Fête bruxelloise de la musique cuvée 2012 aux accents afro-cubains…

Ah, la Fête de la Musique ! Que de souvenirs ! Etudiant, j’étais de ceux, sur le campus, qui avaient pris sur eux d’organiser bénévolement, en près d’une vingtaine de lieux, du bar « L’Ecume des Jours » au podium expressément installé place des Sciences, à LLN, un événement incontournable du printemps culturel dont le principal objectif était de faire connaître de petits groupes du coin en leur proposant un modeste tremplin local.

Que de chemin parcouru depuis par ce qui, petit à petit, au départ de Paris et de Bruxelles, s’est imposé comme une marque de fabrique : aujourd’hui, la plupart des villes françaises et belges s’associent à cet événement, désormais d’une envergure inégalée dans son histoire. Preuve s’il en fallait que la culture peut être gratuite et intéresser le plus grand nombre sans verser ni dans l’élitisme exclusif, ni dans le caniveau…

A Bruxelles, ce sera, cette année encore, la place des Palais qui accueillera l’événement : il faudra bien un tel espace pour recevoir les foules qui se presseront indéniablement – si le temps fait preuve de quelque clémence – pour ouïr, outre des groupes belges on the rise à la Great Mountain Fire…

… de véritables pointures internationales comme AfroCubism.

Ce dernier groupe est né d’une prise de conscience, celle d’artistes cubains, parmi lesquels le guitariste du Buena Vista Social Club Eliades Ochoa, qui ne quitte presque jamais son chapeau de cowboy, et de musiciens maliens, au rang desquels figure en bonne place le maître de kora (un instrument africain original et des plus complexes) Toumani Diabate.

Mon plaisir ne fut pas mince de voir, au BOZAR, il y a un an et demi, toute cette troupe – une douzaine de musiciens au moins, s’afférant les uns à lustrer de leur souffle les cuivres cubains, les autres à produire à l’aide de xylophones maliens du futur des sons tous plus divins les uns que les autres. La panoplie d’instruments est aussi variée et inédite pour des oreilles occidentales que ne le sont l’ensemble qui compose et le résultat de ses compositions.

« Mais de quoi ont-ils pris conscience ? » me demanderez-vous peut-être si vous suivez tant soit peu la trame de cet article. De l’entrelacs d’un double passé commun, pardi ! Il y a, d’une part, celui qui a amené nombre d’Africains de la côte ouest à se trouver enrôlés de force comme des travailleurs enchaînés à la botte de riches Européens expatriés aux Amériques, un fait qui explique le caractère éminemment bigarré de la population cubaine contemporaine, et, d’autre part, un passé culturel, dont la musique est le vecteur essentiel, tous deux continuant obstinément de tisser, à travers les âges, les fils d’un être-au-monde renoué.

Il n’en demeure pas moins que l’histoire très récente du Mali, celle qui continue de s’écrire au jour le jour, est peu glorieuse : du coup d’Etat militaire qui a renversé le président Amadou Toumani Touré pour le remplacer par le président de l’Assemblée nationale, Monsieur Traoré, à la séparation de facto du pays en deux dans la foulée, sous l’impulsion de rebelles touaregs nordistes bien décidés à créer leur Etat indépendant, rappelant en cette occasion l’extraordinaire sens de l’histoire et la vision magnifique qui avaient présidé au dessin des cartes africaines par les puissances colonisatrices, en dépit de toute réalité tribale. A cela s’ajoute, en sus, un ersatz de l’interventionnisme militaire du nord, qui, tout échaudé par ses conquêtes, ses victoires et ses pseudo-libérations, a oublié d’envisager les effets qu’aurait sur les régions avoisinantes la chute du domino libyen, en l’occurrence le renforcement d’un mouvement djihadiste par l’apport d’un arsenal d’armes rescapé des entrepôts de feu le colonel K. Ah, Jarabi, quand tu nous tiens !…

Jarabi’ signifie ‘passion’ en malien. C’est aussi l’un des titres de l’unique album issu de la fusion cubano-malienne (à ma connaissance). C’est d’ailleurs celui que je préfère, parce qu’il est, selon moi, le plus coloré, le plus dansant, le plus extatique. Comme « Benséma », c’est l’un des morceaux où la tonalité malienne s’impose le plus, jusqu’à éclipser quasiment toute influence cubaine, tandis que « Al Vaivén De Mi Carreta », « Para Los Pinares Se Va Montoro » ou encore « A La Luna Yo Me Voy » marquent, quant à eux, la prédominance de la guitare typiquement buena-vistienne d’Ochoa.

Il est une chanson, dans ce grouillant et bouillonnant melting pot de découvertes, qui signe la fusion parfaite des deux styles. Son titre, « Nima Diyala » (soit, en français, « Je t’en prie, mon Amour »), a des allures de supplique. La guitare y est discrète au début, avant de prendre progressivement le dessus sans écarter les sonorités plus maliennes, mais en se fondant avec elles dans un harmonieux tout que l’on espère voir et entendre durer de longues années encore…

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Site de la Fête de la Musique 2012 (Belgique) : http://www.fetedelamusique.be/

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