Lombard et Richard (France Télécom) au poteau, les suicidés auront votre peau ! (coup de gueule)

« Troubles mentaux : l’escroquerie. Pourquoi un Européen sur trois est déclaré malade mental ». Le mensuel de référence « La Recherche » consacrait, en juin, sa une à la très rentable psychiatrie et entamait son dossier par ce constat : « Début avril, une étude menée sur 2500 enfants montrait que 21 à 23 % des 11-13 ans souffrent d’hallucinations auditives. De quoi nécessiter, pour plus de la moitié d’entre eux, un suivi psychiatrique. Suivi d’autant plus justifié que 38,2% des Européens seraient victimes de troubles mentaux, avait-on appris fin 2011.

Certes, le dépistage des maladies mentales est plus efficace. Et la société davantage à l’écoute de la souffrance psychique. Mais ces chiffres révèlent aussi les dérives de certains psychiatres, alliés à l’industrie pharmaceutique. »

Pour sa dernière émission « Salut les Terriens » de la saison, Thierry Ardisson, à l’occasion d’un récapitulatif des principaux scandales qui ont émaillé l’actualité lors de l’année télévisuelle écoulée, invitait notamment Monsieur Vincent Talaouit, ancien salarié de France Télécom, pour évoquer le background derrière la vague de suicides chez France Telecom, société anonyme dont l’Etat français est le seul actionnaire. Voici le verbatim de leur entretien :

Thierry Ardisson : « L’objectif, c’est de pousser dehors 22 000 personnes sans plan social. »

Vincent Talaouit : « C’est ça. »

T.A. : « Il y a des cabinets spécialisés qui procèdent en trois temps : déstabilisation, isolement, destruction. [En un] mot, c’est quoi la déstabilisation ? »

V.T. : « C’est les réorganisations successives, les changements de chefs intempestifs, les réaffectations, les changements de tâches, la diminution dans les moyens, la réduction des budgets, les déménagements, et tout ça de manière concomitante. »

T.A. : « Après, c’est l’isolement… »

V.T. : « On va oublier le salarié, on va le laisser dans un coin, on ne va plus lui donner d’objectif, on ne va plus l’évaluer, on ne va plus lui parler de part variable, ni d’augmentation, et, progressivement, il va être complètement oublié. On va lui balancer des organigrammes faux : il aura des organigrammes où il y aura des cases vides et, petit à petit, il va commencer à se demander [où sont ses] repères habituels. […] C’est la phase de perte de repères et d’isolement. »

T.A. : « Troisième phase : la destruction. […] C’est quoi, ça ? »

V.T. : « […] La destruction, c’est mettre [les gens] en face de situations complètement kafkaïennes, c’est-à-dire qu’on vous dit d’un côté [que] vous déménagez, et le jour du déménagement, on vous dit [qu’il y a] une réorganisation, [que vous n’avez] plus de boulot dans cette organisation-là [et que vous êtes dans telle autre] organisation, là-bas. Alors, le job correspond à trois ou quatre échelons inférieurs, ou […] ne correspond pas du tout à votre métier, mais vous êtes tenu d’accepter puisque [si] vous n’avez plus de boulot, vous êtes à la rue. Et c’est ce qui m’est arrivé. »

T.A. : « Lorsque vous pointez, le vigile vous dit [que] vous ne faites plus partie du personnel. »

V.T. : « Exactement, j’avais mon badge, ça ouvrait, mais il me dit : « Non, non, désolé, vous ne faites pas partie du personnel. Tous les gens qui sont ici sont bien inscrits sur la fiche, mais pas vous. »

T.A. : « Evidemment, à ce moment-là, vous êtes au bord du suicide, vous traînez sur les quais du métro en vous demandant si vous n’allez pas vous jeter sur les rails, vous allez au bord de la Seine, un soir […], vous êtes obligé de consulter un psychiatre, qui vous donne des antidépresseurs, des antianxiolitiques … […]»

Dans un autre registre, bien que relevant toujours du sordide, La Belgique a été profondément troublée par l’histoire de cet ouvrier de la société Mactac humilié physiquement et mentalement pendant des années par ses collègues (au su de la direction de l’entreprise ?) …

