Pour un contrôle international des armes spatiales !

Prenez, au hasard, deux hyperpuissances, les Etats-Unis et la Chine, par exemples. Après d’intensives séances de musculation, la seconde exhibe fièrement ses biceps saillants. La première, adepte de l’école californienne des stéroïdes, la regarde de loin. Elle sait que ses biceps à elle sont autrement plus impressionnants, mais n’en ignore pas moins qu’à force d’interroger le miroir pour savoir qui, ô qui, est le plus Terminator du royaume global, celui-ci finira bien un jour par lui répondre que c’est sa compétitrice, qu’il lui faut par conséquent entreprendre de déstabiliser.

Comment les Etats-Unis pourraient-ils procéder ? Voyons voir… Ils disposent, dans l’espace, de satellites à faisceau laser surpuissants qui, depuis l’ère Reagan, grande inauguratrice de la guerre des étoiles dont un réalisateur hollywoodien devenu opportuniste a fait un triptyque à l’eau de rose, n’ont cessé de se perfectionner (1). Ils sont désormais suffisamment puissants que pour fissurer superficiellement une plaque tectonique et provoquer ainsi un tremblement de terre. Voilà une donne que les chefs d’état-major interarmées et les divers services de renseignement de l’Empire ne pouvaient ignorer, pas plus que la proximité du Japon avec la Chine. « Que ne ferions-nous d’une pierre deux coups ? », s’exclama soudain le maréchal McGurk à l’attention de ses collègues. Examinant attentivement la carte du Japon, il avait constaté l’implantation, en bord de mer, d’une centrale nucléaire. Posant avec aplomb la phalange de son majeur droit sur la carte, il poursuivit : « si nous concentrons l’énergie de nos lasers ici, nous créerons un tremblement de terre à quelques kilomètres des côtes, qui générera un raz-de-marée qui fera des milliers de victimes et provoquera l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima. De la sorte, non seulement nous scarerons le hell out of la Chine, mais nous pourrons étudier aussi à notre aise, pendant plusieurs années, l’effet sur une vaste population de plusieurs retombées nucléaires massives successives. Wadjathank ? », s’enquit-il. Ses collègues saluèrent son brillant esprit : le tsunami était né !

Vous l’aurez deviné : pure fiction que tout cela. A ce stade. Mais si l’on part du principe que toute arme produite a été utilisée au moins une fois, qu’est-ce qui empêcherait une puissance impérialiste et belliqueuse – vous aurez compris que l’exemple choisi est pur hasard – d’utiliser celle-là. Car cette arme existe, cela ne fait aucun doute. Alors qu’il y a à peine quelques dizaines d’années, il fallait encore à une puissance tutélaire recourir à des intimidations de l’acabit des tueries du Brabant afin de droitiser les régimes de nations virtuellement occupées, qu’y soit logé ou non le siège de l’OTAN, l’arme dont question, grande sœur des drones invisibles utilisés massivement par l’administration de l’Espoir, a l’avantage de pouvoir se passer d’intermédiaires. Il n’est donc pas du tout farfelu de concevoir que demain, plusieurs grandes puissances qui en disposeraient seraient à même de s’intimider les unes les autres dans leurs sphères d’influence respectives, sans que la moindre déclaration de guerre formelle ne soit prononcée. Vantons là l’avancée démocratique considérable favorisée par nos Seigneurs : les citoyens n’auraient plus à rejoindre les drapeaux ; ils serviront de chair à laser sans même avoir à se battre. On n’arrête pas le progrès !

