à leur tour d’ivoire que voir débarquer à leurs côtés un citoyen ordinaire les effraie au plus haut point, ce même s’ils lancent au tout-venant des invitations très expressives. L’Europe en tant que collectif gestionnaire ne sait plus qui sont ses citoyens, ni ce qu’ils pensent. Même si elle prétend le contraire, elle ne s’y intéresse d’ailleurs pas ! Les externes dans ce genre de meeting, ceux qui ont été appâtés par les pubs dans le métro, se comptaient d’ailleurs sur les doigts d’une main. Il viendra bien un jour, pourtant, que les plus de nonante ans ne pourront plus connaître, où les lassantissimes allocutions dont ne ressort aucune passion, aucun intérêt de l’orateur pour son sujet, aboutiront à l’overdose, où l’abandon, au nom de l’économie, de tout principe fondateur mènera au cul-de-sac, où le ras-le-bol à l’égard des automates parleurs connaîtra son apothéose. C’est purement logique : d’un côté, des citoyens qui attendent d’être mobilisés autour d’un projet ni charismatique, ni mégalomane (s’ils attendent encore), juste viable et crédible, de l’autre des mainates à la pelle qui vous déblatèrent à la chaîne des poncifs et des abréviations auxquelles personne ne comprend mot. Bah ! Pas de souci : dans quelques années, avec un peu de chance, un président élu (et soudoyé légalement au préalable, comme aux USA ?) fera campagne sur le fossé social… Espérons que d’ici là, celui-ci ne se soit pas transformé en insondable abîme…

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(1)    Source : http://www.afrik.com/article12199.html

(2)    Chiffres 2007 de la banque mondiale.

(3)    L’on commence à peine à reconnaître le président Mitterrand comme le plus grand primus inter pares français depuis une quinzaine d’années. Pousser la célébration jusqu’à faire asseoir les membres d’ONG africaines à une table qui, pour une meilleure identification sans doute – n’y voyons pas malice –, portait le nom de l’un des dignitaires suprêmes les plus françafricains tend toutefois à relever de l’excès d’ironie…

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Et si la devise républicaine était un message satanique subliminal ?

La liberté saurait-elle se limiter à la liberté privée d’entreprendre ? L’égalité se résume-t-elle à un dogme ? S’impose-t-elle de facto par le haut ? Quant à la fraternité, trouverait-elle son unique concrétisation dans la sécurité sociale et la solidarité ? Que de volumes et de sommes n’ont-elles été consacrées à ces principes fondateurs, à ces objectifs jamais vraiment atteints, à ces verts horizons, à ces Idées trop parfaites pour les hommes, sans doute ?…

Ici ou là, l’on a choisi, emmené par la course de l’histoire, d’axer le destin des masses sur l’égalité, sans réelle considération pour ses deux sœurs : la chape de plomb idéologique, la surveillance mutuelle paranoïaque, la condamnation de la singularité, ont eu raison de cette option. L’égalité rigide ne s’accommode, en réalité, d’aucune autre considération.

Ici et là, la roue du progrès ayant tourné, l’on mise contre vents et marées sur un certain absolu de liberté, dans lequel l’égalité en tant que telle a disparu au profit de concepts plus en phase avec le modèle dominant. Pourtant, la concurrence dogmatique, l’ambition égoïste, le règne du court terme auront, quant à eux, raison de cette option-là, plutôt tôt que tard, espérons-le. La liberté rigide, qui s’illustre un peu partout de manière tonitruante, ne se satisfait d’aucune entrave.

Mais où et quand a-t-on jamais essayé, dans la pratique, de consacrer dans des politiques la fraternité de tous les citoyens d’abord, celle de tous les humains ?

Irrationnel, ce troisième axiome ? Trop volatile ? Trop bisounours ? Les Founding Fathers l’ont pourtant fait inscrire lui aussi aux frontispices des bâtiments publics… Un reliquat du christianisme, peut-être ?

Et si, contre toute attente, elle était la seule pierre angulaire durable ? Et si c’était d’elle que découlait l’égalité de tous ? Et si de cette égalité-là pouvait éclore la liberté véritable, comment, alors, nous y prendrions-nous ?…

FRATERNITE  > EGALITE > LIBERTE

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Psssschhht… Et puis quoi ? (considérations de taille de dingue)

Autant te l’écrire ex abrupto : aujourd’hui, moi fatigué ! Je suis en train, en effet, de lire in extenso la proposition de réglementation ACTA, qui, selon tout vraisemblance, sera fort heureusement remisée aux oubliettes des traités caducs (pour être remplacée par quoi ?), afin de te mitonner enfin l’article y relatif, que tu attendais désespérément depuis le 09/06 dernier et que tu peux escompter dès ce soir. Et l’exercice est tellement rébarbatif qu’il me suce toute mon énergie.

Si la politique est l’art de reporter dans une arène policée et réglementée la lutte sauvage, elle se caractérise aussi par la manie compulsive – un pléonasme, je sais, mais qui sert l’emphase – de réduire et de s’approprier le réel en édulcorant l’imaginaire : ACTA en est un prototype ! Pourquoi diable acceptons-nous, depuis près de vingt ans, de confier en majorité nos destins à des gadgets-parleurs incapables de penser ? Dis bonjour à ma tautologie…

Ma fatigue ponctuelle amène donc ce post à se réduire à sa plus simple expression : ta tâche est de décrypter le message suivant, rédigé par un pote enfermé à l’asile Saint-Luc à l’occasion de l’atelier bihebdomadaire ‘écriture illustrée’, et exfiltré grâce au réseau belge « Loonies 4 Truth ». Autant te l’écrire tout net : moi, je n’y comprends absolument rien ! …

Psssschhht > postulat du vrai dans le virtuel > quête du vrai dans le réel > transcendance > égalité > justice > liberté > vie

Psssschhht > refoulement / discours dominant > étouffement de soi > culte du faux dans le réel > PPCD > équivalence de tout > loi du plus fort > soumission > mort

Note de la surveillante en chef (bâtiment 3G, aile X) : le sujet manque encore de discernement, vit dans un monde parallèle, peine à percevoir les enjeux réels et à définir clairement ses perspectives, fait des amalgames et rejette ses petits camarades. Evolution positive depuis son admission, toutefois, mais peut mieux faire. A suivre ! Inscription de l’intéressé à l’atelier ‘biologie avancée illustrée’ de Monsieur Eikelsboom (demain : « zizi et foufoune : pour que faire ?« )

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Louvain rend vie à Sol LeWitt : pourquoi je m’y serais pris autrement…

Sol LeWitt, décédé en 2007, était un chantre de l’art conceptuel. Ce genre d’expression artistique, plusieurs critiques en situent l’avènement dès le début du XXe siècle, avec certaines œuvres de Duchamp ou encore, dans un autre registre, le carré blanc sur fond blanc de Malevitch, bien que sa formation en tant que mouvement dût attendre le deuxième tiers du siècle.

Quels en sont les ressorts principaux ? Les interprétations varient. Serait-il idiot d’affirmer que l’art conceptuel intime à l’art la vocation de ne répondre qu’à lui-même ? L’art n’a pas à être utilitaire. En outre, il est dès lors même qu’il est pensé, ce qui constitue, si l’on ose écrire, le sacre de l’abstraction absolue, des dizaines d’années avant que ne soit rendu possible l’art hybride pratiqué sur l’internet. Concrètement, cela signifie que dès le moment où votre esprit conçoit une œuvre, cette œuvre existe et vous pouvez vous considérer artiste. L’art est donc précédé par la pensée et il n’a pas à s’encombrer de sa concrétisation ; il n’est plus nécessairement expression artistique. Enfin, si l’art est avant tout idée, il dépend pour une large part de l’idée que se fera de cette idée celui qui l’étudie ou cherche à lui donner corps, ce qui lui permet de se démultiplier.

Cette approche était rien moins que révolutionnaire, ce qui lui a d’ailleurs valu d’être accueillie avec effroi par les classicistes, et même – il faut le faire ! – nombre de contemporanéistes, avant de connaître une certaine consécration dans les années 1990, principalement en Grande-Bretagne, à la faveur d’une nouvelle génération de jeunes artistes qui se sont approprié le concept.

Imaginez donc : en l’espace de quelques décennies seulement, alors que venait à peine d’être enfin digéré l’impressionnisme, longtemps honni par l’intelligentsia artistique institutionnelle, la peinture et la sculpture figuratives ont dû encaisser une abstraction après l’autre – du fauvisme de Matisse au cubisme de Picasso, du dadaïsme de Duchamp au surréalisme de Dali, en passant par le Bauhaus de Kandinsky et Klee (le premier tombé en disgrâce à cause de son antisémitisme), sans oublier le constructivisme russe et le suprématisme de Malevitch – pour se voir rabrouer par un Warhol, pour qui l’art était partout et pouvait s’exprimer même dans la copie. Et voilà que tout à coup, par la grâce d’un LeWitt et d’autres impies de son espèce, l’art ne serait plus nulle part que dans le figuré… Intolérable !

Mais comme en chaque chose le temps se distille, comme toute nouveauté, qui, d’abord conspuée, finit par être récupérée, voire adulée (quelquefois pour être conspuée derechef), même l’art conceptuel aura acquis, dans le temps, ses lettres de noblesse ultra-bâtarde, malgré tous ceux qui continueront, les trémolos dans la voix lorsque s’esquisse sur leur visage le ‘a’ de ‘Art’, de le maudire.

Après d’autres, le musée M d’art contemporain de Louvain rend, ces jours-ci, un hommage à Sol LeWitt : plusieurs jeunes artistes y ont trouvé l’occasion de travailler de conserve à la réalisation d’œuvres jusqu’alors fictives, si ce n’est dans la description méthodique et détaillée qu’en avait faite l’un des maîtres du concept art. Voici, pour que vous ne vous cantonniez pas à l’idée, la vidéo d’une installation en cours de réalisation dans un autre musée, selon les mêmes préceptes.

« L’ère de l’artiste seul dans son atelier est à jamais révolue », entendis-je récemment tomber comme une sentence en guise d’accroche pour un sujet de JT. Ah, bon ? Vraiment ? A-t-elle jamais existé ? Travailler seul ou en groupe ne relève-t-il pas de l’appréciation et de la liberté de chaque artiste, certes guidé par l’amplitude de ses moyens financiers ? Soit… Souscrivons pour la démonstration à ce postulat. N’est-il pas curieux pour un art qui a revendiqué pour lui-même et pour l’art en général l’abstraction – donc, a priori, la liberté – la plus incommensurable de se traduire par une pointilleuse matérialisation collectiviste dans laquelle il s’est agi de respecter au point près, au trait près, au centimètre près, les instructions écrites du défunt amphitryon ? N’émerge-t-il pas là comme un paradoxe ?…

L’art est, à de nombreux égards, à l’image de la société : il peut s’exprimer de manière égoïste ou de manière collective, plus rarement fera-t-il l’objet d’une démarche volontairement individualiste dans un cadre commun… Par lequel de ces hommages posthumes l’initial concepteur serait-il le mieux servi ?

