Fourest / Chichah : « va donc, vermine fasciste ! » / Retour « détendu » sur la confrontation de deux névroses à l’ULB…

Le présent post est dédié à tous les « Playmobil pirates » porteurs de lumière, sans distinction d’origine, de culture, de classe, de conviction(s), de genre, ni de préférence sexuelle…

Le 7 février 2012 se déroulait à l’Université libre de Bruxelles (ULB) un débat pour le moins chahuté qui se proposait de répondre à la question : « l’extrême-droite est –elle devenue fréquentable ? » L’échange tourna court lorsqu’un groupe non identifié d’individus scandant « Burqa bla-bla » interrompit l’oratrice Caroline Fourest, journaliste d’investigation spécialisée dans les enquêtes relatives à divers milieux réputés intégristes…

1/ PIECES DE L’ANALYSE

L’EXTRAIT LITIGIEUX DU DEBAT

(Merci de faire abstraction ici des commentaires ajoutés par l’auteur de la vidéo…)

LA REACTION (A CHAUD) DE MADAME FOUREST

LA REACTION (A FROID) DE MONSIEUR CHICHAH

2/ COMMENTAIRE DE CES REACTIONS

A/ MADAME FOUREST

En amorce de l’extrait du débat dont question (lequel débat ne semble malheureusement pas disponible dans son intégralité), Madame Fourest apporte la précision suivante : « “Il faut s’opposer à des lectures essentialistes, civilisationnelles, de ces enjeux parce que je pense que ce sont des lectures qui ne mènent nulle part, si ce n’est à la confrontation. Donc, pour être très clair, […] les monothéismes sont [bien sûr] porteurs d’universalisme, en tout cas par rapport à des visions tribales, ou culturalistes avant elles. […] L’universalisme des droits de l’homme et de la déclaration de 1948 va encore plus loin que ces universalismes monothéistes, et à l’intérieur des monothéismes, il y a bien sûr le « rendez à César ce qui est à César », mais il y aussi, en islam, une sourate […] de la délibération, qui dit que les hommes délibèrent entre eux de leurs affaires et, à partir de cette sourate, dans un rapport de forces entre partisans d’une séparation et partisans d’une confusion [entre l’Eglise et l’Etat],  il y a – on le voit en Turquie – des évolutions tout à fait possibles. Donc, je ne crois pas que l’on puisse chercher dans la nature d’une religion la xénophobie. »

Dans sa réaction, l’intéressée déclare à…

0:53 : « au moment où nous dénoncions le racisme, des militants d’extrême-droite se sont levés, se sont mis des burqas et nous ont invectivés […] »

L’honnêteté intellectuelle oblige de préciser qu’avant même que les slogans relatifs à la burqa ne fusent, plusieurs spectateurs du débat ont accusé les trublions du début d’être des fascistes. Madame Fourest elle-même dénonce d’entrée de jeu lesdits trublions en tant que militants d’extrême-droite. Pourtant, la verve et les arguments en moins (et pour quelles raisons, tiens ?!), qu’y a-t-il de formellement dissemblable entre cet humour de potaches et certaines manifestations soixante-huitardes, si ce n’est d’autres temps et d’autres mœurs ? La chienlit d’hier n’est pas la chienlit d’aujourd’hui, mais elle est persistante, par nature…

1:54 : « […] heureusement qu’en France, on n’a pas des hurluberlus comme ceux que je viens de voir ce soir et qu’en tout cas, ils ne se permettent pas ce genre de choses […]. »

Madame Fourest a l’air de vanter la liberté d’expression en France, qui n’a pourtant cessé, ces dernières années, d’être restreinte. La liste des sujets tabous ne cesse de s’allonger. Or, ceux qui, aujourd’hui, dénoncent le plus bruyamment cette censure diffuse, et sont ainsi susceptibles d’en récolter les fruits, ne sont pas les vecteurs de la liberté d’expression, mais bien les apologistes de l’affrontement primal.

En outre, pour éviter – peut-être – d’en arriver à une situation comparable à celle qu’a vécue l’ULB en février 2012, combien de débats jugés trop sensibles ont-ils été annulés dans l’Hexagone ?…

2:09 : « […] je suis inquiète pour l’Université, et en l’occurrence pour l’ULB en Belgique, parce que je pense que vous avez aussi ici un nationalisme très fort, évidemment plus en Flandre qu’en Wallonie, mais [quoi qu’il en soit], ces gens sont des alliés objectifs du racisme et de la montée de l’extrême-droite et, partout en Europe, chaque fois qu’on sera pris en otages entre, d’un côté, des partisans de l’identité catholique et européenne, et, de l’autre côté, des gens qui pensent que la burqa, couvrir les femmes et l’antiféminisme, c’est leur identité culturelle, au point d’interdire [à] toute personne antiraciste et laïque de s’exprimer, c’est que ces deux extrême-droites, en fait, ont les mêmes intérêts, […], c’est [-à-dire] faire taire les universalistes, qui sont pour l’égalité. »

Dès que la ritournelle du « burqa bla-bla » surplombe toute tentative de débat, Madame Fourest, telle une Marianne déchaînée, harangue ceux qu’elle qualifie une fois encore de militants d’extrême-droite en ces termes : « le front national, nous sommes face à lui, et [il] nous aur[a] face à nous, toujours, absolument toujours.[…] Vous ne pourrez pas nous faire taire ! Jamais ! Jamais ! Jamais ! Jamais ! Jamais…  »

De la même manière que des intellectuels français tels que Bernard-Henri Lévy lancent à tout-va d’indignes accusations d’ignoble antisémitisme pour faire taire leurs adversaires, enfermant dans un même sac Morin, Badiou, Chavez, Ramadan et Ahmadinejad, de la même manière que des lucioles de plateaux de télé à la Revel amoindrissent sciemment la portée de termes qui ont une signification historique précise et ne devraient certainement pas être utilisés à la légère, surtout pas pour faire référence à des événements ultra-récents dont l’histoire n’a pas encore pu s’écrire (si tant est que cette prérogative revienne encore, de nos jours, à des historiens), de la même manière donc, Madame Fourest présente la fâcheuse tendance de voir l’extrême-droite partout et de qualifier ce qu’elle voit comme tel, contribuant sans doute à un imbroglio sémantique qui n’arrange personne, certainement pas les libre-penseurs, ni ceux qui font des tentatives de médiation entre les contraires apparents.

Même si on peut comprendre l’association d’idées à laquelle se livre Madame Fourest, certains régimes totalitaires du Moyen-Orient relevant bel et bien de cette tendance, l’extrême-droite correspond, en Europe, à une réalité déterminée associée au spectre nazi. Camper à l’extrême-droite des jeunes déboussolés qui cherchent en majorité leurs repères à gauche revient donc à semer la confusion dans les esprits et à s’attirer les foudres de ceux qu’il faudrait chercher à convaincre, par exemple par un discours qui ne se focalise pas sur les convictions religieuses, mais sur les réalités sociales, que Madame Fourest mentionne certes par le biais, mais au sujet desquelles elle n’élabore pas de raisonnement, ni de propositions concrètes…

En outre, l’intervenante au débat semble ne pas comprendre grand-chose au nationalisme à la belge, qui est essentiellement un nationalisme anti-national pour l’instant unilatéral. Si ce qui l’alimente est sans doute comparable, dans les grandes lignes, à ce qui anime l’extrême-droite française, le distinguo a son importance pour tenter de comprendre le problème. Enfin, opposer les partisans (supposés) de la burqa à ceux de l’identité catholique et européenne est-il pertinent si on sait que l’essentiel des ultra-catholiques français sont anti-européens et que leurs homologues belges (si c’est à tel ou tel archevêque que l’on pense), s’ils sont europhiles, sont devenus quasiment inaudibles tant ils se sont discrédités ?

Ci-après un article du journal « Le Soir » (1) qui révèle des pratiques et des tendances qui relèvent, en effet, indépendamment de l’angle, d’un embryon d’extrême-droite (laïque et non catholique), quant à elles, et me semblent bien plus périlleuses dans la mesure où elles émanent de ceux, apparemment déglingués et dégénérés, qui seront sans doute appelés, demain, à rejoindre l’élite économique et financière, le tout sur fond de propos ministériels lénifiants. Comme je n’ai pu visionner l’intégralité du débat, je ne sais si ces sujets-là ont été, eux aussi, abordés à cette occasion. S’ils ne l’ont pas été, sans doute eussent-ils dû l’être…

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« Baptêmes étudiants sous le thème nazi à l’école Solvay

mercredi 18 mai 2011, 22:01

Des baptêmes étudiants se sont déroulés dans un décor reprenant des symboles nazis, des participants étant même amenés à faire le salut nazi. La cérémonie se voulait humoristique et critique, se défend le comité de baptême.