Le 11 janvier 2002, le Commandeur-Adjoint des Forces du Bien Rumsfeld, qui viendrait plus tard (sans sa cape blanche klanique) menacer les Européens jusque dans l’enceinte de leur propre parlement, avait annoncé en grande pompe l’accélération du programme états-unien de militarisation de l’espace. Ce programme a pour nom « United States Space Command, Vision for 2020 » et il est clair comme de l’eau de roche martienne : il doit permettre aux Etats-Unis de « dominer la dimension spatiale des opérations militaires afin de protéger [leurs] intérêts et [leurs] investissements [et] d’intégrer les forces spatiales dans les ressources de guerre, dans le prisme entier [des] conflit[s]. » (2)

Les Etats-Unis n’ignorent pas que les temps qui s’annoncent sont porteurs de vives turbulences et que leur hégémonie est menacée par la multipolarisation mondiale, qui est la conséquence logique de l’émergence de l’Amérique latine, de l’Inde, de la Russie, de la Chine et – espérons-le enfin – de l’Afrique, ainsi que par la surpopulation générale des pays en voie de développement comme source d’instabilité pour leur mainmise sur les ressources planétaires. Comme une plus juste et une plus équitable répartition des richesses n’est pas intégrée à leur logiciel, ils en sont donc à réunir les conditions d’une nouvelle course globale à l’armement pharamineuse qui aura pour conséquence directe un accroissement général de la pauvreté et, par voie de conséquence, de l’instabilité qu’ils prétendent vouloir prévenir.

Ni la Russie ni la Chine ne sont dupes de ces intentions stratégiques, qui englobent par ailleurs le fameux bouclier anti-missiles de l’OTAN, dont la première a depuis toujours fait un quasi-casus belli susceptible de rompre l’équilibre toujours plus précaire de la terreur nucléaire. En effet, la question de la militarisation de l’espace est centrale dans le traité ABM (Anti-Balistic Missile), renié par les Etats-Unis depuis le 13 juin 2002, un reniement compensé depuis par la seule promesse orale d’Obama et de sa première secrétaire d’Etat que les Etats-Unis ne se livreront plus à la moindre  attaque nucléaire préemptive…

Dans cette nouvelle confrontation en coulisses entre grands de ce monde, les choses sont allées très vite : en février 2008, la Russie et la Chine proposaient d’interdire tous les types d’armements spatiaux (3). C’était compter sans doute sans ceux qui s’y trouvaient déjà et avaient coûté une petite fortune au contribuable américain. A peine un an plus tard, la vertueuse nouvelle administration américaine mettait sur la table une collaboration renforcée, espèce de joint venture, entre le Pentagone et la NASA (4), en conséquence de quoi, en novembre 2009, l’armée chinoise déclarait « inévitable » la militarisation de l’espace (5). Deux mois plus tard, en janvier 2010, elle testait avec succès un système de défense antimissile (6). Tout porte à penser que l’année 2010 aura été l’occasion, tant pour la Chine que pour les Etats-Unis, de se prêter à un concours de body building dans le théâtre spatial proche, en l’occurrence en utilisant de nouvelles armes à faisceau laser pour détruire plusieurs de leurs satellites respectifs devenus obsolètes, ce qui a amené le shérif de l’espace à menacer la Chine, en février 2011, du spectre d’une guerre des étoiles (7).

Et l’Union européenne, dans tout cela ? vous demanderez-vous peut-être. Elle est gentille, comme d’habitude. Elle cherche à ménager tant la chèvre que le chou. Il faut dire qu’elle risque gros : son programme Galileo, qui proposera à terme une alternative au GPS américain, sous tutelle militaire, coûte des ponts et a eu à faire face à de nombreux obstacles. Il ne manquerait plus que sa myriade de satellites, une fois en orbite, subisse les foudres discrètes des lasers de l’oncle… Elle a donc endossé, par la voix du Conseil européen comme de bien entendu, le rôle hypocrite de conciliatrice en pondant, en octobre 2010, un code de bonne conduite relatif aux activités spatiales (8) si vague et si peu contraignant que les Etats-Unis ont souscrit de bon gré à son principe. En juin 2012, en prélude à un sommet qui se tiendrait en novembre, elle a actualisé celui-ci (9), en prenant bien soin de préciser que ledit code « n’est pas juridiquement contraignant » (page 3) et que « les Etats signataires s’engagent à notifier, dans un délai raisonnable et dans la mesure du possible et du praticable, tous les autres Etats signataires potentiellement concernés des activités menées dans l’espace qui s’inscrivent dans le cadre des objectifs définis par le Code » (page 6). Compte dessus, dit-on à Bruxelles ! Dans la pratique, il ne sera même pas nécessaire à une grande puissance d’utiliser le prétexte de la voierie spatiale (10) pour équiper l’espace (qui est encombré des carcasses de milliers de satellites désaffectés) de lasers meurtriers et autres gadgets potentiellement générateurs de meurtres de masse.

