Archives mensuelles : août 2012

A la gloire du nationalisme flamand, cette bête vorace insatiable : « Selbstführung, Krieg und Godsvrees »

 

Oyez, oyez, braves gens, lisez donc la complainte de la paix flamingante (1)…

« A mort, ces pantins ! »

« Oh là, v’là donc le Front flamand !

C’est nous, les nazis étudiants !

Et nous hurlons not’ vieille ivresse :

Tous ces gauchos, qu’ils disparaissent !

***

Nous galopons sur la chaussée

Pour camper sur l’champ de l’honneur

D’abord nous battre, puis parler

L’campus flamand en sort vainqueur

***

Le sang coule à flot dans les rues

Les rats gisent dans les rigoles

Vous n’avez pas encore tout vu

Les gauchos ? A mort, ces bestioles !

***

L’Ahmadou, le Marocain, le bridé et le négro

Bref, toutes les races d’étrangers, mais aussi ces sales cocos

Dans le cercueil, tous ces PD (les franchouilleux en tout cas) !

Le gros youpin, le maoïste, et avec eux le socialiste ! » 

***

40 mandataires fascistes transfuges et opportunistes ainsi que le « chic type » qui, parmi d’autres, entonnait, étudiant, la douce farandole ci-dessus ont trouvé refuge dans les rangs nationalistes flamands réputés démocratiques. Devant la consternation des quelques démocrates flamands véritables qui osent encore s’exprimer, le « chic type » a renoncé à se présenter sur les listes nationalistes aux élections d’octobre. « Pas grave« , lui a dit le Gauleiter, « ce n’est que partie remise ! » (2)

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(1)    Traduction très libre d’une incitation à la haine qui ne l’est pas du tout, rapportée ici : http://www.demorgen.be/dm/nl/2461/Opinie/article/detail/1474007/2012/07/23/Waarom-de-overstap-van-Jurgen-Ceder-naar-N-VA-mij-heeft-geschokt.dhtml

(2) Sources : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20120717_00182613

http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_communales-2012-le-n-va-jurgen-ceder-se-retire-de-la-course?id=7809015

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Droitisation rampante : un témoignage…

Les idées aux camps sont supérieures. Une idée est une énergie. Une énergie peut devenir une idée. Intrinsèquement, cette énergie appartient au processus de vie. Si une idée est ignorée, elle ne s’évanouit pas pour autant. Elle peut revenir hanter un camp, ou plusieurs. Si un camp d’une idée s’empare en partie, elle ne lui appartient pas cependant, mais il la matérialise et peut la façonner. Une énergie transforme l’idée. Une idée est le fruit d’une énergie. L’idée transformée devient idée nouvelle, qui devient énergie à matérialiser par le camp, qu’elle peut transmuer à son tour. Les idées sont un espace infini. Elles sont immortelles. Les forteresses d’idées en l’état ne sont pas éternelles. Evolutive est l’architecture, pour le meilleur ou pour le pire. Certaines idées, sous le regard humain, subliment d’autres. Est aérienne l’idée qui ravive le cœur, puissante et superbe celle qui fait jaillir l’espoir, délectable et brillante celle qui suscite l’allégresse. Toutes dépassent et rassemblent les singuliers sans les confondre. Où sont ces idées aujourd’hui ?

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Ci-après UN POINT DE VUE sur la franc-maçonnerie issu d’extraits d’une interview d’un franc-maçon au repos (librement traduits et légèrement adaptés, sans trahison du contenu), parue en 2010 dans un hebdomadaire flamand (1) sous  le titre…

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« Propos éminemment racistes dans la loge”

L’anthropologue Jan Blommaert s’en prend avec véhémence au monde de la franc-maçonnerie, auquel il a appartenu pendant cinq ans environ.

« J’ai été franc-maçon », déclare Jan Blommaert, qui est, ces temps-ci, lié à l’Université de Tilburg, aux Pays-Bas. « Je faisais d’ailleurs partie de l’atelier de Siegfried Bracke [ancien socialiste devenu nationaliste flamand, membre prééminent (en son temps) de la loge gantoise ‘Libération’, qui dépend du GODB, et avocat discret du pannéerlandisme], je le signale au passage. Mais j’ai laissé derrière moi cet engagement. A ma propre demande, j’ai été mis au repos, comme on dit. Car franc-maçon un jour, franc-maçon toujours. Il est impossible de se faire ‘désinitier’ ».

[…]

L’islamophobie est aussi alimentée fortement depuis les loges. Le célèbre pourfendeur de l’islam Wim Van Rooy, par exemple, est franc-maçon. Où est-ce un hasard ?

Blommaert : « en tout cas, cela indique que le débat au sein de cette communauté n’est nullement meilleur que le débat public. Lorsque je devins franc-maçon, il y a plus ou moins dix ans, j’avais la conviction que le débat en loge serait mené à un niveau supérieur, selon l’ancienne idée de rationalisme des Lumières. Mais il n’en est rien. J’ai entendu des personnes relativement intelligentes affirmer : « je n’ai rien contre les musulmans, mais ils doivent cesser d’exciser leurs femmes. Comme si l’excision avait un quelconque rapport avec l’islam. Il règne au sein de la franc-maçonnerie une énorme inculture, couverte par l’idée que les francs-maçons savent tout mieux que les autres. »

Peut-être étiez-vous un peu trop idéaliste lorsque vous vous êtes affilié ?

Blommaert : « j’étais probablement déjà un peu trop vieux, et donc trop malin, lorsque j’y fis mon entrée. C’est un peu comme apprendre à conduire lorsque l’on est plus âgé, ce n’est pas une bonne idée, car l’on est beaucoup plus conscient de ce qui se passe et de ce qui peut mal tourner. Il vaut mieux devenir membre de la loge lorsqu’on est jeune poulain. A ce moment-là, tout cela paraît encore agréable : porter un tablier, rencontrer des personnalités… Car, en période électorale, tous les politiciens font la ronde dans les ateliers. »

Excepté [les fascistes d’extrême-droite], je présume.

Blommaert : « Mmm, pas vraiment, vous savez. Ils sont là également. »

Comment cela ? Je pensais qu’ils ne pouvaient pas devenir membres ? [Un ancien homme politique anversois aujourd’hui décédé] a même failli être exclu de la franc-maçonnerie en raison de contacts trop appuyés avec le chef de l’extrême-droite flamande.

Blommaert : « en effet, c’était brièvement le cas, mais entre-temps les positions à l’égard de [ce parti] se sont considérablement adoucies. Il y a des loges très à droite. Et le racisme est bien sur aussi présent dans [un parti populiste] qu’il peut l’être dans un syndicat. Croyez-moi, j’entendais parfois des propos éminemment racistes au sein de mon ‘lieu de travail’. »

Il y a dix ans, [un célèbre éditorialiste flamand] affirma dans notre journal que l’idée brune s’était frayée un chemin vers les loges anversoises. Cela s’est-il donc aggravé ?

Blommaert: « Sans aucun doute. Et pas uniquement dans les loges anversoises, mais certainement aussi dans les loges bruxelloises, par exemple. Oui, sous le paravent d’idées humanistes, [ces cénacles] discutent beaucoup aujourd’hui du degré de sélectivité que revêtira notre société à l’avenir. L’héritage des Lumières est mal en point. »

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(1)    Source : http://www.knack.be/nieuws/archief-dossiers/kerstinterviews/zwaar-racistische-praat-in-de-loge/article-1194893997412.htm

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Fourest / Chichah : « va donc, vermine fasciste ! » / Retour « détendu » sur la confrontation de deux névroses à l’ULB…

Le présent post est dédié à tous les « Playmobil pirates » porteurs de lumière, sans distinction d’origine, de culture, de classe, de conviction(s), de genre, ni de préférence sexuelle…

Le 7 février 2012 se déroulait à l’Université libre de Bruxelles (ULB) un débat pour le moins chahuté qui se proposait de répondre à la question : « l’extrême-droite est –elle devenue fréquentable ? » L’échange tourna court lorsqu’un groupe non identifié d’individus scandant « Burqa bla-bla » interrompit l’oratrice Caroline Fourest, journaliste d’investigation spécialisée dans les enquêtes relatives à divers milieux réputés intégristes…

1/ PIECES DE L’ANALYSE

L’EXTRAIT LITIGIEUX DU DEBAT

(Merci de faire abstraction ici des commentaires ajoutés par l’auteur de la vidéo…)

LA REACTION (A CHAUD) DE MADAME FOUREST

LA REACTION (A FROID) DE MONSIEUR CHICHAH

2/ COMMENTAIRE DE CES REACTIONS

A/ MADAME FOUREST

En amorce de l’extrait du débat dont question (lequel débat ne semble malheureusement pas disponible dans son intégralité), Madame Fourest apporte la précision suivante : « “Il faut s’opposer à des lectures essentialistes, civilisationnelles, de ces enjeux parce que je pense que ce sont des lectures qui ne mènent nulle part, si ce n’est à la confrontation. Donc, pour être très clair, […] les monothéismes sont [bien sûr] porteurs d’universalisme, en tout cas par rapport à des visions tribales, ou culturalistes avant elles. […] L’universalisme des droits de l’homme et de la déclaration de 1948 va encore plus loin que ces universalismes monothéistes, et à l’intérieur des monothéismes, il y a bien sûr le « rendez à César ce qui est à César », mais il y aussi, en islam, une sourate […] de la délibération, qui dit que les hommes délibèrent entre eux de leurs affaires et, à partir de cette sourate, dans un rapport de forces entre partisans d’une séparation et partisans d’une confusion [entre l’Eglise et l’Etat],  il y a – on le voit en Turquie – des évolutions tout à fait possibles. Donc, je ne crois pas que l’on puisse chercher dans la nature d’une religion la xénophobie. »

Dans sa réaction, l’intéressée déclare à…

0:53 : « au moment où nous dénoncions le racisme, des militants d’extrême-droite se sont levés, se sont mis des burqas et nous ont invectivés […] »

L’honnêteté intellectuelle oblige de préciser qu’avant même que les slogans relatifs à la burqa ne fusent, plusieurs spectateurs du débat ont accusé les trublions du début d’être des fascistes. Madame Fourest elle-même dénonce d’entrée de jeu lesdits trublions en tant que militants d’extrême-droite. Pourtant, la verve et les arguments en moins (et pour quelles raisons, tiens ?!), qu’y a-t-il de formellement dissemblable entre cet humour de potaches et certaines manifestations soixante-huitardes, si ce n’est d’autres temps et d’autres mœurs ? La chienlit d’hier n’est pas la chienlit d’aujourd’hui, mais elle est persistante, par nature…

1:54 : « […] heureusement qu’en France, on n’a pas des hurluberlus comme ceux que je viens de voir ce soir et qu’en tout cas, ils ne se permettent pas ce genre de choses […]. »

Madame Fourest a l’air de vanter la liberté d’expression en France, qui n’a pourtant cessé, ces dernières années, d’être restreinte. La liste des sujets tabous ne cesse de s’allonger. Or, ceux qui, aujourd’hui, dénoncent le plus bruyamment cette censure diffuse, et sont ainsi susceptibles d’en récolter les fruits, ne sont pas les vecteurs de la liberté d’expression, mais bien les apologistes de l’affrontement primal.

En outre, pour éviter – peut-être – d’en arriver à une situation comparable à celle qu’a vécue l’ULB en février 2012, combien de débats jugés trop sensibles ont-ils été annulés dans l’Hexagone ?…

2:09 : « […] je suis inquiète pour l’Université, et en l’occurrence pour l’ULB en Belgique, parce que je pense que vous avez aussi ici un nationalisme très fort, évidemment plus en Flandre qu’en Wallonie, mais [quoi qu’il en soit], ces gens sont des alliés objectifs du racisme et de la montée de l’extrême-droite et, partout en Europe, chaque fois qu’on sera pris en otages entre, d’un côté, des partisans de l’identité catholique et européenne, et, de l’autre côté, des gens qui pensent que la burqa, couvrir les femmes et l’antiféminisme, c’est leur identité culturelle, au point d’interdire [à] toute personne antiraciste et laïque de s’exprimer, c’est que ces deux extrême-droites, en fait, ont les mêmes intérêts, […], c’est [-à-dire] faire taire les universalistes, qui sont pour l’égalité. »

Dès que la ritournelle du « burqa bla-bla » surplombe toute tentative de débat, Madame Fourest, telle une Marianne déchaînée, harangue ceux qu’elle qualifie une fois encore de militants d’extrême-droite en ces termes : « le front national, nous sommes face à lui, et [il] nous aur[a] face à nous, toujours, absolument toujours.[…] Vous ne pourrez pas nous faire taire ! Jamais ! Jamais ! Jamais ! Jamais ! Jamais…  »

De la même manière que des intellectuels français tels que Bernard-Henri Lévy lancent à tout-va d’indignes accusations d’ignoble antisémitisme pour faire taire leurs adversaires, enfermant dans un même sac Morin, Badiou, Chavez, Ramadan et Ahmadinejad, de la même manière que des lucioles de plateaux de télé à la Revel amoindrissent sciemment la portée de termes qui ont une signification historique précise et ne devraient certainement pas être utilisés à la légère, surtout pas pour faire référence à des événements ultra-récents dont l’histoire n’a pas encore pu s’écrire (si tant est que cette prérogative revienne encore, de nos jours, à des historiens), de la même manière donc, Madame Fourest présente la fâcheuse tendance de voir l’extrême-droite partout et de qualifier ce qu’elle voit comme tel, contribuant sans doute à un imbroglio sémantique qui n’arrange personne, certainement pas les libre-penseurs, ni ceux qui font des tentatives de médiation entre les contraires apparents.

Même si on peut comprendre l’association d’idées à laquelle se livre Madame Fourest, certains régimes totalitaires du Moyen-Orient relevant bel et bien de cette tendance, l’extrême-droite correspond, en Europe, à une réalité déterminée associée au spectre nazi. Camper à l’extrême-droite des jeunes déboussolés qui cherchent en majorité leurs repères à gauche revient donc à semer la confusion dans les esprits et à s’attirer les foudres de ceux qu’il faudrait chercher à convaincre, par exemple par un discours qui ne se focalise pas sur les convictions religieuses, mais sur les réalités sociales, que Madame Fourest mentionne certes par le biais, mais au sujet desquelles elle n’élabore pas de raisonnement, ni de propositions concrètes…

En outre, l’intervenante au débat semble ne pas comprendre grand-chose au nationalisme à la belge, qui est essentiellement un nationalisme anti-national pour l’instant unilatéral. Si ce qui l’alimente est sans doute comparable, dans les grandes lignes, à ce qui anime l’extrême-droite française, le distinguo a son importance pour tenter de comprendre le problème. Enfin, opposer les partisans (supposés) de la burqa à ceux de l’identité catholique et européenne est-il pertinent si on sait que l’essentiel des ultra-catholiques français sont anti-européens et que leurs homologues belges (si c’est à tel ou tel archevêque que l’on pense), s’ils sont europhiles, sont devenus quasiment inaudibles tant ils se sont discrédités ?

Ci-après un article du journal « Le Soir » (1) qui révèle des pratiques et des tendances qui relèvent, en effet, indépendamment de l’angle, d’un embryon d’extrême-droite (laïque et non catholique), quant à elles, et me semblent bien plus périlleuses dans la mesure où elles émanent de ceux, apparemment déglingués et dégénérés, qui seront sans doute appelés, demain, à rejoindre l’élite économique et financière, le tout sur fond de propos ministériels lénifiants. Comme je n’ai pu visionner l’intégralité du débat, je ne sais si ces sujets-là ont été, eux aussi, abordés à cette occasion. S’ils ne l’ont pas été, sans doute eussent-ils dû l’être…

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« Baptêmes étudiants sous le thème nazi à l’école Solvay

mercredi 18 mai 2011, 22:01

Des baptêmes étudiants se sont déroulés dans un décor reprenant des symboles nazis, des participants étant même amenés à faire le salut nazi. La cérémonie se voulait humoristique et critique, se défend le comité de baptême.

Dans un communiqué évoquant discrètement les propos sur l’oubli tenus par le ministre de la Justice Stefaan De Clerck à propos de l’amnistie, l’Agence Diasporique d’Information (ADI) s’en prend à l’école Solvay de l’ULB. « Les futurs patrons s’y amusent avec Hitler, y rient sans voir malice des fours polonais et des juifs, de leur volonté de dominer le monde et de leur voracité pour l’argent », dit-elle.

Les autorités académiques réagissent mollement et les étudiants ne comprennent pas qu’on « menace leur liberté d’expression », déplore l’ADI.

Toujours selon elle, l’Union des Etudiants juifs de Belgique, dont plusieurs dirigeants sont précisément étudiants à Solvay, a réagi. Mais l’« Ordre des frères Maccabées », une association secrète inspirée des francs-maçons, [a] fait placarder un communiqué vengeur, affirmant que la communauté étudiante est préjudiciée par une forme de censure idéologique, dénonce l’Agence.

Le recteur de l’ULB, Didier Viviers, a déclaré, lors du journal télévisé de la RTBF, être choqué par le manque de discernement des étudiants.

Les étudiants ont néanmoins présenté leurs excuses quant à la forme.

