Anne Frank, une histoire universelle de tous temps…

Il y a environ un mois, de passage dans la belle et douce ville d’Amsterdam, je me promenais le long du canal des princes lorsque m’est venue l’idée de visiter la maison d’Anne Frank…

Le journal de la petite fille, emblématique à plus d’un titre, fait partie des ouvrages obligés dans la plupart des écoles secondaires de l’enseignement belge. Mais visiter le lieu où elle et une partie de sa famille ont vécu, contraints et forcés, comme des reclus après leur départ à la hâte d’une Allemagne nazifiée, constamment menacées par une armurerie d’épées de Damoclès, sous la forme d’autant de dénonciations anonymes possibles, est beaucoup plus poignant encore.

On peine à s’imaginer comment il est possible pour une société de tomber aussi bas, d’en vouloir à une enfance anonyme elle aussi, uniquement parce que le discours dominant vilipendait et stigmatisait une communauté déterminée.

Au fur et à mesure que je m’enfonçais dans ces ruines du souvenir, j’ai tenté, autant que faire se pouvait, de m’imaginer ce que la jeune victime malgré elle avait pu traverser d’épreuves indicibles, ce qu’elle avait pu vivre de frustrations et de vexations. Vaine prétention, bien sûr, puisque je savais que quelques heures plus tard, je recouvrerais, quant à moi, ma liberté. Mais c’était bien là le minimum…

Malgré les subtils appels au calme et au silence en guise de témoignages de respect envers les lieux, mais surtout envers les malheureux fantômes qui le hantent encore, nombreux étaient ceux, parmi la nuée de touristes nauséabonds, qui se hélaient l’un l’autre : « Eh, viens voir ça ! » ou encore « Putain, t’as vu ? » Autant de gifles à la Mémoire… D’autres donnaient l’impression de visiter le premier musée de dentelles venu : un rapide coup d’œil aux photos des expiatoires victimes, la récitation à voix haute, à la manière du mainate, des quelques noms affichés trahissaient en vérité le peu d’intérêt humain qu’ils prêtaient au parcours qu’ils suivaient, bon gré mal gré.

Car c’est bien d’un parcours qu’il est question : on ne sort pas de cette maison amstellodamoise du temps jadis comme on y est entré. Cet anti-musée nous rappelle, en effet, ce qui compte vraiment, ce qui unit par-delà les apparences diverses. Aujourd’hui plus que jamais, sans doute, ce rappel d’une Humanité commune est indispensable. Car la barbarie systémique, les préjugés à l’emporte-pièce, les communautarismes hermétiques refont cruellement surface !

A titre posthume, Otto Frank, le père d’Anne, nous le rappelle : « ce qui s’est déroulé, nous ne pouvons le changer. La seule chose que nous puissions faire, c’est apprendre du passé et nous rendre compte de ce qu’impliquent la discrimination et la traque de gens innocents. A mon estime, chacun a le devoir de combattre les préjugés. » (1)

Sont-ce les préjugés qui ont amené les conservateurs de la maison à l’équiper d’un arsenal de caméras ? Où est-ce l’obscénité de tel ou tel, qui aurait donné lieu à des tags malvenus ou à des déprédations diverses, voire leur seule éventualité, qui les y a poussés ? Prudence est mère de sûreté et de telles précautions sont très compréhensibles de nos jours, mais je n’en ai pas moins regretté d’être observé par des machines dans un endroit comme celui-là. Car les émotions, très profondes, qu’il suscite sont intimes. Et filmer l’intimité ne s’impose pas…

« Chère Kit », écrit Anne Frank, « peut-être pourras-tu, toi, me dire comment il se fait que les gens cachent de manière si angoissée leur être intérieur ? Comment il se fait qu’en compagnie [en société], je suis toujours très différente de ce que j’aurais dû être, et très différente aussi de qui je suis à l’intérieur ? Pourquoi les gens se confient-ils si peu de choses ? Oh, je sais, il y a sans doute une raison à cela, mais c’est grave, très grave ! » (2)

 

Anne Frank Huis, Prinsengracht, 263 – Amsterdam

Lecture conseillée : Léon Poliakov, Le Bréviaire de la haine, Editions Complexe, Bruxelles, 1985

______________

(1)    « Wat is gebeurd kunnen we niet meer veranderen. Het enige wat we kunnen doen is van het verleden leren en beseffen wat discriminatie en vervolging van onschuldige mensen betekent. Mijn mening is dat iedereen de plicht heeft vooroordelen te bestrijden. » (Otto Frank, 1970)

La citation utilisée dans le texte est la traduction libre de la citation originale ci-dessus, en néerlandais.

(2)   « Zaterdagmiddag (3u15) – 22/01/44

Liefste Kit,

Kun jij me misschien vertellen hoe het komt, dat de mensen zo angstvallig hun innerlijk verbergen ? Hoe het komt dat ik in gezelschap heel anders ben dan ik moest zijn en ook heel anders dan ik vanbinnen ben ? Waarom vertrouwen de mensen elkaar zo weinig toe ? O, ik weet wel, er zal wel een reden toe zijn, maar het is erg, heel erg ! » (Dagboek van Anne Frank, 22/12/43 – 17/04/44)

La citation utilisée dans le texte est la traduction libre de l’extrait original ci-dessus, en néerlandais.

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