L’Europe et les Etats-Unis ne présentent pas, en tant que tels, le moindre intérêt !

Il y a deux ou trois ans, après une période d’hibernation politique nécessaire à une reformulation personnelle des enjeux dignes d’engagement, et des moyens à mettre en œuvre dans ce cadre, j’ai pris mon bâton de pèlerin et me suis rendu à une réunion d’Ecolo consacrée à la problématique des sans-abri. Il avait fallu ferrailler pour obtenir la mise à l’agenda de ladite thématique, tant elle rebute les petits seigneurs des partis. Pourquoi Ecolo ? Parce qu’il me semblait, à juste titre, qu’il s’agissait du clan le moins entaché de corruption et, à tort, que c’était celui qui était resté, depuis sa fondation, le plus proche de ses valeurs initiales.

Le mini-caucus avait réuni une petite quarantaine de personnes, sensiblement moins que les  réunions mensuelles consacrées à d’autres sujets. C’est que le sans-abrisme, ce phénomène indigne d’une humanité prospère dite civilisée que d’aucuns camouflent derrière ce néologisme barbare et généralisant et des statistiques qui méconnaissent l’individualité de ceux qui en sont les victimes, gêne aux entournures. Fortement ! Car il contraint les apparatchiks, qu’il s’agisse de ceux définis à de multiples reprises en interne comme de « loyaux soldats du parti », c’est-à-dire ceux qui y traînent leur savate depuis une quasi-éternité et ont appris, au fil des ans, à faire la courbette devant les maîtres de pacotille successifs, ou de petits jeunes opportunistes qui, à la rébellion soixante-huitarde et au renouvellement des idées, préfèrent déjà la roublardise, bonne conseillère pour l’obtention de mandats, la couardise dans l’affirmation des priorités sociales et le masque soyeux de ceux qui cherchent à plaire, bref ceux qui sont vieux avant même d’avoir été jeunes, à jeter un bref coup d’œil dans ce qu’il leur reste de conscience. L’exercice était délicat, en effet, alors que le parti concerné était (et est encore) au pouvoir en région de Bruxelles-Capitale…

Il y avait là une certaine Herscovici, spécialiste de l’exclusion sociale adulée par la pseudo-gauche écologiste, qui parlait de « flux de SDF », auxquels elle reprochait de ne pas vouloir s’intégrer dans la société cauchemardesque qui leur est imposée, et de la priorité à accorder à l’arsenal bourgeois d’intégration, dont la clé de voûte est, comme de bien entendu, le travail obligatoire et aliénant. Il y avait aussi une petite pouffe libérale d’une vingtaine d’années, qui s’exclama : « Moi, les SDF, ça ne m’empêche pas de dormir ! » Puis il y avait une dame d’une quarantaine d’années environ qui a eu le courage d’expliquer, les trémolos dans la voix, la situation sociale peu enviable dans laquelle elle se trouvait malgré ses efforts exemplaires de recherche d’emploi et malgré sa foi dans un système pourri. En toute logique, son discours a choqué une large partie de l’assistance, tout occupée à s’écouter parler, à déclamer rationnellement et mécaniquement, sans l’écho d’un sentiment, la rhétorique de circonstance. C’est bien sûr sur elle que chacun a fait l’impasse : que faire, en effet – vous en conviendrez –, de toutes ces puériles et malhabiles émotions ?!

Certes, les bonnes intentions  dont éclate la pureté supposée sont, en toutes matières, à prendre avec des pincettes : louables en soi, elles ne s’appuient pas moins, souvent, sur des présupposés peu étayés et des certitudes inébranlables nuisibles à leur concrétisation harmonieuse, mais, dans le camp des censeurs aux idées et aux ambitions rabougries par la pensée collective en vase clos se lisait pourtant la peur, cette peur sourde que fait s’abattre sur eux la confrontation à un réel refoulé  qu’ils ont supplanté par leur propre idée, frelatée, du réel, celle de la compétition interindividuelle, de la soumission religieuse à l’ordre capital-corporatiste comme horizon indépassable, et du bradage d’idéaux.

