Obama / Romney (round 1) : “voor ‘t geld danst nen beer”…

Les rotatives auront tourné la nuit entière, dans une frénésie comparable à celle qui aura agité les e-rédactions des principaux journaux : qui est le vainqueur du premier débat préélectoral états-unien, consacré à la politique intérieure et transmis en direct sur YouTube ? Qui, du premier président mélanoderme à avoir pu poser ses pieds sur le bureau de la pièce ovale rendue célèbre par quantité de cinéastes, ou de son challenger gaffeur, pourra présider, pendant les quatre années qui viennent, aux destinées du vaisseau amiral de l’occident en déclin ?

« Soyons honnêtes : nous regardons tous le débat de Denver en espérant une Miss Amérique », osa, par tweet interposé, un téléspectateur. A ce jeu-là, Miss Massachussetts a indéniablement marqué des points : frondeuse comme une catcheuse déterminée, s’agrippant aux barricades figurées du pouvoir en place comme le feraient des manifestants échaudés du mouvement Occupy, ne laissant passer aucune critique, la candidate Romney s’est, en effet, présenté sous un jour nouveau, présidentiable

Face à elle, la prétendante de Washington peinait. Elle cherchait ses mots, hésitait, se répétait, donnait l’impression d’être ailleurs et recourait plus souvent qu’à son tour à des techniques de communication dépassées ou malhabiles, étant donné son impopularité dans les sondages de satisfaction par rapport à l’action accomplie : sourires surfaits dont elle a l’habitude, adresses directes à la caméra en plein débat, à la manière d’un hypnotiseur. En un mot comme en cent, on la sentait mal à l’aise. A sa décharge, la préoccupante situation internationale ne lui aura probablement pas permis de jouir d’une revigorante nuit de sommeil…

Tout cela posé, soyons francs : l’échange, dont le modérateur, un vieux de la vieille de l’audiovisuel public pourtant, n’était pas en retrait mais totalement absent, s’il se voulait modéré et rassembleur, n’en était pas moins soporifique, d’une platitude crasse et rempli de clichés, ce qui donna lieu à cet autre tweet éloquent : « Les spectateurs s’enfoncent dans une grande dépression » …

En effet, les points de divergence entre les deux candidats sont connus de longue date, tous se structurant autour de la question-phare : à quoi consacrer l’argent que l’on n’a pas ? Pour ou contre un nouvel accroissement massif des dépenses militaires ? Pour ou contre le Affordable Health Care Act (plus connu sous le nom d’Obamacare), qui confie au public plutôt qu’aux assureurs rapiats la tutelle de la couverture hospitalisation ? Pour ou contre une baisse significative (de 35 à 25 %) du taux d’imposition nominal maximal des entreprises, et selon quelles modalités : faut-il ou non privilégier le patriotisme économique, c’est-à-dire faire des mamours aux boîtes qui créent de l’emploi aux Etats-Unis ?…

Pour ou contre un impôt sur les grandes fortunes, à propos duquel, esquivant la question, le mormon de service a déclaré qu’il n’était pas favorable à une réduction de l’impôt sur les plus hauts revenus, ce qui est bien la moindre des choses ? Pour contre un Etat fédéral fort ? Pour ou contre, enfin, la consécration de l’enseignement comme priorité ?

« Pour l’argent, même un ours se met à danser », me confiait régulièrement mon grand-père. Cette sagesse-là était flamande, mais elle aurait pu être chinoise. Elle s’interprète comme une amertume devant le constat malheureux que, face à une convention abstraite, spéculative, le réel, mais aussi les espoirs et les principes, d’autres abstractions, doivent s’adapter.

L’insistance d’Obama sur la thématique de l’enseignement en est une paradoxale illustration : si ses intentions paraissent louables de prime abord, elles cachent aussi, pour un esprit européen,  leur lot de perversions. En effet, en misant sur l’engagement de profs de maths et de sciences supplémentaires (ce qui est appréciable en soi), le président néglige à dessein toutes les disciplines qui ont pour but de former des « têtes bien faites » plutôt que des « têtes bien pleines », selon le mot de Montaigne.

La culture générale, l’instruction publique, dont l’objectif idéal est de former des citoyens capables d’appréhender avec raison et esprit critique l’ensemble des problématiques auxquelles ils seront socialement confrontés, doivent ainsi s’effacer devant l’efficacité fonctionnelle, guidée bien sûr par les besoins économiques tels quel définis (top down, du haut vers le bas) par le milieu entrepreneurial. Obama l’affirme sans détours : « il s’agit de former aux emplois actuellement disponibles ». (1)

Dans la perspective de Ferry, c’est là une régression essentielle. Mais, aux Etats-Unis, la prépondérance du rôle économique par rapport au rôle social n’est que logique. A cet égard, malgré les rodomontades des fédérations d’entreprises européennes, de plus en plus favorables à un entrisme propagandiste accru au sein des écoles, il est heureux qu’un vaste océan sépare encore le vieux continent des colonies. Comme le disait un troisième tweet, « j’espère que vous vous rendez compte que tout cela, c’est du discours de commercial » …

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(1)    En anglais, dans le texte : « People get trained for the jobs that are out there right now. »

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