La mafia pharmaceutique, parangon de la “rationalité” (financière)

Ce qui suit est la traduction (libre) d’un article paru jeudi dernier dans le « New Zealand Herald » (journal néo-zélandais), sous la plume de Jeremy Laurence (URL : http://www.nzherald.co.nz/business/news/article.cfm?c_id=3&objectid=10825547).

Le titre du post et son illustration musicale relèvent du blog.

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« Des experts l’affirment : les entreprises pharmaceutiques privilégient les profits par rapport à l’innovation.

L’industrie pharmaceutique multimilliardaire a passé la dernière décennie à développer de nouveaux médicaments qui n’ont produit que des avantages mineurs, mais ont causé un dommage considérable, assurent des experts.

L’affirmation selon laquelle les entreprises de ce secteur traversent une crise en raison de la difficulté et du coût liés à la découverte de nouveaux médicaments est un mythe entretenu par une industrie dont le souci principal est le marketing, ajoutent-ils.

Contrairement aux affirmations de l’industrie médicamenteuse d’après lesquelles le pipeline de drogues nouvelles est en passe d’être à sec, le nombre de nouveaux médicaments qui font, chaque année, l’objet de licences s’est maintenu entre 15 et 25. Mais la plupart concernent des modifications mineures de drogues existantes, destinées à grappiller quelques parts d’un marché existant plutôt que de proposer une véritable innovation thérapeutique.

Des études indépendantes laissent entendre que 85 à 90 % [de ceux-ci] apportent une amélioration marginale par rapport aux traitements existants, certains, tels le Vioxx, un antidouleur, et l’Avandia, un médicament utilisé dans le traitement contre le diabète, provoquant de sérieux effets secondaires, raison pour laquelle ils ont été interdits en Europe.

Dans un article du British Medical Journal,  le professeur Donald Light, de l’Université de Médecine du New Jersey, et Joel Lexchin, de l’Université de York, à Toronto, déclarent que la situation est à l’identique depuis 50 ans.

Les encouragements au développement de nouveaux médicaments sont mauvais, et ils ont dénaturé le comportement de l’industrie.

« Voici la vraie crise de l’innovation : la recherche et le développement pharmaceutiques se limitent principalement à de légères variantes de drogues existantes, et la plupart des nouvelles drogues ne sont pas supérieures, en termes cliniques. [Elles] sont également à la base d’une épidémie de réactions aversives qui ont ajouté aux coûts de la santé publique », écrivent-ils.

 Les dépenses de marketing (25 pourcents des revenus) sont supérieures à celles consacrées à la découverte de nouvelles molécules (1,3 pourcent). Les affirmations de l’industrie pharmaceutique selon lesquelles le coût d’une mise sur le marché d’un nouveau médicament est de 1 milliard £ [1.272.102.786 €] et qu’il n’est pas supportable sont exagérées, affirment [ces scientifiques].

Les coûts de recherche et de développement se sont élevés, en effet, à 34,2 milliards $ [27.891.045.506 €] entre 1995 et 2010, ont-ils conclu, mais les revenus ont crû six fois plus vite, à hauteur de 200 milliards $ [163.105.529.277 €]. Les entreprises [concernées] omettent de mentionner ce retour sur investissement, disent [les chercheurs], ajoutant que les dépenses que l’industrie consacre à la promotion atteignent jusqu’à 80 pourcents.

 Les auteurs en appellent à l’ensemble des autorités compétentes pour accorder les licences [de mise sur le marché] pour qu’elles cessent d’approuver de nouveaux médicaments à faible valeur thérapeutique. Ils suggèrent d’allouer d’importants incitants financiers aux agents thérapeutiques réellement novateurs, plutôt qu’à la protection de patentes.

L’Agence européenne des Médicaments [EMA], qui accorde les licences pharmaceutiques […] en Europe, maintient un certain nombre d’informations quant à leur sûreté et leur efficacité sous le sceau du secret. Il n’en demeure pas moins que 29 pourcents des nouveaux agents biologiques approuvés par [cette instance] ont fait l’objet de mises en garde quant à leur sûreté dans les dix premières années.

Dans un second article, des chercheurs de la London School of Economics en Grande-Bretagne soutiennent que les producteurs de médicaments devraient être obligés de démontrer que leurs produits sont supérieurs aux traitements existants avant de se voir décerner une licence, et non supérieurs aux placebos, comme c’est le cas actuellement.

Stephen Whitehead, le directeur exécutif de l’Association de l’Industrie pharmaceutique britannique [ABPI] déclare [quant à lui] : « Nous sommes en profond désaccord avec les affirmations avancées dans ces articles. La recherche médicale a toujours reposé sur l’innovation graduelle et redondante, plutôt que sur des avancées fulgurantes, qui sont très rares. » »

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