« Méfie-toi, mec : ils ont complètement pété les plombs ! »

A ma grande surprise, le réseau « Loonies for Truth » m’a fait parvenir une nouvelle lettre de mon pote enfermé à l’asile Saint-Luc (lire le post du 14/06 dernier). Une fois encore empreints de majeures incohérences, de passion irrationnelle et de tentatives prophétiques, les propos crépusculaires de mon interlocuteur épistolaire s’y perdent en mises en garde apocalyptiques contre les suppôts d’un nouvel ordre mondial fasciste, qui tenteraient de forcer le cours des événements planétaires par quelque conjonction majeure d’événements dantesques.

« En vérité, je te l’écris », amorce-t-il sa missive, « ils préparent quelque chose de monstrueusement grandiose dont les prémices, d’ores et déjà identifiables, ne laissent insensibles que les zombies. » En ce qui concerne la qualité et l’intelligibilité apparente du langage utilisé par mon infortuné correspondant, j’ai pu noter un progrès indéniable depuis notre dernier échange : l’atelier bihebdomadaire ‘écriture illustrée’, mené de main de maître par le professeur Geheimstein, aura porté ses fruits !

Le reste du délire mystico-politique de mon invétéré paranoïaque d’ami me permettra de déterminer qui il visait exactement, en d’autres termes qui (quelles entités) se cache(nt) derrière ce mystérieux « ils », à savoir la mafia planétaire de la finance et ses nombreux valets attitrés. Défiant l’ordre du temps, que l’argent n’a de cesse de corrompre, celle-ci serait décidée à imposer à des peuples entiers un nouvel ordre mondial par la force et dans le tumulte, l’Ordre de l’Oseille sans limite.

« Tu vas voir », poursuivait-il, « l’avenir me donnera raison : puisque les politiciens de pacotille se sont avérés incapables d’harmoniser leurs partitions respectives au niveau européen, un chaos généré de toutes pièces aura raison d’eux. L’Espagne et l’Italie feront plonger l’Europe moribonde de l’euro, dont la chute dévastera à dessein l’ensemble des structures sociales et financières mondiales. Comme à l’accoutumée, il ne restera plus que l’industrie de guerre pour assurer la croissance et juguler l’humanité grouillante. Ca tombe bien : Israël se déclare candidat ! Et, depuis soixante ans, ce qu’Israël veut, Israël l’obtient, n’est-ce pas ? »

C’en était trop : je ne pouvais tolérer ce louchebem qui masquait à peine son antisémitisme. Je suis bien élevé, moi ! Lirais-je la suite ?

« Une petite nukie par-ci, un petit EMP par-là, et le tour serait joué : la finance mafieuse disposerait de son assise chaotique pour empêcher tout ce qui pourrait restreindre son pouvoir. Plus besoin pour elle, dans ces conditions, de feindre de respecter les peuples et les individus. Enfin, les rapports de forces perdront leur ambiguïté : le sommet de la pyramide sera sécurisé, les esclaves (« the peasants ») clairement identifiés ! »

Mon Dieu, mais quelles délétères pilules à soumission leur force-t-on à avaler, dans cet asile ? Petit à petit, je me rendais compte qu’il m’incombait de faire sortir mon ami psychotique de cet enfer contemporain, faute de quoi je le retrouverais, à l’issue de sa cure, tel un végétal délavé.

Je savais, moi, que ce genre de discours ne pouvait trouver sa source que dans la propagande d’extrême-droite qui s’écoule abondamment, telle une visqueuse déjection, sur le web honni, que nos dirigeants, élus, nommés ou cooptés, n’avaient comme seule préoccupation que notre bonheur à tous, comme seul horizon que la structuration équilibrée de l’ensemble-monde, comme seul moteur que la Lumière de la Conscience. Même les marchés – que diable ! – veillent à notre prospérité ! Il fallait que je fasse retrouver la raison à Seth (C’est son nom.).

« Regarde, mais regarde donc le monde magnifique qui est le tien », lui écrivis-je, « écoute les petits oiseaux chanter sous le Soleil généreux, regarde voler le petit papillon dont les ailes de mille couleurs se parent, mire le ciel bleu, les blancs nuages, goûte aux clairs jours bénits, aux sombres nuits sacrées, et rends-toi compte, bordel : que n’est-il magnifique, ce monde qui nous abrite ! »

Quant à lui, après avoir précisé qu’aucun salut n’émanerait de mesures imposées à une plèbe perpétuellement infantilisée et maintenue dans l’ignorance, il avait conclu son épître par ces mots : « les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ! »

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Catégories : Philo de comptoir, Politique / Société | Poster un commentaire

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