Gare aux « backdoors » ultraconservatrices du mariage ‘gay’ !

Pour l’heure, le débat parlementaire français relatif au mariage d’homosexuels ainsi qu’à l’adoption par deux parents de sexe identique semble, de part et d’autre, se présenter sous l’angle de la maturité et du respect, de sorte que la possibilité d’une récidive de l’embrasement passionnel qui avait, il y a un peu moins de quarante ans, mis aux prises Simone Veil et plusieurs députés de droite enflammés et hautains au sujet d’un autre bouleversement éthique (l’I.V.G.), certes difficilement comparable mais non moins inscrit, lui aussi, dans la perspective d’une architecture sociale plus respectueuse des droits individuels, paraît s’écarter. Alléluia ! Les noms d’oiseaux restent dans le placard et les postures politiques simiesques font, à ce stade, l’objet d’un refoulement de bon aloi, pour une fois.

A écrire vrai, les problématiques actuellement à l’examen sont bien moins polémiques que celle qui était à l’étude en 1975. En Belgique, le mariage d’homosexuels a été adopté par une large majorité laïque, début 2003. L’on imagine mal que s’il eût été encore en vie au début du millénaire, le roi Baudouin se fût senti obligé de recourir, dans ce cadre, à la même pirouette constitutionnellement douteuse que celle qui lui avait été conseillée à l’occasion du contreseing de la version belge de la loi Veil, au cours de l’année 1990 (à savoir une bien inédite et très ponctuelle impossibilité de régner). Le roi avait ses principes, mais il était aussi profondément respectueux des choix personnels. Quoi que l’on en pense, c’est à l’atteinte fondamentale à la vie que représentait pour lui l’I.V.G. qu’il s’opposait. Or, dans les deux dossiers sur lesquels planche actuellement l’Assemblée nationale française, la vie n’est nulle part remise en question.

Le second de ces dossiers est bien sûr celui de l’adoption par des couples de même sexe (1), ratifiée en Belgique trois ans et demi plus tard (c’est-à-dire mi-2006), malgré l’opposition des partis chrétiens (flamand et wallon) et… des libéraux francophones, dans leur ensemble !!! Notre pays rejoignait ainsi les précurseurs en la matière, à savoir le Danemark (1999), les Pays-Bas (2001), la Suède (2003), la pourtant traditionnellement très catholique Espagne (2005) et le Royaume-Uni (la même année).

Chacun est libre de penser ce qu’il veut de l’institution maritale. Personnellement, j’ai des raisons très objectives de la considérer comme un tue-l’amour, un antidote conservatif au romantisme, voire même une fossilisation sentimentale. Mais je n’oblige personne à partager ce point de vue, et si pareil corset permet à d’autres de tendre vers l’harmonie, ceux-ci bénéficieront de tous mes encouragements, qui plus est si la raison principale pour laquelle ils choisissent de le porter est la sécurisation juridique de leurs petits de femme et d’homme. Souvent, en effet, ces couples n’ont pas attendu la loi pour s’assurer une progéniture. Mais ils en ont un besoin impérieux pour mettre un terme à d’humiliantes discriminations.

Prenez Lindsay et Mélanie, un couple de lesbiennes plus ou moins kasher. Unies et aimantes, elles décident de recourir à la pompe à sperme de Brian, un ex platonique de Lindsay qui a viré gay depuis lors. Naît Gus. A six ans, Gus nécessite une courte hospitalisation en raison d’une rubéole aiguë. Mélanie souhaite lui rendre visite, mais elle est confrontée à une infirmière rigoriste qui le lui interdit parce qu’elle n’est pas la mère naturelle de Gus. C’est à ce genre de situations que sont destinés à répondre les projets de loi ad hoc.

Le mariage n’est ni le Coran, ni la Bible, ni la Torah. Il n’en est pas moins une institution à caractère religieux. Certes, c’est de l’union civile que prétend traiter la loi française, mais les vieux symboles sont, pour certains, sources de confusion. Pourtant, si la vie est mouvement, émergence, nouveauté, diversité, soutenir qu’il importe de la faire évoluer dans un carcan prédéterminé revient à la mettre à mort : tout serait ainsi figé à jamais en une perpétuelle image prétendument iconique dont le cliché bibliographique remonterait quasiment à la nuit des temps. Comme si homme et femme en étaient encore à requérir l’assistance religieuse pour comprendre que la perpétuation de l’espèce relève encore largement de l’interaction entre organes sexuellement distincts. Comme si Dieu – quelle que soit l’appellation dont il est affublé – pouvait se réjouir d’une Création à jamais statique. C’est à la vie que s’opposent les détracteurs du mariage d’homosexuels, et c’est la mort – lisez : l’institution en tant qu’institution – qu’ils promeuvent.