Dans un communiqué évoquant discrètement les propos sur l’oubli tenus par le ministre de la Justice Stefaan De Clerck à propos de l’amnistie, l’Agence Diasporique d’Information (ADI) s’en prend à l’école Solvay de l’ULB. « Les futurs patrons s’y amusent avec Hitler, y rient sans voir malice des fours polonais et des juifs, de leur volonté de dominer le monde et de leur voracité pour l’argent », dit-elle.

Les autorités académiques réagissent mollement et les étudiants ne comprennent pas qu’on « menace leur liberté d’expression », déplore l’ADI.

Toujours selon elle, l’Union des Etudiants juifs de Belgique, dont plusieurs dirigeants sont précisément étudiants à Solvay, a réagi. Mais l’« Ordre des frères Maccabées », une association secrète inspirée des francs-maçons, [a] fait placarder un communiqué vengeur, affirmant que la communauté étudiante est préjudiciée par une forme de censure idéologique, dénonce l’Agence.

Le recteur de l’ULB, Didier Viviers, a déclaré, lors du journal télévisé de la RTBF, être choqué par le manque de discernement des étudiants.

Les étudiants ont néanmoins présenté leurs excuses quant à la forme.

Un des membres du comité de baptême, Antoine Bauffe, a pour sa part insisté sur le caractère pédagogique de l’activité et a regretté la réaction de l’ULB, se retranchant derrière le droit à la liberté d’expression. »

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Loin de moi l’idée de démentir le fait qu’en certaines tranchées du net, dont les références relèvent plutôt de l’intégrisme musulman ou de l’intégrisme de la connerie, pullulent les remarques antisémites affligeantes, et même d’autres commentaires inqualifiables… Mais la question que nous devrions tous nous poser, Madame Fourest y compris, n’est-elle pas : comment sortir du schmilblick plutôt que de l’attiser (même, peut-être, avec les meilleures intentions du monde) ?…

B/ MONSIEUR CHICHAH :

Dans sa réaction d’à peu près quarante minutes, postée sur YouTube dans le courant du mois de juillet, l’intéressé déclare à…

00:20 : « Le libre-examen est bien mort. »

Le présent post constitue une modeste tentative de démontrer que tel n’est pas le cas, même s’il se fait rare, en effet, dans le débat public…

01:27 : « […] ce qui a été présenté comme le mardi noir de la Belgique, le jour le plus sombre de l’histoire de ce pays. »

C’est ainsi que Monsieur Chichah définit, à l’aide de ce que l’on pourrait qualifier de « superlatifs décérébrés », l’aventure ubuesque à laquelle il a pris part. Est-il nécessaire de préciser que si, en effet, Google regorge d’articles en rapport avec la conférence avortée (pro et contra, la plupart un brin excessifs) (2), la présentation qu’il en fait est un tantinet mégalomane ?…

01:58 : « Caroline Fourest est une intellectuelle bien connue en France, décriée, très contestée… Quand je dis ‘intellectuelle’, je fais référence à ces gratte-papier, à ces frelateurs d’idées qui, aujourd’hui, imposent, façonnent les termes du débat, un débat qui est raciste, un débat qui est un discours idéologique de diversion qui permet de mieux occulter toutes les profondes attaques qui sont faites sur l’ensemble de nos acquis sociaux, de nos acquis politiques, ce que certains appelaient – Serge Halimi pour ne pas le citer – du « burqa-bla-bla ». »

L’importun fait état ici, à travers sa référence au « Monde Diplomatique » (qui aura un écho ultérieur dans la vidéo) de sa sympathie pour la gauche radicale. Il ne manque pas d’air, cependant, lorsqu’il reproche à Madame Fourest d’imposer et de façonner les termes du débat. En effet, à aucun moment la cohue sonore, les slogans scandés par l’assistance, n’ont permis de répondre à la critique formulée, in fine, contre l’article paru dans le « Wall Street Journal Europe ». Les images sont, me semble-t-il, suffisamment éloquentes à cet égard.

Par conséquent, « les profondes attaques qui sont faites [en effet] sur l’ensemble de nos acquis sociaux » n’ont-elles pas été occultées précisément par l’action menée ? C’est, en tout cas, ce que semble penser le journal du parti belge d’extrême-gauche PTB lui-même, qui, dans un article consécutif à la manœuvre, indiquait, en d’autres termes, que la manière dont s’y sont pris les contestataires était vouée à engendrer un dialogue de sourds (3).

02:42 : « Nous décidons de demander un débat contradictoire, non pas que nous souhaitions la censure de Fourest. Nous ne la voulons pas, pour la bonne et simple raison que Fourest est porteu[se] de la doxa de l’époque : ce qu’elle dit est partagé par une grande partie de l’opinion à force de l’entendre à la radio, à la télévision, donc il nous semblait intéressant et opportun d’avoir une occasion […] de pouvoir déconstruire son discours. »

A cette déconstruction inexistante car refoulée par les pensées non exprimées et non structurées, enfouie dans les limbes de l’esprit de spectacteurs conditionnés qui, de toute évidence, répondaient à un agenda préétabli et déclamaient un scénario préécrit, aurait pu répondre une déconstruction du surréalisme contenu dans la démarche des indignés indignants, formulée à peu près comme suit : « Monsieur le Recteur, Monsieur le G.M. e.r., Monsieur le Professeur émérite, Mesdames, Messieurs, ce que nous avons cherché à faire ce soir, c’est attirer votre attention sur les reculs sociaux assumés que subissent de plein fouet plusieurs catégories de publics qui cimentent plus ou moins notre « nation ». La burqa, voyez-vous, n’est ici qu’une diversion. Comme tout citoyen civilisé, nous abhorrons cet outil de domination intégrale de la femme par l’homme, que nous n’avons mis en avant en l’occurrence que dans le but de démontrer par l’absurde que les priorités sont ailleurs. »

« Brothers and sisters, I had a dream !… » Nulle part dans sa réaction Monsieur Chichah ne dénoncera la burqa ! Au contraire, il évoque à de multiples reprises ce qu’il appelle la « Burqa Pride ». Comble de l’absurde revendiqué, radicalisation calculée ou entreprise de conciliation impossible des tendances présentes au sein de son groupe ?…

03:34 : « La veille de cette tribune laudative accordée à Fourest […], je rencontre […] le président du conseil d’administration de l’ULB, ainsi que le vice-président et je [leur] demande une fois encore de pouvoir introduire de la critique dans ce débat, une contradiction, en invitant, par exemple, un penseur, une philosophe ou un chercheur […] pour pouvoir avoir un débat contradictoire. Refus total. […] Le lendemain, nous venons à la conférence. On laisse la chance au débat contradictoire […] et pendant à peu près une petite heure […], on assiste sagement à une grand-messe de quelqu’un qui prétend déconstruire le discours de l’extrême-droite alors qu’elle est précisément […] celle qui affûte, fournit, lisse l’ensemble des concepts qui sont récupérés par l’extrême-droite : tout le monde sait qu’aujourd’hui, l’extrême-droite se range aux côtés d’Israël, affirme son philosémitisme et affirme haut et fort, de manière totalement décomplexée, son islamophobie. »

La première affirmation est invérifiable. Contentons-nous d’en prendre acte. La seconde relève, piteusement ma foi, du « c’est pas moi, c’est elle ». L’accusation de véhicule de l’extrême-droite proférée contre Madame Fourest est aussi infondée que celle proférée par Madame Fourest contre une partie du public.