Un des membres du comité de baptême, Antoine Bauffe, a pour sa part insisté sur le caractère pédagogique de l’activité et a regretté la réaction de l’ULB, se retranchant derrière le droit à la liberté d’expression. »

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Loin de moi l’idée de démentir le fait qu’en certaines tranchées du net, dont les références relèvent plutôt de l’intégrisme musulman ou de l’intégrisme de la connerie, pullulent les remarques antisémites affligeantes, et même d’autres commentaires inqualifiables… Mais la question que nous devrions tous nous poser, Madame Fourest y compris, n’est-elle pas : comment sortir du schmilblick plutôt que de l’attiser (même, peut-être, avec les meilleures intentions du monde) ?…

B/ MONSIEUR CHICHAH :

Dans sa réaction d’à peu près quarante minutes, postée sur YouTube dans le courant du mois de juillet, l’intéressé déclare à…

00:20 : « Le libre-examen est bien mort. »

Le présent post constitue une modeste tentative de démontrer que tel n’est pas le cas, même s’il se fait rare, en effet, dans le débat public…

01:27 : « […] ce qui a été présenté comme le mardi noir de la Belgique, le jour le plus sombre de l’histoire de ce pays. »

C’est ainsi que Monsieur Chichah définit, à l’aide de ce que l’on pourrait qualifier de « superlatifs décérébrés », l’aventure ubuesque à laquelle il a pris part. Est-il nécessaire de préciser que si, en effet, Google regorge d’articles en rapport avec la conférence avortée (pro et contra, la plupart un brin excessifs) (2), la présentation qu’il en fait est un tantinet mégalomane ?…

01:58 : « Caroline Fourest est une intellectuelle bien connue en France, décriée, très contestée… Quand je dis ‘intellectuelle’, je fais référence à ces gratte-papier, à ces frelateurs d’idées qui, aujourd’hui, imposent, façonnent les termes du débat, un débat qui est raciste, un débat qui est un discours idéologique de diversion qui permet de mieux occulter toutes les profondes attaques qui sont faites sur l’ensemble de nos acquis sociaux, de nos acquis politiques, ce que certains appelaient – Serge Halimi pour ne pas le citer – du « burqa-bla-bla ». »

L’importun fait état ici, à travers sa référence au « Monde Diplomatique » (qui aura un écho ultérieur dans la vidéo) de sa sympathie pour la gauche radicale. Il ne manque pas d’air, cependant, lorsqu’il reproche à Madame Fourest d’imposer et de façonner les termes du débat. En effet, à aucun moment la cohue sonore, les slogans scandés par l’assistance, n’ont permis de répondre à la critique formulée, in fine, contre l’article paru dans le « Wall Street Journal Europe ». Les images sont, me semble-t-il, suffisamment éloquentes à cet égard.

Par conséquent, « les profondes attaques qui sont faites [en effet] sur l’ensemble de nos acquis sociaux » n’ont-elles pas été occultées précisément par l’action menée ? C’est, en tout cas, ce que semble penser le journal du parti belge d’extrême-gauche PTB lui-même, qui, dans un article consécutif à la manœuvre, indiquait, en d’autres termes, que la manière dont s’y sont pris les contestataires était vouée à engendrer un dialogue de sourds (3).

02:42 : « Nous décidons de demander un débat contradictoire, non pas que nous souhaitions la censure de Fourest. Nous ne la voulons pas, pour la bonne et simple raison que Fourest est porteu[se] de la doxa de l’époque : ce qu’elle dit est partagé par une grande partie de l’opinion à force de l’entendre à la radio, à la télévision, donc il nous semblait intéressant et opportun d’avoir une occasion […] de pouvoir déconstruire son discours. »

A cette déconstruction inexistante car refoulée par les pensées non exprimées et non structurées, enfouie dans les limbes de l’esprit de spectacteurs conditionnés qui, de toute évidence, répondaient à un agenda préétabli et déclamaient un scénario préécrit, aurait pu répondre une déconstruction du surréalisme contenu dans la démarche des indignés indignants, formulée à peu près comme suit : « Monsieur le Recteur, Monsieur le G.M. e.r., Monsieur le Professeur émérite, Mesdames, Messieurs, ce que nous avons cherché à faire ce soir, c’est attirer votre attention sur les reculs sociaux assumés que subissent de plein fouet plusieurs catégories de publics qui cimentent plus ou moins notre « nation ». La burqa, voyez-vous, n’est ici qu’une diversion. Comme tout citoyen civilisé, nous abhorrons cet outil de domination intégrale de la femme par l’homme, que nous n’avons mis en avant en l’occurrence que dans le but de démontrer par l’absurde que les priorités sont ailleurs. »

« Brothers and sisters, I had a dream !… » Nulle part dans sa réaction Monsieur Chichah ne dénoncera la burqa ! Au contraire, il évoque à de multiples reprises ce qu’il appelle la « Burqa Pride ». Comble de l’absurde revendiqué, radicalisation calculée ou entreprise de conciliation impossible des tendances présentes au sein de son groupe ?…

03:34 : « La veille de cette tribune laudative accordée à Fourest […], je rencontre […] le président du conseil d’administration de l’ULB, ainsi que le vice-président et je [leur] demande une fois encore de pouvoir introduire de la critique dans ce débat, une contradiction, en invitant, par exemple, un penseur, une philosophe ou un chercheur […] pour pouvoir avoir un débat contradictoire. Refus total. […] Le lendemain, nous venons à la conférence. On laisse la chance au débat contradictoire […] et pendant à peu près une petite heure […], on assiste sagement à une grand-messe de quelqu’un qui prétend déconstruire le discours de l’extrême-droite alors qu’elle est précisément […] celle qui affûte, fournit, lisse l’ensemble des concepts qui sont récupérés par l’extrême-droite : tout le monde sait qu’aujourd’hui, l’extrême-droite se range aux côtés d’Israël, affirme son philosémitisme et affirme haut et fort, de manière totalement décomplexée, son islamophobie. »

La première affirmation est invérifiable. Contentons-nous d’en prendre acte. La seconde relève, piteusement ma foi, du « c’est pas moi, c’est elle ». L’accusation de véhicule de l’extrême-droite proférée contre Madame Fourest est aussi infondée que celle proférée par Madame Fourest contre une partie du public.

Cela précisé, si un parti néerlandais ouvertement islamophobe se réclame de la liberté jusque dans sa dénomination, renierons-nous celle-ci pour autant ? Serons-nous pour autant, chaque fois que nous nous réclamons d’elle, porteurs d’autoritarisme ?…

06:03 : « Après à peu près trois quarts d’heure d’une messe […], un étudiant lance une première provocation […], et là, tout de suite, Fourest et Haarscher [philosophe et professeur de l’ULB à la retraite, NdB], que le journal « La Libre Belgique » qualifie, je cite, de « suceur de bites sioniste » […]  – c’est ironique, en fait, en réalité « La Libre » m’attaquait, mais c’est une autre histoire – vont jeter de l’huile sur le feu, nourrir la tension[…] en [qualifiant] les participants de militants du Front national […], et le ton [est] monté comme ça. »

Le ton n’est pas monté comme ça, Monsieur Chichah le sait bien. Ce type de désinformation à l’heure du témoin Internet est complètement obsolète et se retourne contre son auteur, si tant est qu’il existe encore, ici ou là, quelqu’esprit critique…

Quant à la double injure adressée à un interlocuteur qui, à aucun moment, n’a perdu son calme, elle est tout simplement indigne et puérile. Elle ne l’est pas uniquement parce qu’elle offense une personne, sioniste ou non. Elle l’est aussi parce qu’elle renvoie (véritablement, cette fois, loin de toute provocation calculée) à des temps obscurs et parce qu’à l’époque actuelle, elle est complètement rétrograde, voire réactionnaire, alors que des homosexuels divers et variés font régulièrement, depuis des mois, à leur corps défendant, la une des journaux en raison de l’esprit obtus de certains, et enfin, parce qu’il faut à un homosexuel arabe et / ou musulman autrement plus de courage pour assumer et afficher sa préférence sexuelle qu’il n’en aura fallu à Monsieur Chichah dans le cadre d’un débat de pacotille ! Honte à vous, Monsieur Chichah ! Honte à vous, Monsieur l’Intellectuel !

07:40 : « qu’un chahut naisse dans une enceinte démocratique lorsqu’une partie du public entend signifier aux orateurs qu’ils violent […] le compromis tacite sur les valeurs, sur l’intégrité intellectuelle [est une conséquence logique]. [Hervé « Donjons et Dragons »] Hasquin [surnom donné par le blogueur, qui a la mémoire longue…] interpelle les gens. Je lui crie de la salle que nous ne sommes pas des chiens, que le temps des colonies est terminé et que, s’il veut débattre, la moindre des choses est de nous inviter sur l’estrade. [Pendant ce temps], Haarscher et Fourest continuent, eux, leurs invectives dans une véritable hystérie islamophobe, [cette dernière, par un énoncé raciste, affirmant même : ] « c’est grâce à des gens comme vous que le sentiment antimusulman grandit dans ce pays », [ce] qui est un énoncé classique de l’extrême-droite : c’est évidemment de la faute des racisés qu’il y a du racisme. »

A l’amalgame répond l’amalgame, à l’irrationnel l’irrationnel, à la pulsion la pulsion, à l’irrespect l’irrespect, comme de curieux aimants qui s’attirent. Ce non-débat en a été une preuve éclatante de plus. Une fois encore, il y a lieu de s’interroger sur l’efficacité de la tactique mise en œuvre, ce soir-là, par monsieur Chichah. La ghettoïsation, qui commence par le rejet mental, est une réalité. Elle s’effectue, en effet, sur des bases culturelles ou essentialistes, qu’il s’agisse du dancing standard difficilement accessible, d’emplois racialement profilés – une action d’Anonymous l’a encore confirmé, il n’y a pas si longtemps –, d’absence de représentation politique et médiatique et / ou de regards suspicieux. Mais les « racisés » qu’évoque Monsieur Chichah ont-ils été servis par sa gouaille, ou marginalisés davantage ? Peut-être un cours accéléré auprès de Madame Diallo pourrait-il, en la matière, lui fournir un remède ?…

08:43 : « Haarscher m’invite à venir débattre. Je refuse [notamment] parce que son invitation est totalement insultante. Il m’insulte et tente de me faire peur, en disant : « je sais que vous êtes employé par l’ULB », et donc, là, il me dit : « attention à la sanction », et il aura ce formidable énoncé raciste […] : « j’ai toujours su que vous aviez une burqa dans la tête. Merci pour votre coming-out. »

Monsieur Haarscher aurait-il dû parler de toile d’araignée ? Sans doute eût-ce été plus convenable… Mais la posture victimaire a posteriori dans le chef d’un meneur d’hommes qui apparaissait déterminé (peut-être trop pour être réellement sûr de lui) et qui galvanisait la foule me semble pour le moins lâche.

09:42 : « il n’y avait [en outre] pas de chef [dans notre groupe], donc je n’y vais pas. Je vais quand même me retrouver sur l’estrade parce que le président du conseil d’administration va venir me chercher dans le public, et me demander d’initier le débat […], ce qui prouve donc bien que la stratégie était bonne : nous avons chahuté pour [affirmer notre désaccord quant aux] formes du débat […], nous pensons qu’inviter quelqu’un qui est néo-raciste pour décrypter le discours de l’extrême-droite n’a aucun intérêt, c’est même faire le jeu de l’extrême-droite : […] de notre point de vue, Fourest n’est pas une contradictrice de l’extrême-droite, c’est une concurrente de l’extrême-droite. »

L’article du journal du PTB ci-dessus mentionné (3) l’affirme sans ambages : « Il est très clair que l’action menée à l’ULB contre Caroline Fourest a été contre-productive. Elle n’a en rien permis de révéler son discours nauséabond. Elle a permis de la faire passer pour une victime et a fait passer un message confus selon lequel ce seraient des « intégristes musulmans » qui étaient à la base de l’action. » Chacun appréciera, selon sa sensibilité, la teneur et les partis pris dudit article.

Chacun rejettera aussi l’accusation de « néo-racisme » (Qu’est-ce donc là ?) comme une facilité de discours à laquelle Monsieur Chichah recourt un peu trop souvent pour apparaître sérieux, et dont, cette fois, Madame Fourest lui fait grâce, dans ses interventions publiques, de la réciproque. Il semblerait que plusieurs mois n’aient pas suffi à apaiser la radicalisation du Leader Burqamo

11:05 : « je descends sur l’estrade, et je me dis : « enfin, la Burqa-Pride [sic !] prend tout son sens : le débat va pouvoir commencer. » […] Lorsque je reçois [le] micro, […] j’entame le slogan de la soirée, c’est-à-dire « burqa bla-bla », […] j’interpelle […] Fourest […] sur un de ses textes les moins connus du public francophone, parce qu’il est écrit en anglais et qu’il [a été] publié dans le « Wall Street Journal », […] qui s’appelle « la guerre d’Eurabie » […], un concept qui revient comme un refrain dans les travaux de Breivik, et c’est la thèse véhiculée par Fourest – elle avait d’ailleurs écrit un manifeste qui s’appelle le Manifeste des Douze, […] qui est cosigné par toute une série d’islamophobes notoires, de Glucksmann [à] Bernard Henri-Lévy, et qui explique, en gros, que la principale menace sur l’ordre occidental, c’est l’islam, cet islam qui est porté par cette cinquième colonne qu’est l’immigration arabe en Europe. Dès que je l’interpelle sur ce sujet […], non seulement elle va mentir, en disant qu’au contraire, ce texte est une critique de la politique sécuritaire [alors à l’œuvre en France] […], ce qui va provoquer la colère d’une partie du public, [qui] a lu cet article. […] Mais, surtout, elle va venir, dans un véritable corps-à-corps, […] me bousculer. […] Quand c’est une blanche qui le fait sur un indigène, ça passe. »

Sans doute la meuf blanche qui a « bousculé l’indigène dans un véritable corps-à-corps » a-t-elle pensé, considérant la grandiloquence du personnage, qu’elle n’avait pas affaire à une tapette… De toute évidence, Monsieur Chichah ignore ce que « bousculer » signifie… Mais soit, ne lui faisons pas grief de ne s’être jamais fait tabasser. Souhaitons, au contraire, la pareille à tous les défavorisés de la Terre…

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Voici l’essai de manifeste auquel il est fait référence…

« Manifeste des Douze (1er mars 2006)

« Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité pour tous.

Les événements récents, survenus à la suite de la publication de dessins sur Mahomet dans des journaux européens, ont mis en évidence la nécessité de la lutte pour ces valeurs universelles. Cette lutte ne se gagnera pas par les armes, mais sur le terrain des idées. Il ne s’agit pas d’un choc des civilisations ou d’un antagonisme Occident-Orient, mais d’une lutte globale qui oppose les démocrates aux théocrates.

Comme tous les totalitarismes, l’islamisme se nourrit de la peur et de la frustration. Les prédicateurs de haine misent sur ces sentiments pour former les bataillons grâce auxquels ils imposeront un monde encore liberticide et inégalitaire. Mais nous le disons haut et fort : rien, pas même le désespoir, ne justifie de choisir l’obscurantisme, le totalitarisme et la haine. L’islamisme est une idéologie réactionnaire qui tue l’égalité, la liberté et la laïcité partout où il passe. Son succès ne peut aboutir qu’à un monde d’injustices et de domination : celle des hommes sur les femmes et celle des intégristes sur les autres. Nous devons au contraire assurer l’accès aux droits universels aux populations opprimées ou discriminées.

Nous refusons le « relativisme culturel » consistant à accepter que les hommes et les femmes de culture musulmane soient privés du droit à l’égalité, à la liberté et à la laïcité au nom du respect des cultures et des traditions.

Nous refusons de renoncer à l’esprit critique par peur d’encourager l’« islamophobie », concept malheureux qui confond critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants.

