Elections US de 2012 : dis-moi quelles entreprises te sponsorisent, je te dirai qui tu es…

In tempore quasi non suspecto, c’est-à-dire bien avant que ne soit connu le nom de celui qui s’opposera à lui en novembre prochain, le président de la superpuissance américaine a développé un certain nombre de positions que ceux qui, en nos longitudes, se réclament du capitalisme libéral seraient bien inspirés de méditer par deux fois, particulièrement en ce sombre été subdiluvien qui voit la Belgique contrainte, une fois encore, de contrôler un budget millimétré, et l’Europe continuer de se chercher.

Voici, à titre d’exemple, quelques propos révélateurs du Grand Black quant à sa vision de l’économie et de la fiscalité, piochés dans l’interview qu’il accorda à CBS le 11 décembre dernier (1)…

« La question […] sera […] : [les gens] voient-ils dans le camp adverse une vision plus convaincante ? […] Réduire davantage les taxes, y compris vis-à-vis des plus fortunés, réduire les taxes que paient les entreprises, liquider la régulation… Pensons-nous que tout cela sera d’une quelconque manière plus fructueux ? Faire marche arrière sur la réforme de Wall Street… ? »

La question est d’autant plus pertinente pour nous autres, habitants du continent dit vieux, que le taux d’imposition direct moyen des entreprises a baissé de manière constante depuis 1995, de 35,3 à 23,5 % cette année (2), cependant que l’on semble assister, depuis 2010, à une timide recrudescence des taxes qui pèsent sur le travail et, via la TVA, sur la consommation. Aux Etats-Unis, en revanche, les contributions directes des entreprises au budget de l’Etat restent stables, la dernière tranche d’imposition se situant à 35 % (3).

S’étonnera-t-on que l’adversaire républicain d’Obama, l’homme de Bain Capital, qui compte parmi les dix contributeurs financiers les plus importants de sa campagne (4), huit banques (parmi lesquelles Goldman Sachs, le Crédit suisse et la très transparente Barclays) soit, dans la droite ligne de la fiscalité conservatrice prônée par son parti, favorable à un statu quo en matière d’impôt sur la fortune (5) et à des coupes sombres tant dans les dépenses de gouvernement que dans les impôts des entreprises ?

« Nous nous trouvons à un carrefour […] : voulons-nous un code des impôts en vertu duquel chacun contribue à sa juste mesure, ou pensons-nous qu’une économie dans laquelle chacun est livré à son sort [doit se débrouiller par lui-même], et les grandes entreprises peuvent édicter leurs propres règles et balayer les réglementations [est la solution] ? Laquelle de ces options est-elle la plus à même d’aider les familles de la classe moyenne et les gens qui tentent d’accéder à celle-ci ? »

Comparaison (hâtive et systématique entre l’Europe et les Etats-Unis) n’est certes pas raison, mais un tel questionnement rhétorique n’est-il pas également de nature à s’adresser aux champions européens de la dérégulation à tous crins et du capital-corporatisme ? N’en aurions-nous décidément pas encore fini de régler nos comptes avec l’ancienne tutelle soviétique ?

« Je suis absolument persuadé que la vision que je présente […] est fidèle à l’histoire de ce pays. […] Elle est fidèle à la notion selon laquelle nous nous dressons et nous chutons ensemble. »

Puisqu’on vous disait que ces propos pouvaient aussi s’adresser à l’Europe…

______________

(1)    L’émission complète est disponible ici : http://www.cbsnews.com/8301-504803_162-57341009-10391709/president-obama-the-full-60-minutes-interview/. La traduction des extraits utilisés dans cet article est libre.

(2)    Source : http://ec.europa.eu/taxation_customs/taxation/gen_info/economic_analysis/tax_structures/index_fr.htm

(3)    Source (page 16 du guide US pour compléter son formulaire d’impôts, version de l’année 2011) : http://www.irs.gov/pub/irs-pdf/i1120.pdf

(4)    Principaux contributeurs d’Obama, à ce jour :

1. Microsoft  > 387,395 $

2. Université de Californie  > 330,258 $

3. DLA Piper (cabinet d’avocats)  > 306,727 $

4. Google  > 271,300 $

5. Sidley Austin LLP (cabinet d’avocats)  > 257,296 $

6. Université d’Harvard  > 232,158 $

7. Comcast > 201,606 $

8. Université de Stanford > 188,290 $

9. Time Warner > 183,614 $

10. Skadden, Arps et al (cabinet d’avocats) > 169,753 $

Principaux contributeurs de Romney, à ce jour :

1. Goldman Sachs  > 593,080 $

2. JPMorgan Chase  > 467,089 $

3. Bank of America  > 425,100 $

4. Morgan Stanley  > 399,850 $

5. Crédit Suisse Group  > 390,360 $

6. Citigroup  > 312,800 $

7. Kirkland and Ellis (cabinet d’avocats)  > $264,302 $

8. Wells Fargo  > 237,550 $

9. Barclays > 234,650 $

10. Pricewaterhouse Coopers  > $227,250 $

Source : http://www.usnews.com/news/articles/2012/07/12/whos-driving-the-presidential-race-whos-driving-the-presidential-race

(5)    La fameuse réforme dite Gates / Buffett, du nom de ces milliardaires frondeurs et téméraires dont s’est inspiré en paroles, l’an dernier, notre very own vicomte, qui avaient imploré l’Etat d’écumer davantage leur patrimoine, est, pour l’heure, restée lettre morte, ici comme là-bas.

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