Inutile d’y réfléchir trop longtemps pour parvenir à la conclusion qu’une addition d’interprétations individuelles des consignes imposées par le patron fictionnel eût permis, moyennant une latitude plus large laissée à l’imagination et à l’inventivité de chacun, au prix d’une prédilection pour l’esprit plutôt que la lettre, en ne renonçant en aucune façon à la stimulante dispute et à la mise en commun salvatrice, une moisson artistique bien plus intéressante et variée, qu’elle ait donné lieu à des collaborations ou à des entreprises individuelles. Qui ne sait reproduire ? Qui sait créer ?… Or, qu’est l’art s’il n’est création, fût-elle virtuelle ? Et que représente le collectif s’il se contente de reproduire ?…

Le musée M a, consciemment ou non, encadré une œuvre qui, par son essence même, rejetait tout cadre. C’est le triomphe du contresens artistique prétendument justifié par une certaine béatitude de l’être-ensemble qui se suffit à lui-même alors qu’il devrait viser la mise en commun des ressources individuelles ! « Ainsi », résumait une jeune artiste, « nous aurons tous contribué à réaliser non pas notre œuvre, mais celle de Sol LeWitt. » So fucking what !!! A-aaamen ? Ein, zwei, drei, vier !? Qu’il faille à des apprenants des lignes directrices pour maîtriser une technique, chacun en conviendra, mais laissez, de grâce, les oiseaux voler !!!

Cette dernière maxime pourrait d’ailleurs être le mot d’ordre de l’exposition itinérante et en perpétuelle évolution « Cosmopolitan Sranger ». A l’initiative de l’artiste flamand Koen Vanmechelen, c’est en effet près de quarante de ses confrères du monde entier qui ont uni leurs forces pour proposer au grand public, dans un hangar affecté pour l’occasion, un éventail hybride de leurs œuvres, des plus kitsch aux plus inspirées. Hors des heures d’ouverture, les artistes échangent des idées, des impressions, bref s’émulent mutuellement, dans le méga-dortoir à moitié crado qu’ils  partagent. Malgré son aspect baroque et indéniablement minimaliste, nul doute que c’est ce type d’initiatives qui recueille ma préférence…

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« Newronal Konnektiunz 1 » : emprunt d’une oeuvre conceptuelle empreinte d’antinomies apparentes…

Après demande, j »ai obtenu du titulaire du blog www.intrgalaktiklyon.wordpress.com l’autorisation de reproduire ici l’idée conceptuelle d’installation qu’il développait dans l’un de ses posts. Celle-ci me semble une brillante illustration de l’article qui précède.

« Stellar Lyon » propose, en effet, une confrontation virtuelle, par écrans interposés disposés de manière aléatoire dans une même pièce non éclairée dont les murs seraient noirs, d’eros et de thanatos, du statique et du mouvant, de l’imaginaire et du réel, de la réalité et de l’apparence, du réel et du virtuel, de l’électronique et du tactile, du son et du silence, de la cacophonie et de la mélodie, de la liberté et de la contrainte, de la quiétude et du danger, de la fonction et de l’anarchie, de l’ombre et de la lumière, du chaos et de l’ordre, de la jeunesse et de l’expérience, du visible et de l’invisible, de l’espace et de la terre ferme, du viril et du féminin, de la mer et du ruisseau, et peut-être d’une série d’autres choses qui m’échappent sans doute…

L’espace physique de cette installation est défini : il s’agit d’une seule pièce, d’envergure modeste. Le visiteur doit en effet pouvoir s’imprégner des images diffusées, si possible jusqu’à la claustrophobie et la saturation. Pour ce faire, il est impératif de limiter sa faculté de recul : il doit être plongé dans le magma visuel et sonore. Mieux encore : il doit s’y fondre. Pour atteindre ce dernier objectif, des miroirs de tailles et de motifs différents seront placés dans les interstices, c’est-à-dire entre les écrans.

Le temps, quant à lui, est séquentiel : puisque chacune des vidéos sélectionnées, toutes assumant, à l’estime du concepteur, le rôle de références incontournables pour la période contemporaine et ceux qui l’habitent, a une durée propre, distincte de celle des autres, tous les chevauchements sont possibles, de sorte que s’applique en l’occurrence l’apophtegme d’Héraclite selon lequel on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve : installation unique mais installation multiple qui en contient une infinité, le projet propose, par une superposition des temps, d’ouvrir des espaces toujours nouveaux dont la chambre aux murs noirs, telle la caverne platonicienne, n’est jamais que la part visible de la scène.

Si tant est que soit respectée l’unité de lieu, ce projet autorise la déconstruction de tous les modules : les vidéos et les images peuvent être différentes selon les sensibilités, les référents et les préférences de chaque installateur. Il en va de même de l’éclairage, de la taille des écrans et des miroirs, de leur disposition dans la pièce, de la couleur des murs, qui elle-même peut varier : on pourrait imaginer une texture plastique derrière laquelle seraient fixés des néons multicolores qui, séquencés eux aussi, accentueraient l’impression de totalité et le vertige du tournoiement.

Du concept à la réalisation ? Ce n’est ni le dédain, ni le luxe, ni quelque dogme qui nous retiennent… Si vous disposez d’une surface d’exposition de +/- 25 m² à Bruxelles (ou ailleurs) et / ou d’une quinzaine d’écrans plats, ou, plus prosaïquement, d’un atelier ou d’un lieu pour expérimenter des idées nouvelles, nous attendons votre proposition avec grande bienveillance…

Voici les vidéos et images sélectionnées :

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Cher Monsieur OBAMA, sachant que…

Monsieur le Président des Etats-Unis d’Amérique du Nord,

Lors dune conférence de presse à la Maison Blanche, vous avez déclaré hier avec un ton déterminé et ferme, à propos de la crise des dettes souveraines européennes :

« Fondamentalement, ces décisions sont entre les mains des dirigeants européens. Heureusement, ceux-ci comprennent la gravité de la situation et l’urgence d’agir. […]

A court terme, [l’Europe] doit stabiliser son système financier, en partie en prenant les décisions qui permettraient d’injecter de nouveaux capitaux dans les banques affaiblies. Il est tout aussi important que ses dirigeants établissent un plan d’action et esquissent une vision pour une zone euro plus forte, en ce compris une plus grande collaboration en matière de budget et de politique bancaire. La conclusion de tout ceci est que les solutions à ces problèmes sont difficiles, mais que des solutions, il y en a. Les décisions requises sont dures, mais l’Europe a la capacité de les prendre. »

Or, Monsieur le Président,

Sachant que la dette des Etats-Unis s’élève à plus de 15 billions de dollars, leur déficit budgétaire à plus de 8,5 % de leur produit intérieur brut (PIB), et que le déficit de leur balance commerciale est en hausse constante ;

Sachant, par conséquent, que les Etats-Unis se trouvent dans une situation bien plus délicate que l’Europe, qu’ils sont, partant, un facteur de déstabilisation potentiel pour l’économie mondiale bien plus grand que ne l’est l’Europe, et que seule la capacité infinie pour la Réserve fédérale américaine de produire de l’inflation a jusqu’à présent permis à votre pays de garder la tête hors de l’eau ;

Sachant, par conséquent, que c’est en très grande partie l’étranger, en ce compris les Etats arabes producteurs de pétrole, au premier rang desquels l’Arabie saoudite, mais aussi la Chine, qui financent le train de vie de votre pays ;

Sachant que c’est l’explosion de la bulle spéculative immobilière américaine, dont la faillite frauduleuse de Lehmann Brothers, un scandale cent fois supérieur à celui d’Enron, fut le point d’orgue, qui a précipité la crise financière de 2008, laquelle est toujours loin d’avoir connu son épilogue ;

Sachant que ladite crise a obligé les Etats européens à s’endetter massivement afin d’éviter à leurs banques la faillite ;

Sachant que d’autres banques américaines, au premier rang desquelles Goldman Sachs, qui, tel le ver dans le fruit, a infiltré les principaux centres de décision européens, ayant à sa botte notamment le directeur de la banque centrale européenne et le commissaire européen à la concurrence sortant, deux personnes qui n’ont pas été élues par les citoyens européens, spéculent à présent sur les Etats eux-mêmes par l’entremise de leurs dettes, avec l’aide de tout un appareil de déstabilisation dans lequel les agences de notation de votre pays occupent une place de choix ;

Sachant que ces mêmes agences de notation nord-américaines avaient, au crépuscule du siècle dernier, jugé positivement l’entrée de la Grèce dans la zone euro, de même qu’elles avaient surévalué en connaissance de cause la solidité financière et l’état du budget en fonds propres de la banque Lehmann Brothers susévoquée ;

Sachant que notre continent s’est bien gardé de hausser le ton lorsqu’il s’est agi de déterminer les responsables, pour l’essentiel nord-américains, de la crise actuelle ;

Sachant que l’Europe dispose d’une instance représentative composée de parlementaires élus par les citoyens de chaque pays membre, qui forment la mosaïque de leurs intérêts supposés ;

Sachant que l’Europe n’est donc ni un protectorat, ni un continent sous tutelle, encore moins quelque lointaine colonie,

PENSEZ-VOUS VRAIMENT QU’IL VOUS INCOMBE A VOUS, LE PRESIDENT D’UNE PUISSANCE ETRANGERE, DE NOUS DICTER A NOUS, EUROPEENS, LA MARCHE A SUIVRE ?

NE PENSEZ-VOUS PAS QU’IL VOUS INCOMBE D’ABORD DE BALAYER DEVANT LA PORTE DES ETATS-UNIS AFIN D’EVITER QU’UNE CRISE COMPARABLE A CELLE DE 2008 NE SE REPRODUISE, DE CONTENIR LA CRISE ACTUELLE ET DE PREVENIR LA FAILLITE DES ETATS-UNIS ?

Continuer d’injecter massivement de l’argent public dans des banques privées ne répond ni à notre intérêt à long terme, ni à une stratégie structurelle et rationnelle pour sortir de la crise, ni au libéralisme que vous prétendez incarner.

OBLIGER LA BANQUE CENTRALE EUROPEENNE A PRETER DE L’ARGENT AUX ETATS, DIRECTEMENT OU PAR L’ENTREMISE DE LA BEI (Banque européenne d’Investissement), SANS PASSER PAR LES BANQUES PRIVEES, EST LA SEULE SOLUTION VIABLE ! C’EST ELLE, EN EFFET, QUI PERMETTRA D’ASSEOIR LE SOCLE D’UNE NOUVELLE SOLIDARITE EUROPEENNE, PREALABLE A UNE FEDERATION POLITIQUE AVANCEE, NON DE LA ZONE EURO COMME VOUS SEMBLEZ LE PRECONISER, DE L’EUROPE TOUT COURT.

Nous vous remercions, toutefois, Monsieur le Président, pour vos précieux conseils, que nous ne manquerons pas d’étudier en détails, et vous souhaitons bon vent pour les élections à venir…

Yannick BAELE

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Syrie : seul le départ volontaire d’al-Assad peut ramener le calme !

Il en est qui ne doutent rien. D’une certaine manière, je les envie, car ne douter de rien doit être confortable…

BHL, le justicier milliardaire français, est de ceux-là. L’expédition libyenne dont il se gausse d’avoir été le Grand Inspirateur, a contribué majestueusement, par son impréparation sans doute, à propulser à la tête d’une Libye déchirée les tenants de la charia nationale, et a indirectement déstabilisé un peu plus encore le Sahel, particulièrement le Mali, où des moudjahidines à présent surarmés, de retour de leur expédition de soutien à feu Kadhafi, sèment le désordre au nom d’Allah, mais qu’à cela ne tienne, le philosophe de l’engagement instinctif s’est trouvé sa nouvelle cible : la Syrie d’al-Assad… Pas de repos pour les braves !

