Avec la Quadrature : Lescure = caricature !

Nommer Lescure pour réformer HADOPI, cette loi scélérate concoctée par une ultra-droite liberticide obsédée par le contrôle ? Que voilà une bonne idée ! Après tout, l’homme ne s’est-il pas fait acclamer par les foules lorsqu’il a été évincé de la direction de Canal + par ce financier avide, depuis lors écarté, qui avait présidé à la création de la corporation multinationale Vivendi ? Ca devrait plaire au public, ça, non ?

Décider de laisser le peer-to-peer voguer paisiblement en des eaux qui ne menacent pas vraiment le Grand Marché ? Nice move, man… En matière de marketing, les leçons semblent avoir été tirées !

Mais, comme de bien entendu, l’essentiel d’HADOPI est sauf : l’objectif reste de vendre ! L’économie d’abord et avant tout ! L’économie, toute l’économie, rien que l’économie ! Echanger, éduquer, émuler : tout cela est secondaire !

Lescure a beau annoncer – son rapport définitif est attendu pour fin mars, mais une première mouture en est d’ores et déjà disponible  – qu’il shifte la répression de l’utilisateur final vers l’hébergeur pirate, ce sera toujours, en fin de compte, ledit utilisateur qui fera les frais de sa politique, si elle voit le jour, sans pour autant que les auteurs y trouvent leur compte. Sinon, pourquoi le syndicat des artistes, musiciens, chanteurs, danseurs et enseignants (SAMUP), qui a vu le jour en 1901 et est donc supposé connaître son affaire, se serait-il joint au boycott initié contre la mission Lescure par la Quadrature du Net dès octobre dernier ?

Une fois encore, l’essentiel des propositions de réglementation du web visent non pas un internet by and for the people mais une toile qui doit rapporter aux producteurs, lesquels – paradoxe de l’intitulé de leur profession – ne produisent – où plutôt ne créent – rien ! Il s’agit de faire du blé, paradigme central de l’existence humaine, et de faire en sorte que ce blé revienne en priorité aux grandes boîtes privées, qui exploitent les artistes, qui plus est s’ils sont débutants, les créateurs indépendants et les labels confidentiels s’étant accommodés à bien plus large échelle de la nouvelle donne grâce à d’ingénieuses stratégies nouvelles.

Menacer les hébergeurs de contenus dits illégaux plutôt que d’amener les parties à négocier entre elles un tarif avantageux en fonction du nombre de visites de tel ou tel site ou du nombre de vues de telle ou telle vidéo : toujours une longueur d’avance ! Instaurer la police politique du net, chargée de combattre les Barbe-Bleue virtuels, notamment en refoulant dans les limbes des moteurs de recherche le référencement de sites dits illégaux plutôt que de promouvoir l’internet libre par l’entremise d’une licence globale ? L’obstination n’a pas de limite !

Cet acharnement à défendre envers et contre tout un modèle rendu périmé par les faits a un nom : tabou ! La logique mercantile ne saurait aller de pair avec la moindre infraction à ses principes sacro-saints. Imaginez que demain, si d’aventure la licence globale, fût-elle dans un premier temps sujette à expérimentations, était un succès, quelques hurluberlus décident de s’en inspirer dans le monde réel et remettent en cause les fondements mêmes de la société corporatiste payante… Vous n’y pensez pas ! Rideau !

***

« Pourquoi nous ne participerons pas à la mission Lescure »

Paris, 25 septembre 2012

« Alors que s’achève la conférence de presse du lancement de la mission Culture-Acte2, présidée par Pierre Lescure sous la tutelle de la Ministre de la culture Aurélie Filippetti, La Quadrature du Net, UFC-Que choisir et le Samup (Syndicat des artistes, musiciens, chanteurs, danseurs et enseignants) publient les raisons de leur boycott.

TRIBUNE – Par Philippe AIGRAIN Cofondateur de La Quadrature du Net, Alain BAZOT Président de l’UFC-Que choisir et François NOWAK du Syndicat des artistes, musiciens, chanteurs, danseurs et enseignants (Samup)1.

