Pourquoi tant de gravité et si peu d’imaginaire (où n’est-ce là qu’impression) ?

« Il va, le vent… »

Il va, le vent, il va où il s’emporte, par-delà langues mortes, à travers océans

Mais le bruit des bottes, le branle-bas de combat, la tempête des cerveaux, le brise-fer brûlant

De ses atours gracieux, sans horizon aucun, que ce permanent fleuve qui nous guide vers demain

Mais le son grave des cordes, la ciguë si sordide, le vacarme des ordres, la sueur des p’tits matins

Il virevolte, haletant, subreptice et léger, sur le vague clapotis de son propre refrain

Mais les règles à la pelle, le clairon, le tocsin, régularité morte, rituelle course vers la fin

S’élève haut dans les cieux, sans que rien ne le retienne, puis soudain, bohémien, rejaillit brusquement

Mais le conforme, et le droit, rigide concentration, contraction des ébats, concerto de violent

Nous inspire, nous déforme, lisse tous nos contours, puis poursuit sans vergogne son doux œuvre d’amour

Mais la limite au verbe, verve censurée, les consignes grognées, l’influence de Minerve et les râles des vautours

De cette Raison confuse que la raison exècre, de cette sagesse diffuse qui convainc même les porcs

Mais les flots de devises, le virtuose enchaîné, le primat du devoir, et les états-majors

De sa délicatesse exquise sous des dehors hautains, telle est la Terre promise, voilà notre destin

Mais l’aplomb du viril, et la trique brandie, les saccades assassines et les muscles d’airain

De son aura lascive qui courtise nos sens, de sa mixture coquine à l’alliage sibyllin

Mais le mercure ardent et la densité pleine, le crime contre l’enfant, les indignes miradors

Nous confère l’impression d’une baroque plénitude qui recouvre par strates notre classique décor

Et rien n’y fera : ni averses, ni injonctions diverses, pas même l’inénarrable tourment du bruissement des tambours

Leste volettera le mistral, papillonnant et magistral, éternisant sa bise par une abrupte cour

La disruptive autorité noiera la sotte discipline, distillera les disparités, dissipera toutes peurs crétines

Elle dissoudra les discordances, dissuadera les discourtois, disséminera les dividendes, distordra toutes les fausses lois

Disculpera les disgracieux, dispersera les disparus, disposera les distances célestes, distendra foi et désarroi

Puis distraira des distractions, des distinctions et des discours, pour disparaître en apparence sans discorde ni émoi

Sonnera l’heure de l’Harmonie du multiple et du singulier, de l’altérité commune, de la divine Humanité…  

Ravel, Bolero

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