Parce que le sujet est trop grave, je laisserai volontairement de côté le look reconnaissable entre mille de l’intéressé, qui a fait beaucoup gloser, de même que sa manie de poser – y compris au milieu des bombes, entouré d’une escouade de gardes du corps. C’est la nature péremptoire (à la limite du dogmatisme) des ses interventions, due pour une large part à son caractère trempé, qui me semble revêtir ici quelqu’importance, son dernier cheval de bataille ne faisant pas exception à la règle.

Ainsi, dans le journal de vingt heures de France 2 du 29 mai dernier, Lévy déclarait : « Je crois qu’une opération internationale qui consisterait à arrêter les avions de la mort, à leur interdire de décoller et à arrêter les chars pourvoyeurs de mort, c’est-à-dire à les bombarder quand ils approchent des villes et quand ils se mettent en position de pelotons d’exécution, cette opération-là, elle est souhaitable, naturellement, et elle est possible. Le président Hollande est-il prêt à envisager une solution sans les Nations-Unies s’il devait se vérifier que Vladimir Poutine persiste dans sa politique criminelle et dans son soutien sans failles au terrorisme d’Etat syrien ? » (journal de France 2, 29/05/12)

Décortiquons : le croyant est d’avis qu’une telle offensive est possible. Or, il ne s’agit aucunement là de son domaine d’excellence. Quelles sont donc les informations qui lui permettent de confirmer son hypothèse ? « Laissez croire les béguines », dit une célèbre expression : non seulement la densité de la population syrienne (111,3 personnes par kilomètre carré) n’est pas celle de la Libye (3,6 personnes par kilomètre carré) (1), mais en outre, comme nous l’indiquent quotidiennement les images rapportées du conflit, les chars d’al-Assad ont déjà pénétré les principaux lieux de contestation (tous relativement denses), qu’ils bombardent à qui mieux mieux. S’agirait-il donc, pour une hypothétique force d’intervention occidentale, de suivre leur exemple, faute de mieux et parce qu’aucun autre scénario n’est envisageable, enflammant plus encore le conflit ? Combien de victimes civiles de l’OTAN en Libye ?…

Quant aux avions, si quelques-uns survolent depuis septembre dernier les villes réfractaires, leur but serait surtout de terroriser la population : il n’y a encore eu à ce stade, selon les recherches que j’ai effectuées, aucun massacre perpétré de cette manière. Les hélicoptères de la mort, en revanche, sont mis à contribution par le régime, notamment à Alep, il y a trois jours. Peccadille sémantique, me direz-vous ? Pour les victimes, cela ne fait aucun doute. Il n’en reste pas moins que lorsque l’on appelle – une fois de plus – la communauté occidentale à déclarer la guerre à un pays, il est préférable de ne pas verser dans l’amateurisme. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Einstein, un humble savant…

En outre, pourquoi une solution hors du cadre onusien serait-elle en l’occurrence défendable ? Parce que, contrairement à l’Irak et ses armes de destruction massives inventées de toute pièce par une administration américaine belliphile, la situation syrienne serait d’une limpidité cristalline ? Le journal  de la VRT d’hier soir laissait entendre le contraire : « les images sont parlantes quant à l’horreur qui se déroule en Syrie, mais en réalité, nous savons très peu de choses concernant leur origine, l’identité de ceux qui les ont tournées, celle des personnes qui y figurent, et celle des victimes », entame le présentateur, ce à quoi la journaliste lui répond : « c’est un fait, c’est pourquoi nous sommes très prudents dans la désignation d’éventuels coupables. Il se dit à présent qu’il pourrait s’agir de shabihas [les milices pro-Assad recrutées dans les villages environnants], que l’on reconnaît à leurs chaussures blanches [sic !], mais d’autres personnes pourraient revêtir cet uniforme, et peut-être est-ce de la propagande pure. » Précisons, à toutes fins utiles, que la chaîne de télévision publique flamande compte parmi ses envoyés spéciaux une référence lorsqu’il est question du Proche –Orient, en la personne de Rudi Vranckx, qui fut aux côtés de Gilles Jacquier lorsque ce dernier trouva la mort à Homs… Or, lui aussi s’est toujours montré extrêmement réservé en matière de responsabilités dans les attentats successifs qui ont secoué la Syrie : le nœud de vipères semble si inextricable, les preuves tangibles si difficiles à obtenir… Al-Assad a les mains sales, mais est-il le seul ? Sur la même chaîne, un secrétaire général adjoint de l’ONU à la retraite, un Belge, rappelait, entre autres considérations, que plusieurs chiites avaient également été massacrés, alors que c’est ce courant religieux qui est actuellement aux commandes.

Dans ces conditions, toutes les spéculations sont permises, même celle selon laquelle Israël chercherait, à la veille d’une offensive de taille contre les installations nucléaires iraniennes, à écarter du pouvoir le principal soutien du régime de Téhéran dans la région. Vu les menaces répétées proférées à son encontre par ce dernier, le pays de Sion est sur ses gardes et prêt à passer à l’action, à juste titre ou non. La tension y est palpable depuis des mois, les responsables militaires de moins en moins équivoques : « si vis pacem, para bellum »…

« Théorie du complot ! », crierait Bernard-Henri, comme lorsqu’il a traité, ces jours derniers, l’ambassadeur russe près l’ONU de « crétin » – pour la diplomatie, on repassera – pour avoir suggéré qu’un trafic d’armes à grande échelle se déroulait actuellement en Syrie, qui aurait pour bénéficiaires les rebelles. Sachant que certains représentants européens de premier plan, parmi lesquels le chef de file des libéraux-démocrates au Parlement européen, en appelaient encore avec fougue et fébrilité, il n’y a pas si longtemps, à armer massivement les insurgés, connaissant, en outre, la pusillanimité et la détestation de l’argent qui caractérisent les marchands d’armes et autres mercenaires, dans le circuit parallèle, un tel « complot » ne peut être, en effet, qu’une vue de l’esprit…

Soyons francs : je comprends et souscris pour partie à la vision de son métier que développe Bernard-Henri Lévy, telle qu’il la résumait encore face à une Audrey et une Natacha combatives et pitbullesques à ONPC, la semaine dernière : il est vrai, dans une certaine mesure, que philosopher après le charnier systémique, après l’occupation de l’Europe, après Hiroshima et Nagasaki, comme on le faisait avant relève de la gageure. Penser et s’engager ne sont donc plus des concepts antinomiques. Camus déjà l’avait compris, mais lui, s’il se souciait du sort des opprimés, était, en revanche, tout sauf un va t’en guerre…

Car la guerre, on sait où et quand elle commence, jamais quand ni où elle se termine… L’ONU elle-même résisterait-elle au nouveau camouflet que lui propose « le libérateur » ? Souvenons-nous que la Société des Nations (SDN) de Wilson a périclité parce que, l’une après l’autre, une série d’interventions militaires non concertées, qui répondaient à des besoins nationalistes, en Erythrée ou ailleurs, ont réduit à néant le peu d’autorité qu’il lui restait. Bis (Ter) repetita placent ?…

Une chose est sûre : quelle que soit l’issue du conflit syrien, Bachar al-Assad sera incapable de rassembler de nouveau son pays. Plus il tarde à se faire à cette idée, plus il reporte l’inévitable. Cela écrit, faire table rase du régime équivaudrait à viser au-dessus de la cible, et donc à la manquer. Et pour quelle alternative ? La tactique de Vladimir Poutine, qui – à l’encontre de ses protestataires aussi – semble vouloir nous la rejouer autoritaire, alors que la modernisation de la Russie semblait en si bonne voie, est donc difficile à comprendre. Refus d’accorder son fiat à ce qui pourrait constituer un précédent pour un interventionnisme occidental ultérieur dans un bourbier à la tchétchène ? Pas très crédible : l’occident n’oserait s’en prendre à ce mastodonte nucléaire. En outre, le tsar pourrait très bien commander à son émissaire à l’ONU de s’abstenir lors du vote au Conseil de Sécurité, auquel cas il y a fort à parier que la Chine pourrait suivre. Pourquoi, dès lors, hésite-t-il à montrer ses biceps au maître de Damas ? …

Vitaly Churkin, l’émissaire dont question, déclarait hier, sous un masque cynique derrière lequel semblait vouloir poindre un très timide sourire : « Il est un élément dont je pense qu’il n’est pas sans importance, à savoir le fait que le gouvernement syrien continue en tout cas de dire que son intention est de faire en sorte que le plan de Kofi Annan soit respecté et mis en œuvre. » C’est lui-même qui, tournant consciemment son auditoire en dérision, a insisté sur l’infinitif « dire ». Alors qu’il faisait cette déclaration, un envoyé spécial américain rencontrait le président russe à propos de la Syrie. Peut-être était-ce là la seule chose que ce dernier attendait : je te file un coup de main, mais qu’est-ce que tu me proposes en échange ?…

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(1)    http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/LBY/fr/EN.POP.DNST.html

http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/SYR/fr/EN.POP.DNST.html

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ACTA, une réactualisation des carabiniers d’Offenbach…

«  Un A.M.I. qui ne vous veut pas que du bien »… Vous vous souvenez ? L’accord multilatéral sur les investissements, supposé parfaire le deal de Bretton Woods en y intégrant quasiment tous les domaines d’activité qui en avaient été exempts – ceux dont une poignée de rouges estimaient encore, les mécréants, que le marché n’avait pas à y dicter sa loi – a suscité un tel tollé qu’il a été, pour ainsi dire, abandonné en rase campagne. Négocié dans l’ombre d’alcôves sélectes où seuls ont leur place politiciens du sommet de la pyramide, oligarques et banquiers, l’A.M.I. était un affront pour la démocratie. Il s’agissait, pour ses initiateurs, une décennie après la chute du mur de Berlin, d’esquisser les contours d’un nouveau monde, celui où toute activité humaine, toute matière, a une valeur financière, celui où tout s’échange contre des devises, celui de l’argent-Roi prétendument régulateur.

L’A.M.I. a donc péri, pas l’agenda, trop prometteur pour les Intouchables du haut et pour lequel de discrets lobbies avaient trop ferraillé : fi de l’approche multilatérale, ce serait, dès le début du millénaire, le bilatéralisme qui serait privilégié, et au pas de charge s’il vous plaît ! Ainsi, sans même laisser aux parlementaires le temps d’examiner les tenants et aboutissants d’accords commerciaux avec des pays aux natures très diverses, sans même permettre un débat de fond à ce propos dans l’hémicycle, le président de la Chambre des représentants belge d’alors, le père De Croo, a forcé l’entérinement de ce que lui commandait sa religion… capital-corporatiste. Les pouvoirs européens dits publics n’ont pas chômé eux non plus, qui ont détricoté avec méthode l’essentiel des services homonymes pour les transformer en marchés, de la poste au ferroviaire, en passant par l’énergie… pour le salut des consommateurs, comme de bien entendu !

En ira-t-il de même de l’accord commercial anti-contrefaçon (1), qui vise conséquemment le piratage informatique, et requiert le vote positif du Parlement européen dans le courant de ce mois ou en juillet prochain ? Notons d’abord quelques similitudes : l’A.C.T.A. a été, lui aussi, négocié dans le plus grand secret, lui aussi sous la pression de lobbies qui ont tout sauf l’intérêt commun à l’esprit. Si le souci de protéger nos produits de la contrefaçon est compréhensible, l’absence des principaux contrefacteurs, la Chine et l’Inde, parmi les signataires potentiels l’est beaucoup moins, en revanche. Par ailleurs, la stratégie répressive qui articule ladite proposition de traité est à la fois ultraconservatrice et obsolète eu égard aux développements significatifs de la toile virtuelle.