Nous plaidons pour l’universalisation de la liberté d’expression, afin que l’esprit critique puisse s’exercer sur tous les continents, envers tous les abus et tous les dogmes. Nous lançons un appel aux démocrates et aux esprits libres de tous les pays pour que notre siècle soit celui de la lumière et non de l’obscurantisme. »

En comparaison, par exemple, au Manifeste du Parti Communiste, dont l’édition de 1971 compte 95 pages, les six courts paragraphes qui précèdent et qui semblent s’octroyer eux aussi l’intitulé de Manifeste – en réalité, une sommaire introduction à une analyse plus profonde laissée en friche, selon les informations que j’ai pu collecter – ne pèsent pas grand-chose. Le cinquième d’entre ceux-ci est pourtant révélateur. Révélateur d’un malaise sémantique, et partant, idéologique (ou l’inverse). S’agit-il, en effet, de critiquer l’islam ou l’islamisme, le second se définissant, selon le Larousse en ligne, comme le « mouvement regroupant les courants les plus radicaux de l’islam, qui veulent faire de celui-ci, non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l’application rigoureuse de la charia et la création d’Etats islamiques intransigeants » ? En distinguant, à juste titre, critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants, les auteurs laissent entendre que la première est légitime et qu’elle n’a donc pas à susciter le courroux des adversaires de l’esprit critique. En principe, ils ont raison, puisque l’esprit critique est supposé s’appliquer à tous les sujets. Socialement, dans une société inégalitaire où ce dernier se transforme de plus en plus en horizon détaché, la conclusion est autre…

Dès lors, dans cette dernière perspective, si on peut considérer qu’une critique saine et non instrumentalisée – condition quasi idéale au regard des dérives politiques nombreuses dont la France était, il y a peu de temps encore, le théâtre – de la burqa, en tant que cette dernière est synonyme d’inégalité structurelle entre l’homme et la femme, de soumission et de privation de liberté, voire d’humiliation, pour cette dernière, relève de la critique de l’islamisme (donc de l’islam radical), et qu’une telle critique se justifie dans la logique historique émancipatrice occidentale, qui, en ce domaine, a vocation à l’universalité, on sera circonspect, en revanche, par rapport à une critique plus fondamentale d’une religion dans son caractère essentiel, en particulier si elle a pour cadre une inégalité de traitement entre les divers monothéismes, tous intrinsèquement porteurs de totalitarisme et de dérives barbares. En effet, chacun sera libre de s’interroger sur l’efficacité d’un anathème – ou même d’une critique trop répétée – lancé(e) contre une religion dont les pratiques peinent aujourd’hui à se séculariser de manière générale, si l’objectif d’une telle démarche est l’apaisement social…

Comme l’interprétation qui précède s’inscrit en faux par rapport aux propos tenus par Madame Fourest à l’entame de l’extrait du débat, on accordera, à ce stade, à cette dernière, sur cette question, le bénéfice du doute, d’autant plus facilement que, sur son site web, elle se défend de privilégier quelque religion que ce soit par rapport à quelqu’autre. En réponse, apparemment, à une critique formulée par une ASBL française sur son article relatif à l’Eurabie, elle précise ce qui suit : « La dérive de Riposte Laïque n’est pas nouvelle. Je la dénonce depuis des mois. Sous couvert de défendre  la laïcité […], il ne s’agit plus de défendre la laïcité face à tous les intégristes, mais la France et sa tradition judéo-chrétienne face à l’islam… Nous sommes plusieurs à avoir mis en garde et à refuser de suivre cette dérive (Mohamed Sifaoui, Henri Peña-Ruiz, Catherine Kintzler). Les rares militants de Riposte Laïque, qui écrivent tous sous plusieurs pseudonymes, ne nous le pardonnent pas et passent l’essentiel de leur énergie à nous attaquer. » (4) Une telle position de principe, qui se décline de diverses manières dans le discours (souvent martelant) de Madame Fourest tend à indiquer que sa laïcité revendiquée n’est pas une posture, et qu’elle n’est en conséquence pas plus islamophobe qu’elle n’est catophobe ou judéophobe. Sa bibliographie semble d’ailleurs parler pour elle en cette matière. Il n’empêche que les mots, comme les contextes et les angles d’analyse, ont leur importance…

Dans la vidéo qui précède, Caroline Fourest, après avoir rappelé sa haine viscérale de toute forme de racisme, annonce qu’elle ne se gênera pas pour dire à Israël des choses qu’elle n’a pas envie d’entendre. On les attend toujours. Elle a sans doute raison lorsqu’elle affirme que le conflit israélo-palestinien sert souvent de prétexte, en nos contrées, à une poignée d’agitateurs patentés. Mais puisqu’elle évoque ici l’Egypte et la Tunisie, pourquoi se garde-t-elle de parler du pays où elle s’exprime ?

L’extrême-droite y est vivace depuis des années. Elle y a tué un Premier Ministre. Et sa sphère de nuisance est loin de se limiter audit conflit : des Arabes israéliens sommés avec toujours plus d’insistance, jusque dans les travées de la Knesset, de se conformer à une vision de leur Etat de plus en plus uniforme, aux sorties intempestives d’un ministre des Affaires étrangères, récemment encore mais en début d’année déjà, contre le président fréquentable de l’Autorité palestinienne qui n’en ferait pas assez à son goût pour accepter une solution qui lui serait sans doute désavantageuse, les griefs contre cet Israël-là ne manquent pas.

Certes, le pays de Sion est à l’épreuve, mais penser que la droite (extrême) va petit à petit perdre spontanément en influence est non seulement contredit par l’épreuve des faits, ces dernières années, mais aussi illusoire, surtout dans le contexte de tension permanente et irrationnelle dans lequel il est désormais plongé, à en croire de nombreux observateurs avertis en Israël (5).

En outre, si l’on accepte la donnée objective de la mondialisation des idées, qui autorise un citoyen belge à critiquer tel ou tel aspect de la politique d’une administration américaine par exemple, pourquoi une citoyenne française – quelle que soit, par ailleurs, sa conviction philosophique ou religieuse – s’interdirait-elle de critiquer, par exemple, la disproportion manifeste entre la menace qui pèse sur Israël en raison d’intégristes présents à ses frontières , qu’il ne s’agit aucunement de dénier, et un déchaînement militaire sans retenue contre une population palestinienne aux abois, qui révulse un nombre croissants de soldats juifs. Le deux poids deux mesures est là aussi, et Madame Fourest, parce qu’elle est intelligente, ne peut que s’en rendre compte.

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Voici, à présent, l’article de Madame Fourest paru dans le « Wall Street Journal Europe » (6), tronqué – soit écrit en passant – par le site apparemment officiel du groupuscule auquel appartient Monsieur Chichah (7). Un paragraphe essentiel en a été extrait, en effet, celui dans lequel l’auteure nuance son propos par rapport à celui qu’elle présente plus loin dans son article comme un mentor de Monsieur Tariq Ramadan : « ce théologien – qui dispose d’une vaste aura dans le monde arabe et en Europe », écrit-elle, « ne pense pas que la reconquête [de l’Europe par l’islam] doive nécessairement se faire de manière violente. Selon lui, l’islam comme religion pavera la voie. « J’affirme que, cette fois, la conquête ne se fera pas par le sabre, mais par le prosélytisme et l’idéologie » », lui fait-elle conclure.

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The War for Eurabia”, by Caroline Fourest

The Western world, but Europe in particular, is the main battleground for the Islamists. Secret services regularly thwart terror attacks whose targets are on European soil. In the past few weeks, France, Germany and Italy separately uncovered alleged terrorist cells, including recruiters for the insurgency in Iraq.

 But Europe is also the frontline for Islamists who have chosen a more “political” approach. Nearly five years ago, Sheik Yusuf Qaradhawi, star imam on the al-Jazeera news channel and president of the European Fatwa Council, was very clear: “With Allah’s will, Islam shall return to Europe, and Europeans shall convert to Islam. They will then be able to propagate Islam to the world.” This theologian – widely listened to in the Arab world and in Europe – doesn’t think that the reconquest need be violent. For him, Islam as [a] religion will pave the way. “I affirm that this time, the conquest will not be done by the sword but by proselytism and by ideology.”

[La video suivante illustre le paragraphe qui précède, insert du blogueur]

The Islamists who were trained or influenced by the Muslim Brotherhood, the Egyptian group founded by Hassan al-Banna in 1928, share this vision. Since their failed attempt to seize power in Egypt, and even more since they lost the civil war in Algeria, Europe has become the top priority: the Islamists’ third round. Whether they choose the jihadist option like Aymen al Zawahiri, al Qaeda’s No. 2 man and mastermind, or opt for a “reformist” approach, Islamists inspired by the Muslim Brotherhood all pursue the same dream, articulated by Hassan al-Banna, to make “the flag of Islam float everywhere a Muslim lives.”

Their strategies diverge. Terrorists target symbols of the West through violence. Reformers, on the other hand, have made the struggle against Westernization the priority – one they lead from Europe, through mosques and radio shows and publications. In North Africa or the Middle East, where they pose a direct threat to the regimes in place, they are closely watched, even chased. But in Europe, they take advantage of free speech and democracy as well as the failure of Arab  immigrants to integrate. Here, they recruit at their leisure – offering renewed pride and a political family united by a belief in radical Islam to thousands of alienated Muslims.

The West is used as a formidable base camp to recruit new troops. With them, the Islamists hope to take their revenge in the East. That’s why the leaders of radical political Islam are found more often in London or Geneva than in Kabul or Baghdad.

‘Londonistan’

 Yusuf Qaradhawi, the telegenic imam, was once expected to become the Official Guide of the Muslim Brotherhood movement in Egypt. But he refused, saying that his mission in Europe was the priority. In fact, he retains great power of influence by presiding over the European Council of the Fatwa, based in London, which pronounces fatwas (religious rulings) for European Muslims. One of these fatwas justifies the use of suicide bombings against civilians. No other Islamic authority, in Egypt or in Iran, has ever dared to pass a similar ruling. Hamas, the armed branch of the Muslim Brotherhood in Palestine, has used this European ruling to justify its operations. The man who guides the Muslims of Europe also says that any contacts with Jews must be with “the sword and the gun.” Yet it is Mr. Qaradhawi whom the mayor of London, Ken Livingstone, took in his arms July 17 during a rally in favor of the chador organized in the British capital.

 This city, having become a haven for radical Islam, now has a new nickname, “Londonistan.” The media-savvy figures are well-known: Abu Hamza, Abu Qatada or Omar Bakri, a Syrian refugee who has never made a secret of his admiration for Osama bin Laden.

 Less talked about is the Leicester Foundation, created by Pakistani Islamists to propagate the ideas of Sayyid Qutb, the Egyptian thinker who inspired bin Laden’s call for Jihad against the “apostate tyrants,” and Sayyid Abu ’l – A’la Mawdudi, the Pakistani theologian who advocates a return to Sharia law. Though a radical propaganda institute, the foundation received a prize from Prince Charles – more proof that the Islamists are quite right to bet on the naïveté of Western democracies. Perhaps, these states also hope, in return, for relative protection on their soil. Great Britain has, however, seemed to question this policy since police uncovered plans for terrorist attacks. But isn’t it already too late?

 The Geneva Connection

 Another Islamist safe haven hasn’t yet decided to act: Switzerland. With its long tradition of neutrality and its role as an international banking center, the country is hesitant to harass Islamists who still have the moral – and often financial – backing of Saudi investors. At the beginning of the 1960s, with the patronage and protection of the Saudi royal family, Hassan al-Banna’s favorite disciple, Saïd Ramadan, was able to establish an Islamic Center in Geneva, which served as a refuge for the Muslim Brotherhood and as a base camp for fundamentalists trying to Islamize the Continent. Since his death in 1995, his sons, all on the administrative board of the Geneva Islamic Center, have kept up the fight.

The center’s official director, Hani Ramadan, has just been fired by the Swiss Ministry of Education for condoning stoning as an act of purification and calling AIDS God’s punishment in an article in the French daily Le Monde. He is also famous for calling on young men to refuse to serve in the French army during the war in Afghanistan, and for organizing several protests “against the impious” in front of the United Nations with former militants from the Algerian GIA terrorist organization. One of them actually spoke at the Geneva Islamic Center last Oct. 2. A report from the Swiss secret services also includes testimony from a former Geneva Islamic Center insider who says that he took part in 1991 in a meeting between Aymen al-Zawahiri, Omar Abdel-Rhaman, the man behind the 1993 World Trade Center bombing, and two of Saïd Ramadan’s sons: Hani and Tariq Ramadan.

Tariq Ramadan has provoked ample discussion in Europe and the United States. Hired last year by Notre Dame to teach “peace between civilizations,” [he was] denied […) a visa [by the U.S.] on security grounds, bringing criticism from many quarters. But despite his apparently angelic and irreproachable message, Tariq Ramadan is indeed unqualified to teach on “peace between civilizations.” On television sets and in the many interviews he gives to the press, he presents himself as a man of dialogue, with no links to the Muslim Brotherhood, [as] a thinker who merely puts in context the thinking of his grandfather, father and even brother.

 But in his cassettes and books, distributed in radical Islamist libraries and shops, he employs a different discourse that explains and praises the teachings and methods of Hassan al-Banna, without any critical analysis. This makes him not only his grandfather’s grandson ([…] which no one would [hold against] him) but his political heir. Tariq Ramadan openly supports Hamas as a “resistance” movement. When […] asked whether he approves of the killing of an 8-year-old Israeli child who will grow up to be a soldier, he answers: “That act in itself is morally condemnable but contextually explicable,” since “the international community has put the Palestinians in the arms of the oppressors.”

 True to the Muslim Brotherhood’s new orientation, Tariq Ramadan has pronounced the West to be “dar el shaada,” which is to say the land where he is to undertake his religious mission. He takes advantage of his aura to tell young women that a good Muslim should be prudish, hence veiled, to describe homosexuality as a “mental imbalance,” to justify polygamy, and to discourage mixed marriage between Muslims and non-Muslims. Furthermore, for all matters relating to theology, he advises his listeners to turn to his mentor: Yusuf Qaradhawi. Just like Mr. Qaradhawi, Tariq Ramadan says that he is waiting for the proof that al Qaeda is indeed responsible for September 11.

 Tariq Ramadan wants to make America his next mission, hoping to seduce the African-American community, and even the American left-wing. Though intellectuals – often Arab and/or Muslim ones – have warned against his influence for the past 15 years, there have always been other intellectuals, more often than not progressive ones from the West, who get tricked by his double message, to the point of taking his defense. Even, and especially, when he claims to be a victim of an Islamophobic or Zionist conspiracy.

 Herein lies the greatness and weakness of democracy: Even those who despise it know how to use it to their advantage. Whether terrorist or “simply” political ones, the Islamists post a grave threat to Western democracies. Can this underground guerrilla movement against individual and public liberties be endlessly tolerated in the name of these same liberties? And on the other hand, can these liberties be weakened without abandoning the ideals that make us different from the enemies of democracy? The solution probably lies in the middle. And it certainly requires that extreme vigilance be maintained.

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Lors du débat-pugilat, Madame Fourest, qui subit à son tour cris, insultes et quolibets, alors que des membres de l’assistance, certes échaudés, se font traiter à leur tour, ici de « connard », là de « connasse » par des personnes dont on eût pu espérer mieux, argue : « [Ceci est] un article qui dénonce la politique sécuritaire [du président français précédent], […] un article qui dénonce les amalgames véhiculés dans le monde anglo-saxon sur les émeutes de novembre et décembre, […] un article qui dit [qu’il ne s’agissait pas] d’émeutes ethniques ou religieuses, mais [d’] un malaise social. »

Force est, en toute objectivité, de constater qu’il n’en est rien, et de regretter, par la même occasion, que les valeurs laïques de tolérance et de liberté individuelle dont Madame Fourest revendique la défense se trouvent déforcées par pareille malhonnêteté intellectuelle. Nulle part n’est-il fait allusion, dans cet article, au septième président de la cinquième République (qui était ministre de l’Economie et des Finances dans le gouvernement Raffarin au moment où l’article a paru) – qui s’en plaindra ? – et nulle part les « amalgames » que Madame Fourest situe dans le monde anglo-saxon n’y sont-ils dénoncés (ils sont renforcés, au contraire), pas plus que n’y figure un appel à interpréter les émeutes dont elle parle à l’aune d’une perspective sociale…

Si les contestataires de l’ULB avaient lu cet article, une partie de leur courroux est compréhensible. Madame Fourest, qui affirme par ailleurs que « tout est prouvé » s’est, en l’occurrence, disqualifiée elle-même !

Passons sur le fait, bien sûr indépendant de sa volonté, que ledit papier est dépassé : l’avenir dira si les Frères musulmans à présent au pouvoir en Egypte sont conformes à l’esquisse que fait d’eux notre intellectuelle… Sourions au passage lorsque Madame Fourest voit dans la politique de l’Occident de la naïveté… Constatons que si Monsieur Ramadan, un sophiste hors pair qui sait s’adapter à ses différents auditoires, est réellement celui qu’elle décrit, il aura décidément berné beaucoup de naïfs. Et interrogeons-nous sur cette contradiction fondamentale d’un imam, nullement explicitée, qui, dans un paragraphe, appelle à rejeter en Europe la violence et le sabre, et dans un autre, ne jure que par eux.

En ce qui concerne le ton de l’article, lequel s’adresse à un public conquis, il est clairement alarmant, un peu à la manière d’un documentaire d’Alex Jones, ne laissant pas beaucoup de place à l’analyse rationnelle, ni au recul. Les arguments développés ne mettent l’accent que sur les excès de l’islam, agrégeant une nouvelle fois en une pâte indigeste « muslim » et fondamentalisme, et ne s’intéressant qu’à ses dignitaires apparemment les plus obscurs (impossible de vérifier complètement les propos rapportés, même si certains d’entre eux, dénichés sur Internet, ont en effet un chilling effect).