Dès lors qu’un choix individuel ou collectif n’implique pour autrui aucune contrainte, en quoi quelqu’ institution que ce soit – en quoi même la société – aurait-elle un iota à y redire ? Si Dieu (quel que soit, une fois encore, le cri de ralliement humain auquel il est soumis) est à l’origine de l’univers, tout indique qu’Il y a opté et qu’Il a opté sur Terre pour la variété des occurrences. Aller à l’encontre d’une telle évidence manifeste, est-ce bien hallal ? Le refus de faire face au miroir – celui que tend l’homosexuel, en l’occurrence – par crainte du reflet qu’il nous renverra, n’est-ce pas là ce qui suscite irritation, incompréhension et arrogance ? Qui est sûr de n’être en rien menacé par la possibilité d’une équivalence n’a rien à craindre. Il n’a pas davantage à recourir à la moindre violence pour conjurer un possible dont, par méconnaissance de soi, il ne parvient pas à s’extraire : l’homophobie ne naît pas des homosexuels, elle trouve son origine dans le rejet compulsif et passionnel par ceux qui en sont empreints de la possibilité qu’ils puissent eux-mêmes être tentés par une perversion à laquelle ils craignent de se confronter, de sorte que toute violence homophobe peut être interprétée comme l’expression abjecte et bassement puérile d’une violence contre soi-même.

Est-ce à écrire, pour autant, que le mouvement homosexuel contemporain, celui qui s’est, pour le meilleur et pour le pire, largement affranchi des excès et des provocations assumées des années soixante et septante, dont nul ne pouvait le forcer à demeurer tributaire, pour se fondre (en public) dans le moule consensualiste et consumériste est un exemple de progressisme ? Certaines tendances, qui visent l’amalgame et dénient à l’individu sa capacité de choix, sont inquiétantes…

Ainsi de cette obsession de l’outing. Au nom de quoi, en effet, un groupe déterminé pourrait-il exercer sur des individus une pression telle qu’elle les oblige à choisir un camp ? « Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place », serait-ce là la recette du bonheur ? Et à combien de reprises, auprès de combien d’interlocuteurs, dans combien de contextes, serait-il, dans ce cas, nécessaire de se distinguer uniquement sur base d’une préférence sexuelle, c’est-à-dire d’une catégorie fortement limitative ? Si l’homosexualité devient elle-même une institution, elle se mue par là même en menace pour la liberté éthique individuelle, seule et unique cause réellement progressiste.

Et que dire, en sus, de cette fâcheuse tendance importée d’outre-Atlantique qui consiste à présenter l’homosexualité comme un déterminisme inné face auxquels les individus atteints seraient impuissants ? « Ce n’est pas ma faute, je suis né comme ça » n’est pas seulement un argument dépourvu de consensus scientifique, c’est aussi une manière d’échapper à un questionnement plus profond et de figer dans le marbre un trait de personnalité, faisant perdre son sens à la notion de préférence sexuelle. Car si je suis né comme ça, je resterai comme ça ad vitam aeternam. Mon ‘être étant’ (agissant) est donc indépendant de ma volonté, guidé par quelqu’obscur principe (génétique et / ou divin) dont je n’ai pas la maîtrise et qu’il ne me faut donc pas – pour aller jusqu’au bout de la logique – assumer démesurément. Un tel raisonnement est tout sauf progressiste !

Voilà tout le paradoxe de cet élément du débat : généralement utilisé par des homosexuels comme une parade à la position de maints conservateurs selon laquelle, résultant d’un choix, l’homosexualité peut être contrecarrée – il existe, aux Etats-Unis, ce que l’on pourrait appeler des cliniques de désintoxication à l’homosexualité – , le postulat déterministe forge un nouveau conservatisme, d’autant plus insidieux qu’il est porté avec éclat et fierté par tout ce que le showbiz compte de fabricants dégénérés de pseudo-consensus à deux sous (« Born This Way ») !

En cette matière, la question consiste donc à déterminer si tronquer le débat avec les réactionnaires, et parallèlement le rendre quasiment tabou en interne, considérant l’hypothèse qui précède comme chose acquise, au point de renier la valeur de liberté individuelle, qui constitue le socle du combat des homosexuels, témoigne d’une évolution des mœurs positive ou fait office, au contraire, de cadeau empoisonné aux progressistes dans leur ensemble. « Que celui qui objecte parle maintenant, ou se taise à jamais… »

______________

(1)    Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2006/04/21/en-belgique-les-homosexuels-pourront-adopter_763967_3214.html

Le site-forum belge qui suit est entièrement consacré à la question : http://homoparentalites.forumactif.com/

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