Ainsi, imposer aux SDF de rentrer dans le moule rapetissant de l’idéal petit-bourgeois sans prendre un seul moment en compte leurs propres aspirations, ignorer leur vision de la société de peur de s’y trouver aspiré(e), n’équivaut-il pas à paternaliser / maternaliser un mendiant auquel, par incommensurable charité d’âme, l’on accorde une piécette à la condition expresse qu’il ne la dépense pas en achetant de l’alcool ? L’emploi de l’humain ou l’humain lui-même est-il la priorité ? La matière malléable ou l’individualité ? Le salut de l’âme ou celui du système ? Depuis longtemps, la politicaille de tous bords a répondu à ces questionnements, dans le sens que l’on imagine.

Comme le malin est réputé, dans la SF bon marché, être sorti les pieds les premiers du ventre de la Bête, les politicards, surtout les affidés de la Nouvelle Internationale esclavagiste, considèrent en priorité ce qu’il y a lieu de faire de la matière humaine plutôt que d’envisager la reconnaissance des bouts épars de matière sociale que sont les individus, et la contribution personnelle qu’il sont prêts à apporter au Tout. Si tous les emplois disparaissent, y aura-t-il bien davantage de sans-abri ? Sans doute, mais une autre équation, celle de l’égalitarisme des ressources financières d’abord, n’est-elle pas mieux à même de rendre compte de l’impasse des sociétés occidentales actuelles, ou plutôt de leur détermination sans cesse renouvelée, en dépit des signaux, en dépit de 2008, en dépit de l’architecture branlante de l’anti-modèle social en cours de réalisation, à gaver la classe moyenne inférieure et la caste des opprimés sociaux de leurs indigestes et délétères remèdes miracles ?

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/10/08/remercions-gina-rinehart-la-grasse-bettencourt-australienne-davoir-mis-les-choses-au-point/

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/09/28/stop-a-lassistanat-aux-entreprises-en-belgique/

SUR LE PLAN SOCIAL, QUELLE EST LA PRIORITE ? Voilà, en l’occurrence, la seule question pertinente. Elle s’adresse à la Belgique comme au bateau ivre nommé UE, qui entend présider à nos destinées. La stratégie du supermarché, les accords commerciaux gigantesques, sont voués à l’échec : plus vite l’on s’en rendra compte, mieux l’on évitera l’écroulement des cathédrales. Car le paradoxe latent actuel réside dans le fait que, parallèlement à un mouvement individualiste qui ne cesse, en occident, de s’accroître, les politiques imposées du haut s’adressent en un bloc à la masse, pour la contenir. La conclusion évidente à cet apparent dilemme est une refondation du modèle européen, auquel il incombe de toute urgence de rendre une taille humaine. Un maillage de PME me semble être, à cette fin, l’option la plus judicieuse, la plus ancrée localement, la plus innovante, la plus stimulante et la plus porteuse de solidarités intrinsèques : en d’autres termes, en finir avec le règne des multinationales, voilà la nécessité ! La ressemblance entre l’addition de ces monolithes privés et la forfaiture soviétique est désormais évidente : une pyramide d’intérêts qui se suffisent à eux-mêmes.

Quel que soit le chemin sur lequel s’engagera l’Union, si tant est que d’union il soit encore question dans dix ans, la priorité des priorités est la dignité individuelle de chaque citoyen, qui suppose l’application stricto sensu – mieux vaut tard que jamais – de la Déclaration universelle des Droits de l’Humain, condition sine qua non à l’éradication de la pauvreté, sa diminution étant insatisfaisante. Or, ce Grand-Œuvre requiert une gauche digne de ce nom, ni nostalgique du passé, ni renonciatrice sous couvert de maintien et de rafistolage d’une épave nommée Europe ! C’est d’un nouveau projet social, plutôt que d’un contrat, que nous avons tous besoin, d’une transition vers l’âge adulte qui passe par une redémocratisation à la source. Si l’Europe périclite, c’est parce qu’elle est imposée d’en haut, par des cliques enfermées dans des logiques suicidaires et sado-masochistes.