Une personne de faible niveau d’éducation qui le lit pourrait dès lors percevoir l’islam dans son ensemble comme un clear and present danger. Un musulman modéré pourrait s’émouvoir de se voir ainsi associé, sans la moindre compensation positive, à une bande de barbares des temps modernes, et un lecteur plus ou moins averti être amené à s’interroger sur un éventuel agenda caché de Madame Fourest, qu’elle-même attribue sans cesse à Monsieur Ramadan. De deux choses l’une : ou il y a deux niveaux de débat, et pour ne pas perdre la face dans le débat de l’ombre, Madame Fourest (et Monsieur Chichah ?) sont obligés de tronquer la réalité dans le débat public, ou elle œuvre à une radicalisation susceptible de mener à des affrontements. Dans la seconde hypothèse, il reste à déterminer si elle le fait sciemment ou si son positionnement a pour but sincère d’amener les musulmans d’Europe à choisir leur camp, espérant qu’il s’agira de celui de la modération. Dans cette dernière option, un tel espoir est sans doute far fetched dans les conditions de délabrement social actuel, et Madame Fourest ne peut l’ignorer…

Est-ce un hasard si, quasi concomitamment au débat, certaines forces politiques belges, victimes d’une forme de francophilie déjà désuète alors, ont ramené dans les médias, à grand renfort de déclarations spectaculaires, de faits divers et même d’une véritable saga (Sharia 4 Belgium) qui n’a pas encore, à ce stade, connu sa conclusion, un islamisme tellement surfait qu’il tendait à en devenir anodin ? (8) Est-ce une coïncidence si l’exercice semble s’inscrire nolens volens dans la logique de droite (pas propre aux anglo-saxons uniquement) selon laquelle l’intégration est un échec ?

D’une certaine manière, Madame Fourest joue (jouait) avec le feu… D’une certaine manière aussi, elle œuvre, en suscitant une prise de conscience parcellaire qui entraîne immanquablement la peur, à la réalisation du grand dessein d’ex-Frère Bauer de « sécurité globale » (9). Ce concept, examinons-le brièvement…

Renoncer à notre mode de vie pour pouvoir déjouer des catastrophes qui l’anéantirait ? Dans son article, Madame Fourest parle de la nécessité de trouver un juste milieu. Aux Etats-Unis, le débat (bien réel, celui-là) de la restriction des libertés programmée par une succession de lois liberticides qui s’inscrivent dans le prolongement des attentats contre le WTC est vivace, certaines de ces lois, CISPA par exemple (10), n’ayant heureusement pas encore achevé leur parcours bicaméral (pour les mauvaises raisons : plusieurs sénateurs jusqu’au-boutistes souhaitent que le texte final aille plus loin encore que la mouture dont ils disposent !).

Constitution massive – le mot est ambigu – et généralisée de fiches individuelles, de profils informatisés, sous le sceau du secret et dans la pénombre la plus totale (11), y compris sur des citoyens qui se contentent d’avoir un contact avec les Etats-Unis (à savoir, par exemple, l’essentiel des utilisateurs d’internet, qui disposent d’un site qui se termine par .com, voire se contentent de visiter de tels sites), et ce à leur insu, piétinement des droits de la défense, accroissement, par divers biais, de l’arbitraire… L’American Civil Liberties Union (ACLU), plus ou moins l’équivalent de la Ligue des Droits de l’Homme, ceux-là même que Madame Fourest défend bec et ongles, qui s’oppose méthodiquement à ces évolutions totalisantes qui requièrent de faire une indistincte confiance au pouvoir, renversent la charge du contrôle (Ce ne sont plus les citoyens qui contrôlent les élus, mais l’inverse.) et pourrait, demain, être utilisées à des fins inavouables par un pouvoir devenu totalitaire, s’interroge quant à savoir s’il est indiqué pour une société de se prémunir contre un danger de manière tellement extrême que la société elle-même, dès lors de nature est-allemande ou orwellienne, devienne le danger (12).

Comme l’indiquait le recteur de l’ULB avant de sonner l’hallali : « ceux qui ont interdit la parole, ceux qui ont œuvré contre la liberté, nous avons vu exactement qui ils étaient. »

16:01 : « ce qui est intéressant, c’est que cela va être filmé, […] relayé par « Le Soir », […] vu plus de cent mille fois, [mais sans] la bande-son, et donc on va juste entendre quelqu’un qui crie : « burqa bla-bla » et rien d’autre, et ça va participer à la construction du mythe, c’est-à-dire un coup de force islamiste d’abrutis n’ayant d’autres arguments que des borborygmes […] »

Je renvoie ici au documentaire ci-dessus qui montre un aspect de mai ’68. La bande-son aphone qui laisse percer des cris me laisse perplexe. Quant à la critique des médias, elle est sincère et pertinente lorsqu’elle émane de Chomsky, mais je n’imagine pas Chomsky faire le singe dans un auditoire… L’action était ludique, très bien… Il ne faut donc pas la présenter comme un chef d’œuvre de pensée socratique !

17:51 : « Qu’est-ce qui permet de représenter ça comme le mardi noir […] ? […] C’est là [que] ça devient intéressant, et extrêmement perturbant, et interpellant, et angoissant ; […] le storytelling va être écrit par le président de l’Union des Anciens Etudiants dans la nuit du 07 au 08 février. Le président [en question], c’est Eddy Caeckelberghs, journaliste animateur de l’émission « Face à l’Info » sur la RTBF, c’est une figure bien connue de […] la bien-pensance. [Il] va, en violant la déontologie journalistique la plus élémentaire, écrire un communiqué de presse […] qu’il va […] faire cosigner par le Cercle du Libre-Examen et […] l’Association des Cercles estudiantins. Ce communiqué de presse va se retrouver chez ses collègues de la RTBF et ce que Bourdieu appelle « la circulation circulaire de l’information », un journaliste citant l’autre, [va se mettre en branle]. […]  Ca part dans une spirale, personne ne va m’interviewer, me demander mon avis, à moi, qui [ai été] projeté en avant alors que je n’avais pas demandé à l’être et que je n’étais le porte-parole de personne, et encore moins des autres participants à la Burqa-Pride. »

Le système humain se défend contre celui qui s’est bel et bien présenté comme un meneur qui a pour objectif de le subvertir, qu’il l’admette ou non. Parfois, et parfois seulement, ce système agit à bon escient…

21:00 : « […] tous ces gens qui font de l’islam le problème social de notre temps… Ca permet de ne pas parler de la paupérisation galopante […] »

C’est indéniable, mais la « Burqa Pride » s’est elle-même, dans l’interprétation littérale qu’elle semble s’être conférée, inscrite dans cette logique délétère.

21:33 : « […] tous les relais d’Israël organisés à Bruxelles vont s’emparer de l’affaire : j’en veux pour preuve le CCLJ (Centre communautaire laïc juif), qui va, avec une diligence, un zèle assez étonnants […] interviewer Fourest, multiplier les articles papier demandant ma tête. Certains d’entre eux […] vont lancer […] une pétition demandant mon exclusion de l’université […], que près de 5000 personnes vont signer […]. »

Cette pétition n’est pas un fantasme, pas plus que le nombre de ses signataires (13). Fallait-il pareille mobilisation ? Des tentatives de conciliation en coulisse sont-elles restées sans suite ? Qui le dira ? Une chose est sûre : l’interview de Madame Fourest par le CCLJ n’est pas plus ni moins complaisante que celle, à froid, de Monsieur Chichah.

23:13 : « […] l’intervention dans la presse de Marc Uyttendaele, qui est l’époux de la [vice-première-ministre] Onkelinx, mais également l’avocat de l’ULB et de Fourest. [A ce dernier titre], il défend Fourest qui attaque […] un militant […] qui a eu le malheur et le grand tort, selon elle, de relayer, sur son mur Facebook, un petit clip vidéo interpellant Fourest sur sa responsabilité dans la construction de l’imaginaire de poètes comme Breivik. […] Uyttendaele va […] se répandre dans la presse […] en disant : « bien sûr qu’il faut exclure le dénommé Chichah. » […] Et c’est ce que l’université fit, d’ailleurs […]. »

Cette affirmation demande à être vérifiée mais, de manière générale, on mettra le mélange des genres, en Belgique, sur le compte de son petit nombre d’habitants : les Ducros, ils se décarcassent !… Selon les renseignements dont je dispose, si Monsieur Chichah a, en effet, subi plusieurs sanctions (14), c’est sous l’apparence d’une renonciation volontaire qu’il laisse derrière lui son poste d’assistant à l’ULB. Quant au parallèle tracé entre le fou furieux norvégien et Madame Fourest, convient-il vraiment de le relever ?

24:51 : « je reste dans les questions qui sont interpellantes et qui dépassent le cadre de ma petite personne. […] Si moi, je peux être représenté comme le fils spirituel de Ben Laden, n’importe […] quel indigène peut l’être. [Par ailleurs,] cette collusion entre les médias et les autorités universitaires me paraît extrêmement dangereuse : elle permet d’imposer n’importe quel discours que voudraient bien avoir les autorités. La troisième chose, c’est la répression que j’ai subie, l’exclusion de cette université. […] [Malgré tout,] c’est une victoire morale pour la Burqa-Pride, parce que débat nous voulions, débat nous avons obtenu, débat a été refusé par Fourest […] parce que […] c’est [elle] qui quitte l’hémicycle lorsque je l’interpelle sur son article [relatif à] l’Eurabie. Et ce n’est qu’après qu’elle [a] quitté l’auditoire que le recteur suspend la conférence. Evidemment qu’il la suspend, puisque la principale oratrice n’est plus là. »

Si l’on ne craignait d’être traité d’islamophobe, l’on crierait à la mauvaise foi !…

30:55 : « dans le climat délétère qui est celui de l’Université aujourd’hui, où la peur suinte des couloirs, on ne peut pas demander à des chercheurs ou à des assistants de prendre position dans le débat public. […] Par contre, il y a, dans cette université, des professeurs qui […] ne risquent strictement rien. Où sont-ils ? Que font-ils ? […] On est en train de détricoter au sein de cette université tout ce qui est porteur de subversion, de remise en question à un moment dans l’histoire où, plus que jamais, les intellectuels ont leur rôle à jouer, en tant que fabricant d’armes intellectuelles, […] du fait de leur travail quotidien de déconstruction du discours dominant. »

Ici aussi, rappelons que la manifestation avec laquelle Monsieur Chichah s’est, à tout le moins, solidarisé n’était sans doute pas le meilleur moyen, la meilleure arme intellectuelle, pour inciter (par l’exemple ?) des jeunes aigris et révoltés à penser par eux-mêmes. Au contraire, l’instrumentalisation n’était pas loin.

Quant au corps professoral, il apparaît qu’il y subsiste, malgré tout, l’une ou l’autre Mohican progressiste (revenue du stalinisme, osera-t-on espérer) et réellement laïque …

Par ailleurs, dans un contexte mondialisé, l’inspiration peut aussi venir d’ailleurs…

32:27 : « L’Université est en crise à l’image de [la société] : ses structures démocratiques sont en crise. […] La parole est muselée, mais […] également réprimée. […] Il y a […] une réduction prochaine de 20 à 25 % sur les allocations de chômage. Donc, on a vraiment tout un dispositif de censure qui est en train de se mettre en place. […] Il est temps de se réveiller avant d’être complètement anesthésiés. »

La législation états-unienne n’est pas la seule : dans la législation belge aussi, on constate un fourmillement et un entrelacs confus de lois (prétendument) destinées à prévenir le terrorisme. Ainsi de la loi du 04 février 2010 (15), relative aux « méthodes de recueil de données par les services de renseignement et de sécurité », qui modifie la loi du 30 novembre 1998 organique des services de renseignement et de sécurité et fournit aux services compétents les moyens de lutter contre les  « processus de radicalisation » (alinéa 15 du troisième paragraphe de l’article 2 du deuxième chapitre).

Quant à la loi du 11 décembre 1998 relative à la classification et aux habilitations, attestations et avis de sécurité (16), son article 3 dispose que « peuvent faire l’objet d’une classification: les informations, documents ou données, le matériel, les matériaux ou matières, sous quelque forme que ce soit, dont l’utilisation inappropriée peut porter atteinte à l’un des intérêts suivants:

a)      la défense de l’intégrité du territoire national et des plans de défense militaire;

b) l’accomplissement des missions des forces armées;

c) la sûreté intérieure de l’Etat, y compris dans le domaine de l’énergie nucléaire, et la pérennité de l’ordre démocratique et constitutionnel;

d) la sûreté extérieure de l’Etat et les relations internationales de la Belgique;

e) le potentiel scientifique et économique du pays;

f) tout autre intérêt fondamental de l’Etat;

g) la sécurité des ressortissants belges à l’étranger;

h) le fonctionnement des organes décisionnels de l’Etat;

i) la sécurité des personnes auxquelles, en vertu de l’article 104, § 2, du Code d’instruction criminelle, des mesures de protection spéciales sont octroyées »

… tandis que son article 4 précise que « la classification visée à l’article 3 comprend trois degrés: TRES SECRET, SECRET, CONFIDENTIEL. Le degré TRES SECRET est attribué lorsque l’utilisation inappropriée peut porter très gravement atteinte à un des intérêts visés à l’article 3. Le degré SECRET est attribué lorsque l’utilisation inappropriée peut porter gravement atteinte à un des intérêts visés à l’article 3. Le degré CONFIDENTIEL est attribué lorsque l’utilisation inappropriée peut porter atteinte à un des intérêts visés à l’article 3. L’utilisation susvisée comprend notamment la prise de connaissance, la détention, la conservation, l’utilisation, le traitement, la communication, la diffusion, la reproduction, la transmission ou le transport. »

Dans une tribune publiée le 30/04/09 dans « la Libre Belgique » (17), le jeune secrétaire général de la ligue des Droits de l’Homme belge francophone d’alors mettait dans le mille : « […] D’après le procureur fédéral lui-même, entre 2003 et 2007, seules 91 des 3 721 observations mises en œuvre dans le cadre des [Méthodes particulières de Recherche] concernaient effectivement des affaires de terrorisme : soit 2,44 pc ! Ainsi, lorsqu’il est appréhendé par le versant de son utilisation effective, le concept de lutte contre le terrorisme apparaît surtout comme la pointe avancée – en même temps que le cache-sexe – du combat sécuritaire. A l’aube d’une des crises économiques les plus importantes de ces dernières décennies, ce traitement policier de la conflictualité sociale ne saurait manquer d’inquiéter. »

Peut-être eût-il été plus productif, pour les élèves, disciples occasionnels et compagnons de route d’un soir de Monsieur Chichah que ce dernier développât davantage cet aspect des relations sociales contemporaines en Occident civilisé

34:50 : « on a une université qui ne forme plus des intellectuels, mais des experts, c’est-à-dire qu’on apprend à des générations d’étudiants non plus à poser des questions, mais à répondre, dans un paradigme donné, avec la rigueur voulue, à une question posée. La pensée se meurt, la technique s’impose à l’Université. Et nous avons aussi des techniciens de la pensée. […] La société n’est plus pensée. […] Nous avons une université efficace en termes de reproduction, de maintien, de la société. A nous de nous battre pour qu’elle ait la même efficacité dans la critique sociale. »

La vision apocalyptique ici décrite est celle d’une société de rouages, contraire à l’esprit de la Renaissance, une société dont seuls une poignée de privilégiés ont une vue d’ensemble, une société où le débat d’idées est aboli. L’on aimerait entendre Madame Fourest sur le sujet…

3/ CONCLUSION ET SUGGESTIONS

S’adressant, le 24 mars 2011, à Monsieur Alain Finkielkraut à l’occasion d’un débat télévisé, le philosophe Alain Badiou se faisait sociologue : « je pense […] que, quelles que soient par ailleurs leurs ignorances, leurs inconséquences – qui ont toujours été celles des opprimés et des humiliés : effectivement, beaucoup de choses, ils ne les savent pas, ils ne les connaissent pas ou ils les disent mal, c’est ce que nous appelons une réaction politique mal politisée […] – […] ce n’est pas eux, le péril principal qui menace ce pays. Le péril principal, il est en-haut. […] La menace de l’en-bas, pour l’instant, elle n’existe pas. Elle est inexistante. Il s’agit, au contraire, de groupes persécutés, diminués et humiliés. Par contre, les décisions prises en-haut, elles menacent tout le monde. Et nous devons nous montrer particulièrement attentifs et solidaires [face] aux mesures prises d’en-haut qui visent précisément à maintenir et à aggraver la persécution, la ségrégation, l’éloignement et la stigmatisation de ceux d’en-bas. Donc,  vous pouvez dénoncer ce que vous voulez. Vous pouvez repérer les choses qui ne vous plaisent pas. Vous pouvez le dire : je ne prends pas du tout la collection des jeunes gens des banlieues pour de petits saints, absolument pas. […] Je n’en fais pas du tout un portrait spectaculairement glorieux, mais ce que je sais, c’est que là est la ressource populaire véritable pour parer à ce qui est bien plus périlleux que leur existence et leurs pratiques, à savoir la politique qui est en train de se mettre en place et qui est destinée à nous accabler tous, d’une manière ou d’une autre. »

Dans un monde où la toute-puissance des corporations s’affirme jour après jour plus fermement, ces méga-clubs de fortunés qui enserrent dans leur joug la liberté de contestation, donc d’expression, et sont ainsi vecteurs d’unanimisme mercantile, de soumission et de pusillanimité, est-il étonnant que des poches de résistance apparaissent ?

Dans un monde où l’inculture quotidienne du plus grand nombre est promue et vendue, est-il surprenant que les modes d’expression privilégiés de ces résistants d’un nouveau type soient confus, irréguliers, incohérents, voire sectaires ?

Dans un monde lisse qui ignore la souffrance sociale, instaure le culte exclusif de la gagne égoïste, et que l’empathie rebute, est-il étrange que nombre de ceux qui tiennent un discours de salut collectif, qui se trouvent aussi, à l’occasion, être de ceux qui tiennent des raisonnements parmi les plus rétrogrades, aient la cote parmi les publics fragilisés intellectuellement et financièrement ?