Cela précisé, si un parti néerlandais ouvertement islamophobe se réclame de la liberté jusque dans sa dénomination, renierons-nous celle-ci pour autant ? Serons-nous pour autant, chaque fois que nous nous réclamons d’elle, porteurs d’autoritarisme ?…

06:03 : « Après à peu près trois quarts d’heure d’une messe […], un étudiant lance une première provocation […], et là, tout de suite, Fourest et Haarscher [philosophe et professeur de l’ULB à la retraite, NdB], que le journal « La Libre Belgique » qualifie, je cite, de « suceur de bites sioniste » […]  – c’est ironique, en fait, en réalité « La Libre » m’attaquait, mais c’est une autre histoire – vont jeter de l’huile sur le feu, nourrir la tension[…] en [qualifiant] les participants de militants du Front national […], et le ton [est] monté comme ça. »

Le ton n’est pas monté comme ça, Monsieur Chichah le sait bien. Ce type de désinformation à l’heure du témoin Internet est complètement obsolète et se retourne contre son auteur, si tant est qu’il existe encore, ici ou là, quelqu’esprit critique…

Quant à la double injure adressée à un interlocuteur qui, à aucun moment, n’a perdu son calme, elle est tout simplement indigne et puérile. Elle ne l’est pas uniquement parce qu’elle offense une personne, sioniste ou non. Elle l’est aussi parce qu’elle renvoie (véritablement, cette fois, loin de toute provocation calculée) à des temps obscurs et parce qu’à l’époque actuelle, elle est complètement rétrograde, voire réactionnaire, alors que des homosexuels divers et variés font régulièrement, depuis des mois, à leur corps défendant, la une des journaux en raison de l’esprit obtus de certains, et enfin, parce qu’il faut à un homosexuel arabe et / ou musulman autrement plus de courage pour assumer et afficher sa préférence sexuelle qu’il n’en aura fallu à Monsieur Chichah dans le cadre d’un débat de pacotille ! Honte à vous, Monsieur Chichah ! Honte à vous, Monsieur l’Intellectuel !

07:40 : « qu’un chahut naisse dans une enceinte démocratique lorsqu’une partie du public entend signifier aux orateurs qu’ils violent […] le compromis tacite sur les valeurs, sur l’intégrité intellectuelle [est une conséquence logique]. [Hervé « Donjons et Dragons »] Hasquin [surnom donné par le blogueur, qui a la mémoire longue…] interpelle les gens. Je lui crie de la salle que nous ne sommes pas des chiens, que le temps des colonies est terminé et que, s’il veut débattre, la moindre des choses est de nous inviter sur l’estrade. [Pendant ce temps], Haarscher et Fourest continuent, eux, leurs invectives dans une véritable hystérie islamophobe, [cette dernière, par un énoncé raciste, affirmant même : ] « c’est grâce à des gens comme vous que le sentiment antimusulman grandit dans ce pays », [ce] qui est un énoncé classique de l’extrême-droite : c’est évidemment de la faute des racisés qu’il y a du racisme. »

A l’amalgame répond l’amalgame, à l’irrationnel l’irrationnel, à la pulsion la pulsion, à l’irrespect l’irrespect, comme de curieux aimants qui s’attirent. Ce non-débat en a été une preuve éclatante de plus. Une fois encore, il y a lieu de s’interroger sur l’efficacité de la tactique mise en œuvre, ce soir-là, par monsieur Chichah. La ghettoïsation, qui commence par le rejet mental, est une réalité. Elle s’effectue, en effet, sur des bases culturelles ou essentialistes, qu’il s’agisse du dancing standard difficilement accessible, d’emplois racialement profilés – une action d’Anonymous l’a encore confirmé, il n’y a pas si longtemps –, d’absence de représentation politique et médiatique et / ou de regards suspicieux. Mais les « racisés » qu’évoque Monsieur Chichah ont-ils été servis par sa gouaille, ou marginalisés davantage ? Peut-être un cours accéléré auprès de Madame Diallo pourrait-il, en la matière, lui fournir un remède ?…

08:43 : « Haarscher m’invite à venir débattre. Je refuse [notamment] parce que son invitation est totalement insultante. Il m’insulte et tente de me faire peur, en disant : « je sais que vous êtes employé par l’ULB », et donc, là, il me dit : « attention à la sanction », et il aura ce formidable énoncé raciste […] : « j’ai toujours su que vous aviez une burqa dans la tête. Merci pour votre coming-out. »

Monsieur Haarscher aurait-il dû parler de toile d’araignée ? Sans doute eût-ce été plus convenable… Mais la posture victimaire a posteriori dans le chef d’un meneur d’hommes qui apparaissait déterminé (peut-être trop pour être réellement sûr de lui) et qui galvanisait la foule me semble pour le moins lâche.

09:42 : « il n’y avait [en outre] pas de chef [dans notre groupe], donc je n’y vais pas. Je vais quand même me retrouver sur l’estrade parce que le président du conseil d’administration va venir me chercher dans le public, et me demander d’initier le débat […], ce qui prouve donc bien que la stratégie était bonne : nous avons chahuté pour [affirmer notre désaccord quant aux] formes du débat […], nous pensons qu’inviter quelqu’un qui est néo-raciste pour décrypter le discours de l’extrême-droite n’a aucun intérêt, c’est même faire le jeu de l’extrême-droite : […] de notre point de vue, Fourest n’est pas une contradictrice de l’extrême-droite, c’est une concurrente de l’extrême-droite. »

L’article du journal du PTB ci-dessus mentionné (3) l’affirme sans ambages : « Il est très clair que l’action menée à l’ULB contre Caroline Fourest a été contre-productive. Elle n’a en rien permis de révéler son discours nauséabond. Elle a permis de la faire passer pour une victime et a fait passer un message confus selon lequel ce seraient des « intégristes musulmans » qui étaient à la base de l’action. » Chacun appréciera, selon sa sensibilité, la teneur et les partis pris dudit article.

Chacun rejettera aussi l’accusation de « néo-racisme » (Qu’est-ce donc là ?) comme une facilité de discours à laquelle Monsieur Chichah recourt un peu trop souvent pour apparaître sérieux, et dont, cette fois, Madame Fourest lui fait grâce, dans ses interventions publiques, de la réciproque. Il semblerait que plusieurs mois n’aient pas suffi à apaiser la radicalisation du Leader Burqamo

11:05 : « je descends sur l’estrade, et je me dis : « enfin, la Burqa-Pride [sic !] prend tout son sens : le débat va pouvoir commencer. » […] Lorsque je reçois [le] micro, […] j’entame le slogan de la soirée, c’est-à-dire « burqa bla-bla », […] j’interpelle […] Fourest […] sur un de ses textes les moins connus du public francophone, parce qu’il est écrit en anglais et qu’il [a été] publié dans le « Wall Street Journal », […] qui s’appelle « la guerre d’Eurabie » […], un concept qui revient comme un refrain dans les travaux de Breivik, et c’est la thèse véhiculée par Fourest – elle avait d’ailleurs écrit un manifeste qui s’appelle le Manifeste des Douze, […] qui est cosigné par toute une série d’islamophobes notoires, de Glucksmann [à] Bernard Henri-Lévy, et qui explique, en gros, que la principale menace sur l’ordre occidental, c’est l’islam, cet islam qui est porté par cette cinquième colonne qu’est l’immigration arabe en Europe. Dès que je l’interpelle sur ce sujet […], non seulement elle va mentir, en disant qu’au contraire, ce texte est une critique de la politique sécuritaire [alors à l’œuvre en France] […], ce qui va provoquer la colère d’une partie du public, [qui] a lu cet article. […] Mais, surtout, elle va venir, dans un véritable corps-à-corps, […] me bousculer. […] Quand c’est une blanche qui le fait sur un indigène, ça passe. »

Sans doute la meuf blanche qui a « bousculé l’indigène dans un véritable corps-à-corps » a-t-elle pensé, considérant la grandiloquence du personnage, qu’elle n’avait pas affaire à une tapette… De toute évidence, Monsieur Chichah ignore ce que « bousculer » signifie… Mais soit, ne lui faisons pas grief de ne s’être jamais fait tabasser. Souhaitons, au contraire, la pareille à tous les défavorisés de la Terre…

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Voici l’essai de manifeste auquel il est fait référence…

« Manifeste des Douze (1er mars 2006)

« Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité pour tous.

Les événements récents, survenus à la suite de la publication de dessins sur Mahomet dans des journaux européens, ont mis en évidence la nécessité de la lutte pour ces valeurs universelles. Cette lutte ne se gagnera pas par les armes, mais sur le terrain des idées. Il ne s’agit pas d’un choc des civilisations ou d’un antagonisme Occident-Orient, mais d’une lutte globale qui oppose les démocrates aux théocrates.