Toutes les parties en présence, tous les (potentiels) Etats signataires l’ont bien compris : tant qu’il ne se transforme pas en traité, ce code de bonne conduite spatiale s’assimile à du vent…

« The Death Star has located the rebels, maaaster… »

Unless Peace Comes (collectif, 1968)

EXTRAITS

GUERRES SECRETES ET ALLIANCES CHANGEANTES

« Des déficiences tant dans la compréhension basique des processus physiques [à l’œuvre] dans l’environnement que dans les techniques de changement [climatique] rendent très ténue la possibilité qu’une modification [du climat par l’homme] constitue un système d’armement intéressant dans un futur proche. […] A terme, toutefois, des moyens distincts de l’armement conventionnel pourraient être utilisés afin de sécuriser notre prééminence nationale. Alors que s’accentue la concurrence entre de nombreuses nations avancées, il pourrait être à l’avantage d’un pays donné de s’assurer un environnement naturel paisible tout en perturbant l’environnement de ses concurrents. Les opérations qui produiraient de telles conditions pourraient être menées secrètement, étant donné que la grande irrégularité de la nature fait en sorte que tempêtes, inondations, sécheresse, tremblements de terre et tsunamis puissent être considérés inhabituels, mais point inattendus. Une telle ‘guerre secrète’ ne devrait jamais être déclarée, ni même connue des populations affectées. Elle pourrait se poursuivre pendant des années, et seules les forces de sécurité concernées en seraient conscientes. Les années de sécheresse et de tempête seraient attribuées à une nature revêche et ce n’est que lorsqu’une nation serait profondément épuisée que s’entamerait une tentative de conquête par les armes. »

Gordon J. F. MacDonald, How To Wreck the Environment, in Unless peace Comes, A Scientific Forecast of New Weapons, Nigel Calder Editions, 1968

______________

(1)    Source (think tank californien conservateur) : http://www.missilethreat.com/missiledefensesystems/id.57/system_detail.asp

(2)    Source : http://www.fas.org/spp/military/docops/usspac/visbook.pdf

Lire aussi : http://www.afspc.af.mil/library/factsheets/factsheet.asp?id=3675

Lire enfin l’analyse très critique suivante, qui émane de l’université de Princeton : http://www.princeton.edu/~rskemp/IEEE%20Spectrum%20-%20Star%20Crossed.pdf

(3)    Source : http://fr.rian.ru/world/20080212/99019800.html

(4)    Source : http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=newsarchive&sid=aOvrNO0OJ41g

(5)    Source : http://chine.aujourdhuilemonde.com/la-militarisation-de-lespace-inevitable-selon-larmee-chinoise

(6)    Source : http://www.rfi.fr/contenu/20100112-chine-teste-succes-systeme-defense-antimissile

(7)    Source : http://www.smh.com.au/world/america-threatened-china-over-star-wars-20110203-1affj.html

(8)    Source : http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cmsUpload/st14455.en10.pdf

(9)    Source : http://www.consilium.europa.eu/media/1696642/12_06_05_coc_space_eu_revised_draft_working__document.pdf

(10) Source : http://www.technologyreview.com/view/423302/nasa-studies-laser-for-removing-space-junk/

(11) Source : http://www.canberratimes.com.au/opinion/china-plays-its-outer-space-ace-20130120-2d10l.html

N.B. : exceptionnellement, cet article a été rédigé a posteriori (le 02/02/13). La référence biobliographique et la citation qui en est extraite, qui figurent en fin d’article, ont été ajoutées le 24/11/13.

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