Faut-il de nouveau pousser à son paroxysme la logique de l’affrontement de blocs, où le non-dit joue un rôle primordial et les coteries de toutes sortes font office de déterminismes de clans, ou partir du principe qu’un réel échange d’idées peut être porteur d’horizons communs, de ponts universalistes à bâtir ?

En conclusion de sa tribune, le droit-de-l’hommiste belge invétéré cité supra écrivait : « au moins autant qu’un instrument de lutte contre des violences lâches et aveugles, les différents dispositifs antiterroristes constituent en réalité une inconsciente transposition en droit de la théorie de la fin de l’Histoire de Francis Fukuyama : un bouclage tautologique de nos démocraties dites libérales sur elles-mêmes, s’auto-instituant comme horizon indépassable de l’organisation sociale, dans un geste d’une arrogance historique très exactement contraire à celle du législateur de 1831, qui prévoyait pour le délit politique une mansuétude particulière. » (17)

_________________

(1)    Lire notamment : http://www.lesoir.be/debats/editos/2012-02-09/ulb-un-attentat-contre-la-pensee-896152.php et http://www.lesoir.be/debats/cartes_blanches/2012-02-10/a-propos-du-mardi-noir-de-l-ulb-896410.php

(2)    Source : http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2011-05-18/baptemes-etudiants-sous-le-theme-nazi-a-l-ecole-solvay-840875.php

(3)    Lire : http://www.ptb.be/nieuws/artikel/le-debat-quon-na-pas-eu-a-lulb.html

(4)    Source : https://carolinefourest.wordpress.com/2010/02/24/une-mise-au-point-sur-eurabia/

(5)    Source : http://www.marianne2.fr/Israel-Iran-le-candidat-Obama-en-ligne-de-mire_a221857.html

(6)    Source : Wall Street Journal Europe, 02 février 2005

(7)    Vérification ici : http://burqablabla.wordpress.com/2012/03/21/the-war-for-eurabia-by-caroline-fourest-ainsi-que-sa-traduction-en-francais-le-texte-evoque-par-m-Chichah-lorsquil-a-ete-designe-et-appele-au-devant-de-la-salle-de-conference-par-m-guy-haar/

(8)    Source : http://www.marianne2.fr/Bauer-nomme-au-Cnam-par-decret-sarkozyste_a173756.html

(9)    Sources : http://www.rtbf.be/info/emissions/article_islamisme-radical-en-belgique-l-affaire-d-une-minorite-dangereuse?id=7736793

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/728202/la-belgique-menacee-par-l-islamisme-radical.html

(10) Lire : http://thomas.loc.gov/cgi-bin/bdquery/z?d112:h.r.3523:

(11) Sources : http://www.nytimes.com/2012/08/23/opinion/the-national-security-agencys-domestic-spying-program.html?_r=1

http://www.oregonlive.com/news/oregonian/david_sarasohn/index.ssf/2012/08/on_surveillance_feds_are_liste.html

(12) Lire : http://www.wired.com/threatlevel/2012/08/appeals-court-oks-wiretapping/

(13) Source : https://www.lapetition.be/en-ligne/Pour-le-renvoi-de-Souhail-Chichah-de-l-ULB-11015.html  (4712 signataires)

(14) Sources : http://www.lacapitale.be/393607/article/regions/bruxelles/actualite/2012-04-18/souhail-Chichah-je-suis-exclu-de-fait-de-l%E2%80%99ulb

http://www.levif.be/info/actualite/belgique/ulb-souhail-Chichah-suspendu-un-mois-avec-maintien-de-salaire/article-4000118673227.htm

(15) Source : http://www.comiteri.be/index.php?option=com_content&view=article&id=3&Itemid=7&lang=FR

(16) Source :  http://www.comiteri.be/images/pdf/wetgeving/wet%2011-12-1998%20a.pdf

(17) Lire : http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/499093/ne-dites-pas-a-ma-mere-que-je-suis-militant-elle-croit-que-je-suis-terroriste.html

______________

URL ajoutés le 13/06/14 :

http://leblogdelapipe.wordpress.com/2014/05/24/si-rouhani-cest-hitler-alors-tariq-ramadan-est-un-franc-macon-du-mi-6-avec-une-couverture-de-prof-doxford-et-moi-le-pape-tant-quon-y-est-faux-exercice-de-libre-examen-interdiction-de-co/
http://leblogdelapipe.wordpress.com/2014/06/11/daniel-schnaiderman-jadmets-ma-bourde/

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“What we need is war, poo-poo-doo-poo-doo” …

La brume épaisse, comme un mirage

Pissait son gris sous les nuages

Nous étions comme des pauvres cons

Face à l’ennemi entomophage

Qui sans mot dire, qui sans un son

Nous abreuvait de son poison

 

Dans la nuit claire, dans la nuit noire

Nous frémissions encore ce soir

Moitié hagards, moitié nerveux

Désignés victimes expiatoires

En route vers nos chers aïeux

Pas question de cessez-le-feu !

 

Sur le pont, le lieutenant, fébrile

Scandait des ordres imbéciles

Aux déserteurs et autres traîtres

Aux suicidaires acidophiles

Qui, résignés, sans le paraître

Dans l’au-delà voulaient renaître

 

L’ennemi était à la fête

Nous ne pouvions lui tenir tête

Ceux qui s’enfuirent furent écrasés

La destruction était complète

Tous les insectes devaient clamser

Toutes les bestioles se consumer

 

C’était compter sans la vice-reine

Eprouvée, pleine, mais sereine

Qui, à l’aide du petit Ferdy

S’encourut à en perdre haleine

Enjambant inertes fourmis

Loin du chimique tsunami

 

Le petit Bruno, d’à peine six ans

Et toute sa bande de garnements

Cette manche cruciale remportèrent

Oubliant tous les survivants

Dans leur villa s’en retournèrent

L’insecticide en bandoulière

 

A peine remis de ce carnage

La reine et tout son entourage

En appelèrent à tous les bourdons

Pour partager leur commune rage

Et envahir la grande maison

Vociférant, au diapason…

***

« War is all we need… »

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Obama à al-Assad : « Vade retro ! » (tentative de décryptage médiatique et mise en perspective historique documentées)

Pour la deuxième fois en moins d’un mois (le 23 juillet dernier et avant-hier), le président en exercice du pays le plus militarisé du monde vient de mettre en garde le dictateur syrien sur le départ contre toute utilisation d’armes chimiques contre les rebelles qui cherchent à le renverser (1). La première de ses admonitions a été adressée au régime aux abois de Damas de manière quasi simultanée aux annonces successives de ce dernier quant à la détention d’un stock d’armes de ce type.

Les téléphones rouges ont-ils sonné des deux côtés de l’Atlantique, les violons plus ou moins accordés dans l’ombre ? En tout état de cause, le ministre des Affaires étrangères syrien a affirmé avec fermeté que ces armes non conventionnelles étaient stockées dans des entrepôts scellés sous le contrôle de l’armée et qu’elles ne seraient utilisées que contre un potentiel agresseur extérieur (2).

Obama est en campagne. Les Israéliens, inquiets d’éventuels développements du bourbier syrien qui leur seraient défavorables, ne sont bien sûr pas sans le savoir : leurs relais aux Etats-Unis sont multiples et le moment est idéal pour faire monter la pression. « [La problématique des armes chimiques ne concerne] pas seulement […] la Syrie, mais aussi nos proches alliés dans la région, dont Israël », grondait, lundi dernier, le candidat à sa propre succession (3).

Pour autant, l’ouverture, pour les Etats-Unis, d’un nouveau front moyen-oriental est-elle concevable en l’état ? Les troupes états-uniennes viennent de rentrer d’un Irak prétendument pacifié où les attentats-suicides continuent de plus belle. C’était là une promesse centrale du programme du candidat démocrate en vue de son premier mandat. L’annihiler par une nouvelle expédition étrangère à l’issue plus qu’incertaine, en raison de l’élargissement possible du conflit aux Etats voisins (qui pourrait prendre des allures de poudrière généralisée), signerait, à l’exception de son Obama-Care, que maints Etats de sa fédération aux mains de républicains n’en continueront pas moins d’essayer de détricoter, la déconfiture suprême de sa première mandature.

Par ailleurs, alors qu’une étude chiffrait, il y a plus ou moins un an, le coût pour les Etats-Unis des guerres menées ces dix dernières années à 3,7 billions de dollars au moins (4), l’opinion publique dont Obama requiert, pro forma, le suffrage en novembre prochain semble étonnamment unie dans sa lassitude de financer ces odyssées militaires incessantes. Certes, un président sortant qui troquerait, en cours de mandat, sa casquette civile pour celle de commandeur en chef serait quasiment certain de sa réélection face à un Romney qui apparaît (volontairement ?) instable et qui n’a vocation à être élu que si le ras-le-bol populaire auquel fait face Obama prend des proportions que les augures n’ont pas prévues… Mais il faudrait pour aboutir à une déclaration formelle de guerre de la part d’un président dont l’ambivalence vis-à-vis du concept même est bien connue (5) bien davantage que l’assassinat d’un journaliste ou deux, qui plus est depuis qu’il apparaît, à la lumière de la responsabilité avérée des rebelles sunnites dans le meurtre de Gilles Jacquier (6), que, décidément, l’analyse des événements qui nous sont rapportés du pétrin syrien est tout sauf limpide…

Et si, avec 24 % seulement d’opinions favorables et une avance dans les sondages que ne cesse, même si elle tend à se réduire en cette fin août, de confirmer son rival depuis la mi-avril (7), l’homme de l’Espoir cherchait, à la manière de son prédécesseur à la fin de son premier term, d’amener le duel sur un terrain où il sait que son adversaire ne peut, faute d’expérience, le suivre, un terrain bien moins friable que la politique sociale, où le psychorigide candidat vice-président républicain, qui souhaite rien moins que la privatisation de pans entiers de la sécu, risque d’attiser de nouveau la division populaire (8) ? La probabilité d’un tel scénario est grande…

Entre-temps, fermant la boucle de l’exercice de musculation, la Chine vient de signifier une nouvelle fois son veto à une intervention américaine en Syrie en accusant Washington d’instrumentaliser le danger des armes chimiques (qui ne pouvait raisonnablement lui avoir échappé bien avant). Peut-être la partie de flipper mondiale qui se joue sous nos yeux pourrait-elle se conclure, sur un thème connu, par l’apparition providentielle de quelque discret médiateur…

« Propagande de guerre, propagande de paix  », glisserait Anne Morelli (10). « Médiamensonges  » ! tempêterait Gérard de Sélys (11) … Il est vrai qu’indépendamment de la nature diabolique supposée d’al-Assad, la prétention morale des Etats-Unis d’Amérique du Nord méridionale en ce qui concerne l’utilisation d’armes chimiques, sans même évoquer les armes à uranium appauvri (déjà utilisées lors des conflits yougoslaves) apparaît pour le moins troublante au regard de l’histoire récente (12) …

VIDEO NON FICTIONNELLE DECONSEILLEE AUX MOINS DE 18 ANS

Dans l’édition augmentée de leur livre-phare « Manufacturing Consent » (ou « La Fabrique du Consensus ») (13), le linguiste américain Noam Chomsky et son acolyte Edward Herman passent à la loupe, au moyen d’exemples illustrés, la prétendue objectivité des médias de masse états-uniens dans la relation d’événements susceptibles de déranger les pouvoirs établis (guerres injustes de l’ennemi par opposition à guerres quasi secrètes du camp du Bien, mais aussi rapport des médias occidentaux aux institutions de la finance mondialisée de Bretton Woods : Banque mondiale, Organisation mondiale du Commerce et FMI).

Choix éditoriaux justifiés par une certaine proximité culturelle, par les contraintes temporelles qui s’imposent à la confection d’un journal en ces temps mondialisés, ou encore par l’absence de faits vérifiables ? Les nombreux parallèles qu’établissent les auteurs, l’extrême récurrence de thématiques prioritaires pour le pouvoir en place, la multiplicité des angles idéologiques favorables à une thèse donnée (capital-corporatiste, en l’occurrence), la succession de démentis officiels qui feraient regretter la traditionnelle langue de bois, font apparaître qu’il n’en est rien : la « Pravda » occidentale est multiforme et l’écran de fumée relève du design

_____________

(1)    Sources : http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-18963720

http://www.aljazeera.com/news/americas/2012/08/201282122320222222.html

(2)    Source : http://sana.sy/eng/21/2012/07/23/432909.htm

(3)    Source : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/08/20/les-combats-continuent-en-syrie_1747657_3218.html

(4)    Source : http://www.reuters.com/article/2011/06/29/us-usa-war-idUSTRE75S25320110629

(5)    Discours du récipiendaire du Prix Nobel de la Paix, Oslo, 11/12/09 : http://www.nytimes.com/2009/12/11/world/europe/11prexy.text.html?pagewanted=all

(6)    Source : http://www.lefigaro.fr/international/2012/07/17/01003-20120717ARTFIG00525-jacquier-l-enquete-francaise-pointe-les-rebelles-syriens.php

(7)    Source : http://www.rasmussenreports.com/public_content/politics/obama_administration/daily_presidential_tracking_poll

(8)    Sources : http://www.veteranstoday.com/2011/01/24/paul-ryans-radical-vision-targets-social-security-medicare-medicaid-childrens-health-insurance-explodes-deficit/

http://www.huffingtonpost.com/stephen-herrington/paul-ryans-killing-of-soc_b_457945.html

(9)    Source : http://www.francetvinfo.fr/les-armes-chimiques-une-excuse-americaine-pour-intervenir-en-syrie-selon-pekin_132183.html

(10) Anne Morelli, « Principes élémentaires de propagande de guerre », Labor, Bruxelles, 2001

(11) Gérard de Sélys (dir.), « Médiamensonges », EPO, Bruxelles, 1991

(12) Source : http://www.rfi.fr/actufr/articles/071/article_39713.asp

(13) E. S. Herman, N. Chomsky, « Manufacturing Consent », Pantheon Books, 2002

 

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MARCUSE !

« A force de tout voir, l’on finit par tout supporter… A force de tout supporter, l’on finit par tout tolérer… A force de tout tolérer, l’on finit par tout accepter… A force de tout accepter, l’on finit par tout approuver ! » fait-on dire à Saint-Augustin…

La technique comme moyen d’éradiquer la pauvreté et la misère de la face du globe, puis de fonder une société expurgée du travail aliénant, quelle utopie, n’est-ce pas ?…

Voici quelques extraits significatifs d’un entretien accordé, en novembre 1976, par le philosophe allemand Herbert Marcuse à la revue « Mitwelt »…

« L’un des changements qui se sont produits pendant l’apogée du capitalisme est le fait que la classe ouvrière au sens classique, telle que la considérait Marx, le prolétariat, n’existe plus en tant que prolétariat dans les pays industrialisés à haut niveau de développement. Le capitalisme a créé des conditions d’existence qui, malgré l’exploitation et la déshumanisation, ont permis à la majorité de la population d’atteindre un niveau de vie tel que Marx ne pouvait l’envisager au XIXe siècle, c’est-à-dire que la satisfaction des besoins matériels reste comme auparavant l’objectif premier, mais pas exclusivement. [Dans les pays industrialisés], la possibilité réelle d’une vie qui ne serait plus fondée sur le travail aliénant et déshumanisant [existe], celle d’une vie vécue pour elle-même et qui permet la jouissance [la joie de vivre]. Voilà une possibilité réelle atteinte grâce au progrès technique pendant la phase de maturité du capitalisme, pas seulement grâce au progrès technique. C’est ce à quoi les nouveaux esprits de gauche pensent fondamentalement lorsqu’ils parlent de nouvelle qualité de vie. La révolution n’apportera donc plus seulement de nouvelles formes de production, de nouveaux rapports de production, un nouvel accroissement de la productivité, mais aussi, et de façon déterminante, un changement radical dans la direction qui est donnée au processus de production, à savoir la satisfaction et le développement de ces besoins transmatériels : la vie come jouissance, une nouvelle sensualité, l’élaboration d’une nouvelle morale au-delà de la morale bourgeoise, etc. […] Pour éviter les malentendus que l’expression « vivre sans travail » implique immanquablement : cette nouvelle vie, cette nouvelle qualité de vie n’est possible qu’après la suppression globale de la pauvreté et de la misère. Cela signifie que la véritable société socialiste ne sera certainement pas dans sa phase initiale une société sans travail. Mais le travail aurait précisément comme objectif clairement défini d’éradiquer la pauvreté et la misère partout dans le monde. »

« […] Lorsque mes positions sont devenues plus radicales, c’était en raison du danger d’une nouvelle forme d’extrême-droite, voire même peut-être de fascisme, que j’estime encore plus sérieux que  je ne le pensais dans les années soixante. […] En ce sens, ‘radical’ signifie la transposition de cette possibilité dans ce que l’on pense et ce que l’on écrit. »

« Les positions de Marx sont des positions historiques, et il va de soi que l’évolution de la société capitaliste qu’il a décrite, la théorie, ne peut pas s’adapter une fois pour toutes à des situations changeantes, mais l’on attend d’elle qu’elle tente de les comprendre et de procéder à des déductions à partir des données existantes. L’attitude des partis communistes d’Europe de l’Ouest reflète, selon moi, le fait que la classe ouvrière dans ces pays n’est pas à l’heure actuelle une classe révolutionnaire. Je crois qu’aucun de ces partis n’a dit que la lutte des classes a complètement cessé ou cessera un jour, mais bien que cette dernière prend, en ce moment, d’autres formes, des formes – je l’avoue – très proches de la social-démocratie […]. »

« Il faudrait distinguer l’ordre en tant que gestion des choses de l’ordre en tant que domination des êtres humains, cette vieille distinction bien connue du socialisme. Il est absolument faux de dire que tout ordre est nécessairement une domination, une oppression, pas même dans la société de classes. Je donne toujours l’exemple, contre les anti-autoritaires, d’une autorité rationnelle sans laquelle le fonctionnement d’une société, de toute société, n’est pas envisageable, par exemple l’autorité du pilote d’avion en plein vol, celle de l’agent de circulation. Tous ces exemples sont ridicules, mais ils indiquent qu’il existe une autorité et un ordre nécessaires, qui ne supposent pas la domination et l’oppression des êtres humains. »

« Le développement technologique, aujourd’hui, peut conduire à une situation en comparaison de laquelle [le roman d’Orwell] « 1984 » serait une partie de plaisir. Mais l’inverse est vrai aussi. Presque toutes les avancées scientifiques et technologiques qui servent aujourd’hui des objectifs destructeurs peuvent aussi, pour autant que je puisse en juger et me risquer à le dire, être utilisées à des fins émancipatrices. Je peux par exemple très bien imaginer que dans une société socialiste, l’informatique soit utilisée pour savoir dans quelles régions du pays quels besoins n’ont pas encore été satisfaits et définir des priorités en conséquence.