Comme tous les totalitarismes, l’islamisme se nourrit de la peur et de la frustration. Les prédicateurs de haine misent sur ces sentiments pour former les bataillons grâce auxquels ils imposeront un monde encore liberticide et inégalitaire. Mais nous le disons haut et fort : rien, pas même le désespoir, ne justifie de choisir l’obscurantisme, le totalitarisme et la haine. L’islamisme est une idéologie réactionnaire qui tue l’égalité, la liberté et la laïcité partout où il passe. Son succès ne peut aboutir qu’à un monde d’injustices et de domination : celle des hommes sur les femmes et celle des intégristes sur les autres. Nous devons au contraire assurer l’accès aux droits universels aux populations opprimées ou discriminées.

Nous refusons le « relativisme culturel » consistant à accepter que les hommes et les femmes de culture musulmane soient privés du droit à l’égalité, à la liberté et à la laïcité au nom du respect des cultures et des traditions.

Nous refusons de renoncer à l’esprit critique par peur d’encourager l’« islamophobie », concept malheureux qui confond critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants.

Nous plaidons pour l’universalisation de la liberté d’expression, afin que l’esprit critique puisse s’exercer sur tous les continents, envers tous les abus et tous les dogmes. Nous lançons un appel aux démocrates et aux esprits libres de tous les pays pour que notre siècle soit celui de la lumière et non de l’obscurantisme. »

En comparaison, par exemple, au Manifeste du Parti Communiste, dont l’édition de 1971 compte 95 pages, les six courts paragraphes qui précèdent et qui semblent s’octroyer eux aussi l’intitulé de Manifeste – en réalité, une sommaire introduction à une analyse plus profonde laissée en friche, selon les informations que j’ai pu collecter – ne pèsent pas grand-chose. Le cinquième d’entre ceux-ci est pourtant révélateur. Révélateur d’un malaise sémantique, et partant, idéologique (ou l’inverse). S’agit-il, en effet, de critiquer l’islam ou l’islamisme, le second se définissant, selon le Larousse en ligne, comme le « mouvement regroupant les courants les plus radicaux de l’islam, qui veulent faire de celui-ci, non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l’application rigoureuse de la charia et la création d’Etats islamiques intransigeants » ? En distinguant, à juste titre, critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants, les auteurs laissent entendre que la première est légitime et qu’elle n’a donc pas à susciter le courroux des adversaires de l’esprit critique. En principe, ils ont raison, puisque l’esprit critique est supposé s’appliquer à tous les sujets. Socialement, dans une société inégalitaire où ce dernier se transforme de plus en plus en horizon détaché, la conclusion est autre…

Dès lors, dans cette dernière perspective, si on peut considérer qu’une critique saine et non instrumentalisée – condition quasi idéale au regard des dérives politiques nombreuses dont la France était, il y a peu de temps encore, le théâtre – de la burqa, en tant que cette dernière est synonyme d’inégalité structurelle entre l’homme et la femme, de soumission et de privation de liberté, voire d’humiliation, pour cette dernière, relève de la critique de l’islamisme (donc de l’islam radical), et qu’une telle critique se justifie dans la logique historique émancipatrice occidentale, qui, en ce domaine, a vocation à l’universalité, on sera circonspect, en revanche, par rapport à une critique plus fondamentale d’une religion dans son caractère essentiel, en particulier si elle a pour cadre une inégalité de traitement entre les divers monothéismes, tous intrinsèquement porteurs de totalitarisme et de dérives barbares. En effet, chacun sera libre de s’interroger sur l’efficacité d’un anathème – ou même d’une critique trop répétée – lancé(e) contre une religion dont les pratiques peinent aujourd’hui à se séculariser de manière générale, si l’objectif d’une telle démarche est l’apaisement social…

Comme l’interprétation qui précède s’inscrit en faux par rapport aux propos tenus par Madame Fourest à l’entame de l’extrait du débat, on accordera, à ce stade, à cette dernière, sur cette question, le bénéfice du doute, d’autant plus facilement que, sur son site web, elle se défend de privilégier quelque religion que ce soit par rapport à quelqu’autre. En réponse, apparemment, à une critique formulée par une ASBL française sur son article relatif à l’Eurabie, elle précise ce qui suit : « La dérive de Riposte Laïque n’est pas nouvelle. Je la dénonce depuis des mois. Sous couvert de défendre  la laïcité […], il ne s’agit plus de défendre la laïcité face à tous les intégristes, mais la France et sa tradition judéo-chrétienne face à l’islam… Nous sommes plusieurs à avoir mis en garde et à refuser de suivre cette dérive (Mohamed Sifaoui, Henri Peña-Ruiz, Catherine Kintzler). Les rares militants de Riposte Laïque, qui écrivent tous sous plusieurs pseudonymes, ne nous le pardonnent pas et passent l’essentiel de leur énergie à nous attaquer. » (4) Une telle position de principe, qui se décline de diverses manières dans le discours (souvent martelant) de Madame Fourest tend à indiquer que sa laïcité revendiquée n’est pas une posture, et qu’elle n’est en conséquence pas plus islamophobe qu’elle n’est catophobe ou judéophobe. Sa bibliographie semble d’ailleurs parler pour elle en cette matière. Il n’empêche que les mots, comme les contextes et les angles d’analyse, ont leur importance…

Dans la vidéo qui précède, Caroline Fourest, après avoir rappelé sa haine viscérale de toute forme de racisme, annonce qu’elle ne se gênera pas pour dire à Israël des choses qu’elle n’a pas envie d’entendre. On les attend toujours. Elle a sans doute raison lorsqu’elle affirme que le conflit israélo-palestinien sert souvent de prétexte, en nos contrées, à une poignée d’agitateurs patentés. Mais puisqu’elle évoque ici l’Egypte et la Tunisie, pourquoi se garde-t-elle de parler du pays où elle s’exprime ?

L’extrême-droite y est vivace depuis des années. Elle y a tué un Premier Ministre. Et sa sphère de nuisance est loin de se limiter audit conflit : des Arabes israéliens sommés avec toujours plus d’insistance, jusque dans les travées de la Knesset, de se conformer à une vision de leur Etat de plus en plus uniforme, aux sorties intempestives d’un ministre des Affaires étrangères, récemment encore mais en début d’année déjà, contre le président fréquentable de l’Autorité palestinienne qui n’en ferait pas assez à son goût pour accepter une solution qui lui serait sans doute désavantageuse, les griefs contre cet Israël-là ne manquent pas.

Certes, le pays de Sion est à l’épreuve, mais penser que la droite (extrême) va petit à petit perdre spontanément en influence est non seulement contredit par l’épreuve des faits, ces dernières années, mais aussi illusoire, surtout dans le contexte de tension permanente et irrationnelle dans lequel il est désormais plongé, à en croire de nombreux observateurs avertis en Israël (5).

En outre, si l’on accepte la donnée objective de la mondialisation des idées, qui autorise un citoyen belge à critiquer tel ou tel aspect de la politique d’une administration américaine par exemple, pourquoi une citoyenne française – quelle que soit, par ailleurs, sa conviction philosophique ou religieuse – s’interdirait-elle de critiquer, par exemple, la disproportion manifeste entre la menace qui pèse sur Israël en raison d’intégristes présents à ses frontières , qu’il ne s’agit aucunement de dénier, et un déchaînement militaire sans retenue contre une population palestinienne aux abois, qui révulse un nombre croissants de soldats juifs. Le deux poids deux mesures est là aussi, et Madame Fourest, parce qu’elle est intelligente, ne peut que s’en rendre compte.

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Voici, à présent, l’article de Madame Fourest paru dans le « Wall Street Journal Europe » (6), tronqué – soit écrit en passant – par le site apparemment officiel du groupuscule auquel appartient Monsieur Chichah (7). Un paragraphe essentiel en a été extrait, en effet, celui dans lequel l’auteure nuance son propos par rapport à celui qu’elle présente plus loin dans son article comme un mentor de Monsieur Tariq Ramadan : « ce théologien – qui dispose d’une vaste aura dans le monde arabe et en Europe », écrit-elle, « ne pense pas que la reconquête [de l’Europe par l’islam] doive nécessairement se faire de manière violente. Selon lui, l’islam comme religion pavera la voie. « J’affirme que, cette fois, la conquête ne se fera pas par le sabre, mais par le prosélytisme et l’idéologie » », lui fait-elle conclure.

