Langue de bouffons !

Les mots, le langage, méritent mieux que la fade souillure que leur promet, à leurs dépens, le fumier des discours convenus rédigés par quelques bêtes de somme administratives qui semblent s’être donné pour mission de les transformer en une fumisterie indigeste régurgitée mécaniquement sous la forme de poncifs carrés par des esprits basiques et insalubres dans les enceintes semi-fortifiées où évoluent ceux qui se gargarisent de représenter, mieux que les énoncés convenus de techniciens opportunistes au vocabulaire de misère déblatérés à la hâte et avec un stress feint de l’autre côté de l’écran aux mille mirages, et répercutés sans la moindre attention, sans compassion aucune, auprès des récepteurs attitrés, au stress véritable et nourri. « Nous vous devons la vérité : conformément aux dispositions européennes, la capacité de résilience de notre gouvernance économique  est fonction de la bravitude des réformes nécessaires en matière de dépenses sociales. » Halte-là, bourreaux ! Votre texte est trop riche : cent quatre-vingt-cinq caractères déjà ! Moins on exprime, plus on est et plus on est susceptible de durer !

Mes mots ne sauraient plus longtemps s’intéresser à ces litanies novlangagières répétitives, grossièrement primitives et supposées positivistes, martelées comme des leitmotive pathétiques dans la tragi-comédie d’opérette qui entend forger le moule de nos existences. Les mots devraient chanter. Il leur faut de l’espace ! Leur répertoire est vaste. Ils peuvent former des partitions, des mélodies de vie, une musique. On peut les faire tournoyer dans des danses folles dignes des bals populaires du début du siècle dernier, avant que tout ne dérape, bien loin donc des marches militaires qui s’ensuivirent ou des sons électroniques de bouchers qui s’en inspirent aujourd’hui. Virtuose ou non, c’est le compositeur qui a la main, mais c’est dans la résonance de la musique de ses mots que se tapit le drame : après l’instruction populaire, bref horizon, place à l’acculturation, à la submersion impitoyable des destinataires premiers de paroles de délivrance dans le sordide de la diversification productive achalandée, dont n’émergent jamais, du fait de la part belle, de l’obscure primauté, accordée par les broadcasteurs aux charlatans investis et, pour une fois, par le biais, aux nègres aussi, que ce qu’on appellera par euphémisme les perles les plus ternes, les roches volcaniques éteintes, en fait.

Lothar Baumgarten, Kultur - Natur

Qui a lu de qui a lu ? Avez-vous bien entendu ? Libres, nous serions, de dire, d’écrire, tout ce qui nous semble bon, jusqu’au plus équivoque, au plus subversif, autant au moins que l’eunuque est libre de procréer. Notre liberté, celle des anarchistes intellectuels dont on m’a appris sur les bancs de l’école, en même temps que la pauvreté intrinsèque de l’argument d’autorité, qu’ils étaient les boosters de l’évolution sociale, c’est la liberté de publier dans un désert, avec l’espoir de voir défiler de temps à autre sur leurs chameaux quelques touaregs éduqués et curieux. No man’s land doublé d’un moyen bien, bagne des hors-système, anonymes d’extraction prolétaire ou opulents demeurés médiatisés, dans lequel, tout en me refusant à flatter la cour de quelque manière, je me désespère en ce moment de flâner, juste un peu trop haut que pour être compris de tous, mais bien en-deçà des références de jadis, desquelles affirmer que je trépigne de m’y mesurer serait patente présomption , face à ce grand marché fourre-tout du livre de cuisine consacré roi par une superposition holographique de vulgarité tweetante et tonitruante et d’Ancien Régime hip. Avec le temps… Avec le temps, triste, tout subsiste…

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