« Pose suggestive » (Première e-Nouvelle épisodique illustrée) – 1e partie

RAPPEL : il n’y a, dans le présent espace d’expression, qu’une seule règle, mais elle est de diamant : le contenu des articles (aussi nommés posts, en ce compris les textes écrits, les citations et tous types d’illustrations, tels que photographies, chansons, dessins, sans que cette énumération soit limitative), les titres, la présentation générale du blog (en ce compris les remarques liminaires) et les intitulés de catégorie ne peuvent en aucun cas être, en tout ou en partie, utilisés à des fins commerciales. Tout contrevenant s’expose à des poursuites judiciaires.

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Ce qui suit est une expérimentation qui, à coup sûr, déplaira aux puristes, ceux (et celles) pour qui le livre, qu’il s’agisse d’un essai relatif à l’amour des pandas en cage, d’un roman à l’eau de lys hybride, ou même d’une short story dans les pas de Poe, se doit d’être composé de texte et de texte uniquement, ceux chez qui la bâtardise, en littérature comme en société, semble-t-il, provoque rejet et dégoût alors qu’elle est, toujours, source de renouvellement, ceux qui, aujourd’hui encore, après la parution et l’encensement par la critique de chefs d’œuvre tels que « La Tour », « Partie de Chasse »  ou encore « La Source et la Sonde », ne voient dans la bande dessinée qu’un alliage profane de phylactères et d’écrits bon marché, bref à l’ensemble de ceux, fossilisés mais hautains, pour qui la création est à jamais figée, quel qu’en soit le support. Mais, après tout, de ceux-là, on se fout, non ?… (YB)

Pose suggestive (1)

« Ch. Mod. Masc. Musc. NU +/- 25 ans pour dessin érot.  – Aurora ». Il était environ quinze heures et un nouveau week-end prolongé de débauche incontrôlée s’annonçait pour moi. Yorick, dont les parents s’apprêtaient à prendre un bol d’air pur dans leur villa de Monaco, avait prévu pour dimanche un barbecue géant dans le vaste jardin de sa luxueuse demeure uccloise. Rien ne manquerait à l’appel : il avait invité autant de garçons que de filles, sa piscine était prête à l’emploi et, m’avait-il assuré, la coke serait disponible en abondance. C’est donc d’une humeur enjouée que je déambulais dans les couloirs de ma fac, après l’épreuve hebdomadaire ultime que représentait le cours de critique historique du professeur Susson – pauvre vieux, que n’a-t-on raillé son nom ! Pas question, toutefois, de quitter le bâtiment avant de lancer un rapide coup d’œil au mur de petites annonces, à gauche du hall d’entrée. Peut-être y trouverais-je enfin la guitare d’occasion tant convoitée… La plupart des affichettes, jaunies par le temps, m’étaient devenues familières. Mon regard panoramique cherchait donc à déceler l’une ou l’autre nouveauté. « Kot 1 chambre – prox. camp. – 525 €/ms. + ch. ». « Vd. mach. lav. bn ét. pour cse dble empl. ». Rien de bien excitant dans tout cela ! Puis mon regard s’agrippa à une annonce toute petite, à peine de la taille d’une étiquette, mais qui avait tout pour attirer l’attention : multicolore, elle faisait apparaître un ‘a’ calligraphié en contre-jour, sur lequel s’imprimait son contenu. Il s’agissait là, apparemment, de la signature personnalisée d’une certaine Aurora, prénom qui apparaissait en bas de l’avis. Il y avait un numéro de GSM, aussi, que je notai sur un bout de feuille, au cas où… Arrivé dans ma mansarde, que je mettais un point d’honneur, à la fois par souci de permanence et par lassitude avérée, à ne nettoyer qu’une fois tous les deux mois – de temps à autre, ma tendre maman me dépêchait son aide-ménagère pour qu’elle se charge de l’inexprimable corvée –, et une fois roulé mon joint de ce jour, j’ai cédé à la pulsion qui agite tous les djeuns contemporains, à savoir envoyer par saccades une centaine de SMS à mes potes, et même à d’autres qui ne le sont pas, car c’est tellement fun, puis, le stick en bouche et un Breezer à la main, j’ai maté le dernier Siffredi, histoire de me tendre ou me détendre un peu, selon les interprétations, et je me suis endormi…

DJ Morpheus, Inception

–       Open ! Oooopen, baby !