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The War for Eurabia”, by Caroline Fourest

The Western world, but Europe in particular, is the main battleground for the Islamists. Secret services regularly thwart terror attacks whose targets are on European soil. In the past few weeks, France, Germany and Italy separately uncovered alleged terrorist cells, including recruiters for the insurgency in Iraq.

 But Europe is also the frontline for Islamists who have chosen a more “political” approach. Nearly five years ago, Sheik Yusuf Qaradhawi, star imam on the al-Jazeera news channel and president of the European Fatwa Council, was very clear: “With Allah’s will, Islam shall return to Europe, and Europeans shall convert to Islam. They will then be able to propagate Islam to the world.” This theologian – widely listened to in the Arab world and in Europe – doesn’t think that the reconquest need be violent. For him, Islam as [a] religion will pave the way. “I affirm that this time, the conquest will not be done by the sword but by proselytism and by ideology.”

[La video suivante illustre le paragraphe qui précède, insert du blogueur]

The Islamists who were trained or influenced by the Muslim Brotherhood, the Egyptian group founded by Hassan al-Banna in 1928, share this vision. Since their failed attempt to seize power in Egypt, and even more since they lost the civil war in Algeria, Europe has become the top priority: the Islamists’ third round. Whether they choose the jihadist option like Aymen al Zawahiri, al Qaeda’s No. 2 man and mastermind, or opt for a “reformist” approach, Islamists inspired by the Muslim Brotherhood all pursue the same dream, articulated by Hassan al-Banna, to make “the flag of Islam float everywhere a Muslim lives.”

Their strategies diverge. Terrorists target symbols of the West through violence. Reformers, on the other hand, have made the struggle against Westernization the priority – one they lead from Europe, through mosques and radio shows and publications. In North Africa or the Middle East, where they pose a direct threat to the regimes in place, they are closely watched, even chased. But in Europe, they take advantage of free speech and democracy as well as the failure of Arab  immigrants to integrate. Here, they recruit at their leisure – offering renewed pride and a political family united by a belief in radical Islam to thousands of alienated Muslims.

The West is used as a formidable base camp to recruit new troops. With them, the Islamists hope to take their revenge in the East. That’s why the leaders of radical political Islam are found more often in London or Geneva than in Kabul or Baghdad.

‘Londonistan’

 Yusuf Qaradhawi, the telegenic imam, was once expected to become the Official Guide of the Muslim Brotherhood movement in Egypt. But he refused, saying that his mission in Europe was the priority. In fact, he retains great power of influence by presiding over the European Council of the Fatwa, based in London, which pronounces fatwas (religious rulings) for European Muslims. One of these fatwas justifies the use of suicide bombings against civilians. No other Islamic authority, in Egypt or in Iran, has ever dared to pass a similar ruling. Hamas, the armed branch of the Muslim Brotherhood in Palestine, has used this European ruling to justify its operations. The man who guides the Muslims of Europe also says that any contacts with Jews must be with “the sword and the gun.” Yet it is Mr. Qaradhawi whom the mayor of London, Ken Livingstone, took in his arms July 17 during a rally in favor of the chador organized in the British capital.

 This city, having become a haven for radical Islam, now has a new nickname, “Londonistan.” The media-savvy figures are well-known: Abu Hamza, Abu Qatada or Omar Bakri, a Syrian refugee who has never made a secret of his admiration for Osama bin Laden.

 Less talked about is the Leicester Foundation, created by Pakistani Islamists to propagate the ideas of Sayyid Qutb, the Egyptian thinker who inspired bin Laden’s call for Jihad against the “apostate tyrants,” and Sayyid Abu ’l – A’la Mawdudi, the Pakistani theologian who advocates a return to Sharia law. Though a radical propaganda institute, the foundation received a prize from Prince Charles – more proof that the Islamists are quite right to bet on the naïveté of Western democracies. Perhaps, these states also hope, in return, for relative protection on their soil. Great Britain has, however, seemed to question this policy since police uncovered plans for terrorist attacks. But isn’t it already too late?

 The Geneva Connection

 Another Islamist safe haven hasn’t yet decided to act: Switzerland. With its long tradition of neutrality and its role as an international banking center, the country is hesitant to harass Islamists who still have the moral – and often financial – backing of Saudi investors. At the beginning of the 1960s, with the patronage and protection of the Saudi royal family, Hassan al-Banna’s favorite disciple, Saïd Ramadan, was able to establish an Islamic Center in Geneva, which served as a refuge for the Muslim Brotherhood and as a base camp for fundamentalists trying to Islamize the Continent. Since his death in 1995, his sons, all on the administrative board of the Geneva Islamic Center, have kept up the fight.

The center’s official director, Hani Ramadan, has just been fired by the Swiss Ministry of Education for condoning stoning as an act of purification and calling AIDS God’s punishment in an article in the French daily Le Monde. He is also famous for calling on young men to refuse to serve in the French army during the war in Afghanistan, and for organizing several protests “against the impious” in front of the United Nations with former militants from the Algerian GIA terrorist organization. One of them actually spoke at the Geneva Islamic Center last Oct. 2. A report from the Swiss secret services also includes testimony from a former Geneva Islamic Center insider who says that he took part in 1991 in a meeting between Aymen al-Zawahiri, Omar Abdel-Rhaman, the man behind the 1993 World Trade Center bombing, and two of Saïd Ramadan’s sons: Hani and Tariq Ramadan.

Tariq Ramadan has provoked ample discussion in Europe and the United States. Hired last year by Notre Dame to teach “peace between civilizations,” [he was] denied […) a visa [by the U.S.] on security grounds, bringing criticism from many quarters. But despite his apparently angelic and irreproachable message, Tariq Ramadan is indeed unqualified to teach on “peace between civilizations.” On television sets and in the many interviews he gives to the press, he presents himself as a man of dialogue, with no links to the Muslim Brotherhood, [as] a thinker who merely puts in context the thinking of his grandfather, father and even brother.

 But in his cassettes and books, distributed in radical Islamist libraries and shops, he employs a different discourse that explains and praises the teachings and methods of Hassan al-Banna, without any critical analysis. This makes him not only his grandfather’s grandson ([…] which no one would [hold against] him) but his political heir. Tariq Ramadan openly supports Hamas as a “resistance” movement. When […] asked whether he approves of the killing of an 8-year-old Israeli child who will grow up to be a soldier, he answers: “That act in itself is morally condemnable but contextually explicable,” since “the international community has put the Palestinians in the arms of the oppressors.”

 True to the Muslim Brotherhood’s new orientation, Tariq Ramadan has pronounced the West to be “dar el shaada,” which is to say the land where he is to undertake his religious mission. He takes advantage of his aura to tell young women that a good Muslim should be prudish, hence veiled, to describe homosexuality as a “mental imbalance,” to justify polygamy, and to discourage mixed marriage between Muslims and non-Muslims. Furthermore, for all matters relating to theology, he advises his listeners to turn to his mentor: Yusuf Qaradhawi. Just like Mr. Qaradhawi, Tariq Ramadan says that he is waiting for the proof that al Qaeda is indeed responsible for September 11.

 Tariq Ramadan wants to make America his next mission, hoping to seduce the African-American community, and even the American left-wing. Though intellectuals – often Arab and/or Muslim ones – have warned against his influence for the past 15 years, there have always been other intellectuals, more often than not progressive ones from the West, who get tricked by his double message, to the point of taking his defense. Even, and especially, when he claims to be a victim of an Islamophobic or Zionist conspiracy.

 Herein lies the greatness and weakness of democracy: Even those who despise it know how to use it to their advantage. Whether terrorist or “simply” political ones, the Islamists post a grave threat to Western democracies. Can this underground guerrilla movement against individual and public liberties be endlessly tolerated in the name of these same liberties? And on the other hand, can these liberties be weakened without abandoning the ideals that make us different from the enemies of democracy? The solution probably lies in the middle. And it certainly requires that extreme vigilance be maintained.

