Suspicion de cercle pédoprédateur élitaire en Grande-Bretagne : entre morale, chasse aux sorcières et impératif de vérité…

La BBC est dans ses petits souliers. Pensez donc : la respectable institution phare des médias de la perfide Albion, dont l’influence et, jusqu’alors, la réputation de probité journalistique s’étendaient bien au-delà des frontières de la Grande-Bretagne, doit faire face, depuis un mois, à un déballage sans complaisance de certaines heures peu glorieuses de ses calendes de la seconde moitié du siècle dernier, dans ce microcosme grand-breton où tout se sait sur tout le monde sans que quoi que ce soit ne se dise, comme l’a encore démontré récemment le scandale antédiluvien (1) qui a fait perdre, sur l’île européenne, son aura au tentaculaire renard Murdoch, réputé pour y faire et y défaire les carrières politiques depuis des dizaines d’années.

Ainsi de la raclure Savile, cet ancien conseiller du prince, ancien animateur de divertissements musicaux populaires sur la BBC et, par ailleurs, fier leader de gang actif dans l’exploitation sexuelle de jeunes filles mineures, dont il aura fallu attendre le décès, l’an dernier, pour qu’apparaisse, un an plus tard, un début de vérité publique quant à son immoralité revendiquée, alors que, dans de nombreux couloirs feutrés de bâtiments où la star déchue avait ses entrées, ses débauches orgiaques avec mineures n’étaient un mystère pour personne. Il est curieux, tout de même, que, comme dans une espèce de règlement de comptes à OK Coral qui s’est longtemps fait attendre, toutes ces affaires latentes de pédoprédation de masse qui impliquent des notables se suivent et se ressemblent, en Grande-Bretagne et ailleurs, que leur environnement soit catholique, psychanalytique, protestant, ou que sais-je encore : étouffement tant que faire se peut, ce qui, depuis Internet, s’avère impossible, déni, fuite fournissent, en effet, une bouillonnante matière à analyse collective.

C’est pourtant à une émission de la BBC elle-même, Newsnight, que l’on doit le début du grand déballage, celui relatif à l’ex-icône de la BBC et, depuis deux semaines, à l’implication possible de plusieurs anciennes figures de proue du parti conservateur dans des rapts sexuels répétés de pauvres gosses pensionnaires d’un orphelinat situé à l’ouest de l’Angleterre (2), de 1974 à 1990, suggérant la protection politique continue des coupables par les plus hautes sphères de l’Etat. En un sens, c’est tout à l’honneur de cette émission. L’on ne peut donc que s’étonner qu’après une mise en difficulté, hier, de Cameron lors du programme matinal This Morning, sur ITV, le directeur de l’audiovisuel public britannique se soit malhabilement empressé de reposer sur la marmite qui déborde déjà un couvercle qui ne pourra plus, selon toute probabilité, contenir le génie qui s’y morfondait (3).

L’ancien premier ministre conservateur Edward Heath, l’ancien trésorier du parti conservateur McAlpine, un ancien collaborateur de la dame de fer, l’ancien député conservateur Morrison, bref toute une soupe de sirs et de lords, s’entremêlent gaiement dans un entrelacs d’accusations renouvelées qui ont eu pour point de départ la sortie du bois de l’une des victimes d’un cercle pédoprédateur dont l’existence ne fait aucun doute mais dont l’identité des membres demeurerait floue, un cercle d’abuseurs d’enfants sur lequel la police avait déjà enquêté il y a dix ans, sans trop d’insistance, semble-t-il. La victime dont question, Steve Messham, a-t-elle subi des pressions ? Il est impossible de le vérifier. Toujours est-il qu’elle s’est partiellement rétractée aujourd’hui, affirmant que c’était à tort qu’elle avait pointé McAlpine comme l’un des tourmenteurs de sa jeunesse.

Que dit George Entwistle, le big boss de la BBC, dans la foulée de cette rétractation ? Liquide comme une méduse, il se répand en plates excuses à l’adresse de ce dernier, annonce que la troublante enquête de Newsnight n’aurait pas dû être diffusée, et place ladite émission sous tutelle, voire la censure, comme si la répression de la liberté de la presse (au nom du Greater Good ?) suffisait à mettre entre parenthèses le phénomène beaucoup plus vaste mis en lumière.

Car, bon sang, ne nous voilons pas la face : des excès et des abus en tous genres, il y en a eu à foison lors des seventies, dans tous types de milieux et de cénacles. « Sex, drugs and rock’n’roll », que diable ! Faut-il le déplorer ? Pas nécessairement, ou plutôt oui et non…

Prenons trois cas de figure, pour simplifier la représentation des choses. Premier cas : un groupe d’étudiants décident d’organiser une partouze débridée. Deuxième cas : plusieurs hommes de pouvoir invitent des escortes majeures rémunérées à se joindre à leurs ébats collectifs. Troisième cas : plusieurs hommes de pouvoir contraignent des mineurs à l’acte sexuel, violent par nature.