Somme toute, il est donc dans l’ordre des choses que le parti populaire européen en soit, par l’intermédiaire de ses europarlementaires et de son commissaire Barnier (2), le principal défenseur. Il est secondé dans cette ingrate position (aux yeux de l’histoire telle qu’elle s’écrira) par un certain nombre de libéraux, ce qui peut paraître plus illogique pour qui considère que les mariages libéraux-conservateurs célébrés ici et là sont contre-nature. Les progressistes, quant à eux, se rangent à présent assez opportunément du côté des opposants à ACTA. C’est que le vent tourne : les internautes ont montré qu’ils pouvaient eux aussi se muer en lobby efficace, entraînant dans leur sillage les parlements allemand, autrichien, bulgare, lituanien, néerlandais, polonais, roumain et tchèque, qui ont tous décidé de geler la ratification du traité. En Allemagne, une nouvelle formation, le parti des Pirates, s’est même créée sur la revendication d’un internet libre.

Pour sa part, le nouveau président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz, a même déclaré : « Je ne crois pas qu’on va avancer avec cet accord sous sa forme actuelle, négociée par la Commission », reprochant à cette dernière l’opacité totale dont elle a fait preuve dans son élaboration (3). Bonne nouvelle, donc, mais en politique, tous les mots comptent, y compris ceux qui ne sont pas prononcés : en l’occurrence, c’est l’expression « sous sa forme actuelle » qui incite à chercher l’anguille sous roche, car quelle autre forme un tel traité pourrait-il adopter ? En d’autres termes, qu’est-ce qui, dans ce texte, pose réellement problème à la gauche : l’atteinte patente aux libertés individuelles qu’il préconise et contre laquelle l’équivalent européen de la CNIL (Commission nationale Informatique et Libertés française), pourtant modérée dans ses avis en général, s’est déjà élevée (4), ou son assise même, qui suppose, entre autres choses, un encadrement quasi policier du net qui ne peut avoir pour conséquence qu’une réduction drastique des services gratuits qu’il propose ? Time will tell

Avec ses lois SOPA / PIPA, qui ont suscité la colère noire des Anonymous nord-américains, les Etats-Unis ont d’ailleurs déjà pris les devants en se dotant d’une législation qui rend d’ores et déjà superfétatoire l’application d’un hypothétique ACTA sur leur territoire.

Mais trêve de scribouillages : parcourons, si vous n’y objectez, les extraits les plus importants de la proposition :

Les quatre premières sections du document (articles 1 à 24) visent en priorité la contrefaçon de marchandises. Toutefois, comme le confirme l’article 27, des sections entières (2 et 4, en particulier) concernent également le piratage informatique d’œuvres qui relèvent de la propriété intellectuelle. Il n’est donc pas inintéressant de nous y attarder…

« SECTION 2

MESURES CIVILES

 

ARTICLE 8

Injonctions

 §1. Chaque Partie prévoit que, dans les procédures judiciaires civiles destinées à faire respecter des droits de propriété intellectuelle, ses autorités judiciaires seront habilitées à ordonner à une partie de cesser de porter atteinte à un droit et, entre autres choses, à prononcer une ordonnance contre cette partie ou, le cas échéant, contre un tiers à l’égard duquel l’autorité judiciaire en cause exerce sa compétence afin d’empêcher l’introduction de marchandises qui impliquent une atteinte au droit de propriété intellectuelle dans les circuits commerciaux.

 

§2. Nonobstant les autres dispositions de la présente section, une Partie peut limiter au versement d’une rémunération les mesures correctives possibles contre une utilisation d’un droit par des pouvoirs publics, ou par des tiers autorisés par des pouvoirs publics, sans l’autorisation du détenteur de ce droit, à condition que la Partie se conforme aux dispositions de la partie II de l’Accord sur les ADPIC visant expressément une telle utilisation. Dans les autres cas, les mesures correctives prévues par la présente section sont d’application ou, dans les cas où ces mesures correctives sont incompatibles avec la législation d’une Partie, des jugements déclaratifs et une compensation adéquate peuvent être obtenus. »

Le paragraphe 2 de cet article nous apprend qu’il est possible, pour qui utilise des œuvres soumises au droit d’auteur, d’échapper à toute poursuite au civil en s’acquittant au préalable auprès des ayant-droits, qui ne peuvent refuser, d’une rémunération forfaitaire. Cette possibilité se limite toutefois aux pouvoirs publics et à des tiers autorisés par les pouvoirs publics. Ce passage a l’air anodin en ce qu’il semble se borner à officialiser, au niveau international, les mécanismes prévus par des sociétés de droits d’auteurs bien connues (la SABAM, en Belgique, par exemple), mais, en réalité, il est constitutif d’une démarche : à la trappe, en effet, et pour de bon, toute mouture de licence globale (ou universelle) dont devrait s’acquitter chaque internaute pour pouvoir bénéficier à satiété de tous les contenus postés sur le net. Certes, ces alternatives nécessitent l’un ou l’autre fignolage, mais elles existent, et elles ont le mérite de court-circuiter les voraces intermédiaires financiers que sont, par exemple, les grandes maisons de disques, l’un des lobbies à la base d’ACTA, en rémunérant directement les créateurs !

Mais pourquoi faire simple lorsqu’on peut faire compliqué : au lieu de supprimer la notion même de téléchargement illégal, plutôt que de concevoir une législation qui suit le réel et non l’inverse, ACTA estime préférable d’encombrer un peu plus encore les tribunaux, qui deviennent l’alpha et l’omega de toute la lutte anti-piraterie, comme l’illustre une nouvelle fois l’article 9 :

« ARTICLE 9

Dommages-intérêts

 §1. Chaque Partie prévoit que, dans les procédures judiciaires civiles destinées à faire respecter des droits de propriété intellectuelle, ses autorités judiciaires seront habilitées à ordonner au contrevenant de verser au détenteur du droit des dommages-intérêts adéquats en réparation du dommage que celui-ci a subi du fait de l’atteinte portée à son droit de propriété par le contrevenant qui s’est livré à une activité portant une telle atteinte en le sachant ou en ayant des motifs raisonnables de le savoir. Pour déterminer le montant des dommages-intérêts au titre des atteintes à des droits de propriété intellectuelle, les autorités judiciaires d’une Partie sont habilitées à tenir compte, entre autres choses, de toute mesure légitime de valeur sollicitée par le détenteur du droit, ce qui peut comprendre les bénéfices perdus, la valeur de la marchandise ou du service contrefait, mesurée au prix du marché, ou le prix de détail suggéré. »

Cet article est plus spécifique que le précédent, en ce qu’il ouvre la voie à des poursuites judiciaires à l’encontre de l’internaute lambda qui aura téléchargé sur YouTube un disque sous copyright. « [S’il s’agissait de cibler les petits téléchargeurs], je comprendrais les critiques, mais ce n’est pas de cela [qu’il] s’agit », rassurait encore, fin mai, le commissaire Barnier (5). Prière de le croire sur parole et d’acter, par la même occasion, que les juristes qui ont pondu ACTA sont des incapables !

« ARTICLE 11

Renseignements relatifs à l’atteinte à un droit

 Sous réserve de sa législation régissant les privilèges, la protection de la confidentialité des sources d’information ou le traitement des données à caractère personnel, chaque Partie prévoit que, dans les procédures judiciaires civiles destinées à faire respecter des droits de propriété intellectuelle, ses autorités judiciaires seront habilitées à ordonner, sur demande justifiée du détenteur du droit, que le contrevenant, ou le cas échéant le prétendu contrevenant, fournisse au détenteur du droit ou aux autorités judiciaires, au moins aux fins de collecte d’éléments de preuve, les renseignements pertinents, selon ce que prévoient les lois et réglementations applicables de cette Partie, que le contrevenant ou le prétendu contrevenant a en sa possession ou sous son contrôle. De tels renseignements peuvent inclure tout renseignement concernant toute personne impliquée de quelque manière que ce soit dans l’atteinte ou l’atteinte alléguée et concernant les moyens de production ou les circuits de distribution des marchandises ou services en cause, y compris l’identité de tierces parties qui seraient impliquées dans la production et la distribution de telles marchandises ou de tels services et dans leurs circuits de distribution. »

Sensiblement moins polémique, l’article 11 remplace l’enquête policière par le devoir de délation auquel est soumis l’accusé. A charge, pour le prévenu, de fournir à la Justice des éléments de preuve qui l’incrimineront davantage. Le cinquième amendement de la Constitution des Etats-Unis, qui protège le justiciable des abus éventuels du ministère public, est servi !

« ARTICLE 12

Mesures provisoires

 §1. Chaque Partie prévoit que ses autorités judiciaires seront habilitées à ordonner l’adoption de mesures provisoires rapides et efficaces:

 a)      contre une partie ou, le cas échéant, contre un tiers à l’égard duquel l’autorité judiciaire en cause exerce sa compétence, pour empêcher qu’un acte portant atteinte à un droit de propriété intellectuelle ne soit commis et, en particulier, pour empêcher l’introduction, dans les circuits commerciaux, de marchandises impliquant l’atteinte à un droit de propriété intellectuelle.

 […]

 § 2. Chaque Partie prévoit que ses autorités judiciaires seront habilitées à adopter des mesures provisoires sans que l’autre partie soit entendue, dans les cas où cela est approprié, en particulier lorsque tout retard est de nature à causer un préjudice irréparable au détenteur du droit ou lorsqu’il existe un risque démontrable de destruction des éléments de preuve. Dans les procédures menées sans que l’autre partie soit entendue, chaque Partie prévoit que ses autorités judiciaires seront habilitées à se prononcer rapidement sur toute demande de mesures provisoires, et à rendre une décision sans retard injustifié. »

Il s’agit là, si je ne m’abuse, d’une version revue et corrigée des requêtes en extrême urgence…

« ARTICLE 22

Divulgation de renseignements

 […]

 b)      une Partie peut autoriser ses autorités compétentes à fournir au détenteur du droit des renseignements sur les marchandises, notamment, mais sans s’y limiter, la description des marchandises et leur quantité, le nom et l’adresse de l’expéditeur, de l’importateur, de l’exportateur ou du destinataire et, si ces renseignements sont connus, le pays d’origine des marchandises, ainsi que le nom et l’adresse du fabricant des marchandises de manière à aider la détermination visée à l’article 19 (Détermination de l’atteinte).

 […] »

Fournir au plaignant, avant même qu’une éventuelle atteinte à ses droits ait été établie, l’identité et les coordonnées de tous ceux qui sont susceptibles d’être à l’origine de sa plainte ? Voilà une bonne idée… et du travail assuré pour les milices privées !

« SECTION 4

MESURES PÉNALES

 

ARTICLE 23

Infractions pénales

 §1. Chaque Partie prévoit des procédures pénales et des peines applicables au moins pour les actes délibérés de contrefaçon de marque de fabrique ou de commerce ou de piratage portant atteinte à un droit d’auteur ou à des droits connexes, commis à une échelle commerciale (1). Pour l’application de la présente section, les actes commis à une échelle commerciale comprennent au moins ceux qui sont commis à titre d’activités commerciales en vue d’un avantage économique ou commercial direct ou indirect.