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Lors du débat-pugilat, Madame Fourest, qui subit à son tour cris, insultes et quolibets, alors que des membres de l’assistance, certes échaudés, se font traiter à leur tour, ici de « connard », là de « connasse » par des personnes dont on eût pu espérer mieux, argue : « [Ceci est] un article qui dénonce la politique sécuritaire [du président français précédent], […] un article qui dénonce les amalgames véhiculés dans le monde anglo-saxon sur les émeutes de novembre et décembre, […] un article qui dit [qu’il ne s’agissait pas] d’émeutes ethniques ou religieuses, mais [d’] un malaise social. »

Force est, en toute objectivité, de constater qu’il n’en est rien, et de regretter, par la même occasion, que les valeurs laïques de tolérance et de liberté individuelle dont Madame Fourest revendique la défense se trouvent déforcées par pareille malhonnêteté intellectuelle. Nulle part n’est-il fait allusion, dans cet article, au septième président de la cinquième République (qui était ministre de l’Economie et des Finances dans le gouvernement Raffarin au moment où l’article a paru) – qui s’en plaindra ? – et nulle part les « amalgames » que Madame Fourest situe dans le monde anglo-saxon n’y sont-ils dénoncés (ils sont renforcés, au contraire), pas plus que n’y figure un appel à interpréter les émeutes dont elle parle à l’aune d’une perspective sociale…

Si les contestataires de l’ULB avaient lu cet article, une partie de leur courroux est compréhensible. Madame Fourest, qui affirme par ailleurs que « tout est prouvé » s’est, en l’occurrence, disqualifiée elle-même !

Passons sur le fait, bien sûr indépendant de sa volonté, que ledit papier est dépassé : l’avenir dira si les Frères musulmans à présent au pouvoir en Egypte sont conformes à l’esquisse que fait d’eux notre intellectuelle… Sourions au passage lorsque Madame Fourest voit dans la politique de l’Occident de la naïveté… Constatons que si Monsieur Ramadan, un sophiste hors pair qui sait s’adapter à ses différents auditoires, est réellement celui qu’elle décrit, il aura décidément berné beaucoup de naïfs. Et interrogeons-nous sur cette contradiction fondamentale d’un imam, nullement explicitée, qui, dans un paragraphe, appelle à rejeter en Europe la violence et le sabre, et dans un autre, ne jure que par eux.

En ce qui concerne le ton de l’article, lequel s’adresse à un public conquis, il est clairement alarmant, un peu à la manière d’un documentaire d’Alex Jones, ne laissant pas beaucoup de place à l’analyse rationnelle, ni au recul. Les arguments développés ne mettent l’accent que sur les excès de l’islam, agrégeant une nouvelle fois en une pâte indigeste « muslim » et fondamentalisme, et ne s’intéressant qu’à ses dignitaires apparemment les plus obscurs (impossible de vérifier complètement les propos rapportés, même si certains d’entre eux, dénichés sur Internet, ont en effet un chilling effect).

Une personne de faible niveau d’éducation qui le lit pourrait dès lors percevoir l’islam dans son ensemble comme un clear and present danger. Un musulman modéré pourrait s’émouvoir de se voir ainsi associé, sans la moindre compensation positive, à une bande de barbares des temps modernes, et un lecteur plus ou moins averti être amené à s’interroger sur un éventuel agenda caché de Madame Fourest, qu’elle-même attribue sans cesse à Monsieur Ramadan. De deux choses l’une : ou il y a deux niveaux de débat, et pour ne pas perdre la face dans le débat de l’ombre, Madame Fourest (et Monsieur Chichah ?) sont obligés de tronquer la réalité dans le débat public, ou elle œuvre à une radicalisation susceptible de mener à des affrontements. Dans la seconde hypothèse, il reste à déterminer si elle le fait sciemment ou si son positionnement a pour but sincère d’amener les musulmans d’Europe à choisir leur camp, espérant qu’il s’agira de celui de la modération. Dans cette dernière option, un tel espoir est sans doute far fetched dans les conditions de délabrement social actuel, et Madame Fourest ne peut l’ignorer…

Est-ce un hasard si, quasi concomitamment au débat, certaines forces politiques belges, victimes d’une forme de francophilie déjà désuète alors, ont ramené dans les médias, à grand renfort de déclarations spectaculaires, de faits divers et même d’une véritable saga (Sharia 4 Belgium) qui n’a pas encore, à ce stade, connu sa conclusion, un islamisme tellement surfait qu’il tendait à en devenir anodin ? (8) Est-ce une coïncidence si l’exercice semble s’inscrire nolens volens dans la logique de droite (pas propre aux anglo-saxons uniquement) selon laquelle l’intégration est un échec ?

D’une certaine manière, Madame Fourest joue (jouait) avec le feu… D’une certaine manière aussi, elle œuvre, en suscitant une prise de conscience parcellaire qui entraîne immanquablement la peur, à la réalisation du grand dessein d’ex-Frère Bauer de « sécurité globale » (9). Ce concept, examinons-le brièvement…

Renoncer à notre mode de vie pour pouvoir déjouer des catastrophes qui l’anéantirait ? Dans son article, Madame Fourest parle de la nécessité de trouver un juste milieu. Aux Etats-Unis, le débat (bien réel, celui-là) de la restriction des libertés programmée par une succession de lois liberticides qui s’inscrivent dans le prolongement des attentats contre le WTC est vivace, certaines de ces lois, CISPA par exemple (10), n’ayant heureusement pas encore achevé leur parcours bicaméral (pour les mauvaises raisons : plusieurs sénateurs jusqu’au-boutistes souhaitent que le texte final aille plus loin encore que la mouture dont ils disposent !).

Constitution massive – le mot est ambigu – et généralisée de fiches individuelles, de profils informatisés, sous le sceau du secret et dans la pénombre la plus totale (11), y compris sur des citoyens qui se contentent d’avoir un contact avec les Etats-Unis (à savoir, par exemple, l’essentiel des utilisateurs d’internet, qui disposent d’un site qui se termine par .com, voire se contentent de visiter de tels sites), et ce à leur insu, piétinement des droits de la défense, accroissement, par divers biais, de l’arbitraire… L’American Civil Liberties Union (ACLU), plus ou moins l’équivalent de la Ligue des Droits de l’Homme, ceux-là même que Madame Fourest défend bec et ongles, qui s’oppose méthodiquement à ces évolutions totalisantes qui requièrent de faire une indistincte confiance au pouvoir, renversent la charge du contrôle (Ce ne sont plus les citoyens qui contrôlent les élus, mais l’inverse.) et pourrait, demain, être utilisées à des fins inavouables par un pouvoir devenu totalitaire, s’interroge quant à savoir s’il est indiqué pour une société de se prémunir contre un danger de manière tellement extrême que la société elle-même, dès lors de nature est-allemande ou orwellienne, devienne le danger (12).

Comme l’indiquait le recteur de l’ULB avant de sonner l’hallali : « ceux qui ont interdit la parole, ceux qui ont œuvré contre la liberté, nous avons vu exactement qui ils étaient. »

16:01 : « ce qui est intéressant, c’est que cela va être filmé, […] relayé par « Le Soir », […] vu plus de cent mille fois, [mais sans] la bande-son, et donc on va juste entendre quelqu’un qui crie : « burqa bla-bla » et rien d’autre, et ça va participer à la construction du mythe, c’est-à-dire un coup de force islamiste d’abrutis n’ayant d’autres arguments que des borborygmes […] »

Je renvoie ici au documentaire ci-dessus qui montre un aspect de mai ’68. La bande-son aphone qui laisse percer des cris me laisse perplexe. Quant à la critique des médias, elle est sincère et pertinente lorsqu’elle émane de Chomsky, mais je n’imagine pas Chomsky faire le singe dans un auditoire… L’action était ludique, très bien… Il ne faut donc pas la présenter comme un chef d’œuvre de pensée socratique !

17:51 : « Qu’est-ce qui permet de représenter ça comme le mardi noir […] ? […] C’est là [que] ça devient intéressant, et extrêmement perturbant, et interpellant, et angoissant ; […] le storytelling va être écrit par le président de l’Union des Anciens Etudiants dans la nuit du 07 au 08 février. Le président [en question], c’est Eddy Caeckelberghs, journaliste animateur de l’émission « Face à l’Info » sur la RTBF, c’est une figure bien connue de […] la bien-pensance. [Il] va, en violant la déontologie journalistique la plus élémentaire, écrire un communiqué de presse […] qu’il va […] faire cosigner par le Cercle du Libre-Examen et […] l’Association des Cercles estudiantins. Ce communiqué de presse va se retrouver chez ses collègues de la RTBF et ce que Bourdieu appelle « la circulation circulaire de l’information », un journaliste citant l’autre, [va se mettre en branle]. […]  Ca part dans une spirale, personne ne va m’interviewer, me demander mon avis, à moi, qui [ai été] projeté en avant alors que je n’avais pas demandé à l’être et que je n’étais le porte-parole de personne, et encore moins des autres participants à la Burqa-Pride. »

Le système humain se défend contre celui qui s’est bel et bien présenté comme un meneur qui a pour objectif de le subvertir, qu’il l’admette ou non. Parfois, et parfois seulement, ce système agit à bon escient…

21:00 : « […] tous ces gens qui font de l’islam le problème social de notre temps… Ca permet de ne pas parler de la paupérisation galopante […] »

C’est indéniable, mais la « Burqa Pride » s’est elle-même, dans l’interprétation littérale qu’elle semble s’être conférée, inscrite dans cette logique délétère.