Le premier cas ne me semble en rien relever de l’immoralité : rejeter les schémas de copulation ancestraux est parfaitement compatible avec une saine hygiène de vie et d’esprit. Sur le plan de la morale, le deuxième schéma est déjà plus ambigu : les escortes concernées ont à y faire face, le plus souvent, à des homards de pouvoir, des porcs ventripotents à l’hygiène salace qui croient que tout leur est dû, moyennant rémunération. Cela posé, les premiers sont dépositaires de la décision de se plier au jeu ou non. Paraphrasons : si la sexualité immorale est par définition extravagante, l’inverse ne se vérifie pas toujours. Tant que l’atmosphère qui entoure, dans les deux cas, ce genre de festivités relève à tous moments du consensus et du respect (Non, c’est non !), personne n’a à y redire !

Par conséquent, seul le troisième cas de figure est véritablement condamnable. L’abus de mineurs, qui plus est s’il est commis par des personnes dépositaires d’autorité, a fortiori lorsque cette autorité relève d’un quelconque pouvoir politique, ne peut jamais être laissé sans suite. C’est l’avenir même de la société qui en dépend ! Même si c’est tout un château de cartes noircies qui doit s’écrouler, rien ne justifie l’étouffoir ! S’agit-il de rassasier la Bête populaire, qui suppute depuis des années, à tort ou à raison, pareils abus de la part de franges de la jet set ? Pas dans mon chef, en tout cas : il s’agit de l’élimination publique, rationnelle, systématique et immédiate, de tous ceux qui se sont brûlés à pareilles pratiques, ainsi que de tous ceux qui, disposant de preuves tangibles permettant de faire la lumière sur celles-ci, se sont abstenus de les communiquer à qui de droit.

Certes, de telles accusations s’inscrivent elles aussi dans un contexte. C’est pourquoi il importe de ne pas transformer Internet en outil gratuit et massif de délation (quelquefois farfelue). C’est également la raison pour laquelle il convient de se méfier des éventuelles récupérations politiques auxquelles elles peuvent donner lieu, faute de quoi le résultat obtenu pourrait être bien pire que l’objectif escompté : en l’occurrence, c’est un député travailliste peu suspect de pacte brun qui semble à la manœuvre. Malgré ces possibles écueils, laisser les bourreaux impunis équivaudrait à accorder à leurs successeurs éventuels une carte blanche dont ils n’ont pas à disposer, laissant entrouverte une boîte de Pandore qu’il s’agit de sceller à jamais !

Une autre tendance néfaste à laquelle il incombe de parer est la suspicion généralisée qui mènerait immanquablement à la peur et, par là même, à d’autres abus. Ainsi, qualifier de suspect l’amour des enfants (c’est-à-dire, étymologiquement, la pédophilie) sous prétexte qu’il serait essentiellement révélateur de pulsions pédosexuelles serait aussi regrettable que l’idiot parallèle que certains continuent d’effectuer entre pédo- et homosexualité.

En étant idéalistes, nous pourrions, au contraire, espérer que toute la boue qui se répand dans les rues de Londres, du Vatican et d’ailleurs amène à une progressive prise de conscience quant à la nature du sexe, à la fois comme appendice et comme porte vers autrui. Une arme ou un outil, le phallus ? Et le coït, le fruit d’un emploi de l’autre ou d’un échange avec lui (elle) ?…

______________

(1)     … antédiluvien car, s’il s’agissait bel et bien d’injustifiables écoutes téléphoniques illégales et immorales dont la révélation a permis de lever un coin du voile qui recouvrait la corruption et le mélange des genres systémiques dans un pays aux mœurs plus que patinées, celles-ci ne sont rien en comparaison au fichage et aux écoutes généralisées qu’imposent, un peu partout en occident, depuis les retombées nauséabondes du 11/09/01, des législations à dessein liberticides. Sans nul doute le démissionnaire général Petraeus (de la CIA) aurait-il ses révélations à apporter sur la question… A suivre, dans ce registre : l’attitude d’Obama et du Sénat américain, majoritairement démocrate, autour de la proposition de loi CISPA !!!

Lire, à ce propos : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/07/11/il-vous-faut-une-politique-de-defense-plus-musclee-monsieur-le-president/

(2)    Source : http://www.independent.co.uk/news/uk/crime/welsh-abuse-scandal-a-nightmare-without-end-8290187.html

(3)    Source : http://www.bbc.co.uk/news/uk-20278885

Catégories : Carnet de voyage, Philo de comptoir, Politique / Société | Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

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