 (1) Chaque Partie traite l’importation ou l’exportation délibérée de marchandises de marque contrefaites ou de marchandises pirates portant atteinte à un droit d’auteur à une échelle commerciale comme des activités illicites pouvant faire l’objet de peines pénales en vertu du présent article. Une Partie peut s’acquitter des obligations relatives à l’exportation et à l’importation de marchandises de marque contrefaites ou de marchandises pirates portant atteinte à un droit d’auteur en prévoyant que la distribution, la vente ou l’offre à la vente de telles marchandises à une échelle commerciale constituent des activités illicites pouvant faire l’objet de peines pénales.

 

§ 2. Chaque Partie prévoit des procédures pénales et des peines applicables à l’importation délibérée […] et à l’utilisation délibérée à l’intérieur du pays, dans le cadre d’échanges commerciaux et à une échelle commerciale, d’étiquettes ou d’emballages:

 a)      sur lesquels est apposée sans autorisation une marque qui est identique à une marque de fabrique ou de commerce enregistrée dans son territoire ou qui ne peut en être distinguée; et

 b)      qui sont destinés à être utilisés dans le cadre d’échanges commerciaux sur des marchandises ou dans le cadre de services qui sont identiques aux marchandises ou aux services pour lesquels une telle marque de fabrique ou de commerce est enregistrée.

 

§ 3. Une Partie peut prévoir des procédures pénales et des peines, dans les cas appropriés, pour la copie non autorisée d’œuvres cinématographiques montrées dans un lieu de projection généralement ouvert au public.

 

§ 4. Dans le cas des infractions précisées au présent article pour lesquelles une Partie prévoit des procédures pénales et des peines, cette Partie fait en sorte que sa législation prévoie une responsabilité pénale au titre de la complicité.

 

§ 5. Chaque Partie adopte, conformément à ses principes de droit, les mesures nécessaires pour établir la responsabilité des personnes morales, qui peut être pénale, eu égard aux infractions précisées au présent article pour lesquelles une Partie prévoit des procédures pénales et des peines. Cette responsabilité est sans préjudice de la responsabilité pénale des personnes physiques qui ont commis les infractions pénales. »

Peu importe ce qu’affirme Barnier : selon cet article, les personnes physiques qui ont commis les infractions pénales consistant, par exemple, à télécharger (uploader) dans le circuit commercial (YouTube par exemple) des œuvres soumises au droit d’auteur sont bel et bien passibles, sans préjudice des peines civiles qu’elles sont susceptibles d’encourir par ailleurs, de peines pénales, l’échelle commerciale comprenant AU MOINS les actes commis à titre d’activités commerciales en vue d’un avantage économique ou commercial direct ou indirect.

Dans le cadre d’un concours, le groupe de rock Radiohead avait mis au défi ses fans de créer l’illustration vidéo la plus originale pour son album « In Rainbows ». Des émulations de cette nature sont généralement spontanées sur internet : de nombreuses œuvres téléchargées (de quelque manière qu’elles le soient) servent de fondations pour des créations nouvelles. Or, ACTA souhaite mettre un terme à ces créations, si l’aval des ayant-droits n’a pas été obtenu au préalable, ou comment tenter, tels les carabiniers d’Offenbach, de limiter à des fins purement mercantiles, au bénéfice principal des majors de la production culturelle, un univers en perpétuelle expansion… pour le pire comme pour le meilleur !

Et hop là ! Poubelle ! Merci qui ? …

« ARTICLE 24

Peines

Dans le cas des infractions précisées aux paragraphes 1, 2 et 4 de l’article 23 (Infractions pénales), chaque Partie prévoit des peines qui comprennent l’emprisonnement, ainsi que des amendes suffisamment lourdes pour être dissuasives en vue d’empêcher de futures atteintes et en rapport avec le niveau des peines appliquées pour des délits de gravité correspondante. »

Cet article est suffisamment éloquent, me semble-t-il.

Mais entrons à présent de plein pied dans le kilométrique article 27, indéniablement le plus embarrassant pour la Commission européenne. C’est celui qui a trait au piratage informatique…

« SECTION 5

MOYENS DE FAIRE RESPECTER LES DROITS DE PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE

DANS L’ENVIRONNEMENT NUMÉRIQUE

 

ARTICLE 27

Moyens de faire respecter les droits de propriété intellectuelle

dans l’environnement numérique

§ 1. Chaque Partie fait en sorte que sa législation comporte des procédures destinées à faire respecter les droits de propriété intellectuelle, telles que celles qui sont énoncées à la section 2 (Mesures civiles) et à la section 4 (Mesures pénales), de manière à permettre une action efficace contre tout acte portant atteinte aux droits de propriété intellectuelle qui se produit dans l’environnement numérique, y compris des mesures correctives rapides destinées à prévenir toute atteinte et des mesures correctives qui constituent un moyen de dissuasion contre toute atteinte ultérieure.

 

§ 2. Outre ce qui est prévu au paragraphe 1, les procédures de chaque Partie qui sont destinées à faire respecter les droits s’appliquent aux atteintes portées au droit d’auteur ou à des droits connexes sur des réseaux numériques, ce qui peut comprendre l’utilisation illicite de moyens de diffusion à grande échelle en vue de porter atteinte à de tels droits. Ces procédures sont appliquées de manière

à éviter la création d’obstacles aux activités légitimes, y compris au commerce électronique, et qui, en conformité avec la législation de cette Partie, préserve des principes fondamentaux comme la liberté d’expression, les procédures équitables et le respect de la vie privée (1).

 (1) Par exemple, sous réserve de la législation d’une Partie, par l’adoption ou le maintien d’un régime prévoyant des limitations de la responsabilité des fournisseurs de service en ligne ou des mesures correctives contre eux, tout en préservant les intérêts légitimes du détenteur du droit. »

 Le premier paragraphe confirme ce qui précède, à savoir que tant des mesures civiles que des mesures pénales s’appliqueront à qui porte atteinte aux droits de propriété intellectuelle, dans l’environnement numérique aussi. Comme si ceci ne suffisait pas, il est question également de mesures correctives rapides et de procédures équitables, portes ouvertes à une justice accélérée en cette matière, donc peu respectueuse des droits de la défense et, parallèlement, seconde atteinte possible au cinquième amendement américain.

 « § 3. Chaque Partie s’efforce de promouvoir, au sein des milieux d’affaires, des efforts de coopération destinés à contrer les atteintes portées aux marques de fabrique ou de commerce et au droit d’auteur ou à des droits connexes tout en préservant la concurrence légitime et, en accord avec la législation de cette Partie, les principes fondamentaux comme la liberté d’expression, les procédures équitables et le respect de la vie privée. »

Comment ces efforts de coopération pourraient-ils se concrétiser ? En Absurdie, tout est envisageable : pourquoi ne pas, si l’on pousse la logique à l’extrême, abroger le peer-to-peer (c’est-à-dire l’échange d’œuvres en circuit fermé, qui correspond ni plus ni moins, dans l’environnement numérique, aux CD gravés partagés entre copains, voire aux cassettes d’antan, dans lesquelles  aucune création propre n’intervenait), ou même jeter aux orties le droit à la copie privée individuelle en effaçant le media center de tous les PC et en incorporant dans tous les CD (comme c’est déjà le cas pour les DVD) un software qui n’autorise que la lecture et rend, par conséquent, toute copie impossible (comme ce fut un temps envisagé) ? …

A minima, il pourrait aussi être question de la collaboration entre des plates-formes comme YouTube et les maisons de disques ou les studios de production de cinéma. On constate, à cet égard, un regain manifeste de la traque au téléchargement illégal, certaines entreprises spécialisées en faisant même leur fonds de commerce. Celles-ci se chargent, au nom de multinationales comme Warner, Universal ou Sony (pour n’en citer que quelques-unes) d’exiger le retrait de telle ou telle vidéo d’un compte YouTube ou DailyMotion, voire celui du compte tout entier, entretenant le carrousel de l’hypocrisie cardinale sur lequel des particuliers fraudeurs s’estiment dédouanés du respect du droit d’auteur par la simple mention « no copyright infringement intended », et les entreprises susnommées engendrent de plantureux bénéfices à travers les publicités qu’elles affichent sur les vidéos pirates

 Quoi qu’il en soit, l’un des principaux problèmes de ce type de législation surannée n’est-il pas que le législateur n’a absolument aucune connaissance de ce à propos de quoi il légifère ?

 « § 4. Une Partie peut prévoir que ses autorités compétentes seront habilitées, en conformité avec ses lois et réglementations, à ordonner à un fournisseur de services en ligne de divulguer rapidement au détenteur du droit des renseignements suffisants pour lui permettre d’identifier un abonné dont il est allégué que le compte aurait été utilisé en vue de porter atteinte à des droits, lorsque le détenteur du droit a présenté des allégations suffisantes sur le plan juridique, relativement à une atteinte à une marque de fabrique ou de commerce ou au droit d’auteur ou à des droits connexes, et lorsque ces renseignements sont demandés aux fins de la protection ou du respect de ces droits. Ces procédures sont mises en œuvre d’une manière qui évite la création d’obstacles aux activités légitimes, y compris au commerce électronique, et qui, en conformité avec la législation de cette Partie, préserve les principes fondamentaux comme la liberté d’expression, les procédures équitables et le respect de la vie privée. »

Ce paragraphe va encore plus loin, puisqu’il intime aux fournisseurs d’accès à internet l’obligation de transmettre à un ayant-droit susceptible d’avoir été lésé par des téléchargements illégaux des renseignements – Lesquels ? – supposés lui permettre d’identifier le(s) fauteur(s) de troubles commerciaux. C’est l’une des mesures qui, parmi les internautes, à la CNIL mais aussi au sein des progressistes européens, fait le plus débat.

Allez donc susurrer à l’oreille de Jammie Thomas Rasset, cette mère de famille américaine condamnée en première instance, suite à une plainte de l’industrie du disque, à des dommages et intérêts de 1,9 millions de dollars pour 24 titres téléchargés illégalement, la douce sérénade du commissaire Barnier : ça la réconfortera, à coup sûr !

 « § 5. Chaque Partie prévoit une protection juridique appropriée et des sanctions juridiques efficaces contre la neutralisation des mesures techniques efficaces (1) qui sont mises en œuvre par les auteurs, les artistes interprètes ou exécutants ou les producteurs de phonogrammes dans le cadre de l’exercice de leurs droits à l’égard de leurs œuvres, de leurs interprétations ou exécutions et de leurs phonogrammes et qui restreignent l’accomplissement d’actes à cet égard qui ne sont pas autorisés par les auteurs, les artistes interprètes ou exécutants ou les producteurs de phonogrammes concernés ou permis par la loi.

 (1) Pour l’application du présent article, mesure technique s’entend de toute technologie ou de tout dispositif ou composant qui, dans le cadre normal de son fonctionnement, est conçu pour prévenir ou restreindre l’accomplissement, à l’égard d’œuvres, d’interprétations ou d’exécutions ou de phonogrammes, d’actes qui ne sont pas autorisés par les auteurs, les artistes interprètes ou exécutants ou les producteurs de phonogrammes, conformément à ce que prévoit la législation d’une Partie. Sous réserve de la portée du droit d’auteur ou des droits connexes prévue par la législation d’une Partie, des mesures techniques sont réputées efficaces lorsque l’utilisation d’œuvres, d’interprétations ou d’exécutions ou de phonogrammes protégés est contrôlée par les auteurs, les artistes interprètes ou exécutants ou les producteurs de phonogrammes grâce à l’application d’un contrôle de l’accès ou d’un processus de protection tel le chiffrement ou l’embrouillage, ou un mécanisme de contrôle de la copie, qui permet de réaliser l’objectif de protection.