La construction européenne ne résistera à l’épreuve du temps que si la Montagne s’érige au départ de la base, c’est-à-dire du bas vers le haut. Elle n’a pas à être conçue comme une entité existante que chaque individu ou chaque clan aurait à escalader pour prouver sa valeur car, dans ce cas, elle se confinerait à la reproduction sociale. Enthousiasmer, susciter (bien plus que l’entreprise privée), convaincre : ces objectifs semblent actuellement hors d’atteinte pour les pseudo-visionnaires aux manettes, qui ont fait de l’ombre leur chérie pour asseoir leur pouvoir, alors que leur véritable vocation, à terme, est qu’ils s’éclipsent pour laisser la place à une société européenne mature. Ces lacunes fondamentales révèlent leur incompétence réelle.

L’empreinte chrétienne était, parmi d’autres, fort présente dans mon parcours d’éducation. La principale leçon que j’en ai retenue était l’entraide : si, lors d’une étape montagneuse de l’une ou l’autre course cycliste, un participant chute, il appartient aux autres de s’arrêter pour l’aider à se relever, parce qu’il est un autre être humain, peu importe l’équipe à laquelle il appartient. Faire fi d’une telle solidarité, voire accabler la victime, reviendrait à consacrer une victoire moralement frauduleuse qui concourrait à l’effondrement des principes mêmes sur lesquels se fonde le challenge.

L’écran de fumée de la compétition, par laquelle le pouvoir divise pour mieux régner, la conformité des pions de la base au modèle systémique dominant, en l’occurrence celui qui glorifie le reptilien « homo homini lupus »,  le dégoût et le mépris pour la véritable prise de risques, c’est-à-dire pour l’originalité et le non-consensuel, ne sauraient continuer longtemps de masquer ces évidences. Cela, pourtant, ni les hautes sphères de l’Europe, en ce compris les gouvernements nationaux, ni celles des Etats-Unis, qui capitalisent sur le déclin humain, ne semblent l’avoir compris…

*******

« Pauvreté et inégalités : conférence du Conseil de l’Europe les 21 et 22 février 2013 (1)

[…]

La transparence absente des négociations budgétaires européennes

***

Les Etats membres mettent en péril la cohésion sociale et l’avenir de l’UE

***

Bruxelles, 23 octobre 2012 – Le Réseau européen anti-pauvreté (REAP) appelle la présidence chypriote et le Président Van Rompuy à s’assurer le soutien des Etats membres pour [l’adoption de] la proposition de la Commission européenne relative au Fonds social européen, déjà appuyée par le Parlement européen. Invités par le Réseau à faire connaître leur position quant à cette initiative, seuls trois Etats membres ont répondu.

Insert d’une autre partie du document

« Tandis que la Belgique a indiqué, sans le moindre engagement direct, que la contribution du prochain budget européen à la lutte contre la pauvreté était cruciale, la Pologne et l’Irlande ont toutes deux fait savoir qu’elles étaient favorables à une plus grande flexibilité pour permettre aux Etats membres de déterminer eux-mêmes leurs priorités d’investissement. »

***

Alors que tous [ces derniers] se sont liés à l’objectif de réduction de la pauvreté, reconnaissant la nécessité d’un plan d’action et d’investissement commun de l’UE pour combattre la pauvreté et l’exclusion sociale, il est probable que la plupart d’entre eux renient leur engagement en rejetant la proposition de la Commission européenne.

[…]

 « [Un tel rejet] constituerait le signe d’une inconsistance politique, compte tenu des engagements de réduction de la pauvreté pris par les gouvernements nationaux. Ce genre d’attitude met en péril non seulement la possibilité d’une telle réduction, mais aussi la cohésion sociale de l’UE à sa base, ainsi que son avenir [lui-même]. Il s’agirait là de la dernière ligne droite vers le désastre », [a indiqué Sergio Aires, Président du REAP].