« Je dirais que, dans la technologie et peut-être aussi dans la science, il existe une sphère qui est neutre et une autre qui ne l’est pas et ne peut pas l’être. Le plus simple serait de considérer que la technologie, dans ses applications actuelles, n’est pas neutre. De nos jours, elle est, à de rares exceptions près, au service de la destruction légale : destruction de l’environnement, armement, invention de nouvelles armes, etc. Cela ne fait pas partie de l’essence de la technique, ni de celle de la science. C’est pourquoi je dirais que la science et la technique possèdent un noyau neutre, mais celui-ci reste sans effet lorsque la technique et la technologie sont soumises au système dominant. »

« Je dirais que [la philosophie] est plus idéologique que la science dans la mesure où elle ne peut être évaluée directement en fonction de sa validité réelle. Je pense que les concepts philosophiques dépassent, de par leur nature même, la société existante. En ce sens, [ils] sont essentiellement idéaux et idéologiques. Mais ce n’est pas nécessairement un aspect négatif de la philosophie ; cela peut [en] être un aspect positif. La philosophie peut anticiper – et elle l’a fait – des possibilités de l’homme et de la nature, des possibilités libératrices, qui n’ont été réalisées  que bien plus tard. Donc je retiendrais le caractère idéologique de la philosophie, mais je récuserais l’idée selon laquelle le concept d’idéologie serait répressif de manière inhérente. […] Toute philosophie n’est pas nécessairement une justification de l’ordre établi. […] »

« Le marxisme néglige complètement le sujet, le sujet individuel concret. [Son] point de départ repose sur une généralité, la classe, qu’il s’agisse des dominants ou du prolétariat. Et […] en fin de compte, la subjectivité continue d’être négligée dans le développement de [sa] théorie. Cette négligence est aussi très perceptible dans le schéma qui oppose infrastructure et superstructure, où quelques-uns des éléments réellement fondamentaux de l’existence humaine, du sujet, de son intériorité et tutti quanti sont simplement repoussés dans le domaine de l’idéologie : c’est de la psychologie, ça ne nous intéresse pas, pour l’instant la psychologie n’est pas si importante, etc. [Or], c’est un des acquis des années soixante que l’on continue de développer aujourd’hui. Il serait absurde, à mon sens, de prétendre que le mouvement des années soixante est mort. C’est de la propagande de l’ordre établi, mais cela ne correspond tout simplement pas aux faits. Au contraire, le sujet est aussi le sujet des bouleversements politiques. A quoi doit ressembler l’homme qui veut construire une nouvelle société, une société qui n’est pas simplement une rationalisation de l’ordre établi, mais qui représente vraiment cette nouvelle qualité de vie dont nous avons parlé au début ?

« Personne, en tout cas à ma connaissance, ne caractériserait cette nouvelle société comme une rupture avec la technologie, un retour au Moyen Age ou quoi que ce soit de ce genre. La plus libre des sociétés a besoin de technologie, de science, peut-être même plus qu’une société non libre. Mais elle doit en faire un usage particulier, par exemple […] une technologie utilisée non pas pour produire des armes plus efficaces, mais pour éradiquer la pollution de l’environnement. Pour cela, la technologie est nécessaire, mais elle se place sous de tout autres auspices. »

« Le rôle du philosophe est de définir les possibilités et de contribuer à leur réalisation. […] Le concept même d’utopie est aujourd’hui utilisé par la propagande qui émane de l’ordre établi. Il n’y a, à l’heure actuelle, probablement rien qui ne puisse être réalisé, à supposer que les hommes organisent leur société raisonnablement. Je bannirais donc le concept d’utopie de mon vocabulaire parce qu’il est aujourd’hui vraiment idéologique dans un sens répressif. Je crois que personne n’est encore parvenu à démontrer qu’une société dans laquelle le travail aliéné n’est plus le sens de la vie et où la pauvreté et la misère ont été éradiquées à l’échelle mondiale est une société utopique. Nous ne pouvons tout simplement plus le dire à l’heure actuelle. Bien entendu, tout représentant de l’ordre établi à tout à fait intérêt à la présenter comme une utopie, et ainsi cette idée se perpétue dans les consciences. […] Ce que la théorie critique [de l’Ecole de Francfort], ce que le marxisme peut – et il ne désire pas davantage – c’est de montrer que des possibilités réelles existent, que des tendances garantes de ces possibilités sont présentes dans la société actuelle. […] »

« Si Karl Popper [selon qui ceux qui n’en finissent pas de nous promettre le paradis sur Terre ne font, pour ainsi dire, que préparer l’enfer] présente ce qui se passe par exemple en URSS et avec les satellites soviétiques comme étant ce que la Nouvelle Gauche a, en fait, voulu et promis, alors on ne peut plus rien faire. Il s’agit là d’un abîme, d’une incompréhension qu’il est impossible de combler. Je dirais que la responsabilité du philosophe aujourd’hui, du philosophe marxiste, ne consiste pas à prêcher, ce que je n’ai jamais fait, ni a plaider. Au contraire, il s’agit de ne pas minimiser le pouvoir de l’ordre établi ainsi que le pouvoir de la violence aujourd’hui, et de dire à ceux qui veulent vraiment œuvrer au changement que le risque qu’ils portent est immense. Ils doivent le savoir. C’est sans doute irrémédiable, mais il existe des chemins qui permettront peut-être – pour le dire modestement – de contenir un nouveau fascisme, et peut-être même de l’éviter. »

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“Atrás dejamos la noche, con la violencia y el miedo…”

 « MERCOSUR : REVERS NORD-AMERICAIN APRES L’ENTREE DU VENEZUELA ?
de : Joannès
samedi 18 août 2012

Source : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article129544

« MERCOSUR : VERS L’EDIFICATION DE NOTRE GRANDE PATRIE

par Juan Diego Nusa Peñalver

Le 31 juillet 2012 sera longtemps cité dans l’histoire de l’Amérique latine et de la Caraïbe comme un jalon, un pas de géant, avec l’entrée du Venezuela en tant que membre à part entière au Marché commun du Sud (Mercosur), dans le cadre du premier élargissement de cette union douanière en ses 21 ans d’existence.

Cette date marquera aussi un nouvel échec de la politique impériale des États-Unis vis-à-vis de notre région, qu’ils ne peuvent plus contrôler à leur guise comme auparavant.

Pour l’économiste, journaliste, politologue et sociologue argentin Atilio A. Boron, l’inclusion du Venezuela au Mercosur, après cinq ans d’attente, constitue, du point de vue géopolitique, le plus important revers diplomatique des États-Unis depuis l’échec cuisant de la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA).

À cet égard, Beatriz Miranda, chroniqueuse du quotidien colombien El Espectador, précise que l’entrée du Venezuela au Mercosur donne davantage de poids (économique et commercial) à ce bloc régional.

Plusieurs analystes estiment que sur le plan géopolitique, l’arrivée de Caracas augmente les possibilité d’insertion du Brésil dans les Andes et dans la Caraïbe, et du Venezuela dans l’Atlantique sud. Le Mercosur devient ainsi une intégration stratégique dont l’identité sera à la fois amazonienne, atlantique, caribéenne et andine, et permettra une intégration énergétique importante.

Il ne fait aucun doute que ce pas audacieux nuira à long terme aux intérêts des États-Unis dans la région, car il empêcherait le Venezuela de signer un traité de libre échange avec ce pays qui lorgne toujours sur les richesses de la République bolivarienne.

Ce n’est un secret pour personne qu’avec le potentiel énergétique du Venezuela (d’après l’OPEP, ce pays possèderait la plus grande réserve connue au monde : 297,570 milliards de barils), la vigueur industrielle du Brésil (la sixième économie du monde) et les potentiels agricoles de l’Argentine et de l’Uruguay, cet espace de convergence créé le 26 mars 1996 avec la signature du Traité d’Asuncion qui s’est donné plusieurs objectifs – la libre circulation des biens, services et facteurs de production ; un tarif douanier externe commun ; l’adoption d’une politique commerciale commune vis-à-vis des pays tiers ou des groupements d’États ; la coordination des positions au sein des forums économiques et commerciaux, la coordination des politiques macro-économiques et sectorielles afin d’assurer des conditions appropriées de concurrence entre les États membres ; l’harmonisation des législations afin d’obtenir le renforcement du processus d’intégration – joue un rôle stratégique.

En effet, les États-Unis n’ont pu empêcher cette union douanière composée à présent par le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Venezuela (le Paraguay a été exclu après le coup d’État parlementaire contre le président Fernando Lugo), de se renforcer et de promouvoir des politiques économiques et sociales souveraines en accord avec leurs intérêts nationaux, sans se plier aux diktats d’institutions financières discréditées comme Bretton Wood et le Consensus de Washington.

La Maison-Blanche a tenté de recourir à la droite paraguayenne, retranchée derrière le Sénat de ce pays d’Amérique du Sud, pour empêcher l’élargissement du Mercosur qui serait devenu plus attractif pour des pays comme la Bolivie, l’Équateur et d’autres États de la région. En vain. Les États-Unis ont assisté, impuissants, à la marche inexorable de l’histoire.

Depuis le Palais de Planalto, siège du gouvernement brésilien, le président vénézuélien Hugo Chavez a relevé l’importance historique de l’unité des pays latino-américains pour le développement indépendant de leurs peuples, en précisant que le Mercosur constitue une plateforme pour les changements nécessaires.

« Nous sommes dans notre exacte perspective historique. Notre Nord, c’est le Sud. Nous sommes où nous aurions toujours dû être, comme l’avait souhaité Simon Bolivar », a déclaré le président Chavez à la session extraordinaire du groupe qui s’est tenue à Brasilia, la capitale du Brésil.

L’Amérique du Sud se renforce, et le Mercosur lui permettra d’être dans de meilleures conditions pour discuter avec d’autres centres de pouvoir qui, comme les États-Unis ou l’Union européenne, qui n’acceptent que la soumission pour satisfaire l’appétit de leurs transnationales.

ÉDIFIER LA GRANDE PATRIE

Pour les analystes, l’entrée du Venezuela au Mercosur vient de sceller la naissance de la cinquième puissance économique mondiale, qui s’étend de la Patagonie aux Caraïbes, sur près de 13 millions de kilomètres carrés, avec plus de 270 millions d’habitants (environ 70% de la population de l’Amérique du Sud) et constitue un bloc gigantesque et impressionnant doté de la plus grande réserve de pétrole, d’une industrialisation en pleine expansion et d’un énorme potentiel dans la production agricole.

Le Mercosur disposera d’un Produit intérieur brut (PIB) à des prix courants de 3 300 milliards de dollars – équivalant à 83,2% du PIB du Cône sud de l’Amérique – et de la plus vaste réserve de biodiversité et d’eau douce de la planète. Une réalité que devront prendre très au sérieux dans la géopolitique mondiale des blocs comme le sélect club des puissances industrielles du Groupe de huit (G-8), et même des géants émergents comme la Chine et l’Inde, qui ont une position davantage constructive dans les relations économiques internationales.

Au plan interne, l’économiste vénézuélien José Gregorio Piña signale que si dans un premier temps le Venezuela n’offrait au Mercosur que du pétrole et des devises, « à présent le panorama a changé étant donné que ce bloc pourra développer son potentiel productif à travers une relation plus complète avec les pays membres, qui couvre le commerce complémentaire, une architecture financière novatrice, des investissements régionaux internes et la libre circulation des personnes et des postes de travail, entre autres ».

Caracas invite déjà les entreprises du Mercosur à participer à la construction de logements pour le peuple bolivarien (l’objectif étant d’atteindre les trois millions de logements familiaux), et à travailler de concert avec l’État pour impulser d’autres projets sociaux, industriels et agricoles pour le développement du pays. Le nouveau Venezuela veut se débarrasser du vieux modèle rentier dans lequel l’ont soumis les États-Unis, et qui n’a fait qu’accentuer les inégalités et la pauvreté.

Cet effort sera favorisé par la création pour le bloc d’un Fonds de convergence structurelle destiné à réduire les asymétries entre les pays membres, dans un esprit de solidarité qui doit prévaloir à l’égard des nations les moins développées.

« Il s’agit d’une expérience pour réduire les asymétries entre nos pays, et pour promouvoir un développement régional équilibré », a souligné durant le Sommet la présidente brésilienne Dilma Roussef, qui a ajouté que cette instance avait déjà approuvé 40 projets à mettre en œuvre dans la région, avec un montant initial de 1100 milliards de dollars. Une bonne nouvelle à laquelle s’est ajoutée l’annonce selon laquelle l’organisme sud-américain accordera le crédit nécessaire pour impulser l’économie de cette partie du monde.

PROTÉGER LE MERCOSUR

L’empire du Nord ne restera sûrement pas les bras croisés, comme il l’a prouvé avec ses coups d’État contre les processus progressistes du Honduras et du Paraguay, et il fera tout son possible pour éviter une Amérique du Sud unie, prospère et forte, capable de défier son hégémonie politique et économique.

Le cri d’alarme a été lancé par la présidente argentine Cristina Fernandez de Kirchner, qui pendant le Sommet a exhorté les pays membres du Mercosur à « se doter au plus vite d’instruments et d’institutions susceptibles de rendre indestructible et indivisible ce nouveau pôle de pouvoir ». La présidente a énergiquement critiqué les tentatives de nations impérialistes pour affaiblir l’Amérique du Sud.

Le Mercosur constitue donc un nouveau pas vers cette Grande Patrie dont les Latino-américains et les caribéens entendent jouir de tout leur droit. » »

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Les illustrations sont indépendantes de l’article…

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Intermède comique : condensé de Jung revu par DSK, sous l’œil SM de Mère Christine…

Jonathan Branlebeer, un hacker anonyme au pseudo chantant, vient de nous faire parvenir un document troublant extirpé, à son insu, d’une backdoor du PC de Mère Christine, une religieuse défroquée qui prodiguait, il y a plusieurs décennies, au lycée Albert-Premier de Monaco, des cours d’éducation sexuelle aux marmots de la haute. « Je ne te dis pas que j’y adhère », a-t-il tenu à préciser…

Education sexuelle, entendons-nous : il s’agissait plutôt de les mettre au garde-à-vous contre les périls qui les guettaient. A la manière de Sœur Sourire, bien que sous les attraits d’une sœur crispée, Mère Christine avait eu la lumineuse idée de transformer son programme d’assistance ‘cul et sexe’ (PACS) en commandements, qu’elle chantonnait, une guitare à la main…

Grace aux archives du Saint-Siège, nous sommes parvenus à retrouver une copie de l’édition de l’hebdomadaire chrétien « Saint-Vit » de 1962, dans lequel on peut retrouver en page 69, sous l’intitulé « communion des sens », les injonctions quasi divines de Mère Christine…

« 1/ La chair, c’est vies. De la lécher t’abstiendras.

2/ Aucun plaisir ne chercheras.

3/ Le condom, n’utiliseras.

« Allez, les enfants, tous ensemble… »

4/ Ton gros pénis, maintes fois laveras.

5/ Zizi > foufoune, appliqueras.

6/ Devant l’évêque, te prosterneras. »

Sur ce blog, vous le savez, nous sommes particulièrement hostiles à toute théorie du complot, à toute indignation non balisée, à toute subversion séditieuse. Dans le cas qui nous occupe, force est pourtant de constater que les néo-cons de droite pourraient trouver, dans le document hacké, quelque motif de remise au goût du jour du kid profiling, cette technique avant-gardiste qui, loin de tout déterminisme social, de toute dérive néo-morpho-psychologique, se propose de détecter, dès le plus jeune âge, l’inadaptation sociale future, la perversion sociopathique intrinsèque des petits chieurs de cour de lycée.

