Tribunal d’Application des Peines de Mons : et hop, que je te refile la patate tiède aux cathos !…

Les histoires de Job / Job / Ayūb sont fascinantes. Qu’elles sont fascinantes, les histoires d’Ayūb / Job / Job ! Il y est question, toutes interprétations confondues, de fidélité, de piété, de faute (ou pas), d’humilité, de rédemption, de punition divine, de mise à l’épreuve, de récompense, de préparatifs d’exil, de patience… et de bien d’autres choses. Elles sont tellement fascinantes qu’elles semblent de nature à faire perdre au Vatican son latin…

Interrogées par le quotidien néerlandophone Het Nieuwsblad quant à leur disponibilité à accueillir la blonde à l’âme rôtie, dont les avocats semblent décidés depuis des mois, à présent que l’intéressée a purgé quinze des trente années d’emprisonnement auxquelles elle avait été condamnée pour avoir, en communion avec son ex-compagnon, kidnappé, violé et séquestré six jeunes filles, dont deux, les plus jeunes, ont littéralement dépéri, faute de soins et de nourriture, dans un cachot aménagé dans leur cave, à conférer à la pauvre victime de l’ire populaire qui compte parmi leurs clients une image quasi iconique de dévote retirée et compassionnelle, les sœurs Clarisses du couvent de Malonne déclaraient encore, vendredi 27 juillet dernier qu’il ne s’agissait là que de rumeurs propagées depuis des années (1).

Qu’est-ce qu’une rumeur ? La définition la plus proche du contexte qui nous occupe est la suivante : une rumeur est « une nouvelle, un bruit qui se répand dans le public, dont l’origine est inconnue ou incertaine et la véracité douteuse » (2). Het Nieuwsblad soutient cependant que, à plusieurs reprises déjà, « Martin aurait […] réclamé […] son reclassement dans [la] Communauté des Clarisses », une demande qui « aurait été refusée à chaque fois car jugée trop proche du domicile des victimes[…]. » C’était vendredi dernier, jour de poisson et de crustacés…

Aujourd’hui, c’est mardi ! Quatre jours d’intervalle équivalent pour le Seigneur à une éternité ! Aujourd’hui, c’est jour de ponte, celle d’un communiqué officiel de ces pieuses demoiselles qui s’inscrit singulièrement en faux contre la posture qui était la leur avant le week-end. Lisons plutôt : « notre chemin communautaire a croisé celui de Madame Martin à travers la demande de ses avocats. Ce fut un défi pour nous, bouleversée que nous étions par l’horrible souffrance des victimes et de leurs familles, qui ont traversé l’enfer que l’on sait »(3). De deux choses l’une, comme on dit dans les plannings familiaux traditionnalistes : ou la déclaration émise vendredi relevait du mensonge, ou le journal flamand affabule.

Quoi qu’il en soit, les membres de la communauté du couvent de Malonne lâchent désormais le morceau : chacune d’elles a pu débattre avec franchise du sujet (4). Sans le moindre doute ce franc débat se sera-t-il déroulé samedi autour d’un plateau de fromages – d’une fondue, peut-être –, le dimanche étant, comme chacun sait ici, jour de relâche. Mais puisque le show doit se poursuivre, Sœur Christine s’est proposé, dans le même communiqué, d’éclairer plus avant notre lanterne quant aux motivations des Clarisses dans cette continuation du Silence des Agneaux. Comment, en effet, concilier l’accueil de cette âme éteinte (puisqu’à la base d’un péché mortel) et la prière pour le salut d’enfants qui ont succombé dans d’atroces souffrances ? « Comment porter ces deux réalités à la fois ? Ce ne fut pas facile… Notre cœur de femmes en a été troublé. Nous avons choisi d’accueillir ces deux souffrances l’une avec l’autre. »

« Ca ne mange pas de pain », aurait dit Jésus, en pleine transsubstantiation. Celui-ci n’aurait-il toutefois, avant même sa discussion avec les marchands du Temple du Droit qui représentent la repentante mouture femelle de Tartuffe, pris la peine de s’entretenir avec les deux survivantes de l’épopée pédo-criminelle belge des années nonante, ainsi qu’avec les proches des victimes disparues ? Si appréciables et charitables puissent-elles être par ailleurs, l’attitude qui consiste, pour ces nonnes namuroises, à faire leurs la désolation, le supplice, l’amertume de ces derniers sans même les entendre, ne tend-il pas à la fois à collectiviser leurs blessures (à mauvais escient qui plus est) et à relever du péché d’orgueil ?

Le site du Vatican, généreux en encycliques diverses et variées, publie in extenso cette injonction épistolaire envoyée, au tournant du XIXe siècle (5), peu avant la maudite année 1907, par le pape Léon XIII, un capo réputé social, aux recruteurs ecclésiastiques hexagonaux sous le lumineux intitulé « Depuis le Jour » (6). Il n’y est question que de « Vénérables Frères », certes, mais entre des expressions fleuries telles que « gouvernement des âmes » et « pêcheurs d’hommes », figure aussi l’une ou l’autre exhortation qui a résisté à l’épreuve du temps, par exemple la nécessité de « protéger la grâce si précieuse de l’appel divin contre toutes les influences funestes, soit du dehors, soit du dedans. »

Sans doute sous l’effet d’un surcroît de pinard – du château Petrus, immanquablement ! –, à moins qu’il ne se soit agi de l’empire de son pote jésuite Andreas (voire, plus prosaïquement encore, d’une étourderie du webmaster), Léon-le-treizième déforme également dans ledit document une sainte parole biblique, une interrogation en vérité qui, sous sa plume, se mue en affirmation…

« Dieu n’a pas besoin de nos mensonges ! » s’exclame-t-il, fringant et preux. Le scribe des origines s’en était tenu, lui, à : « numquid Deus indiget vestro mendacio, ut pro illo loquamini dolos ? » (Jb, 13 – 7). La question est ouvertement posée aux Clarisses namuroises…

____________

(1)    Sources : http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1476321/2012/07/27/Michelle-Martin-au-monastere-de-Malonne-Une-rumeur.dhtml

http://www.nieuwsblad.be/article/detail.aspx?articleid=DMF20120726_00236281

(2)    Source : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/rumeur

(3)    Source : http://www.rtbf.be/info/regions/detail_michele-martin-sera-fixee-sur-son-sort-ce-mardi?id=7813522

(4)    Source : http://www.rtl.be/info/belgique/faitsdivers/896682/la-liberation-de-michele-martin-suspendue-le-procureur-general-michaux-va-en-cassation

(5)    … le 8/9/99, pour être précis. Ca ne s’invente pas !

(6)    Source : http://www.vatican.va/holy_father/leo_xiii/encyclicals/documents/hf_l-xiii_enc_08091899_depuis-le-jour_fr.html

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