« Dès lors qu’il est de plus en plus admis que les mesures d’austérité sont inefficaces et n’ont eu d’autre résultat que d’accroître et d’accentuer les niveaux de pauvreté et d’exclusion, l’investissement social par l’entremise des fonds européens destinés à la cohésion sociale est absolument nécessaire », [a ajouté, quant à lui,] Fintan Farrell, Directeur du REAP.

[…]

Les compétences [en matière de personnes sans logement] sont divisées au sein de la Commission européenne. D’un côté, il y a le Commissaire à l’Inclusion sociale, et de l’autre la Commissaire en charge des Droits fondamentaux, par ailleurs Vice-Présidente de la Commission européenne. […] [Le premier] souhaite investir dans ces personnes à long terme, pas en construisant de plus en plus de refuges d’urgence. [A son estime,] les personnes sans abri devraient être en mesure d’entrer, à terme, dans le marché de l’emploi [et de] participer à la société. La priorité au logement, telle est la politique promue par les Etats membres. […]

Nul ne peut être opposé à l’idée du logement d’abord, à la perspective de garantir, si nécessaire avec le soutien requis, à ceux qui en sont dépourvus un accès direct à un logement de qualité, plutôt que de les voir se perdre de refuge en refuge, mais il y a un hic. […] [En France, où a été votée la loi sur le droit au logement opposable, circule cette boutade :] « d’accord avec le logement d’abord, mais d’abord du logement ».

[…] »

********

« L’état du non-logement aux Etats-Unis en 2012 (2)

(rapport du 17 janvier 2012)

[…]Principales constatations

  • La population sans domicile a décru d’un pourcent, soit environ 7000 personnes, au niveau national, passant de 643.067 en 2009 à 636.017 en 2011. Dans la plupart des sous-populations étudiées, une réduction du nombre de personnes confrontées à l’absence de logement a été notée : familles, individus dans un cadre familial […] et individus [tout court]. Seuls les sans-abri font figure d’exception.
  • La réduction la plus significative est à pointer parmi les vétérans de guerre sans logement, dont la population a décliné de onze pourcents. Le nombre de sans-logement dans cette catégorie est passé de 75.609 en 2009 à 67.495 en 2011, soit une diminution de quelque huit mille unités.
  • Le taux national de non-logement était [en 2011] de 21 personnes par tranche de 10.000 habitants. En ce qui concerne les vétérans de guerre, il était de 31 personnes par tranche de 10.000 vétérans
  • Le non-logement structurel a décru de trois pourcents, de 110.911 en 2009 à 107.148 en 2011. Il a décru de treize pourcents depuis 2007. Cette diminution est imputée à l’augmentation du nombre de lits d’accueil permanents de 188.636 en 2007 à 266.968 en 2011. Ces derniers mettent un terme au non-logement structurel.
  • La majorité des personnes sans logement recensées se trouvaient dans des foyers d’hébergement d’urgence ou étaient inscrits dans des programmes de logement transitoire, mais près de quatre sur dix d’entre eux n’avaient aucun abri, vivaient dans la rue, dans des voitures, des bâtiments abandonnés ou d’autres endroits impropres au logement humain. La population sans abri, la seule qui ait fait l’objet d’une augmentation nominale, a crû de deux pourcents, passant de 239.759 en 2009 à 243.701 en 2011.
  • Le nombre d’individus dans des familles sans logement a décru d’un pourcent au niveau national, mais augmenté de vingt pourcents ou davantage dans onze Etats.
  • Alors qu’au niveau national, la population sans logement a diminué, elle a crû dans vingt-quatre Etats, ainsi que dans le District de Columbia. »

________________

(1)    Source : http://www.eunion-of-homeless.org/

(2)    Source : http://www.endhomelessness.org/library/entry/the-state-of-homelessness-in-america-2012

N.B. : la traduction des documents ci-dessus est libre, et la mise en gras ou en italique de certaines parties de texte relève d’un choix éditorial.

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