21:33 : « […] tous les relais d’Israël organisés à Bruxelles vont s’emparer de l’affaire : j’en veux pour preuve le CCLJ (Centre communautaire laïc juif), qui va, avec une diligence, un zèle assez étonnants […] interviewer Fourest, multiplier les articles papier demandant ma tête. Certains d’entre eux […] vont lancer […] une pétition demandant mon exclusion de l’université […], que près de 5000 personnes vont signer […]. »

Cette pétition n’est pas un fantasme, pas plus que le nombre de ses signataires (13). Fallait-il pareille mobilisation ? Des tentatives de conciliation en coulisse sont-elles restées sans suite ? Qui le dira ? Une chose est sûre : l’interview de Madame Fourest par le CCLJ n’est pas plus ni moins complaisante que celle, à froid, de Monsieur Chichah.

23:13 : « […] l’intervention dans la presse de Marc Uyttendaele, qui est l’époux de la [vice-première-ministre] Onkelinx, mais également l’avocat de l’ULB et de Fourest. [A ce dernier titre], il défend Fourest qui attaque […] un militant […] qui a eu le malheur et le grand tort, selon elle, de relayer, sur son mur Facebook, un petit clip vidéo interpellant Fourest sur sa responsabilité dans la construction de l’imaginaire de poètes comme Breivik. […] Uyttendaele va […] se répandre dans la presse […] en disant : « bien sûr qu’il faut exclure le dénommé Chichah. » […] Et c’est ce que l’université fit, d’ailleurs […]. »

Cette affirmation demande à être vérifiée mais, de manière générale, on mettra le mélange des genres, en Belgique, sur le compte de son petit nombre d’habitants : les Ducros, ils se décarcassent !… Selon les renseignements dont je dispose, si Monsieur Chichah a, en effet, subi plusieurs sanctions (14), c’est sous l’apparence d’une renonciation volontaire qu’il laisse derrière lui son poste d’assistant à l’ULB. Quant au parallèle tracé entre le fou furieux norvégien et Madame Fourest, convient-il vraiment de le relever ?

24:51 : « je reste dans les questions qui sont interpellantes et qui dépassent le cadre de ma petite personne. […] Si moi, je peux être représenté comme le fils spirituel de Ben Laden, n’importe […] quel indigène peut l’être. [Par ailleurs,] cette collusion entre les médias et les autorités universitaires me paraît extrêmement dangereuse : elle permet d’imposer n’importe quel discours que voudraient bien avoir les autorités. La troisième chose, c’est la répression que j’ai subie, l’exclusion de cette université. […] [Malgré tout,] c’est une victoire morale pour la Burqa-Pride, parce que débat nous voulions, débat nous avons obtenu, débat a été refusé par Fourest […] parce que […] c’est [elle] qui quitte l’hémicycle lorsque je l’interpelle sur son article [relatif à] l’Eurabie. Et ce n’est qu’après qu’elle [a] quitté l’auditoire que le recteur suspend la conférence. Evidemment qu’il la suspend, puisque la principale oratrice n’est plus là. »

Si l’on ne craignait d’être traité d’islamophobe, l’on crierait à la mauvaise foi !…

30:55 : « dans le climat délétère qui est celui de l’Université aujourd’hui, où la peur suinte des couloirs, on ne peut pas demander à des chercheurs ou à des assistants de prendre position dans le débat public. […] Par contre, il y a, dans cette université, des professeurs qui […] ne risquent strictement rien. Où sont-ils ? Que font-ils ? […] On est en train de détricoter au sein de cette université tout ce qui est porteur de subversion, de remise en question à un moment dans l’histoire où, plus que jamais, les intellectuels ont leur rôle à jouer, en tant que fabricant d’armes intellectuelles, […] du fait de leur travail quotidien de déconstruction du discours dominant. »

Ici aussi, rappelons que la manifestation avec laquelle Monsieur Chichah s’est, à tout le moins, solidarisé n’était sans doute pas le meilleur moyen, la meilleure arme intellectuelle, pour inciter (par l’exemple ?) des jeunes aigris et révoltés à penser par eux-mêmes. Au contraire, l’instrumentalisation n’était pas loin.

Quant au corps professoral, il apparaît qu’il y subsiste, malgré tout, l’une ou l’autre Mohican progressiste (revenue du stalinisme, osera-t-on espérer) et réellement laïque …

Par ailleurs, dans un contexte mondialisé, l’inspiration peut aussi venir d’ailleurs…

32:27 : « L’Université est en crise à l’image de [la société] : ses structures démocratiques sont en crise. […] La parole est muselée, mais […] également réprimée. […] Il y a […] une réduction prochaine de 20 à 25 % sur les allocations de chômage. Donc, on a vraiment tout un dispositif de censure qui est en train de se mettre en place. […] Il est temps de se réveiller avant d’être complètement anesthésiés. »

La législation états-unienne n’est pas la seule : dans la législation belge aussi, on constate un fourmillement et un entrelacs confus de lois (prétendument) destinées à prévenir le terrorisme. Ainsi de la loi du 04 février 2010 (15), relative aux « méthodes de recueil de données par les services de renseignement et de sécurité », qui modifie la loi du 30 novembre 1998 organique des services de renseignement et de sécurité et fournit aux services compétents les moyens de lutter contre les  « processus de radicalisation » (alinéa 15 du troisième paragraphe de l’article 2 du deuxième chapitre).

Quant à la loi du 11 décembre 1998 relative à la classification et aux habilitations, attestations et avis de sécurité (16), son article 3 dispose que « peuvent faire l’objet d’une classification: les informations, documents ou données, le matériel, les matériaux ou matières, sous quelque forme que ce soit, dont l’utilisation inappropriée peut porter atteinte à l’un des intérêts suivants:

a)      la défense de l’intégrité du territoire national et des plans de défense militaire;

b) l’accomplissement des missions des forces armées;

c) la sûreté intérieure de l’Etat, y compris dans le domaine de l’énergie nucléaire, et la pérennité de l’ordre démocratique et constitutionnel;

d) la sûreté extérieure de l’Etat et les relations internationales de la Belgique;

e) le potentiel scientifique et économique du pays;

f) tout autre intérêt fondamental de l’Etat;

g) la sécurité des ressortissants belges à l’étranger;

h) le fonctionnement des organes décisionnels de l’Etat;

i) la sécurité des personnes auxquelles, en vertu de l’article 104, § 2, du Code d’instruction criminelle, des mesures de protection spéciales sont octroyées »

… tandis que son article 4 précise que « la classification visée à l’article 3 comprend trois degrés: TRES SECRET, SECRET, CONFIDENTIEL. Le degré TRES SECRET est attribué lorsque l’utilisation inappropriée peut porter très gravement atteinte à un des intérêts visés à l’article 3. Le degré SECRET est attribué lorsque l’utilisation inappropriée peut porter gravement atteinte à un des intérêts visés à l’article 3. Le degré CONFIDENTIEL est attribué lorsque l’utilisation inappropriée peut porter atteinte à un des intérêts visés à l’article 3. L’utilisation susvisée comprend notamment la prise de connaissance, la détention, la conservation, l’utilisation, le traitement, la communication, la diffusion, la reproduction, la transmission ou le transport. »

Dans une tribune publiée le 30/04/09 dans « la Libre Belgique » (17), le jeune secrétaire général de la ligue des Droits de l’Homme belge francophone d’alors mettait dans le mille : « […] D’après le procureur fédéral lui-même, entre 2003 et 2007, seules 91 des 3 721 observations mises en œuvre dans le cadre des [Méthodes particulières de Recherche] concernaient effectivement des affaires de terrorisme : soit 2,44 pc ! Ainsi, lorsqu’il est appréhendé par le versant de son utilisation effective, le concept de lutte contre le terrorisme apparaît surtout comme la pointe avancée – en même temps que le cache-sexe – du combat sécuritaire. A l’aube d’une des crises économiques les plus importantes de ces dernières décennies, ce traitement policier de la conflictualité sociale ne saurait manquer d’inquiéter. »

