Mathieu, Galloway, Chavez, ces vilains « populistes » …

Populisme

  • Idéologie et mouvement politique (en russe narodnitchestvo) qui se sont développés dans la Russie des années 1870, préconisant une voie spécifique vers le socialisme.
  • Idéologie politique de certains mouvements de libération nationale visant à libérer le peuple sans recourir à la lutte des classes. (Le populisme a notamment inspiré les réformes de Mustafa Kemal et s’est considérablement développé à partir de 1930 en Amérique latine, où il est caractérisé par l’anti-impérialisme et un anticapitalisme modéré. Enfin, le refus de la lutte des classes a conduit les mouvements populistes latino-américains à chercher l’alliance des classes moyennes urbaines avec les ouvriers ou la paysannerie.)
  • Tendance artistique, et en particulier littéraire, qui s’attache à l’expression de la vie et des sentiments des milieux populaires.

(Larousse en ligne)

Aucune des définitions que fournit du populisme le Larousse en ligne n’est, comme on peut le voir ci-dessus, de près ou de loin péjorative, que du contraire ! Si l’on se fie à la seconde définition proposée, charger le terme du poids d’une influence malfaisante est même une forme d’oxymore qui ne s’assume pas, dans le chef des tenants de la social-démocratie. Pourtant, ledit vocable est utilisé avec de plus en plus d’insistance, sous nos latitudes, dans un sens négatif qui vise à culpabiliser ceux qui se laisseraient tenter par une prétendue dérive homonyme, et à rendre ainsi leurs revendications illégitimes. Pire, le populisme tend à devenir à la fois insulte et accusation. Or, dans le tribunal improvisé chargé de déterminer souverainement ce qui, en ce début de XXIe siècle, est convenable et ce qui est déplacé siègent de plus en plus d’éminences qui s’affichent en public sous les oripeaux du socialisme…

Peut-être serait-il pertinent, avant toute autre considération, de nous arrêter un instant sur le sens du mot ‘peuple’, et sur les représentations qu’il suggère, souvent inconsciemment. En sons sens premier, le peuple est la collectivité qui regroupe, dans les limites d’un territoire donné, l’ensemble des habitants de ce territoire, sans distinction de quelque sorte. Sauf à s’exiler fiscalement, le gros cochon milliardaire au Havane protubérant – suprême ironie – fait, en théorie, tout autant partie du peuple que John Doe le prolétaire. Toutefois, dans la pratique, même ce terme-là a acquis, à son corps défendant, une connotation négative auprès de larges franges de la société, et sa portée s’est considérablement restreinte.

Le mot ‘peuple’ est associé, pour une part importante de l’imaginaire collectif, aux manants, aux sans-culottes de naguère, à ceux à qui n’a malheureusement pas souri la bonne étoile, ceux dont le berceau n’était pas d’argent, ceux qui auraient pu naître dans une crèche, au milieu de la paille, entourés d’un bœuf et d’un âne, ceux qui doivent trimer pour survivre. Selon cette conception, le peuple est ce dont il faut s’extirper à tout prix pour afficher sa liberté… de consommer, donc d’être esclave du système capital-corporatiste. Qu’il s’agisse du cadre commercial suffisant ou du patron de PME, la solidarité s’affiche plus volontiers aujourd’hui, en nos contrées, avec le rentier milliardaire ou le patron de multinationale que les ouvriers couvrent du fric produit par leur travail qu’avec l’employé de base, l’ouvrier, et a fortiori le chômeur, en insistant, au passage, sur le fait que le sans-abri constitue à lui seul une catégorie à part entière, une non-catégorie hors du peuple, pourrait-on écrire : existe-t-il, d’ailleurs ?

Ainsi, le peuple s’est mué en milieux populaires, c’est-à-dire, stricto sensu, en une sous-catégorie puante et suante du peuple dans son sens plénier dont ni le cœur, ni l’âme, ni les tripes ne font l’objet d’offrandes excessives sur l’autel du Satan-Capital. Sans doute ce virage sémantique n’est-il pas étranger au renoncement des partis de la gauche faiblarde de miser leur perpétuation sur la défense des intérêts des plus pauvres. Objectivement, dans le marché de la démocratie (tel qu’intitulé sans vergogne et à de multiples reprises par la taupe Attali), dans une société marchande dont la pseudo-gauche a collaboré massivement, ces vingt dernières années, à l’élaboration, ce fonds de commerce ne suffisait plus : il fallait agrandir la part de marché, même si un tel procédé signifiait, par la force des choses, l’abandon progressif mais de plus en plus manifeste des couches populaires. Qui s’intéresserait de trop près à ces dernières, chercherait  à défendre leurs intérêts trop ostensiblement et à récolter leurs suffrages, serait forcément, par voie de conséquence, suspect de démagogie, de populisme, selon la nouvelle définition virtuelle, politiquement correctissime, de ce mot, qui ne s’exprime pas, mais se déduit des contextes négatifs successifs dans lesquels il est utilisé.

En politique, tout est question de priorités électoralement vendables et rentables. Certes, à stratégie inchangée, le volume de la frange populaire est objectivement appelé à croître, et à croître, et à croître encore, à moyen ou à long terme, à la fois en raison d’un nécessaire rééquilibrage de la richesse mondiale d’ores et déjà entamé, et à cause de la boulimie de profits des multinationales et de leurs financiers. Mais c’est là une autre caractéristique bien connue de l’exercice de l’Etat que de ne s’intéresser qu’au temps court. Et puis, en toute honnêteté, il serait pour le moins paradoxal de s’inquiéter du sort de partis traîtres à leur fondamentale raison d’être : qu’ils soient balayés lorsque réapparaîtront les hordes de gueux est dans le juste ordre des choses…

Face au mouvement d’exclusion et de confinement de ces milieux populaires, ceux qui ont repris à leur compte la dénomination de peuple, c’est-à-dire l’ensemble des laissés-pour-compte de cette politique de marché, revendiquent fièrement, quant à eux, leur appartenance à un maillage populaire. Mal leur en prend, cependant, s’ils poussent trop loin les limites de ce qui est convenable : les gardiens du temple sont là, qui marchent au pas autour de l’échiquier social, qu’ils veillent à encercler, à étouffer même, de leur savante emprise.

