« Papy fait de la résistance », emblème de la semaine…

Ca y est : on a gagné ! On a gagné ! Sans la moindre complaisance, la clairvoyante sagesse norvégienne vient de porter aux nues l’Union européenne, notre Union – si, si ! – en la consacrant championne mondiale de la Paix. C’est que grâce à notre petite tour de Babel, les nations européennes ont réalisé l’exploit de ne plus s’entretuer pendant au moins septante ans : saluons la performance ! Au diable, les réfractaires et les râleurs, qui prétendent que le prix est politisé et que la récompense fait avant tout fonction, cette année, de lèche amicale dans les fentes respectives de Jose Manuel et d’Herman. Après tout, qui sommes-nous pour dénier à ces derniers cette satisfaction : parfois, ça fait du bien. Surtout si l’objectif est de donner dans la foulée un coup de pouce aux programmes antisociaux dits de réforme, et puis un autre à l’entrée possible, après deux référendums négatifs, de la Norvège post-breivikienne dans ladite Union. « Human behaviour », se languirait Björk…

Les citoyens européens, eux, ils s’en foutent plus ou moins, soyez en sûrs, mais, en haut lieu, les distinctions, les récompenses et les médailles, ça compte : « we are the champions, my friend, we’ll keep on fighting till the end », chantonnait, quant à elle, une reine moustachue qui n’a jamais eu mes faveurs, avec la voix aiguë et efféminée d’une cantatrice en pleine jouissance cunnilinguale. Car, personne ne l’ignore, « it ain’t over till the fat lady sings. »

Ce proverbe, Joe Biden, ce vieux de la vieille qui en a vu de toutes les couleurs au cours de sa longue carrière sénatoriale, le connaît bien. Il débattait hier avec le quasi-bleu que le gouverneur à la voix grave quasi satanique s’est choisi comme compagnon de chambrée, qui ne manque jamais une occasion, ces dernières semaines, de faire, dans sa salle de fitness (privée ?) le grand écart entre les positions qui furent les siennes au temps où, béat d’admiration devant les écrits de Hayek et Friedman, il flirtait avec la Rand Corporation, et celles, forcément consensuelles et rassembleuses, qu’il prône aujourd’hui lors de ses grands oraux. Quelle raclée il lui a mis, le tonton flingueur, à ce snotneus du Wisconsin qui avait bien appris son texte par cœur et s’efforçait, à tout moment, de garder sur le visage le sourire niais de l’étudiant diplômé qui croit tout savoir de la vie et propose à sa propre génération de se sacrifier pour le bien des hedge funds boursicoteurs. Car, on a beau ne pas souscrire à toutes les décisions du grand Black (les articles qui suivent le prouvent à suffisance), on n’en dispose pas moins du discernement suffisant pour séparer le grain rendu menu par une sécheresse prolongée de l’ivraie militariste : entre le mauvais et le pire, point d’hésitation !

En ce qui me concerne, grand naïf que je suis, c’est le mot de conclusion (ou closing statement) que j’ai trouvé le plus convaincant : après avoir plus ou moins mis K.O son adversaire par des diatribes offensives argumentées pleines de panache et pas piquées des hannetons, le vieux a, fort à propos, repris le ton de la maturité pour confier posément, sans artifice ni marketing, que « la seule chose qu’espère [tout citoyen américain], ce sont des chances égales […] ainsi qu’un peu de sérénité. […] Voilà tout le sens de [l’engagement public]. »

Après avoir échangé l’égalité contre l’égalité des chances, nombreux sont, en effet, les agents du côté obscur de la force qui sont déterminés, à présent, à ensevelir cette dernière sous le chaos social de l’inégalité patente. Peut-être faudrait-il, à cet égard, prendre le temps de demander à « Margriet » De Wever, qui présente avec le gouverneur du Massachussetts autant de similitudes que n’en présente avec son colistier l’héritier dynastique De Croo, s’il souscrit à l’affirmation selon laquelle ceux qui sont trop pauvres pour pouvoir payer quelqu’impôt (47 % de la population états-unienne) ne valent pas la peine d’être représentés (1), et si son objectif est de faire de la rue le nouveau ghetto barbare de tous ceux auxquels la chance n’a pas souri (2), cependant que ne cessent de s’engraisser à leur détriment, comme dans un remake décadent à grande échelle d’un film bien connu de Ferreri, ceux qui ont déjà bien trop (3).

Aux pontes de l’Union et de la droite nouvelle européennes aussi, ces questions pourraient être adressées !…

« Il y a des couleurs dans la rue
Rouge, blanc et bleu
Des gens qui traînent le pied
D’autres qui dorment dans leurs godasses

Mais il y a un avertissement
En bordure de rue, plus loin
Une multitude affirmant
A cela, la mort est préférable
Je n’ai pas l’impression d’être Satan
Mais pour eux, je le suis
J’essaie donc d’oublier
Autant que je le peux.

[…]

Je vois une femme dans la nuit
Avec un gosse dans ses bras
Sous une lumière blafarde
Près d’une poubelle publique
Voilà qu’elle pose l’enfant
Et qu’elle s’apprête à se shooter
Elle hait sa vie
Et ce qu’elle en a fait
Et un enfant de plus, un
Qui n’ira jamais à l’école
Ne tombera jamais amoureux
Et ne sera jamais cool.

[…]

Nous avons des milliers de possibilités
Pour les sans-abri
Mais nous préférons de beaucoup
Astiquer nos beaux fusils
On a des grands magasins
Et du papier cul
Des déos adaptés
A la couche d’ozone


Puis se lève un homme du peuple
Qui dit : maintenons l’espoir
Il y a du carburant à brûler,
des chemins à parcourir…

[…] »

____________

(1)    Source : http://www.cbsnews.com/8301-503544_162-57515033-503544/fact-checking-romneys-47-percent-comment/

(2)    Lire : http://www.pbs.org/newshour/extra/features/economics/july-dec10/Foreclosure_10-22.html

(3)    Source : http://www.nytimes.com/2012/03/26/opinion/the-rich-get-even-richer.html

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