Psy est une laïque religion…

La pièce était sombre, imprégnée du noir d’une Lune timide autorisée par le jour tombant. Mais elle était là, trônant de sa gloire phosphorescente sur l’étagère fixée au mur en face de moi. Elle me fredonnait une berceuse : « Ihaaa, ihaaahi, ihooo, ihaaa, ihaaa ». Je me sentais tout petit mais je la désirais. Quelle était donc cette appétence ? S’emparerait-elle de moi parée des vertus de l’Intouchable Madone ? Elle esquissa un mouvement, puis un autre. Sertie de son étincelante couronne, elle se mit à agiter ses cuisses sveltes mais charnues telle une Beyoncé au Moulin-Rouge. Mais sa djellaba était immaculée, avec juste quelques teintes bleu ciel. Que me voulait-elle ? Pourquoi ne me quittait-elle pas de son regard à tétaniser un titan ? « Je suis là », glissa-t-elle. J’étais las aussi. Son aube de soie blanche se transmuait en longues lamelles qui venaient titiller mon anatomie. Le lointain se faisait abordable, attenant, presque fusionnel, contigu. Marivaudante marionnettiste, de la passion aux vagues et de la flamme aux flots, elle charriait, impudique, l’animal fabuleux que j’étais, de la dissemblance à l’étourdissement éclectique d’une utérine jonction sublimée. Nos sens balisaient la direction du sens suprême de l’éphémère de l’ici-bas, auquel il faut se faire entre deux ascensions. La pamoison était céleste, l’enveloppe incongrue, faite de simultanéité fugace à l’aurore de l’entendement. Mille couleurs, une colombe, parmi ce sombre envahissant. Mille textures platoniques et mille goûts évanescents. Insaisissables mais vivants, nos esprits faisaient corps, imaginant déjà l’encore d’un autre neuf entrelacement…

***

(ajout du16 novembre 2014)

Ce qui suit est un commentaire relatif à l’intervention du psychiatre Boris Cyrulnik lors de l’émission de France 5 Les Grandes Questions du 30 octobre 2014.

Cyrulnik est sans doute l’un de ceux, qui tout en affichant une grande compassion (au sens étymologique), tiennent, au sein de sa profession, le discours le plus critique à l’égard de cette dernière, refusant par là la réaction clanique de chasse gardée ou de forteresse assiégée à laquelle a donné lieu, par exemple, le brulot anti-freudien d’Onfray.

Si certains des propos qu’il tient ici sont empreints d’une grande sagesse, d’autres me paraissent pourtant relever du raccourci facile ou de l’approximation, voire de la pure spéculation : c’est sans doute le principal travers de ce genre d’émission d’extrême vulgarisation…

Ainsi, lorsqu’il affirme que toute approche psychiatrique/psychanalytique dont la pratique consisterait à soumettre l’ensemble des « sujets thérapeutiques » à un schéma analytique, un angle, un prisme, unique, monolithique, relève, en vérité, d’une forme de totalitarisme, qui pourrait le contredire ?

Qui pourrait, en revanche, s’abstenir de lui opposer, lorsqu’il pose comme vérité scientifique, qu’une très grande sensibilité individuelle est le fruit exclusif d’une composition génétique particulière, qu’une telle grille d’analyse linéaire ne repose sur aucune base scientifique, quand bien même elle serait complétée, dans un second temps, par une prise en compte de l’environnement socioculturel dans lequel évolue celui ou celle qui en fait preuve. Vulgarisation pour vulgarisation, cette lecture me paraît relever d’un scénario de strates, de sédiments successifs, les uns biologiques, les autres sociaux, alors qu’à mon sens – et au stade actuel des connaissances -, c’est plutôt d’un spaghetti qu’il est question. Plutôt que de poursuivre son raisonnement selon la logique d’interdépendance (ou, en tout cas, d’influence mutuelle) des divers facteurs constitutifs d’un état d’esprit, qu’il a lui-même brièvement esquissée, Cyrulnik me semble donc recourir au même type de pseudo-certitudes compartimentées que celles qu’il dénonce, le fussent-elles un peu moins que ces dernières.

Un autre exemple me vient à l’esprit : lorsqu’il prétend que le refus du changement est indicatif d’un esprit (potentiellement) totalitaire, je suis certain qu’il a des exemples précis en tête, qu’il songe à des anecdotes ou des histoires relatives à certains de ses patients. Mais, ces exemples, ces anecdotes, ces histoires, le téléspectateur ne les connaît pas ! Or, en l’absence de ces illustrations concrètes, ce dernier ne peut qu’être amené à conclure qu’une telle généralité relève elle-même d’un schéma analytique pour le moins unilatéral, très conforme, somme toute, à une certaine doxa contemporaine, qui vante le changement comme pièce cardinale de son dispositif, quelle que soit la nature dudit changement, ses motivations intrinsèques, ainsi que le cadre dans lequel ce changement est supposé avoir lieu. Or, confronté à un pouvoir totalitaire – pour ne retenir que la contradiction la plus extrême d’une telle pensée unique approximative et généralisatrice, pourquoi un individu devrait-il changer ? Pour devenir fonctionnel sous sa coupe ?…

En soutenant que le refus du changement en tant que tel, indépendamment de tout contexte et de toute tierce partie, indique un totalitarisme spirituel, il va bien plus loin encore, car qu’est-ce que le totalitarisme sinon un système social qui impose ? Or, comment, de nos jours, un individu pourrait-il à lui seul avec un système social se confondre, et pourquoi, surtout, un individu qui refuserait de se fondre dans le système existant (Prenons le cas d’un ermite, par exemple…) devrait-il de facto se voir taxer de totalitarisme ? Dans ces inconsistances se lit non seulement une vérité énoncée par Cyrulnik lui-même, à savoir que la psychiatrie en tant que science en est, en effet, au stade embryonnaire, mais également qu’en tant que corpus de valeurs normatives, quelle que soit la déclinaison conférée à ces dernières par chaque praticien, elle est l’ennemie de la dissension, ce en quoi sa peu glorieuse histoire, faite de soumission à l’ordre établi (par le biais du confinement à l’écart de la société et d’abominations antihumanistes telles que l’usage forcé d’électrodes, la lobotomisation, la programmation mentale, la stérilisation forcée (qui n’a été dénoncée par l’OMS qu’en mai 2014 !), l’usage massif d’une pharmacopée débilitante, ou encore le meurtre de masse pur et simple (200.000 « débiles mentaux » mis à mort par les nazis), en particulier de soumission des groupes jugés les plus subversifs, c’est-à-dire ceux situés en bas de l’échelle sociale, parle bien sûr pour elle…

Si la quête d’individus fonctionnels dans une société qui l’est elle aussi est l’objectif principal de la psychiatrie, alors cette dernière ne présente pas le moindre intérêt; elle est littéralement inutile, car une telle société serait faite d’empathie et d’amitié. Or, ni l’empathie, ni l’amitié ne tolèrent la relation de subordination qu’induit la psychiatrie, qui compte toujours un professeur ou, pour l’exprimer plus cyniquement, un adjoint de confession.

Si elle est utile dans certains cas de schizophrénie violente, la psychiatrie n’est, pour le reste – il ne me semble pas excessif de l’affirmer – qu’une religion laïque aux prétentions scientifiques.

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