En effet, Branlebeer, Johnny-la-fripouille pour les intimes, a logé sa flèche en plein milieu de la rosace ! Le document ultraconfidentiel qu’il nous a fait parvenir et dont la presse pourrait se faire le relais, n’est rien moins qu’un dessin de la patte de DSK himself, d’une grivoiserie telle que Mère Christine s’en serait sans doute étouffée si elle en avait eu d’emblée connaissance.

Il appert que c’est Félicie, la destinatrice initiale de l’œuvre, qui, des années plus tard, prise de remords et de désir de vengeance, a pris contact avec la Mère céleste pour confondre le cuistre avéré qui, dès son plus jeune âge, avait cédé aux démons animaux. Il se murmure que, fine stratège et proche des plus dignes messagers de Dieu au pays de Louis IX, l’éducatrice sexuelle aurait attendu le moment propice pour mettre, à l’aide de la confession sur le tard ainsi obtenue par la Grâce, le feu aux poudres du baril du FMI.

Comme jamais nous ne publierions ici une nouvelle qui n’est pas checkée et double-checkée (rarement, en tout cas), nous avons contacté nos sources au lycée dont question aux fins d’établir le contexte dans lequel le dessin du scandale a été réalisé. Souhaitant résumer sommairement le cours de psychologie de Monsieur Lincke, qui avait précédé l’éveil sexuel christique, notre jeune homme aurait griffonné au marteau sur son banc un « Les évêques sont tous des P.D. » retentissant avant de faire part à Félicie de son désir jaillissant, esquissé de sa plus belle plume :

Au verso  de ce dessin, à ne pas mettre entre toutes les mains, un texte mystérieux :

« Si P est le Principe, le Plérôme pour certains

D Snoop Jah, le Soleil, le divin Bien

C le Centre de la Terre, le Mal, le cube du Vilain

Et A l’Abrasif exacerbant, le Big Bang qui les transcende, … »

Sans plus. « Alors », serait-on tenté d’ajouter, « qu’avez-vous fait de Lui » ? Et qu’est-ce donc  que ceci …

?

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NukieLeaks : le grand bordel !

Branle-bas de combat : la cuve du troisième réacteur de la centrale nucléaire de Doel (en province d’Anvers) présente, nous apprend l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire, d’innombrables fissures, la plus importante d’entre elles mesurant un centimètre (1) ! Il pourrait en aller de même pour la cuve du deuxième réacteur de la centrale de Tihange (en province de Liège). La responsable présumée du défaut de fabrication suspecté qui en est à l’origine ? La société néerlandaise Rotterdamse Droogdok Maatschappij, qui a été bien inspirée de faire faillite un mois avant la connexion au réseau de Tihange 2, en avril 1983.

Par ailleurs, des inspections sophistiquées seront menées bientôt sur Tihange 1 (l’un des réacteurs les plus anciens), Doel 4 et Tihange 3, les réacteurs belges les plus nouveaux, qui datent tout de même de 1978, pour la date du début de leur construction, et ont été raccordés au réseau en 1985 (2).

La douche froide après le bain de miel ? Début 2011, après la catastrophe de Fukushima et dans une atmosphère détestable embuée de scission d’arrondissement, le gouvernement belge démissionnaire convenait, sous l’impulsion des autorités européennes, de procéder à ce qu’il était alors convenu d’appeler des stress tests sur les diverses centrales nucléaires. L’objectif de ceux-ci était de déterminer, à l’aune de la tragédie nippone, si nos centrales sont bien équipées pour résister à des événements météorologiques ou géologiques gravement perturbateurs, mais aussi à des attentats terroristes. Plus largement, il était assigné à ces tests un objectif de sécurité générale, qui passait notamment par une évaluation de la robustesse des différents niveaux de protection des réacteurs (3).

Le Commissariat français à l’Energie atomique, dont le site web est une véritable encyclopédie sur la question, précise qu’à la lumière de Fukushima, l’accent a été mis sur trois priorités en matière de recherche et de développement (4), dont on peut s’étonner par ailleurs qu’elles n’apparaissent que maintenant parmi les principales préoccupations des instances officielles :

  • « la dégradation du cœur [ou core] en cuve : la production d’hydrogène et la sauvegarde de l’enceinte, la formation de débris et du bain de corium (combustible et matériaux de structure fondus) et leur progression en cuve ;
  • le relâchement et le transport des produits de fission ;
  • le percement de la cuve : il convient alors d’étudier la progression du corium [cœur du réacteur en fusion] hors cuve, l’interaction du corium avec le béton et avec l’eau. »

Etant donné qu’il était établi dès 2007 que TEPCO, le gestionnaire de la centrale moribonde de Fukushima, qui était chargé de contrôler lui-même la conformité de ses installations, avait falsifié à l’envi ses rapports d’évaluation (5), la première question qu’il eût convenu que les responsables politiques se posassent n’eût-elle pas dû être celle de l’indépendance totale des instances habilitées à vérifier l’état de nos centrales ? Pas pour nos éminences, alors en plein délire narcissique communautaire !

Secondés par des experts extérieurs uniquement pour les tâches pour lesquelles ils ne bénéficiaient pas de l’expertise requise – en ce qui concerne l’exposition des centrales à des risques géologiques, par exemple – des groupes de travail ont été mis en place par l’exploitant Electrabel et sa filiale Tractebel (et, à travers eux, GDF Suez). Ce sont eux qui ont été chargés de remplir les interminables questionnaires établis par les instances ad hoc, puis d’effectuer les vérifications requises afin de pouvoir, de manière régulière, alimenter les tables rondes de scientifiques appelées à statuer sur le sujet (6). Faire reposer l’essentiel d’un stress test nucléaire sur l’entreprise privée qui gère les centrales et se fixe pour objectif de les rentabiliser le plus possible ? Une telle stratégie est commode si d’aventure il était question, en cas d’accident majeur, d’ouvrir le parapluie nucléaire…

Résultat des courses ? Ne le devinez-vous pas ? Au bémol d’une analyse de ladite étude par des experts internationaux près, les instances de contrôle ratifièrent des tests qui prouvaient de manière concluante que « tout va très bien » (7), ce dont le gouvernement ne put manquer de se réjouir.

Qu’est-ce qui explique, dès lors, le revirement soudain de ces derniers jours ? La nouvelle technique de sondage des cuves de réacteurs, qui nous est vantée comme révolutionnaire, n’existait-elle pas il y a à peine quelques mois ? Il faut sans doute chercher l’explication ailleurs. Les tentatives d’explication, pour être précis…

En premier lieu, Electrabel (donc Mestrallet), habituée à encaisser depuis des années sur le dos des consommateurs belges une rente de plusieurs milliards d’euros par an relative à des centrales depuis longtemps amorties, trouvant, en outre, confortable de ne payer que 1,05 % d’impôt sur ses bénéfices (8), se rebiffe (pour la galerie ?) contre la décision du gouvernement actuel de revoir un chouia à la hausse sa participation à l’effort national et, comme un gosse obèse habitué à se goinfrer qui en veut toujours plus, déclare depuis quelques mois que si c’est comme ça, elle fermera certaines centrales non rentables avant terme (9), bousculant ainsi le calendrier de sortie du nucléaire fraîchement approuvé par le gouvernement (10). Faire et défaire, n’est-ce pas toujours travailler ? Vingt fois sur le métier – d’aucuns disent cent – n’êtes-vous appelé à remettre votre ouvrage ? Quoi qu’il en soit, les derniers développements dans ce dossier et les tractations y afférentes s’inscrivent indubitablement, à l’approche des élections communales, dans le cadre d’une indigne partie de bras de fer entre intérêts économiques et honneur politique.

En second lieu, la technique parle d’elle-même. A l’instar de tous les autres réacteurs dont dispose la Belgique, tant Tihange 2 que Doel 3 sont des réacteurs PWR, c’est-à-dire qu’ils fonctionnent  à base d’eau ordinaire bouillante ou sous pression (11). Ces deux réacteurs, contrairement aux autres cette fois, présentent, en outre, la spécificité de fonctionner avec de l’uranium enrichi et du MOX (12). Les deux réacteurs ont donc infiniment plus en commun que le producteur néerlandais de leur cuve. Ceci nécessite quelques mots d’explication…

Le Commissariat (français) à l’Energie atomique nous dit les choses suivantes (4) : « la production d’hydrogène en cas d’accident grave est une spécificité des réacteurs à eau. […] L’hydrogène relâché dans l’enceinte de confinement […] et mélangé à l’air est inflammable si sa proportion est comprise entre 4 % et 75 % en volume. […] En cas de rupture ou de fusion des gaines combustibles, une partie de la radioactivité contenue dans le cœur du réacteur est susceptible d’être transférée dans l’enceinte de confinement, voire dans l’environnement. » Quelques petites fissures y suffiraient-elles ?

Poursuivons notre passionnante lecture : « Les études menées jusqu’à présent ont permis d’acquérir une bonne connaissance du comportement des différentes familles de produit de fission selon leur volatilité pour les combustibles actuels à l’oxyde d’uranium. L’un des objectifs est d’acquérir la même connaissance expérimentale pour les combustibles MOX. » Acquérir la même connaissance en ce qui concerne le MOX ? Se pourrait-il donc que sous la pression de lobbies divers – nous y reviendrons – une technique d’une extrême dangerosité potentielle ait été mise en œuvre avant même que n’en soient mesurés scientifiquement les tenants et aboutissants ? Impossible !

 Enfin, « l’étude de l’interaction du corium avec l’eau dans la cuve et le puits de cuve est importante pour prévenir les risques d’explosion vapeur affectant l’intégrité de l’enceinte de confinement. On étudie aussi l’interaction du corium avec le béton […], en cas de percement de la cuve. Ces phénomènes physiques demandent toujours à être explorés plus profondément. L’enjeu de ces recherches est de garantir le non-percement de la cuve […], qui constituerait une perte de l’intégrité de la 2e ou de la 3e barrière de confinement. »

 Vous vous êtes perdu(e) dans ce fatras technique ? Rassurez-vous, ça va devenir clair… Qu’est-ce que le MOX ?

MOX est donc l’abréviation de mixed oxide, soit oxyde mélangé, en l’occurrence la combinaison d’uranium enrichi et de plutonium qui compose 25 % du core (c’est-à-dire le centre du réacteur) de Doel 3 et Tihange 2 (12). La France, qui compte vingt réacteurs dont le MOX constitue 30 % du core, est la spécialiste mondiale en matière de fabrication du MOX. Mais pourquoi ce MOX est-il si dangereux ? Parce que le plutonium est la molécule nucléaire la plus dévastatrice. Utilisée pour la fabrication des bombes atomiques, elle peut, en fonction de ses différents isotopes (c’est-à-dire de ses variantes) conserver jusqu’au quart de son intensité après 50.000 ans (une période aussi longue que celle qui nous sépare du Neandertal), ce qui signifie qu’elle peut bouleverser l’environnement de manière irrémédiable. Pour l’homme, le plutonium est létal à doses infinitésimales par rapport à l’uranium (13).

 A l’origine, le MOX servait à retraiter le plutonium excédentaire issu de l’arsenal militaire américain. Robert Alvarez, un spécialiste de la question, le déclare sans détour : le MOX est un ratage. Parce que le retraitement du plutonium coûte bien plus cher que prévu initialement, et parce que la France, leader dans la fabrication du combustible hybride, ne parvient à retraiter que 12 % des surplus militaires américains. Il souligne, en prime, que ce combustible pourrait « générer des problèmes dans les réacteurs. » (14)

 Pourquoi Fukushima est-il, à l’estime de nombreux experts, bien pire que Tchernobyl (15) ? Parce que, contrairement à la centrale ukrainienne de sinistre mémoire, dont l’explosion, en 1986, n’a pourtant pas fini de produire ses répercussions, la centrale japonaise – plus particulièrement son troisième réacteur – utilisait du plutonium, transformé en MOX à raison de 30 % de son core… Malheureusement pour eux, les Japonais ne sont pas au bout de leurs mauvaises surprises…

Les premiers résultats visibles de la dispersion du MOX dans l’atmosphère après l’explosion du troisième réacteur de la centrale de Fukushima ont-ils atterri, au gré du rapport définitif relatif à la catastrophe – remis récemment au gouvernement japonais, et qui désigne l’exploitant et l’agence de contrôle comme les responsables premiers (16) – entre les mains de notre Agence fédérale de Contrôle nucléaire, après avoir transité par l’AIEA ?

Une chose semble acquise, en tout cas : même si la nouvelle de la possible fermeture définitive de Doel 3 et Tihange 2 commence à se répandre outre-Atlantique (17), il est peu probable que les dix réacteurs nucléaires états-uniens dont les cuves proviennent du même fabricant (18) y attirent une grande attention, et ce pour une raison bien simple, très politicienne et très inspirée par le business…

Alors que le cinquième épisode de la nouvelle série d’Aaron Sorkin, « The Newsroom », invite ses spectateurs à se pencher sur le rôle éminemment discret de la troisième grande fortune des Etats-Unis (derrière celles de Bill Gates et de Warren Buffett), largement inconnue des Européens (voire des Américains eux-mêmes), à savoir celle des frères Koch (actifs, entre autres, dans l’industrie pétrolière), dans le financement des figures de proue extrémistes du Tea Party, peut-être n’est-il pas inutile de nous arrêter quelques instants, à notre tour, sur l’entourage très nucléarisé du président sortant qui cherche à rempiler. L’exercice nous permettra de réfuter scientifiquement, une fois pour toutes, la propagande qui, avec acharnement, visait, en nos contrées, à présenter Obama comme un écolo américain.

[ En effet, en dépit d’une augmentation, ces quatre dernières années, du soutien fédéral aux énergies alternatives, qui s’inscrit dans la volonté affichée d’amener ces dernières à satisfaire, d’ici à 2020, dix pourcents seulement de la consommation électrique (19), ] les Etats-Unis sont, pour l’heure, de loin les premiers producteurs d’énergie nucléaire et les premiers exportateurs d’électricité produite par cette énergie (20). S’il s’est attiré les foudres de l’industrie pétrolière, avec laquelle il a rompu à la Maison blanche, alors que son prédécesseur l’y avait installée plus que jamais, l’actuel président est loin d’avoir été abandonné par l’intégralité de l’industrie de l’énergie américaine. Et ce n’est pas à celle des panneaux solaires, dont l’un des acteurs majeurs traverse une très mauvaise passe (21), que nous songeons ici, mais à celle du nucléaire, bien sûr.

Exelon Nuclear, la filiale du groupe homonyme, possède et gère le parc nucléaire le plus important des Etats-Unis, le troisième en ordre de grandeur au niveau mondial. Avec ses dix centrales et ses dix-sept réacteurs, l’entreprise, avec une sous-filiale de laquelle Electricité de France (EdF) détient depuis mars de cette année une joint venture, fournit de l’électricité à dix-sept millions de ménages nord-américains (22).

Le CEO (ou directeur exécutif) de la firme, John Rowe, ne manque pas la moindre occasion de dénoncer l’inaction de son pays quant au changement climatique (23), lequel est dû uniquement, comme chacun sait désormais, au surcroît de Co² dans la troposphère supérieure. Rowe a toujours été un soutien financier de poids pour le sénateur comme pour l’aspirant président Obama, allant, comme Clooney, jusqu’à organiser pour lui de nombreux fundraisers (ces cérémonies guindées destinées à la jet set, où le couvert coûte une fortune). Comme si ça ne suffisait pas, le président comptait parmi ses plus proches conseillers des pièces maîtresses sur l’échiquier d’Exelon. Ainsi de Rahm Emanuel, son précédent chef de cabinet (qu’il a viré avec grand fracas, prétendument pour son autoritarisme), qui a veillé au bon déroulement de la fusion stratégique qui a permis l’émergence d’Exelon. Ainsi aussi de David Axelrod, son conseiller stratégique le plus proche (24).

Faut-il s’étonner, dès lors, qu’Obama – de même que la France, au demeurant (de quelque côté que penche le pendule) – continue, même après Fukushima, de promouvoir cette fantastique énergie alternative et salvatrice qu’est le nucléaire (25) ? Faut-il s’émouvoir qu’il semble, en tant que sénateur, avoir, selon la plus absolue logique de la politique soumise à la finance, remanié des lois à l’avantage de ceux qui l’ont fait élire, et au détriment de l’intérêt général, dans cette matière hypersensible (24) ?

Si nous souhaitons préserver un monde vivable, non pas une nature fantasmée et idéalisée, mais une source de mise en perspective par rapport à l’agressivité urbaine et industrielle, le nouveau défi incontournable qui s’adresse à nous est celui des énergies réellement alternatives (solaire, éolienne, biomassive, neptunienne, …), qui méritent, dans l’attente de leur extrême rentabilité, un financement à la mesure des ambitions dont elles sont porteuses. Que les présidents s’entourent donc de ces industriels-là… Ca nous fera de l’air frais !