 Cela se confirme : bienvenue en Absurdie ! Parce que l’industrie du disque s’effondre, parce qu’elle s’est contentée, deux décennies durant, d’engranger le fric généré par la vente de CD sans prévoir le moindre business plan pour l’ère qui suivrait, et parce que cette industrie de petits agents de marketing foireux s’est assurée (contre monnaie sonnante et trébuchante, ou juste un chantage à l’emploi ?) le soutien de quelques politiciens moribonds, voilà que se trouvent remis en question des droits élémentaires tels que la copie individuelle, alors que personne n’en avait jusqu’alors contesté le bien-fondé.

 « § 6. Dans le but de prévoir la protection juridique appropriée et les sanctions juridiques efficaces visées au paragraphe 5, chaque Partie prévoit au moins une protection contre:

 a)      dans la mesure où sa législation le prévoit:

 i) la neutralisation non autorisée d’une mesure technique efficace exécutée en le sachant ou en ayant des motifs raisonnables de savoir; et

ii) l’offre au public par voie de commercialisation d’un dispositif ou d’un produit, y compris des logiciels, ou encore d’un service comme moyen de contourner une mesure technique efficace; et

 b)      la fabrication, l’importation ou la distribution d’un dispositif ou d’un produit, y compris des logiciels, ou la prestation d’un service qui:

 i) est conçu ou produit principalement en vue de contourner une mesure technique efficace; ou

ii) n’a aucune application importante du point de vue commercial si ce n’est la neutralisation d’une mesure technique efficace (1).

 (1) Lors de la mise en œuvre des paragraphes 5 et 6, une Partie n’est pas tenue d’exiger que la conception d’un produit électronique de consommation, d’un produit de télécommunication ou d’un produit informatique, ou la conception et le choix des parties et composants d’un tel produit, prévoie une réponse à une mesure technique particulière, pourvu que le produit ne contrevienne pas d’une autre manière aux mesures de mise en œuvre de ces paragraphes. »

 Ce paragraphe peut se résumer en une phrase : à bas les logiciels libres, car seule une application importante du point de vue commercial mérite considération !

 « § 7. Pour protéger l’information sur le régime des droits sous forme électronique (1), chaque Partie prévoit une protection juridique appropriée et des sanctions juridiques efficaces contre toute personne commettant de façon délibérée et sans autorisation l’un des actes suivants en sachant ou en ce qui concerne les mesures correctives civiles en ayant des motifs raisonnables de savoir que cet acte aura pour effet d’inciter, de permettre, de faciliter ou de dissimuler une atteinte à un droit d’auteur ou à des droits connexes:

 a) supprimer ou modifier l’information sur le régime des droits sous forme électronique;

 b) distribuer, importer pour distribution, diffuser, communiquer, ou mettre à la disposition du public des exemplaires de l’œuvre, des interprétations ou des exécutions, ou des phonogrammes, en sachant que l’information sur le régime des droits sous forme électronique a été supprimée ou modifiée sans autorisation.

 (1) Pour l’application du présent article, information sur le régime des droits s’entend:

 a) de l’information qui identifie l’oeuvre, l’interprétation ou l’exécution, le phonogramme, l’auteur de l’oeuvre, l’artiste interprète ou l’exécutant, le producteur du phonogramme ou tout autre titulaire d’un droit sur l’oeuvre, l’interprétation ou l’exécution, ou le phonogramme;

 b) de l’information sur les modalités de l’utilisation de l’oeuvre, de l’interprétation ou de l’exécution, ou du phonogramme; ou

 c) de tout numéro ou code représentant l’information décrite aux alinéas a) et b) ci-dessus, lorsque l’un quelconque de ces éléments est joint ou à un exemplaire de l’oeuvre, de l’interprétation ou de l’exécution, ou du phonogramme ou apparaît en relation avec leur communication ou la mise à disposition du public d’une oeuvre, d’une interprétation ou d’une exécution, ou d’un phonogramme.

 

§ 8. Lorsqu’elle prévoit une protection juridique appropriée et des sanctions juridiques efficaces en vertu des dispositions des paragraphes 5 et 7, une Partie peut adopter ou maintenir des limitations ou des exceptions appropriées aux mesures mettant en œuvre les dispositions des paragraphes 5, 6 et 7. Les obligations énoncées aux paragraphes 5, 6 et 7 sont sous réserve des droits, limitations, exceptions ou moyens de défense relatifs aux atteintes portées au droit d’auteur ou à des droits connexes prévus par la législation d’une Partie. »

Vous avez survécu ? Félicitations !

Toute plaisanterie à part, le sujet mérite sa dose d’indignation, car seuls deux principes valent la peine d’être inscrits dans le marbre dans tout ce débat :

 1/ Peu importe les intermédiaires rentiers que sont les multinationales du disque et de la production cinématographique, C’EST LE STATUT DES ARTISTES EUX-MEMES QU’IL S’AGIT DE PROTEGER : ceux-ci doivent pouvoir vivre de leur création !

Partons du principe que, malgré quelques abrutis, présents sur internet comme ailleurs, la majorité des internautes souscrivent à cet objectif. Si tel n’était pas le cas, il faudrait les y sensibiliser.

Il n’en demeure pas moins que cette situation est peu propice à l’émergence de nouveaux talents véritables, selon les canons de la création de la fin du siècle dernier. CECI DOIT DONC DEVENIR LE PREMIER AXE DE LA REFLEXION. Les artistes disposent aujourd’hui d’une liberté potentielle qui leur permettrait, en s’unissant, de devenir les véritables maîtres de leur destinée, les véritables détenteurs de droits, les véritables producteurs. Les pouvoirs publics doivent les y aider !

 2/ Système capital-corporatiste n’est pas système libéral, et système libéral n’implique pas système mercantile : tout ce qui est susceptible d’accroître les échanges entre individus et la mise en commun de créations personnelles doit être encouragé. INTERNET, C’EST CE QUE SES UTILISATEURS EN FONT, pas ce que de vieux papys encravatés qui font office de presse-boutons pour des lobbies divers et variés décident, en toute méconnaissance de cause, qu’ils peuvent en faire !

EN CONSEQUENCE, J’EXIGE, COMME L’IMPOSANTE MAJORITE DES INTERNAUTES, LE RETRAIT IMMEDIAT D’ACTA, L’ABANDON DE TOUTE POLITIQUE REPRESSIVE A L’EGARD DES INTERNAUTES ET L’EXAMEN DE TOUTES INITIATIVES QUI PERMETTENT LA REALISATION DES OBJECTIFS CI-DESSUS ENONCES, A COMMENCER PAR LA LICENCE GLOBALE.

  

En guise de conclusion finale à cet article, je voudrais attirer votre attention sur  L’UN DES SCANDALES LES PLUS EFFROYABLES EN MATIERE DE PROPRIETE INTELLECTUELLE, auquel ACTA n’a pas estimé utile de donner un nom : LE SOUTIEN, AU NOM DE LA PROPRIETE INTELLECTUELLE, A DES ENTREPRISES PHARMACEUTIQUES OCCIDENTALES (dont les bénéfices sont par ailleurs plantureux) QUI DENIENT A DES FABRICANTS INDEPENDANTS, indiens pour la plupart, LE DROIT INCONDITIONNEL DE PRODUIRE DES MEDICAMENTS GENERIQUES A L’ATTENTION DE POPULATIONS DU TIERS-MONDE, pour l’essentiel africaines, ATTEINTES DE PANDEMIES GUERISSABLES ! LE PROFIT AVANT LA VIE : ABJECT !!!

 

ACTA NE PASSERA PAS ! MAIS RESTONS VIGILANTS VIS-A-VIS DE SON EMBRYON COMME DE SES CLONES, tant au niveau européen (6) qu’à l’échelle nationale, comme nous y encourage l’extrait de presse suivant :

 _________________

« 18 novembre 2009

Saisies de médicaments : une directive à revoir ! (7)

Au vu des saisies répétées de médicaments destinés à l’Afrique par les douanes européennes, Oxfam appelle à une révision rapide des réglementations en vigueur.

Oxfam-Solidarité accueille avec satisfaction le communiqué de presse commun de l’Administration des Douanes et Accises et de l’Agence Fédérale les Médicaments et des Produits de Santé (AFMPS). Ce communiqué confirme finalement que les médicaments saisis en 2008 l’ont été sur base de violations des règles de marque et d’une analyse de qualité, ce sur quoi Oxfam-Solidarité émettait des doutes.

C’est surtout cette analyse qualitative qui nous semble devoir justifier la confiscation de médicaments par les douanes belges, du fait des effets gravissimes que ceux-ci peuvent entraîner en matière de santé publique dans les pays en développement. La douane semble donc avoir mené ici un très bon travail qu’Oxfam tient à saluer.

Toutefois, le problème des saisies répétées menées au niveau européen ne peut être passé sous silence. Des 22 saisies opérées l’année passée dans l’Union européenne, 19 ont concerné des médicaments irréprochables en matière de qualité.

Une directive qui pose problème
« Depuis que la directive 1383/2003 a été ratifiée, nous constatons que les saisies de médicaments sont principalement motivées par des questions de droit de propriété intellectuelle, explique Xavier Declercq, Directeur du Programme Nord d’Oxfam-Solidarité.

« La directive instaure un cadre qui ne permet pas de discerner les médicaments en fonction de leur qualité. Il en découle que certaines autorités douanières au sein de l’Union européenne procèdent à des saisies de médicaments répondant parfaitement aux normes de qualité de l’Organisation Mondiale de la Santé, portant par-là atteinte à la santé publique des pays en développement. »

L’Inde et le Brésil se préparent à agir
La directive 1383 permet aux États membres de l’UE d’intercepter les médicaments en transit sur leur territoire et élargit la notion internationalement reconnue de ‘contrefaçon’.

« Il s’agit là d’une manière inacceptable d’internationaliser le cadre d’interprétation européen des droits de propriété intellectuelle, cadre principalement favorable au lobby pharmaceutique, poursuit Declercq. C’est d’ailleurs du fait de ce caractère extraterritorial que l’Inde et le Brésil pensent à porter plainte contre l’UE dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce. »

« Si nous saluons donc le travail effectué par les douanes belges dans ce dossier, nous continuons toutefois à demander à la Belgique qu’elle s’efforce, au niveau européen, de faire passer les intérêts commerciaux derrière la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Le Ministre de la santé doit dénoncer la politique des ‘double standards’ de la Commission européenne dans la question de l’accès à la santé. Une solution doit être trouvée au plus vite pour mettre fin aux problèmes d’accès aux médicaments causés par la directive 1383. » »

 ____________

(1)    Texte entier de la proposition de traité ACTA disponible ici : http://register.consilium.europa.eu/pdf/fr/11/st12/st12196.fr11.pdf

(2)    C’est le même Barnier, un ancien apôtre de Chirac, qui fanfaronnait la semaine dernière en conférence de presse à propos de la pseudo-réforme bancaire européenne qui, parce qu’elle s’abstient de scinder les activités de dépôt et de crédit d’une part, et les investissements à risque susceptibles d’être à la base d’une nouvelle crise bancaire d’autre part, n’est pourtant que la très pâlotte copie de ses consœurs américaine et britannique. Un comble !

