L’avenir des chômeurs, selon Rupo l’Ancien : putes du « marché de l’emploi » !

Fin 2011, back to the future : La ballerine sexagénaire reliftée, au sourire surfait de joker vespéral et au masque de momie, est à la ramasse : elle longe les murs vêtue de son pull blanc cassé et de son vieux jean bleu clair, en quête de quelque agape inespérée. Son regard angoissé et là sans y être traduit le sombre tourbillon qui agite son esprit. Au détour d’une ruelle, des étudiants canailles l’apostrophent, scandant son prénom comme ils s’adresseraient à une serveuse de bar. Elle ne sait trop comment réagir. Elle ignore même si c’est à elle qu’ils s’adressent. Elle les évite, regarde ailleurs, accélère le pas, les fuit, pour une fois.

C’est qu’elle est à la peine, depuis de très longs mois : comme les choses se présentent, son nom à la consonance exotique si souvent déformé par les allusions déplacées d’hirsutes Cro-Magnons pourrait bien être associé à la finale déconfiture d’un pays en perpétuel sursis. Autour d’elle, des tremblements de terre de magnitude de plus en plus forte ne cessent de gronder, en effet, comme autant de sirènes d’alarme (ou d’exercices d’intimidation téléguidés) : Dexia, la banque dite publique aux pertes abyssales dues à des choix managériaux ineptes et quasi véreux (1), tous sanctionnés par ses administrateurs politiques, la danse de Saint-Guy des conniventes agences de notation américaines, e tutti quanti, alors que, face à elle, se dresse, outre le rouleau compresseur de la fameuse « nation en devenir » où l’on parle un sabir si peu élégant, l’un des innombrables fils à papa de la politique belge (2), un capital-corporatiste dit libéral, en l’occurrence, un sale Flamin lui aussi, le premier les bras remplis de bâtons à enchâsser dans les roues de la Maserati rouge kitsch qu’elle a toujours rêvée de conduire, l’autre bien décidé à obtenir de symboliques trophées, aussi menus soient-ils, destinés à lui permettre de prouver aux habitués de sa boutique de luxe qu’il s’est bel et bien coupé en quatre pour faire chier le prolo.

C’est au second qu’il faudrait faire la cour pour boucler enfin la boucle, l’impératrice de bazar l’avait bien compris. Toute roucoulante à l’idée de cette idylle naissante, quelque peu contre-nature, bousculée aussi par son énorme sens de la responsabilité d’Etat, elle était disposée à présent, pour pouvoir convoler en injustes noces, à vendre ses bijoux de famille et à cracher sur les assistés, quitte à donner raison à ceux qui laissent entendre que l’on entre en elle comme dans du mou. Un petit sourire, une poignée de mains moites, et l’affaire serait dans le sac. Cependant, une partie de sa clientèle jusqu’alors attitrée, celle à laquelle les boniments d’une autoproclamée avant-garde éclairée sociale-démocrate avaient promis un soutien indéfectible en échange tacite de son apathie sociale et de sa déférence à l’égard des maîtres se sentirait flouée, à juste titre.

Mais l’occasion était trop belle, et la larronne trop échaudée. Elle passa en revue les comptes de la nation : et hop, 12 milliards pour Dexia par-ci, et hop, 800 millions pour le coût de la crise politique par-là (3) ! Que pourrait-elle bien faire ? Puis, soudain, l’illumination ! Elle sauta trois fois en direction du plafond, le petit doigt gauche en l’air et les fesses bien écartées : le moment venu, l’impétueuse liégeoise fifille de son papa, qui bout depuis des années de devenir califette à son tour, la parachutée de Chère-Bique (Caramba !), irait proclamer dans les médias avec toute la solennité requise et laissant, comme à son accoutumée, pleine latitude à sa fausse mèche rebelle d’hystérique à peine contenue : « l’ajustement budgétaire pour cette année était minime, mais pour 2013 et 2014, ce sera vraiment terrifiant, et je pèse mes mots », ou toute autre logorrhée du même acabit pour créature de la gauche caviar adepte de l’ordre social.

Dans l’intervalle, c’est aux assistés qu’il reviendrait, par l’entremise de réductions draconiennes de leurs astronomiques allocations (4), de rembourser symboliquement le petit déficit causé par les cacas nerveux de politicards en 2010 et 2011. Le nouveau pote de l’impératrice, promu depuis lors Vice-Premier Pitre pour sa compétence et son doigté hors pair, se frottait les mains : « génial, j’ai trouvé encore plus con que moi ! » Il lui suffirait d’attendre la conjonction de la méprisante étroitesse d’esprit des bourges honnêtes et travailleurs et de la fronde des Intouchables pour que se répète quasiment à l’identique le scénario espagnol qui a vu les Indignés déboulonner un gouvernement présidé par un socialiste délavé qui menait une politique de droite, pour le remplacer par un gouvernement de droite qui mène une politique de droite. Avanti Popolo !…

___________

(1)    Lire : http://trends.levif.be/economie/actualite/banque-et-finance/dexia-12-milliards-de-pertes-en-2011/article-4000047133407.htm

(2)    Le lien URL qui suit donne accès à la liste des mandataires (ministres, députés, chefs de parti) qui doivent en surnombre leur carrière politique à la dynastie (le plus souvent) bourgeoise dans laquelle ils s’inscrivent : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_liens_familiaux_entre_politiciens_belges

Ladite liste n’est pas complètement à jour, toutefois, tant ces œufs de pontes se chient en batterie dans le Belgenland, chez les francophonissimes aussi… En outre, pour compléter cet exercice de mise en perspective de la glorieuse démocratie belge, il conviendrait d’y ajouter le népotisme politico-judiciaire. Avis aux rares idéalistes que l’épaisse torpeur bourgeoise n’a pas encore endormis…

(3)    Le 28 janvier 2011, soit près d’un an avant que ne soit formé l’actuel gouvernement, un professeur d’économie de l’université catholique flamande de Louvain estimait déjà à 300 millions d’euros le coût de la tergiversation politique, en raison de l’accroissement de la différence entre les taux d’intérêts belge et allemand (dénommée ‘spread’ dans le milieu) provoqué par la perte de confiance supposée de plusieurs investisseurs étrangers : http://www.econ.kuleuven.be/eng/ew/Articles%20press/2011/WM_DeMorgen_28011.pdf

(4)    Lire : http://www.levif.be/info/levif-blog/le-midi-du-vif/allocations-de-chomage-degressives-l-effet-cascade/opinie-4000201042472.htm

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