Peut-être eût-il été plus productif, pour les élèves, disciples occasionnels et compagnons de route d’un soir de Monsieur Chichah que ce dernier développât davantage cet aspect des relations sociales contemporaines en Occident civilisé

34:50 : « on a une université qui ne forme plus des intellectuels, mais des experts, c’est-à-dire qu’on apprend à des générations d’étudiants non plus à poser des questions, mais à répondre, dans un paradigme donné, avec la rigueur voulue, à une question posée. La pensée se meurt, la technique s’impose à l’Université. Et nous avons aussi des techniciens de la pensée. […] La société n’est plus pensée. […] Nous avons une université efficace en termes de reproduction, de maintien, de la société. A nous de nous battre pour qu’elle ait la même efficacité dans la critique sociale. »

La vision apocalyptique ici décrite est celle d’une société de rouages, contraire à l’esprit de la Renaissance, une société dont seuls une poignée de privilégiés ont une vue d’ensemble, une société où le débat d’idées est aboli. L’on aimerait entendre Madame Fourest sur le sujet…

3/ CONCLUSION ET SUGGESTIONS

S’adressant, le 24 mars 2011, à Monsieur Alain Finkielkraut à l’occasion d’un débat télévisé, le philosophe Alain Badiou se faisait sociologue : « je pense […] que, quelles que soient par ailleurs leurs ignorances, leurs inconséquences – qui ont toujours été celles des opprimés et des humiliés : effectivement, beaucoup de choses, ils ne les savent pas, ils ne les connaissent pas ou ils les disent mal, c’est ce que nous appelons une réaction politique mal politisée […] – […] ce n’est pas eux, le péril principal qui menace ce pays. Le péril principal, il est en-haut. […] La menace de l’en-bas, pour l’instant, elle n’existe pas. Elle est inexistante. Il s’agit, au contraire, de groupes persécutés, diminués et humiliés. Par contre, les décisions prises en-haut, elles menacent tout le monde. Et nous devons nous montrer particulièrement attentifs et solidaires [face] aux mesures prises d’en-haut qui visent précisément à maintenir et à aggraver la persécution, la ségrégation, l’éloignement et la stigmatisation de ceux d’en-bas. Donc,  vous pouvez dénoncer ce que vous voulez. Vous pouvez repérer les choses qui ne vous plaisent pas. Vous pouvez le dire : je ne prends pas du tout la collection des jeunes gens des banlieues pour de petits saints, absolument pas. […] Je n’en fais pas du tout un portrait spectaculairement glorieux, mais ce que je sais, c’est que là est la ressource populaire véritable pour parer à ce qui est bien plus périlleux que leur existence et leurs pratiques, à savoir la politique qui est en train de se mettre en place et qui est destinée à nous accabler tous, d’une manière ou d’une autre. »

Dans un monde où la toute-puissance des corporations s’affirme jour après jour plus fermement, ces méga-clubs de fortunés qui enserrent dans leur joug la liberté de contestation, donc d’expression, et sont ainsi vecteurs d’unanimisme mercantile, de soumission et de pusillanimité, est-il étonnant que des poches de résistance apparaissent ?

Dans un monde où l’inculture quotidienne du plus grand nombre est promue et vendue, est-il surprenant que les modes d’expression privilégiés de ces résistants d’un nouveau type soient confus, irréguliers, incohérents, voire sectaires ?

Dans un monde lisse qui ignore la souffrance sociale, instaure le culte exclusif de la gagne égoïste, et que l’empathie rebute, est-il étrange que nombre de ceux qui tiennent un discours de salut collectif, qui se trouvent aussi, à l’occasion, être de ceux qui tiennent des raisonnements parmi les plus rétrogrades, aient la cote parmi les publics fragilisés intellectuellement et financièrement ?

Faut-il de nouveau pousser à son paroxysme la logique de l’affrontement de blocs, où le non-dit joue un rôle primordial et les coteries de toutes sortes font office de déterminismes de clans, ou partir du principe qu’un réel échange d’idées peut être porteur d’horizons communs, de ponts universalistes à bâtir ?

En conclusion de sa tribune, le droit-de-l’hommiste belge invétéré cité supra écrivait : « au moins autant qu’un instrument de lutte contre des violences lâches et aveugles, les différents dispositifs antiterroristes constituent en réalité une inconsciente transposition en droit de la théorie de la fin de l’Histoire de Francis Fukuyama : un bouclage tautologique de nos démocraties dites libérales sur elles-mêmes, s’auto-instituant comme horizon indépassable de l’organisation sociale, dans un geste d’une arrogance historique très exactement contraire à celle du législateur de 1831, qui prévoyait pour le délit politique une mansuétude particulière. » (17)

_________________

(1)    Lire notamment : http://www.lesoir.be/debats/editos/2012-02-09/ulb-un-attentat-contre-la-pensee-896152.php et http://www.lesoir.be/debats/cartes_blanches/2012-02-10/a-propos-du-mardi-noir-de-l-ulb-896410.php

(2)    Source : http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2011-05-18/baptemes-etudiants-sous-le-theme-nazi-a-l-ecole-solvay-840875.php

(3)    Lire : http://www.ptb.be/nieuws/artikel/le-debat-quon-na-pas-eu-a-lulb.html

(4)    Source : https://carolinefourest.wordpress.com/2010/02/24/une-mise-au-point-sur-eurabia/

(5)    Source : http://www.marianne2.fr/Israel-Iran-le-candidat-Obama-en-ligne-de-mire_a221857.html

(6)    Source : Wall Street Journal Europe, 02 février 2005

(7)    Vérification ici : http://burqablabla.wordpress.com/2012/03/21/the-war-for-eurabia-by-caroline-fourest-ainsi-que-sa-traduction-en-francais-le-texte-evoque-par-m-Chichah-lorsquil-a-ete-designe-et-appele-au-devant-de-la-salle-de-conference-par-m-guy-haar/

(8)    Source : http://www.marianne2.fr/Bauer-nomme-au-Cnam-par-decret-sarkozyste_a173756.html

(9)    Sources : http://www.rtbf.be/info/emissions/article_islamisme-radical-en-belgique-l-affaire-d-une-minorite-dangereuse?id=7736793

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/728202/la-belgique-menacee-par-l-islamisme-radical.html

(10) Lire : http://thomas.loc.gov/cgi-bin/bdquery/z?d112:h.r.3523:

(11) Sources : http://www.nytimes.com/2012/08/23/opinion/the-national-security-agencys-domestic-spying-program.html?_r=1

http://www.oregonlive.com/news/oregonian/david_sarasohn/index.ssf/2012/08/on_surveillance_feds_are_liste.html

(12) Lire : http://www.wired.com/threatlevel/2012/08/appeals-court-oks-wiretapping/

(13) Source : https://www.lapetition.be/en-ligne/Pour-le-renvoi-de-Souhail-Chichah-de-l-ULB-11015.html  (4712 signataires)

(14) Sources : http://www.lacapitale.be/393607/article/regions/bruxelles/actualite/2012-04-18/souhail-Chichah-je-suis-exclu-de-fait-de-l%E2%80%99ulb

http://www.levif.be/info/actualite/belgique/ulb-souhail-Chichah-suspendu-un-mois-avec-maintien-de-salaire/article-4000118673227.htm

(15) Source : http://www.comiteri.be/index.php?option=com_content&view=article&id=3&Itemid=7&lang=FR

(16) Source :  http://www.comiteri.be/images/pdf/wetgeving/wet%2011-12-1998%20a.pdf

(17) Lire : http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/499093/ne-dites-pas-a-ma-mere-que-je-suis-militant-elle-croit-que-je-suis-terroriste.html

______________

URL ajoutés le 13/06/14 :

http://leblogdelapipe.wordpress.com/2014/05/24/si-rouhani-cest-hitler-alors-tariq-ramadan-est-un-franc-macon-du-mi-6-avec-une-couverture-de-prof-doxford-et-moi-le-pape-tant-quon-y-est-faux-exercice-de-libre-examen-interdiction-de-co/
http://leblogdelapipe.wordpress.com/2014/06/11/daniel-schnaiderman-jadmets-ma-bourde/

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