Lire, à ce propos, le dossier constitué par la banque Triodos (pp. 8 – 11) : http://www.triodos.be/downloads/downloads-fr/triodos-magazine/la-couleur-de-l-argent-119.pdf

(3)    Source : http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/guerric-poncet/libertes-sur-internet-pourquoi-l-acta-fait-rugir-21-02-2012-1433667_506.php

(4)    Source : http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/guerric-poncet/la-cnil-europeenne-en-guerre-contre-l-accord-anti-contrefacon-26-04-2012-1455285_506.php

(5)    Source : http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/guerric-poncet/acta-michel-barnier-veut-faire-sauter-les-verrous-29-05-2012-1466392_506.php

(6)    Texte du « règlement (CE) 1383/2003 concernant […] les mesures à prendre à l’égard de marchandises portant atteinte à certains droits de propriété intellectuelle » : http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2003:196:0007:0014:fr:PDF

(7)    Source : www.oxfamsol.be/fr/Saisies-de-medicaments-une.html

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Sommaire autoportrait primitif et très narcissique…

… sans atelier ni matériel ad hoc, et dont le rendu informatique n’est, en outre, ni complet, ni suffisamment détaillé.

Nature : dessin + collage

Outils : feuille A4, crayons de couleur, feutres, feutres fluorescents, photos diverses dénichées sur la toile

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(ajout du 2 novembre 2014)

Auto-interview ‘STARchitecte’…

Tandis qu’approche l’épilogue de cette expérimentation scripturale, nous tenions à tendre notre micro à celui qui l’a initiée. Par pure curiosité. Voici donc, sous forme de signes, ce que ce dernier a consigné…

***

Cela fait quelques années que vous bloguez à présent, sous votre nom propre et sous pseudonyme. Qu’est-ce qui vous a incité à choisir ce mode d’expression ?

Certains jouent aux mots croisés, d’autres au Sudoku, non ?

Précisément ! Vous ne préféreriez pas le Sudoku ?

Joker !

Mais, plus sérieusement…

Si vous voulez des réponses sérieuses, posez d’autres questions ! J’ai essayé, pendant plusieurs années, de changer le système de l’intérieur… jusqu’à ce que je me rende compte que ça ne servait strictement à rien, même en ce qui concerne les personnes les plus fragilisées, et malgré l’évolution supposée de la démocratie, au fil des siècles et des dernières décennies. Je n’ai, à mon niveau, cessé de tirer la sonnette d’alarme quant aux dérives en cours. Je souhaitais davantage d’implication concrète des militants auprès de ces personnes. Il m’a été répondu par un coup de poing : « fais-le, toi. Nous, on n’a pas le temps. Et puis, ce n’est pas le rôle de la politique ». Engagez-vous, qu’ils disaient… Been there, done that

Le système politique se duplique, et avec lui sa médiocrité. Il se suffit à lui-même, et ne requiert aucun apport extérieur. S’il coopte, c’est pour reproduire les mêmes schémas… en nombre (restreint). Il faut voir l’arrogance des jeunes vétérans et des vieilles mioches qui s’y casent. Il y a certes, à ses franges, lorgnant vulgairement vers son centre, quelques groupuscules qui feignent de ne pas s’en contenter, mais la plupart de ceux qui s’y situent continuent, les béni-oui-oui, d’appliquer les mêmes recettes éculées, et ils en font partie ! Comment voulez-vous parvenir à un résultat distinct avec les mêmes ingrédients et la même préparation ? On ne peut pas dire à la fois : « changez » et « moulez-vous dans l’existant », assorti de quelques adaptations cosmétiques, si ? Il faut les voir, ces jeunes engagés, répéter, sur le front de l’indignation mise en scène, les mêmes gestes convenus, réitérer les mêmes phrases creuses, avec la délectation de l’élève favori, pour se rendre compte de l’étendue du désastre. Rien, ils n’apportent rien ! Ils ne produisent rien !

Tous des fossiles (en puissance), en somme, c’est ce que vous dites ?

Comme tant d’autres, de ‘sans-culotte’ à ‘terroriste’, ce terme est utilisé initialement par ceux qui détiennent le pouvoir (ou s’imaginent le détenir) afin de caractériser, d’une part, ceux qu’ils ont tenté, sans succès, d’embrigader, et, d’autre part, ceux qui ne parviennent à se défaire de leur barbarie : l’on n’est fossile que selon une certaine perspective, sauf à considérer péremptoirement qu’il n’y en a qu’une, dès lors totalitaire. Et nul fossile ne peut être tenu responsable d’une projection déçue, ni même en être qualifié de partie prenante ! Mais, pour répondre à votre question, oui, ces milieux-là contiennent des fossiles à la pelle. Seuls leur refoulement postfreudien et leur autosuggestion du contraire leur permettent d’échapper temporairement à cette réalité. Leurs corps bougent ; leurs esprits sont inertes !

Mais n’est-ce pas soi-même qu’il faudrait plutôt changer ?

Vous voulez mon poing sur la gueule ? Vous pensez que je suis le même que celui que j’étais il y a cinq, dix, quinze, vingt ans ? Vous pensez que tous ces apparatchiks changent pour le meilleur, que leur logique figée et autiste, ainsi que leur passion exclusive et délétère pour les chiffres, signalent en eux un surcroît d’humanisme ? Vous pensez que ceux qui se situent au sommet de la pyramide des possédants passent leur temps à faire leur autocritique plutôt qu’à mouler la société entière à leur avantage ?! Leur réaction à la dernière crise bancaire en date devrait vous fournir une indication…

Vous êtes communiste ?

Comme pour donner raison à Platon quant à l’incompatibilité entre les idées pures et le monde des vivants, l’URSS et le maoïsme se sont avérés, dans leur traduction concrète, des aberrations coupées tant du réel que du besoin d’horizon. L’idéologie du capitalisme corporatiste est du même acabit. Toutes ces idéologies sont systémiques. Toutes trois sont réductrices. Toutes trois annihilent le potentiel, commun et individuel. Toutes trois s’efforcent, par des tactiques distinctes, de faire taire la dissension, donc la diversité. La seule différence, c’est que la dernière d’entre elles doit sa plus grande longévité relative à la plus grande subtilité de sa tactique. Mais, comme l’indiquent, ici et là, des exemples de répression de plus en plus violente, elle aussi commence à dévoiler son vrai visage. Et elle aussi compte ses partisans étourdis et manichéens de la dernière heure. Enfin, elle aussi périclitera, croyez-moi…

billet de banque US

Pourquoi pensez-vous qu’elle n’a pas encore périclité ?

Parce qu’elle est parvenue, au prix de la ruse, de l’instrumentalisation de la bêtise, de l’accaparation dominatrice, de l’ultra-segmentation du temps vécu, de l’entretien de coteries de souris appelées à s’affronter les unes les autres, inlassablement, sous le regard malicieux des chats, ainsi que du clonage de son pouvoir, destiné à faire oublier que ce dernier est Un, lui aussi, in fine, à faire diversion par l’entremise des écrans, sans lesquels elle apparaîtrait aussi monstrueuse que les deux autres systèmes déjà cités. Chomsky dit : « la manière la plus habile de maintenir les gens dans la passivité et la soumission est de limiter strictement le spectre des opinions acceptables, tout en permettant un débat très intense dans le cadre dudit spectre ».

D’où pensez-vous qu’ont surgi des néologismes barbares tels que ‘complotiste’ ou ‘conspirationniste’, par exemple ? Quelle est la raison pour laquelle, en dépit du fait que certaines d’entre elles méritent la qualification, de plus en plus de voix dissonantes se font taxer d’antisémitisme, voire de révisionnisme, dans des contextes sans le moindre rapport avec la définition historique de ces mots ? Pourquoi telle ou telle gourde de plateau de télé (Le terme est à prendre ici dans sa neutralité quant au genre des gourdes concernées…) assimile-t-elle les anarchistes du Black Bloc de Sivens qu’elle croit reconnaître dans les manifestants qui s’opposent à la construction d’un barrage local (votée les mains jointes par une UMPS qui conçoit encore la démocratie comme un blanc-seing accordé a priori pour une période pluriannuelle par une éjaculation d’isoloir collective) à une émulation de groupuscules d’extrême-droite ? Parce que le système et ceux qui lui doivent leur petite place paniquent, et parce que le spectre qu’évoque Chomsky ne cesse de se rétrécir.

L’une des manifestations les plus éclatantes de ce rétrécissement est le débat houleux qui agite, en ce moment, et pour la deuxième année consécutive, les Pays-Bas. Quant à savoir si l’ancien dircab du ministre de la Justice Demmink a effectivement violé quantité de jeunes créatures prépubères, allant jusqu’à tuer l’une de celles-ci (par mégarde, dit-on), sous l’œil complaisant des grands clercs du cru, comme il en est accusé ? Quant à savoir si l’austérité draconienne à l’origine de coupes sombres féodales dans les budgets sociaux mènera la nation vers les abysses à une vitesse accélérée, au lieu de la propulser vers les sommets ? Think again : le débat dont question, d’une virulence presque comparable au hooliganisme qui empeste certains matches de football, et dont les médias conventionnels ne sont que trop ravis de faire leurs choux gras, consiste à savoir si le Père Fouettard est ou non un symbole de racisme. Le pays entier est appelé à se prononcer, tandis qu’en douce et en coulisses, les compromissions habituelles constituent, bien sûr, comme hier, l’ordre du jour.

Ce summum de la crétinerie cynique qui semble s’auto-alimenter, postérieur au déluge anti-burqa, à l’assassinat de ‘mademoiselle’, à l’Affaire des Apéros géants, et autres détails, et antérieur, par la force des choses, au summum suivant, ne devrait pas laisser de marbre : plus le pouvoir (en ce compris journalistes et chroniqueurs) constate que les gens ordinaires y sont réceptifs, plus il y voit un filon à exploiter… jusqu’à l’absurde ! Pourtant, lorsque la carrosserie d’une voiture est rouillée et présente des fissures importantes, ce n’est pas à une boîte à gants défectueuse que son propriétaire devrait dédier son attention ! Remarquez, en outre, que ces sujets d’actualité sortis de nulle part impliquent bien souvent, fût-ce par l’entremise de porte-voix bourgeois, des communautés diversement fragilisées, qui devraient avoir d’autres chats à fouetter plus urgemment, mais se laissent prendre au piège…

Vous me demandiez tout à l’heure pourquoi je m’étais mis à bloguer. Je pourrais paraphraser la réponse que je vous ai donnée en vous disant que mes idées, mes propos, mes ambitions (de même que les idées, les propos et les ambitions de tant d’autres) ne cadrent pas dans le spectre, et que je voulais qu’elles fussent exprimées malgré tout, la trace qu’elles laisseront fût-elle infinitésimale et sujette à censure inavouée. Or, parmi les outils à ma disposition, l’informatique était encore le plus démocratique, le blog le plus adapté à mon mode d’expression.

Vous tapez dur…

Mon clavier ne cesse de me le reprocher… Mais souvenez-vous de la singularité et de l’intransigeance dont parlait Foucault. C’était dans Le Monde, en 1979, si mes souvenirs sont bons… C’était l’année internationale de l’enfance… Areu ! Au respect à témoigner à cette singularité s’ajoute, chez moi et dans mes écrits (à peu d’égards à ceux de Foucault comparables), le dégoût de l’abus de position dominante en général, en particulier à l’égard de tous ceux – et ils sont en nombre majoritaire ! – vis-à-vis desquels non point tant le destin que ceux à l’égard desquels il importe d’être intransigeant se montrent avares, et en particulier si ladite position est usurpée. Et puis, qu’est-ce donc que taper dur dans le consensus mou du plus petit commun dénominateur, par mots interposés ? Les révoltés épidermiques d’hier semblent s’être alliés, après une récupération facile, à leurs adversaires pour interdire à ma génération ainsi qu’à toutes les suivantes ce que la leur s’était autorisée. Et, mués en technocrates bons vivants, ils entendent balayer la poésie du même coup ! En affirmant qu’il est concevable d’interdire, mais interdit de contraindre, tué-je le père ?…

Vous vous y croyez, en fait… ?