Que nous apprennent ces deux faits ? En son for intérieur, chacun de nous le sait bien, pour avoir vécu, à un moment ou un autre, la pression sociale la plus insidieuse qui nous dénie notre humanité. Ce qui, initialement, pouvait être perçu comme une initiation destinée à nous amener à définir notre place, notre rôle, dans l’ensemble social –  « une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » – , nos ambitions, nos objectifs et les moyens de les atteindre, s’est mué ici et là en une entreprise de démolition de l’identité individuelle digne de certaines méthodes sectaires : il s’agit, en détruisant vos repères habituels, en vous refusant la qualité d’être humain, en restant sourd à toute proposition, toute idée, tout projet, que vous pourriez formuler, d’éradiquer toute trace de volonté propre pour vous fondre dans le moule robotique. Socialiser par l’asocialisation dans une société dont a été banni le commun et où le mot ‘équipe’ n’a plus de valeur qu’en termes de rentabilité financière ou de mixité béate.

Et puisque la psychologie humaine générale est telle que les ignares prennent plaisir à infliger à autrui ce qu’ils ont dû eux-mêmes subir avec répulsion, se lèvent par centaines de petits pions incapables de penser par eux-mêmes, panurgiques, vides et téléguidés qui perpétuent, sans le moindre état d’âme, sans la moindre compréhension, sans la moindre vision, mais avec un ego que la position dominante qu’ils croient assumer renforce de manière inversement proportionnelle, cet abject système de soumission hiérarchique : puisque parlementer et tenter de convaincre prend trop de temps, et que le temps équivaut, comme chacun sait, à une valeur monétaire, autant forcer la main !

Tel larbin snotneus sort de l’université bardé d’un mastère en psychologie alors qu’il se targue, sur sa page Facebook, d’en être à regarder encore « Un Prince à Bel-Air » ? C’est dans l’ordre des choses. Et ça vous regarde de haut ! Bah, ce ne sera jamais qu’un petit plancton de plus formé par de pseudo-maîtres fonctionnalistes pour qui humain équivaut à sentimental, et est donc à proscrire ! Le hic, c’est que c’est à ce genre d’abruti que vous vous trouvez confronté lorsque vous recherchez un emploi, au Profyle Group ou ailleurs, des trous noirs de la conscience très bien dans leur peau, formatés, qui prétendent vous analyser en deux temps trois mouvements. C’est ce type de monstre robotique dans l’air du temps, insensible à tout raisonnement autre que l’argument d’autorité, qui, demain, si rien ne change, concevra des stratégies de licenciement bon marché pour des patrons véreux et rapiats !

Après tout, ce qui fait le malheur des uns ne fait-il pas le bonheur des autres ? Certes, jusqu’à ce que les autres se limitent à la portion congrue et qu’il n’y ait plus que malheur alentour. « Help yourself » ? Une farce euphémique qui signifie en réalité : « whatever you do, don’t help anyone else » … ou comment se réaliser sous l’aliénation de l’angle financier exclusif, au détriment des autres, car si je suis le meilleur, celui qui est en face de moi est par nature mon inférieur, et s’il ne l’est pas, il doit le devenir. Dans un tel système, il revient donc toujours à quelqu’un de jouer le rôle de subordonné pour permettre au winner d’assouvir sa pulsion destructrice.

La concurrence telle qu’elle se décline dans le business occidental contemporain tue ! France Télécom est là pour le rappeler : la variable d’ajustement, le travailleur de naguère, le générateur de fric sur pattes d’aujourd’hui, n’est plus humain, c’est un objet ! Considérable progrès de l’Humanité et vérification de la maxime rabelaisienne : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Notre époque, en plus d’en être l’illustration, a rendu le propos caduc, confondant l’âme avec une affabulation de l’esprit.

Toujours est-il, ces considérations mises à part, que l’ex-PDG de France Télécom, le grassouillet Didier Lombard, vient d’être mis en examen pour « harcèlement moral » (1). En d’autres temps et d’autres lieux, il aurait tout simplement été pendu. Mais il est vrai que pendre la vacuité, l’inexistant, le néant, est tâche ardue ! Mieux vaut, en effet, le soumettre très discrètement à la logique que lui et sa petite clique de mercenaires ès ressources inhumaines avaient imaginée : déstabilisation, isolement, destruction !

____________

(1) Source : http://lauer.blog.lemonde.fr/2012/07/05/france-telecom-le-debat-sur-les-suicides-change-de-dimension/

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