La recherche et le développement en matière (de fusion) nucléaire, indispensable pour espérer courir dans l’espace, n’aura qu’à être centralisée dans l’un ou l’autre désert inhabité. Et, enfin, les Hiroshima et autres Fukushima appartiendront au passé, en Iran comme ailleurs…

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(1) Source : http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_fissures-a-doel-3-reunion-d-experts-nucleaires-de-8-pays-concernes?id=7822752

(2) Source :http://www.fanc.fgov.be/fr/news/doel-3-foutindicaties-m-b-t-het-reactorvat/537.aspx

(3) Source : http://www.fanc.fgov.be/GED/00000000/2800/2853.pdf (page 10)

(4) Lire : http://www.cea.fr/content/download/78243/1501891/file/DOSSIER_surete_nucleaire.pdf (page 6 / pour accéder à ce lien, introduisez-le d’abord dans votre moteur de recherche)

(5) Lire, à ce propos, ce post édifiant du 05/07/12 :https://yannickbaele.wordpress.com/2012/07/05/le-japon-nouveau-leader-des-energies-alternatives/

(6) Source : http://www.fanc.fgov.be/GED/00000000/2800/2853.pdf (pages 18-26)

(7)  Sources : http://www.fanc.fgov.be/fr/news/l-afcn-entame-l-evaluation-des-rapports-d-electrabel-sur-les-stress-tests/462.aspx

http://www.lecho.be/actualite/entreprises_energie/Stress_tests_positifs_pour_le_nucleaire_belge.9124707-3025.art?ckc=1

http://www.belgium.be/fr/actualites/2011/news_stress_tests_centrales_nucleaires.jsp

(8) Source : http://www.lesoir.be/actualite/economie/2012-06-29/electrabel-paye-tres-peu-d-impots-924024.php

(9)  Sources : http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2012-07-05/nucleaire-la-position-d-electrabel-n-est-pas-du-chantage-925252.php

http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_centrales-nucleaires-m-wathelet-se-dit-tres-surpris-par-la-communication-d-electrabel?id=7819678

(10) Lire : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20120707_00179899

(11) Source : http://www.cea.fr/content/download/49912/925958/file/CEA-elecnuc-2011.pdf (p. 24 / ici aussi, introduire d’abord le lien dans le moteur de recherche pour pouvoir y accéder)

(12) Ibid., p. 52

(13) Source : http://www.naturalnews.com/031736_plutonium_enriched_uranium.html

Comme on peut le lire su le site web http://www.greenpeace.fr/stop-plutonium/impacts.php3 « le plutonium 239, d’une demi-vie de 24.400 ans, a une activité spécifique environ 200.000 fois plus grande que celle de l’uranium 238 et environ 30.000 fois plus grande que celle de l’uranium 235. » La demi-vie est la période au terme de laquelle une molécule nucléaire perd la moitié de son intensité. Dans le cas du plutonium 239, il faudra, après les 24.400 premières années, qu’une période équivalente s’écoule pour que ladite molécule ne conserve plus que le quart de son intensité, et ainsi de suite.

(14) Source : http://www.dcbureau.org/20110315782/natural-resources-news-service/mox-fuel-rods-used-in-japanese-nuclear-reactor-present-multiple-dangers.html

(15) Source : http://www.bewustnieuws.nl/tag/mox/

(16) Source : http://www.connaissancedesenergies.org/fukushima-remise-du-rapport-final-du-gouvernement-120724

(17) Source : http://www.huffingtonpost.com/huff-wires/20120810/eu-belgium-nuclear-plant/

(18) Source : http://www.levif.be/info/belga-politique/fissures-a-doel-3-reunion-d-experts-nucleaires-de-8-pays-concernes/article-4000163356083.htm

(19) Le complément circonstanciel [ entre crochets ] a été ajouté le 26 août 2012, à la lumière d’une nouvelle analyse effectuée par Bloomberg, dont le présent article, daté du 23 août, rend compte : http://www.bloomberg.com/news/2012-08-23/romney-s-energy-plan-ignores-the-success-of-solar-and-wind-view.html

Outre la dépendance bien connue des Etats-Unis au pétrole, qui amène certains à vouloir repousser toujours plus loin sur leur territoire, sans le moindre égard pour l’environnement ni les biotopes, les limites de la prospection, l’article souligne leur effarante consommation de charbon, lequel fournit actuellement 45 % de leur électricité…

(20) Source : http://www.world-nuclear.org/info/inf41.html

(21) Source : http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120813trib000714246/panneaux-solaires-solarworld-justifie-ses-pertes-par-le-dumping-de-ses-rivaux-chinois.html

(22) Source : http://www.exeloncorp.com/energy/generation/nuclear.aspx

(23) Source : http://www.usatoday.com/money/companies/management/profile/2010-01-25-roweceo25_ST_N.htm

Vous noterez, au passage, qu’il n’existe aucune étude relative à l’influence possible de la production humaine d’énergie nucléaire et / ou de l’usage de certaines de ses applications sur le réchauffement climatique.

En ce qui concerne le programme militaire américain ultraconfidentiel HAARP, en revanche, il existe bel et bien une étude des plus scientifique, mais elle ne semble pas troubler grand monde : http://www.grip.org/pub/rapports/rg98-5_haarp.pdf.

Voici comment Luc Mampaey, Attaché de Recherche au Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité (GRIP), présente cette étude récompensée par l’Université libre de Bruxelles et relayée par le Parlement européen : « Sur un site du département américain de la défense (DoD) à Gakona, en Alaska, l’U.S. Air Force et l’U.S. Navy ont entrepris, en 1993, de faire construire une station de recherche sur les propriétés de l’ionosphère d’une puissance jusqu’ici inégalée: c’est le programme HAARP, High Frequency Active Auroral Research Program. Pure recherche scientifique affirment les militaires; étape supplémentaire et risquée dans les tentatives militaires de manipuler l’environnement à des fins hostiles, rétorquent quelques scientifiques et des organisations écologistes ou pacifistes. A première lecture, rien ne distingue pourtant HAARP des installations de recherches  ionosphériques déjà en fonctionnement. Sauf le gigantisme des puissances évoquées, et le contrôle exclusivement militaire du projet. D’où les inquiétudes et la perplexité qu’il suscite, amplifiées encore par la langue de bois, ou les silences, des autorités militaires. HAARP n’est-il que la partie émergée de nouveaux projets militaires, préludes à une nouvelle course aux armements? HAARP risque-t-il de provoquer des dommages irréversibles ou majeurs à l’environnement? Ou bien n’y a-t-il vraiment aucune raison de s’inquiéter?

 […]

 HAARP est un programme scientifique. Aux mains des puissants, il peut cependant conduire au progrès comme à l’oppression et au désastre. Sans préjuger des intentions finales des Etats-Unis, et reconnaissant que ce travail émet plusieurs hypothèses, et relaye certaines spéculations, il s’avère fondé d’affirmer que le programme HAARP, en synergie avec d’autres programmes militaires, peut conduire à des déséquilibres dangereux pour l’environnement et les populations. »

 (24) Source : http://www.nytimes.com/2008/02/03/us/politics/03exelon.html?_r=1&pagewanted=all

(25) Source : http://www.msnbc.msn.com/id/42106967/ns/politics-white_house/t/obama-defends-nuclear-energy/

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Assange : « don’t threaten me with love, baby. Let’s just go walking in the rain… » (1)

« Que représente le terrorisme [de Julian Assange] en comparaison au terrorisme que nous acceptons tout simplement, qui doit se poursuivre jour après jour pour que les choses restent en l’état ? Voilà en quoi l’idéologie nous contient : lorsque nous parlons de terrorisme violent, nous pensons toujours à des actions qui interrompent le cours normal des choses, mais qu’en est-il de la violence intrinsèque destinée à assurer le fonctionnement des choses telles qu’elles sont ? En étant critique et n’en cédant pas moins, cependant, à mon esprit provocateur, je pense que si on emploie le terme de terrorisme, [celui-ci doit être considéré] comme une stricte réaction à un terrorisme beaucoup plus puissant qui est ici. »

Slavoj Žižek (philosophe slovène)

Conférence-débat ‘Democracy Now !’ avec Julian Assange, 02/07/11 [42:40] – traduction libre

Réfugié depuis cinquante jours dans les locaux de l’ambassade d’Equateur en Grande-Bretagne après avoir enfreint l’une des clauses de sa libération conditionnelle dans le cadre de la vraie fausse affaire des accusatrices suédoises, digne du complot Lewinsky (2), Julian Assange, ce DSK australien aux allures de freluquet, demeure passible d’extradition aux Etats-Unis, où il pourrait risquer, comme Bradley Manning, la figure expiatoire désignée du Wikigate, la peine de mort pour espionnage.

L’Amérique, rappelons-le, c’est « le symbole de la liberté » tel que vanté par Elfie Weiss dans le générique du dessin animé japonais « Tom Sawyer », par exemple cette liberté que Jefferson, au détour de deux discours, accorda aux esclaves noirs. « L’honnêteté est le premier chapitre du Livre de la Sagesse », ou encore « L’esprit de résistance à l’autorité [à l’Etat] est si précieux en certaines occasions que je souhaite qu’il soit toujours maintenu » (3), professait-il, le bougre !

« En général, la vérité est la meilleure justification contre la calomnie » (4), déclarait, quant à lui, le vieil Abe « tueur de vampires ». Mais le moins que l’on puisse écrire est que les pères fondateurs ont, un peu partout, du plomb dans l’aile en ces temps où le lyrisme doit s’effacer devant les maths froides. La surmédiatisation, la surpopulation mondiale et la possibilité, pour un nombre restreint d’individus, de provoquer des désastres majeurs, semble rendre très labiles ces propos de vieux fossiles.

Après la sous-traitance de la torture, la mode est, aux States, à la license to kill. Deux précédents des plus inquiétants, l’un douteux par son scénario, l’autre établi et vérifié, octroient en effet désormais au président de l’exécutif nord-américain méridional en exercice le droit nouveau et révolutionnaire de tuer l’un de ses compatriotes sans la moindre forme de procès, si ce meurtre est patriotique, en d’autres termes si les services secrets estiment qu’il s’inscrit dans la lutte contre le terrorisme. « Yeha ! », doit tonitruer sur sa vachette, sa flasque métallique dans la main droite, Bushito dans son ranch texan : après Oussa-la-Barbiche, en mai 2011, ce fut, en septembre de la même année, au tour d’un autre ponte du SCI (Syndicat du Crime islamiste), un citoyen américain cette fois, Anwar al-Awlaki, de périr, au Yémen, sous les balles à longue distance du shérif Obama. Que Gingrich ne doit-il regretter que sa chance de jouer de la gâchette ne se soit évaporée…

Ces individus étaient-ils de généreux John Lennon des causes contemporaines ? Là n’est pas le propos : par l’assassinat télécommandé du second d’entre eux, c’est non seulement l’article cinq de la constitution des Etats-Unis qui a été bafoué avec le sourire, mais aussi la chape de plomb du ‘secret défense’ qui s’est abattue sur tout débat consécutif (6). Quelles sont les bases légales dont prétend disposer l’administration Obama, sans toutefois en faire état, pour justifier cet assassinat ? Ce dernier a-t-il été commis de manière préemptive, c’est-à-dire pour des faits qu’al-Awlaki n’avait pas encore commis, ou l’a-t-il été sur base de présomptions de culpabilité ou de complicité ? Existe-t-il entre les Etats-Unis et le Yémen quelqu’obscur traité qui règle ce genre de situation, comme naguère l’externalisation de la torture ? Si oui, ce type de gentlemen’s agreement a-t-il cours également en d’autres régions du globe, en Europe par exemple ? Les drones pilotés à distance qui survolent nos cieux, en appui des satellites espions KH qui constellent notre ionosphère et sont gérés conjointement par  la National Security Agency (NSA) et le National Reconnaissance Office (NRO), ceux-là même qui, en prologue du film « Syriana », permettent d’abattre un vilain terroriste, alors qu’ils sauvent la mise à Jack Bauer dans l’épilogue de la série dont il a fait le succès, font-ils l’objet de conventions internationales ? Lorsque je me promène à poil sur ma terrasse, dois-je craindre d’être filmé en gros plan par Google Earth, la NSA et le NRO, et que sais-je encore ? Si oui, que sont donc mes droits d’auteur devenus ?

Autant de questions probablement désuètes auxquelles WikiLeaks pourrait contribuer à répondre si son site web ne faisait, depuis plusieurs jours, l’objet d’une saturation orchestrée par AntiLeaks (7), un collectif US d’un genre nouveau que plusieurs spécialistes d’internet situent à la droite de la droite et qui semble promouvoir la liberté, y compris pour les Américains eux-mêmes, de n’être pas informés.  A moins qu’il ne s’agisse, une fois encore, de la main invisible de Langley qui agiterait quelques épouvantails anonymes… DietPepsi, l’énigmatique leader charismatique de ce groupuscule, déclare pouffer lorsqu’il lit les allégations qui fleurissent, de plus en plus nombreuses, sur le net quant à son appartenance supposée à « la NSA, la CIA ou le FBI« .

Qu’il pouffe donc, le Pepsi Light : il ne cite pas la DIA (Defense Intelligence Agency), qui dépend du DOD (ministère de la Défence américain), et, s’il écarte par ailleurs d’un revers de main l’hypothèse d’un scénario de marketing conçu par les trolls de Wikileaks, par exemple pour attirer, en guise d’avertissement (et avec le soutien d’un certain nombre de médias spécialisés ?), l’attention du public sur le curieux cas Abraxas (8) au moyen d’une poignée de documents certes indicatifs mais pas très subversifs (9), alors que se joue, à Londres, le sort de leur patron, il ne cite nulle part le nom de ce dernier. Or, le diablotin peut être dans les détails et les mots non prononcés. Assange a d’ailleurs déjà recouru par le passé à des ficelles publicitaires. Et, honnêtement, si tel était le cas en l’occurrence, le lui reprocherait-on ? Il faut bien, après la purge publique de la banque Barclays (pointée du doigt par Wikileaks dès mars 2009) et le jeu de chaises musicales à la Bank of America (10), que notre homme garde quelques cartes en réserve sous sa manche pour le gigantesque jeu de poker dont il est partie prenante. ‘Leverage‘ est le terme anglais consacré…

Certes, Assange a un agenda politique. Il ne s’en cache d’ailleurs pas. Certes, même si beaucoup le sont, tous les coups fourrés ne sont pas de conception américaine. Mais là n’est pas l’essentiel : ce qui est fondamental, c’est de confronter les nations elles aussi aux louables idéaux qu’elles disent promouvoir. C’est de rendre espoir à des opinions déglinguées. C’est d’œuvrer à un monde dont les générations futures pourront dire qu’il est un rien meilleur que le nôtre (11), bref de faire reculer le cynisme en conformant les actions aux annonces et discours.

S’il existe un principe céleste qui ordonne l’équilibre, Assange en est un modeste exécutant. C’est pourquoi, contre tout augure, nous lui souhaitons bon vent à Quito ! Puisse-t-il échapper aux polices secrètes de l’Empire, aux drones furtifs, au mal ravageur qui frappe la plupart des dirigeants de gauche d’Amérique du Sud et dont l’un deux hésite, en public, à attribuer la paternité à son ennemi juré (12), aux chiens enragés qui courent les rues équatoriennes, aux sorcières suédoises (1) et aux patriotes d’AntiLeaks, et poursuivre son labeur d’investigation et d’information du public souverain !

Comme le disait Billie Holiday, « si je dois chanter comme quelqu’un d’autre, alors je ne chante pas du tout. » (13)

____________

(1)    « Ne me menace pas avec l’amour, bébé. Marchons simplement sous la pluie… » (Billie Holiday)

(2)    Lire : http://www.europe1.fr/International/Assange-et-l-affaire-du-preservatif-328317/

(3)    “Honesty is the first chapter of the Book of Wisdom.

The spirit of resistance to government is so valuable on certain occasions that I wish it to be always kept alive.

(4)    “Truth is generally the best vindication against slander.

(5)    http://www.washingtonpost.com/world/national-security/holder-us-can-lawfully-target-american-citizens/2012/03/05/gIQANknFtR_story_1.html

(6)    Sources : http://www.universalis.fr/encyclopedie/satellites-espions/

http://system.solaire.free.fr/sondeterre3.htm

(7)    Source : http://www.theregister.co.uk/2012/08/13/antileaks_wikileaks_attack_response/

(8)    Sources : http://publicintelligence.net/abraxas-trapwire/

http://www.pcmag.com/article2/0,2817,2408402,00.asp

(9)    Source : http://wikileaks.org/gifiles/releasedate/2012-08-14-00-a-brief-introduction-to-abraxas-trapwire-and.html

(10) Sources : http://archive.truthout.org/what-does-wikileaks-have-bank-america66889

http://www.cnbc.com/id/42762811/The_Great_Wikileaks_Bank_of_America_Hoax

(11)    « Today, we begin in earnest the work of making sure that the world we leave our children is just a little bit better than the one we inhabit today.” (promesse issue du discours postélectoral du prétendant à un second mandat à la Maison blanche)

(12)    Source : http://www.reuters.com/article/2011/12/29/us-venezuela-usa-cancer-idUSTRE7BR14I20111229

(13) « If I’m going to sing like someone else, then I don’t sing at all. »

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Le présent article a été très légèrement modifié le 14/08/12, à la lumière de nouveaux développements (lire en particulier (7), (8), (9) et (10)).

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