Où donc ?

Y, bien sûr…

C’est tout de même curieux qu’on demande ça à un type qui ne recherche pas la gloire, se fout du marketing et essaie de rester vrai, ne cherche donc pas à tromper (que ce soit pour vendre sa camelote ou pour toute autre raison), et n’a de cesse d’apporter des éclairages originaux sur les divers débats du moment. Allez poser votre question à Lady Stromae, ou encore à Bart Cohn-Valls, par exemple… Moi, si je n’ai rien à dire, je me tais ! Et je n’ambitionne pas de recevoir la moindre légion d’honneur : qui sont ceux qui me la remettraient pour s’approprier ce mot et ce dont il est porteur ?!

Certains vous trouvent arrogant. D’autres croient détecter en vous une certaine jalousie…

Qu’ils se regardent donc dans un miroir ! Mes positions et la manière dont je les exprime ne sont pas motivées par l’ego. Vous aurez remarqué que je ne tape que sur les oppresseurs, et que je défends des causes, à travers des principes. Donc, en matière de psychanalyse, vous aurez, cette interview exceptée, la gentillesse de repasser. Je ne me suis jamais prétendu infaillible, mais, sur les divers terrains que j’ai abordés ici, qui sont ceux de tous les hommes, j’attends encore la première contradiction pertinente, le débat, la discussion…

Mais qui êtes-vous pour vous ériger en chevalier blanc ?

Est-ce faire preuve d’héroïsme que de choisir d’être l’un de ceux qui, contrairement à la plupart, ne se soumettent pas à la loi du plus fort, à l’ordre ambiant, ni à quelque doctrine ou discipline politique qui renvoie le militant à la racine latine du mot qui le définit, et attend de lui qu’il se comporte en conséquence ? Je n’attends ni d’imposteurs ni des masses la permission d’exercer mes droits d’être humain, et, comme j’appelle chacun à le faire, j’appréhende l’argument d’autorité à l’aune de sa véritable valeur : inexistante ! Je n’invite pas à faire fi de tous les repères, de toutes les structures, mais j’encourage à questionner leurs formes et leur nature ; je suggère avec aplomb d’évaluer la pertinence des règles, et de mettre en demeure ceux et celles qui les conçoivent, de même que ceux et celles qui les mettent en pratique.

Vous avez trouvé la voie… Vous êtes un guide… Un gourou ?… Un führer ?…

Je propose une voie, qui puise ses racines chez nombre de mes prédécesseurs humains. Ce n’est pas la voie de la facilité, des copinages réglés, des postes et des places que l’on assigne ou dont on gratifie tantôt les moins méritants, tantôt ceux chez qui l’on a détecté du potentiel, et que l’on cherche, par conséquent, à museler par la bande.

Cette voie, je ne l’impose à personne. C’est leur propre critique que ceux qui vivent de faux-semblants, se repaissent de superficialité élitaire et chérissent l’esprit de cour sont amenés à faire, en la matière. Ce sont eux qui, gorgés d’autosatisfaction mais les pieds dans la boue du paraître, subjuguent pour imposer, comme eux aussi se sont vu imposer par subjugation. L’injustice du monde vous convient ? Vous voulez y contribuer à votre manière ? La superficialité est votre marque de fabrique, mieux, votre raison d’être ? Très bien, mais foutez-moi la paix ! J’insiste !! Et je ne vous dérangerai pas, si vous êtes le commun des mortels. Vous aspirez à autre chose, au contraire ? Très bien, je le lirai dans vos yeux, à travers la lueur, fût-elle timide, qui se dégagera de votre regard, le savourerai dans votre esprit, à travers la musique de vos silences, de vos paroles, de vos hésitations. Il n’y a d’autre code que le respect. Le reste est liberté !

Vous pensez que tout le monde vous en veut ?

Mais cessez donc de mettre de l’émotion où il y a de la rationalité, et de la pseudo-rationalité où il y a de la sensibilité, bon sang ! Je pense que l’être humain n’a pas à se donner entièrement à la société, et je dénonce le pseudo-contrat social contemporain d’autant plus virulemment qu’il a été sabordé par le haut, que nos sociétés sont devenues mussoliniennes sans s’en rendre compte, que le collectivisme est devenu corporatiste, et que les droits de l’individu sont ignorés. Le contrat social est mort, et ce n’est pas moi qui suis responsable de son décès. C’est à lui, pourtant, que des bataillons de muets, d’aveugles et de sourds volontaires continuent, le changement en rêve, de faire plus ou moins l’amour, nuit après nuit. C’est cette nécrophilie qui meut nos sociétés. Et c’est à elle, qui en vie se déguise, que je m’en prends !

Vous parlez très peu de vous-même…

Que voulez-vous que je vous dise ? Que j’ai chié ce matin, à 9h57 précises, après m’être levé, que je me suis branlé ensuite sur du Johan Volny, que je m’apprête à concocter un succulent spaghet’, que je sortirais bien à la Démence, ce soir, où je rencontrerais de gros ursidés balourds et cocaïnomanes ou de fines tiges semi-efféminées obsédées par leur plastique, à propos desquels je ferais un sketch vidéo super-drôle posté sur YouTube dans la foulée, que demain j’écrirai une lettre incendiaire à la petite pute qui me sert d’avocat ? Il y a Norman et ses semblables pour ça, l’ami ! Dans ce blog, je suis à travers ce que j’exprime du monde, et, si vous y réfléchissez un instant, un tel dévoilement personnel est bien plus riche que toutes les rodomontades narcissiques des petits coqs qui assiègent notre écran, quel qu’il soit.

Vous regardez beaucoup de porno ?

Que ne vous mêlez-vous de vos affaires ! Est-ce que je viens vous enfoncer un doigt dans le cul pendant que vous baisez comme un crétin ? Est-ce que je fais de même avec son chapelet à celui qui touche des gosses ? Est-ce que je souffle dans la chatte de la dernière pimbêche frigide venue lorsqu’elle se fait mettre par son mec, élégant pourtant, contre son goût ? Mon porno n’est pas le vôtre, Monsieur ! Dans le mien, point de corruption en liquide imprimé ! Point de ces truies qui gueulent comme des sujets d’exorcisme, de ces rôles pré-assignés, de cette domination exclusive et mortifère, de cette esbroufe, qui tous et toutes signalent un inconfort malhabilement dissimulé et une communication puérile : les homards ne sont pas ceux que l’on croit !

Votre langage est châtié. Doit-on vous appeler ‘de Baele’ ?

Surtout pas ! Mon langage est ce que j’en ai fait depuis ce jour lointain où je me suis découvert pour la langue une passion. Chacun parle comme il le souhaite, moi y compris. Et il n’est pas nécessaire de parler comme moi pour me parler. Si c’est feint, c’est même profondément irritant. La langue est un héritage. J’essaie, avec un style qui m’est propre, de lui rendre hommage, tout en la laissant vivre.

Tout ce que vous écrivez, vous le pensez ?

Allez savoir…

 

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« Pose suggestive » (8e et dernière partie)

Boards Of Canada, 1969

–       Tain, elle est longue, la tienne, mec…

–       Ouais, mais la tienne est trop grosse…

En deux semaines, Jewls et Hagan avaient appris à bien se connaître. Ils avaient fait quelques poses supplémentaires ensemble et, malgré les quelques cris d’orfraie de mon visiteur occasionnel, qui étaient prévus au programme, leur saut à l’élastique s’était déroulé sans encombre.

–       Tu sais qu’il m’a joui dans la bouche, ce con !

–       Je jouis beaucoup, sorry…

–       Pas grave, mais ton sel m’a donné faim. On va manger ?

–       D’accord, faisons une pause…

Pour la première fois, ma relation à Hagan sortait du cadre scénarisé. Je découvris un jeune homme gai – sans mauvais jeu de mots –, bon vivant, qui aimait la bonne chère et les bonnes blagues. Ca avait l’air de cliquer entre lui et mon nouveau mec. Avec moi, ça cliquait depuis longtemps…

–       Lequel de vous deux a eu l’idée du miroir ?

–       C’est moi. Ca t’as plou ?

–       Au début, j’étais réticent. Mais, tout compte fait, c’était intéressant. Je ne sais pas si je l’aurais fait avec n’importe qui, mais ton mec est sympa et canon, donc ça aide…

–       Avec plaisir, sourit Julien.

–       Ca me rappelle un tube de Sonic Youth… Je sais pas si vous connaissez ?

–       Moi, ça me dit rien.

–       Moi, le nom me dit vaguement quelque chose. Il y a un pote qui écoute parfois ça à l’Aca… C’est ce qui s’appelle la new wave, non ?

–       Certains disent no wave, d’autres rangent ça du côté du shoegazing, mais ce ne sont que des étiquettes. C’est du rock, quoi, pas au sens où Elvis l’entendait, mais c’est du rock.

–       Et pourquoi t’as pensé à ça ?

–       Il y a une chanson sur l’un de leurs albums qui parle d’un miroir. Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, mais le son est colossal ! Allez, c’est quoi le titre, putain ?!?

–       Tou connais un peu les paroles ?

–       Attends, laisse-moi me souvenir… Je pense que c’est un truc du style : « Time takes its crazy toll / And how does your mirror grow / You’d better watch yourself when you jump into it / Cuz the mirror’s gonna steal your soul… Et après, je sais plus.

–       Ca a l’air cool. T’as le CD ?

–       Ouais, mec !

–       Ben, apporte-le la prochaine fois. On l’écoutera ensemble…

–       Deal !

–       Il est tres heures, les gars, et il fait radios à l’extérieur. Ca vous dirait qu’on aille se promener ?

–       C’est pas une mauvaise idée, parce qu’avec ce qu’on a mangé, je suis assez ballonné, moi. Je ne sais pas si je pourrais prendre aussi facilement la pose que tout à l’heure…

–       On va où ?

–       On peut aller faire oun tour en forêt de Soignes. C’est à peine à oun kilomètre d’ici…

–       OK, allons-y…

Pendant que Hagan roulait un bon gros Bob et que Julien remplissait son sac à dos de poires pour la soif, je m’éclipsai rapidement dans la salle de bain pour me refaire une beauté. Ils méritent bien ça, mes hombres

–       T’oublies pas ton G, bébé…

–       T’en fais pas, mon amour…

J’ouvris la porte. Hagan attendait déjà sur le palier. Je m’approchai de lui, effleurai sa joue gauche avec la paume de ma main, puis la droite avec son revers, pour enfin me laisser aller à faire ce dont j’avais envie depuis le premier jour : je poussai gentiment mon modèle contre le mur, m’emparai de sa nuque avec mes mains et le gratifiai de l’un des French kisses les plus torrides de ma jeune existence. Julien, qui venait de fermer la porte à clé, n’en revenait pas.

–       Bon, c’est pas tout ça, les tourtereaux, on est go ?…

Fink, Walking In The Sun

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