Le numérique révolutionne la culture. Internet est un gigantesque laboratoire de nouvelles formes de création, un lieu d’interaction entre des créateurs dont le nombre s’est fortement accru et des publics qui n’acceptent plus qu’on les traite en récepteurs passifs de contenus préformatés. Malgré cela, on s’est obstiné à ne considérer le numérique que comme un canal de distribution pour les produits raréfiés des industries culturelles traditionnelles et à traiter les citoyens numériques comme des pirates à réformer. A l’opposé, depuis sept ans, nous travaillons à la construction d’un nouveau pacte entre créateurs et citoyens, consommateurs et usagers d’Internet.

La plateforme qui réunit nos organisations, Création – Public – Internet a proposé de construire ce pacte sur deux piliers : la reconnaissance du droit des individus à partager entre eux les œuvres numériques sans but lucratif, et la mise en place de nouveaux financements destinés à rémunérer les créateurs et à apporter des ressources supplémentaires à la production de nouvelles œuvres et à l’environnement de la création. Nous sommes confrontés à une situation révoltante.

Pour la troisième fois en cinq ans, la mission de définir les orientations des politiques portant sur la culture et Internet est confiée à une personne fortement impliquée dans les intérêts privés de la production, distribution et promotion des médias. Après Denis Olivennes, PDG d’une société dont la distribution de musique était l’une des activités, après Patrick Zelnik, PDG d’un label phonographique, voici Pierre Lescure qui siège au conseil d’administration ou de surveillance de Havas, de Lagardère et de deux sociétés qui jouent un rôle essentiel dans les dispositifs de contrôle d’usage des œuvres (DRM) : Kudelski et Technicolor. On pouvait penser qu’avec le récent changement de majorité, on mettrait fin à ce type de privatisation de la préparation des politiques publiques. Mais lorsqu’on interroge Pierre Lescure sur sa nomination, il invoque deux qualités pour la justifier : ses relations amicales avec le chef de l’État (qui lui ont permis de proposer ses services), et la connaissance des distributeurs et producteurs qu’il doit précisément aux conflits d’intérêt qui devraient interdire de le nommer. L’un de nous a accepté de rencontrer informellement Pierre Lescure avant le démarrage de sa mission. Il lui a transmis nos propositions de « licence pour le partage » et la plate-forme couvrant le champ plus large de la réforme du droit d’auteur et des politiques culturelles, préparée par la Quadrature du Net. Seul résultat de ce dialogue, la reprise par Pierre Lescure, dans ses interventions, de l’expression légalisation du partage non marchand dans un sens perverti. Là où nous y voyons un droit culturel essentiel s’appliquant à toutes les œuvres numériques, il n’y voit qu’une source de monétisation complémentaire des fonds de catalogue qui ne se prêtent pas à être promus comme des savonnettes.

Une telle approche ne mettrait en rien fin à l’absurde guerre au partage non marchand, et nous promettrait de nouvelles Hadopi, ou la même. L’étroitesse de vue de la mission ne se limite pas au partage non marchand. Quelle attention sera portée aux conditions de l’acte créatif, à la culture vivante qui se développe sur Internet ? Quelle attention sera portée à la refonte, et non au simple maintien, d’une exception culturelle dont de nombreux signes montrent l’essoufflement ? Seul semble importer la survie d’un modèle d’industries de distribution culturelle dont les auteurs, artistes et techniciens sont le dernier souci. La culture, les divers médias non-audiovisuels, Internet et les citoyens méritent mieux qu’une mission dont le sujet principal d’intérêt est la télévision connectée.

L’organisation même de la mission ne vaut pas mieux. Pierre Lescure sera seul, avec un groupe de technocrates sans voix propre, pour décider de ce qu’il retient des auditions. La première phase de la mission (juillet-septembre !) visait un état des lieux, qui a été confié aux seuls membres de l’équipe technique, sans aucun échange contradictoire ni cadre officiel. Nous ne cautionnerons pas cette caricature de débat démocratique, et nous ne nous rendrons pas aux invitations reçues pour des auditions. Alors que M. Lescure a des idées bien arrêtées sur chacun des sujets devant pourtant faire l’objet de débats, il est de notre devoir, en tant que constructeurs constants d’un dialogue entre auteurs, artistes et citoyens de tirer la sonnette d’alarme et de défendre nos propositions dans l’espace public sans cautionner sa privatisation. Nos propositions sont sur la table. A tous de se les approprier, de les critiquer ou de les soutenir. »

Source : http://www.laquadrature.net/fr/pourquoi-nous-ne-participerons-pas-a-la-mission-lescure

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