Lorsque le paon batave fait la roue…

A deux reprises en moins de six mois (le 10 avril et le 16 octobre derniers), l’émission Pauw en Witteman,sur la chaîne VARA, financée par les deniers publics néerlandais, a invité sur son plateau le leader déchu du Vlaams Belang, qui fait mine aujourd’hui de faire un pas de côté au sein de son parti suite à la défaite incontestable de celui-ci à l’occasion des élections communales, à Anvers notamment. Or, les invités belges et / ou flamands reçus sur le plateau se réduisent à la portion congrue, pour ne pas dire qu’ils sont inexistants. Un téléspectateur belge trilingue a-t-il le droit de s’en indigner ?

Selon un site web spécialisé dans le calcul des salaires de personnalités publiques, le paon originaire d’Hilversum gagne 920 € par jour presté, ce qui équivaut à un salaire mensuel d’un peu plus de 19.000 € (1). Aussi astronomique ces sommes puissent-elles paraître au citoyen lambda qui se contente de survivre et ne dispose pas, pour ce faire, d’une tribune médiatique quotidienne, un tel salaire ne fait bien sûr pas figure d’exception dans le milieu. Peut-être apparaît-il même dérisoire au regard du traitement d’un certain nombre de présentateurs / animateurs sur les chaînes françaises.

Il n’en demeure pas moins que le citoyen-contribuable est en droit de s’interroger quant à l’usage qui est fait de ses deniers. Ainsi, si l’équivalent batave du chef du parti flamand le plus ouvertement d’extrême-droite (en comparaison au nationalisme fasciste pour l’heure light) boude ostensiblement l’émission de la VARA dont question, est-ce en raison d’une incompatibilité personnelle avec ses présentateurs, l’un d’eux en particulier, bref d’un combat de coqs (ou de paons, c’est selon) ou à cause de divergences idéologiques prononcées ?

Alors que Pauw, indéniablement le plus arrogant et piteusement machiste du duo de présentateurs, vient encore, il y a à peine deux jours, de rabrouer sans ménagement l’une de ses invitées, une Néerlandaise d’origine pakistanaise venue défendre le combat des femmes et des musulmans modérés, tant dans son pays d’origine que dans son pays d’adoption, et qui avait eu le tort, à son estime, de ne pas parler un néerlandais suffisamment convenable à son goût, un court rappel de faits antérieurs s’impose sans doute.

Le 12 décembre 2009, à l’occasion d’un entretien avec un avocat musulman fondamentaliste dont les propos, bien qu’exprimés posément et faisant même mouche parfois, visaient, in fine, à renvoyer à l’expéditeur, par un relativisme rhétorique principiel bien connu depuis quelques années, l’argument de tolérance, lequel, dans son esprit, inclurait également l’ouverture des sociétés occidentales aux principes et pratiques religieuses les plus obscurantistes, Jeroen Pauw a déclaré, fier comme un paon qui fait la roue, qu’il ne croyait pas dans la société multiculturelle.

Certes, ce propos a été banalisé depuis lors par des Merkel, Cameron et autres Rutte jusqu’à devenir le cheval de bataille d’une droite nationaliste nouveau teint, mais l’attitude du présentateur, sacré homme le plus populaire des Pays-Bas en 2010, à l’égard de son invité était par ailleurs fort peu professionnelle : apostrophant ce dernier quasiment comme un supporter de club de foot hélerait, en plein match, un fan du club rival, le remettant à sa place comme le ferait un père avec son fils indiscipliné, Pauw avait laissé, ce soir-là, sa déontologie journalistique au vestiaire.

Un présentateur d’une chaîne de radiotélévision publique d’inspiration musulmane qui a fait faillite entre-temps n’a-t-il pas déclaré d’ailleurs que durant tout l’entretien avait régné un ton  difficilement indentifiable à la marque de fabrique de la VARA, avant de conclure par une mise au point que tout journaliste pourrait faire sienne : « le journalisme a pour but d’examiner de manière critique la société dans son ensemble, ainsi que [le discours] des personnalités publiques. […] L’ego ou les convictions personnelles du présentateur n’ont pas à prévaloir sur les intérêts journalistiques du programme » (2) ?

En plus d’être résolument opposé à la réalité multiculturelle, Jeroen Pauw serait-il raciste ? N’allons pas trop vite en besogne. Constatons simplement, en tant que téléspectateur belge et flamand, que la vitrine de notre pays que propose Pauw en Witteman est d’un genre très particulier…

__________

(1)    Lire : http://www.loonwijzer.nl/home/salaris/vipsalarissen/tv-presentatoren

(2)    Source : http://www.mediacourant.nl/?p=49712

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