Populistes, les Conti, qui, face à une patronnaille désœuvrée obnubilée par une croissance à deux chiffres qui les a transformés, à leur insu, en objets de fabrication peu rentables et avait pensé leur faire rejoindre le rang des non-catégories, ont osé montrer qu’ils avaient encore les couilles au bon endroit ! Populistes, les ouvriers de Ford Genk, dont d’autres souriants parasites patronaux ont volé, sans même oser leur faire face, le temps, l’engagement forcené, de plusieurs décennies parfois, à effectuer un travail à la chaîne abrutissant déjà raillé, en son temps, par Chaplin ! Populistes, en tout cas, s’ils ne rentrent pas dans le rang, s’ils osent se rebeller contre leur statut de moutons du capital sans frontières protégé par l’Etat socialiste.

Soyons honnêtes : je ne suis pas ouvrier. Je ne le serai jamais. Ce n’est pas que le travail manuel me dégoûte : au contraire, j’éprouve un infini respect pour ceux qui l’exercent parce que je me rends compte de la dureté de leur labeur et parce, dans mon entourage proche, plusieurs personnes sont issues de ce milieu. Je suis juste trop infiniment maladroit pour exercer quelque tâche manuelle. Il faut croire que les largesses de Dieu à mon égard se sont limitées à me permettre d’aligner des mots sur une feuille de papier ou une fenêtre virtuelle, ce dont je lui sais gré, bien sûr, espérant ne pas trop le décevoir.

Mais trêve de griffonnages : si je ne suis pas ouvrier moi-même et si je ne me permettrais en aucun cas de dire aux ouvriers de Ford Genk ce qu’ils doivent faire – c’est leur indemnité de licenciement qui semble en jeu ! – je n’en ressens pas moins une profonde amertume lorsque j’entends déjà les gardiens de l’ordre bourgeois, qu’ils soient haut placés dans la hiérarchie syndicale ou remparts sociaux-démocrates du capital-corporatisme transnational, taxer de têtes brûlées populistes ceux parmi ces ouvriers qui ne parviennent plus, en raison de la pression que tout un système annihilant exerce sur eux, à contenir leur rage et qui devraient sans plus encaisser tout le mépris de patrons qui se la coulent douce sur quelque plage paradisiaque de quelque île grecque bradée aux intérêts privés.

Lorsqu’elle s’était exprimée au parlement, lors de l’annonce de la fermeture de l’usine de Genk, la députée flamande social-démocrate Kitir, qui y travaille elle-même, avait laissé avec humilité et une certaine classe, dont ne peuvent que rêver les fils à papa de la politique belge, couler sur ses jeunes joues toute la sincérité de l’émotion solidaire qu’elle ressentait vis-à-vis de ses collègues. La voilà aujourd’hui, sans doute sous la pression de tel ou tel fiston de merde, de telle ou telle ministre de l’emploi qui a fait voter gaillardement un plan funeste destiné à plonger toute une catégorie de chômeurs sous le seuil de pauvreté pour satisfaire à l’agenda macroéconomique de destruction de l’Etat-providence par le keynésianisme banquier, qui pointe le doigt en direction de ceux-là même, parmi les ouvriers, qui sont en vérité les dignes héritiers des fiers combattants socialistes qui ont permis à toute la racaille social-démocrate contemporaine de jouir de son statut (1) ! Parions que l’affront fait à leurs ancêtres reviendra, par la main de la progéniture qu’ils auront à dessein rendue miséreuse, dans la face autosatisfaite de tous ces parvenus !

Mais, même hors du terrain des affrontements sociaux et bien loin des frontières de l’Europe-forteresse déclinante parce que toujours en retard d’une guerre, ces respectables gens-là se permettent de donner des leçons, d’aboyer sur les dirigeants socialistes (véritables) de pays latino-américains qui ont le tort, à leur estime, d’axer leur action politique sur les plus faibles, sur le peuple, qui y représente encore – il est vrai – l’essentiel des troupes et dont le cœur est demeuré vaillant. Ainsi de Chavez…

Ce dictateur, élu quatre fois avec des majorités confortables, n’a cessé et n’aura de cesse, si Dieu lui prête vie, de permettre aux pauvres de vivre dignement, pas uniquement dans son pays d’ailleurs : le programme PetroCaribe finance des prêts pétroliers aux pays voisins à des conditions dérisoires, et un taux d’intérêt de 1 % (2). Voilà qui est bien sûr de nature à faire se hérisser les poils de tout ce que l’Europe chérie compte de banquiers (centraux), de grands bourgeois et d’anciens révoltés, trotskystes ou autres, intégralement récupérés par la logique marchande : « bouh, Chavez, bouh, bouh, bouh ! »

De notre côté, n’ayons pas peur de le crier haut et fort : si Mathieu, Galloway et Chavez sont sa marque de fabrique, VIVA EL POPULISMO !

______________

(1)    Source (NL) : http://www.knack.be/nieuws/belgie/meryame-kitir-populisten-zaaien-onrust-aan-de-poorten-van-ford/article-4000230516945.htm

(2)    Source (NL) : http://www.demorgen.be/dm/nl/990/Buitenland/article/detail/1557058/2013/01/03/Grote-bezorgdheid-over-zieke-Chavez.dhtml

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