Ford Genk, Arcelor Seraing : l’obséquieuse couardise des pêcheurs de voix !

C’est un toffe gast, Gaston, un chic type, un vieux de la vieille bilingue dans ce pays où des Belgicains tout engoncés dans une nostalgie de classe peinent à baragouiner quelques mots de flamoutch. Il est même le prototype de la grande plaisanterie belge : Flamand d’origine, il a émigré, jeune adulte, vers la région liégeoise avec la certitude d’y trouver l’emploi que la Flandre ne pouvait alors lui proposer. C’est avec amertume qu’au micro de la VRT, il s’épanche aujourd’hui sur le cas ArcelorMittal Seraing.

Voilà, en effet, une entreprise qui, comme tant d’autres en Belgique et à travers l’Europe, a bénéficié, au fil des décennies, de tant de subsides publics inconditionnels qu’annoncer aujourd’hui, comme à Florange hier, la fermeture d’une part importante de son infrastructure (les hauts-fourneaux) et le renvoi de quelque 1300 ouvriers qui y suaient à la tâche ne fait que souligner une fois de plus l’indécence des grands rentiers dits patrons de multinationale, qui n’hésitent pas, au nom d’un profit toujours plus grand, d’une croissance sans limite, à mettre en compétition des ouvriers dont les législations sociales et environnementales ainsi que les niveaux de vie sont diamétralement opposés. Vive le capitalisme corporatiste !

Quitte à répéter ici ce que j’ai déjà écrit en long et en large dans d’autres articles, je ne crois pas en la valeur travail si le travail concerné n’a pas pour but de répondre à un besoin social précis et s’il ne répond qu’à la nécessité de survie dans la jungle contemporaine. Le seul travail qui trouve grâce à mes yeux est celui qui, tout en satisfaisant à ce premier objectif, permet l’épanouissement de l’individu et son émancipation de toutes les contraintes, corporatistes et étatiques, qui pèsent sur lui, de sorte qu’il puisse vivre la tête haute. Tout autre type de travail est irrémédiablement appelé, à plus ou moins long terme, à disparaître : un adulte mature n’a pas besoin d’occupation imposée, encore moins de servitude !

Ainsi, il est inévitable que la robotisation des outils se poursuive et s’accélère, rendant caduque autant d’emplois actuels ; il convient même, eu égard à certaines conditions de travail indignes ou épuisantes, de s’en réjouir et de considérer cette évolution comme un progrès. Par ailleurs, comme la nature des besoins sociaux évolue sans cesse, certains types de produits et de services devront inéluctablement être remplacés par d’autres. Se pose donc ici, avant toute autre, la question de la pertinence de l’activité à chaud d’Arcelor Seraing.

Cette question est généralement envisagée en deux temps trois mouvements par ceux qui sont supposés veiller au bien commun. Comme la paysannerie naguère, les hauts-fourneaux seraient un vestige d’une société révolue. Il suffit pourtant d’y réfléchir à deux fois pour conclure qu’un tel présupposé est non seulement aberrant, il est aussi, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le signe de la politique de court terme qui caractérise depuis au moins vingt ans les pays occidentaux. Certes, les besoins en métal sont beaucoup plus importants dans les pays à forte croissance de développement (une notion qui me semble bien plus pertinente que la mythique croissance pure), mais il n’en demeure pas moins que, pour tous les besoins qu’il nous reste à satisfaire en la matière (équipement, construction, automobile), il nous faudra donc faire appel, à l’avenir, à des entreprises situées hors d’Europe ou à sa lisière, ce qui est en soi annonciateur, à l’aube de la véritable crise énergétique, de tensions et de dépendances nouvelles, et n’est donc ni pertinent, ni rationnel à moyen terme.

Ce constat est encore plus avéré en ce qui concerne la paysannerie, dont les produits n’ont pas à faire face à une baisse de la demande, par nature stable et dépendante d’une démographie qui l’est, elle aussi. L’imbroglio de nos sociétés actuelles naît de cette volonté sempiternelle de faire croire que l’on pourra parquer nonante pourcents de la population active dans des bureaux, à s’occuper de tâches administratives que les ordinateurs de demain pourront eux aussi exécuter beaucoup plus rapidement, et de faire de l’industrie des services un pseudo-fleuron dont nous seuls aurions la maîtrise.

A la question du journaliste quant aux prérogatives et au champ d’action des politiciens face aux fermetures d’usines répétées, Gaston était bouche bée : « que voulez-vous qu’ils fassent ? », marmonnait-il. Oh, il est bien dû s’en trouver l’un ou l’autre pour aller frétiller du cul à Davos, auprès de la crème flambeuse du Pouvoir réel, le marquis de Mittal en tête, porteur du vain espoir d’obtenir quelque susuc’, un délai d’un an et demi par exemple, histoire de ne pas se ramasser ces prolos sur le dos au moment où l’on à d’autres choses à faire…

Davos

Arcelor

Ford Genk

N’est-ce pas là, en effet, la responsabilité première de la gôche social-démocrate, a fortiori si l’on est soi-même – souvenir ô combien pénible et refoulé – descendant de prolo ? Aaah, où est-il donc le temps, le temps perdu, des forums sociaux alternatifs où les plus hardis s’enivraient en pensant au Grand Soir ?

Soyons de bonne composition : seul un rabat-joie pourrait reprocher à nos chères élites politicardes de scander l’antienne du changement au son du tambour qui rythmait jadis les mouvements des galériens tout en étant toujours elles-mêmes dangereusement à la traîne des changements qu’elles devraient préparer ! Peut-on honnêtement leur reprocher  d’avoir pris goût au lustre et à la goinfraille que leur procure leur statut d’assistés du grand capital ? Cela ne nous viendrait pas à l’esprit ! Imaginerions-nous vraiment que les Etats, comme d’aucuns l’ont susurré il y a peu avant de se faire rabrouer par le Pouvoir, lequel leur a rappelé que ce genre de choses-là ne se discutait point, que des Etats exsangues, soient en mesure, à défaut d’en avoir l’ambition, de reprendre à leur compte toutes les entreprises que le Pouvoir délaisse pour des profits immédiats autrement plus alléchants ? Soyons sérieux.

Malgré cela, qu’est-il de si saugrenu à imaginer de nouvelles coopératives d’ouvriers ou d’employés et un nouvel anarcho-syndicalisme qui réinventeraient, sur les sites abandonnés avant qu’ils ne se désaffectent, la vraie direction à donner au travail ? Qu’est-il de si déplacé à concevoir des travailleurs maîtres de leur destin, la tête haute dans l’autogestion ? Qu’est-ce qui empêche une réelle reconfiguration de l’activité humaine ? Deux choses, et deux choses seulement : le pouvoir et le Pouvoir !

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