Qu’il était doux, ce rêve, à mi-chemin entre la conscience assistée et le sommeil de plomb : j’étais en train de pique-niquer avec Axelle dans cette petite prairie que nous seuls connaissions, à Groenendaal, en lisière de forêt de Soignes. Sandwiches en abondance et petite bouteille de rosé pétillant ne demandaient qu’à se laisser déguster : les plaisirs les plus simples sont souvent les meilleurs ! Tout à coup, mon Axe sortit de la poche intérieure de son gilet en laine fine, qu’elle s’était tricoté quelques années auparavant pour se soulager de s’être fait larguer par son ex, ce qui ressemblait à une boîte d’environ vingt centimètres sur cinq, enrobée d’un emballage cadeau.

–       Tiens, c’est pour toi !…, me lança-t-elle avec un sourire naissant.

Ne m’attendant pas à pareille attention, je ne savais trop que dire, et donc j’ai fait ce que la plupart des mecs font dans ce cas : je n’ai rien dit. Lentement, j’ai dépaqueté le présent, jusqu’à le découvrir… C’était la chaîne sur laquelle j’avais flashé plusieurs fois en sa présence en passant devant un magasin de la rue Haute spécialisé dans les objets exotiques, d’artefacts africains dits primitifs, le plus souvent importés illégalement, à des breloques de toutes sortes, en passant par l’un ou l’autre bijou original. Elle avait beau être kitsch, cette chaîne Yin Yang, je la trouvais à mon goût ! Toujours emmuré dans mon silence, j’ai regardé fixement ma belle pendant une minute ou deux, jusqu’à ce qu’elle me fixe elle aussi, et que par nos yeux exorbités transite l’énergie pure et douce qui justifiait notre amour, cette énergie partagée par deux sujets qui, en règle générale, ne se manifeste que trop rarement, je me suis approché d’elle, j’ai imbibé mes lèvres d’un chouïa de ce vin rose insolemment pétillant, les ai approché des siennes, elle semblait se donner à moi, elle avait bien calculé son coup, ça, c’est sûr, en représailles, je déviai mon attention sur le lobe de son oreille gauche, que je titillai prudemment du bout des dents, puis fis glisser ma langue le long de son cou, provoquant le léger spasme attendu, avant de caler mon nez contre le bas de son menton, feignant de dévorer sa gorge, puis je suis remonté tout doucettement, virevoltant de la gauche à la droite de son visage et m’épanchant en courtes lèches langoureuses. Nous étions prêts.

–       Embrasse-moi, bébé, j’ai envie de toi.

Sa voix était chantante, gracieuse, entêtante, très, très légèrement rauque, excitante, quoi, un peu comme le serait celle de quelque papillon paradisiaque, si ceux-ci pouvaient parler… L’invitation était limpide, j’en avais trop envie. Une fois encore, je la regardai fixement, j’étais à présent à moins d’un centimètre de son sésame, et puis…

–       Open, baby, ooooh, yes, I’m gonna cum, yeeees, babeee !

Et puis, ce connard de Rocco m’a réveillé en gueulant comme un possédé, bordel !!! Entre-temps, la bouteille de Breezer s’était écrasée sur le sol et mon joint avait creusé un beau petit trou, bien symétrique, dans mon canapé en tissu. Soit, j’étais réveillé, autant m’occuper l’esprit ! Je me suis rappelé la petite annonce sur le tableau de la fac, et je me suis mis à réfléchir. Etait-ce vraiment pour moi ? Je suis assez musclé, c’est clair. Yorick trouve même que je suis balaise. Chuis pas trop mal foutu, par ailleurs. L’expérience en tant que telle paraissait intéressante. Mais il y avait ce « NU », en gras. Serais-je capable de me dévêtir intégralement devant une totale inconnue, qui plus est si aucune baise ne conclut l’exercice ? Et quid si je me mettais à bander comme un âne ? J’aurais l’air ridicule. Ce serait tout sauf pro ! Alors ? Alors… alors… alors… ?!? Oh, fuck it, après tout, on ne vit qu’une fois. Je saisis le bout de papier sur lequel j’avais négligemment noté le G de la nana et, sans plus réfléchir, m’exécutai : une sonnerie, une deuxième, puis une troisième… Je commençais à penser à la valise RTL, un truc qu’écoutait mon vioque quand je n’étais pas encore né… Puis soudain :

–       Aurora… ¿ Que puedo para usted ?…

J’avais établi le contact…

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