Le solstice d’été 2013 sera-t-il comme les autres ?

Les hommages à la puissance occupante invisible battent de nouveau leur plein sur nos chaînes de télévision enchaînées. Jamais, en effet, il n’est manqué une occasion de tresser les louanges de la puissance étrangère la plus agressive, la plus belliqueuse et la plus impérialiste sur Terre, devant laquelle notre chère Europe n’a de cesse de se prosterner. Quel bel exemple à suivre, en effet ! Et quelle admirable secrétaire d’Etat ferrugineuse s’en est allée…

Son successeur recevra-t-il des corporations l’autorisation de faire dans la dentelle ? La démocratie la plus pétaradante au monde parviendra-t-elle à tourner définitivement le dos à l’inepte politique extérieure multi-décennale dont elle aura bien un jour à affronter en bloc le bilan ? Le locataire de l’ovale bureau recevra-t-il enfin par contumace les gallons qui justifieront a posteriori le prix Nobel qu’il avait reçu en guise d’encouragement liminaire, en 2009 ?

Tandis qu’à quelques encablures du front syrien semblent se préparer les grandes manœuvres transatlantiques, que le « Fire In Cairo » des Cure n’a jamais été aussi prégnant, et que continue, malgré l’apparition-éclair d’un parti centriste dont le futur proche devra déterminer s’il est aussi socio-providentiel qu’il n’a été présenté ici ou là, de se poser avec acuité la question de la nature de la prochaine coalition gouvernementale israélienne, c’est le prochain solstice d’été qui fera l’objet de toutes les attentions. Une semaine à peine avant le 21 juin, en effet, les électeurs iraniens seront appelés à élire leur nouveau président…

Comme l’a souligné Julian Assange, dont l’hologramme s’exprimait il y a quelques jours devant un parterre estudiantin réuni par l’Oxford Union Society, l’on aurait tort de croire que les prétentions occidentales à l’égard de la Perse se sont définitivement estompées, malgré ce que pourrait laisser penser le discours d’investiture prononcé en vis-à-vis du monumental obélisque qui trône, tel une verge élancée, éclatante, fière et défiante, de l’autre côté de la mare capitole. Le prisonnier londonien en voulait pour preuve (à ce stade difficilement vérifiable) la nouvelle fiction consacrée à Wikileaks, selon ses dires rocambolesque, avec laquelle Hollywood s’apprête à bombarder les esprits du monde libre, un honneur empoisonné dont il se serait passé volontiers.

La sortie de ce film, dont le scénario serait truffé d’erreurs factuelles de nature à susciter, en nos valeureuses écocraties, une nouvelle peur de l’Orient ciblée sur des Ayatollahs dont Mossadegh, énième victime (élue) de l’odyssée démocratique mondiale des forces du Bien, dirait sans doute aujourd’hui qu’ils ne sont que des conséquences indirectes de l’ingérence de l’Empire, est annoncée pour novembre de cette année. Le confinement imposé à Assange l’a-t-il rendu parano ? Si c’est le cas, nous nous emploierons à démontrer, à travers les lignes qui suivent, que nous pouvons l’être plus encore…

(1)

Il est indéniable que du discours d’investiture ci-dessus mentionné a émané l’impression d’une volonté d’apaisement international. Celle-ci n’aura trompé personne, toutefois : les Etats-Unis sont à genoux, et une nouvelle expédition militaire aurait pour corollaire leur fin en tant qu’empire. Fidèles à la stratégie qu’ils ont suivie depuis quatre ans, ils emploieront donc tous les moyens minimalistes (covert, dit-on là-bas) traditionnellement à leur disposition pour déstabiliser le régime conservateur en place à Téhéran : affaiblissement de la monnaie nationale afin de susciter des troubles sociaux, financement massif de l’opposition dans le but de faire émerger une propagande pro-réformiste digne de ce nom, assassinats ciblés avec la complicité des services secrets israéliens si besoin, etc.

Mais c’est le peuple iranien qui aura le dernier mot : s’il vote réformiste, ce sera un bon peuple, mais s’il reste fidèle aux conservateurs, ce peuple sera mauvais, et il faudra envisager de le punir. Or, cette thématique sera, à n’en douter aucunement, au centre des caucus informels entre les marchands d’armes, les pontes de l’économie et de la Réserve fédérale et leurs infiltrés respectifs au sein de l’administration américaine, qui se dérouleront, comme chaque année à pareille époque, dans la pas si vierge forêt californienne qui sert de temple néo-druidique aux membres du Bohemian Grove.

Felix Gonzalez-Torres, Sans Titre (USA Today)

Est-il plausible qu’une « soudaine disruption » – pour reprendre les paroles de Bob Marley dans « Rat Race » –   vienne une fois encore secouer les esprits d’une plèbe états-unienne désormais largement acquise à un recentrage socio-économique intérieur ? « Never say never again », dirait Sean. Mais, en tout état de cause, elle ne pourrait prendre, à si court intervalle, la forme extrême et exubérante qu’elle a prise en 2001 : ça ferait mauvais genre. Un assassinat politique, alors ? Ca aussi, on a déjà eu ! Les options commencent donc à s’étioler, sauf à recourir à un événement extraterritorial qui frapperait un allié de l’OTAN… Toutes ces possibilités requerraient toutefois une recrudescence d’agressivité et de provocation verbales de la part de Téhéran, tentation délétère dont un Chavez ressuscité pourrait dissuader la capitale…

Le durcissement des alliés religieux nord-américains des factions bellicistes israéliennes, la peur abstraite et la communication politique (comprenez : les stupides films d’action à gros budget) pourront-elles à elles seules inverser une courbe populaire qui tend manifestement vers un certain isolationnisme ? Le business militaro-industriel peut-il se passer de cette nouvelle aubaine ? Quels intérêts pourrait servir le plongeon définitif du dollar qui serait la conséquence d’une nouvelle guerre ? Les médias occidentaux centralisés feront-ils, comme d’habitude, office de caniches propagandistes ? Voulons-nous la guerre, nous autres, Européens ? Une guerre n’aurait-elle pour effet certain d’attiser, à court ou moyen terme, la volonté iranienne de disposer d’une arme atomique, c’est-à-dire d’accélérer ce qu’elle est supposée prévenir ? Et quelles formes une telle guerre pourrait-elle prendre, compte tenu du désastre irakien adjacent ? Où sont les preuves (non fabriquées) du programme nucléaire militaire de l’Iran ? Qu’est-ce qui indique que ce pays, même s’il venait à disposer d’un stock infime d’armes de destruction massive en comparaison à d’autres, dans le coin et ailleurs, serait décidé à utiliser celui-ci ? Quelles seraient les conséquences d’une telle réalité, si elle était avérée, sur la colonisation sans fin de la Palestine, et sur l’apparition d’un nouvel équilibre de la terreur en vertu duquel l’allié arabe démocratique privilégié de l’Occident dans la région, l’Arabie saoudite, se sentirait dans l’obligation de s’armer de quelques ogives finales à son tour ? Et où une telle spirale s’arrêterait-elle ?

« Said don’t worry ‘bout a thing, ‘cuz every little thing… »

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(1)    Les deux autres parties du triptyque documentaire indépendant « The Power Principle » (« Le Principe de Pouvoir ») sont disponibles ici (avec sous-titres français)…

« Propagande » (2e partie) : http://www.youtube.com/watch?v=E5e7dPgdp2A

« Apocalypse » (3e partie) : http://www.youtube.com/watch?v=cCB3iP7tEcc

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