Archives mensuelles : février 2013

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UN SATELLITE EN CHUTE LIBRE EN DIRECTION DE LA TERRE ?

UN SCIENTIFIQUE DE LA NASA MET LES CHOSES EN PERSPECTIVE…

Par Tim Newcomb, le 22 septembre 2011

Tout satellite retombe sur Terre. Mais lorsqu’il s’agit d’un satellite géant, d’un poids de quelque 5.500 kg (et de la taille moyenne d’un éléphant), destiné à s’écraser quelque part sur Terre entre jeudi et samedi, cela attire l’attention. Tandis que le Satellite de Recherche de l’Atmosphère supérieure (UARS) de la NASA se précipite vers l’atmosphère terrestre à une vitesse de quelque 27.000 km/h, il pourrait projeter jusqu’à 26 de ses pièces dans un rayon de 800 km donné.

TIME s’en est entretenu avec Nick Johnson, le scientifique de la NASA responsable du débris orbital, qui évoque par ailleurs la fréquence d’événements de cette nature, les dangers éventuels pour les personnes – il y a, pour une personne, un risque de 1 sur 3.200 d’être atteinte par un débris spatial – et ses prévisions quant aux lieux où le satellite pourrait effectuer sa rentrée (difficilement prévisible, en fait).

Qu’est-ce qui amène un satellite à quitter sa trajectoire et à piquer du nez en direction de la Terre ?

Progressivement, tout satellite retombe sur Terre en raison de l’attraction atmosphérique et de la pression exercée par la radiation solaire. A l’instar de la Station spatiale internationale, de nombreux engins spatiaux doivent régulièrement effectuer de petites manœuvres afin de retourner à leur altitude initiale. UARS a été mis hors service en décembre 2005, et son altitude a décru petit à petit depuis lors.

Comment tentez-vous de prévoir la zone d’impact?

Le Réseau de Surveillance spatiale des Etats-Unis, aux mains de l’état-major stratégique du ministère de la Défense, réalise des prévisions quant à la probabilité temporelle de pénétration de la portion dense de l’atmosphère par le satellite. Toutefois, de telles prévisions ne peuvent être précises : deux heures avant celle-ci, la marge d’incertitude moyenne est de plus ou moins 25 minutes, ce qui équivaut à quelque 12.000 kilomètres.

A quelle fréquence de tels événements se produisent-ils?

En moyenne, un objet sous observation pénètre l’atmosphère terrestre chaque jour. La plupart de ces objets sont très petits. Chaque semaine, un vaisseau spatial intact ou un véhicule de lancement retombe sur Terre.

Quels en sont les risques pour la vie quotidienne ?

Ils sont extrêmement restreints. A ce jour, aucun incident relatif à des dommages corporels ou à des destructions de propriété considérables n’a été rapporté depuis l’aube de l’âge spatial.

La taille des satellites accroît-elle le danger ?

La taille du satellite est sans lien direct avec le risque de dommage corporel ou de destruction de propriété. La plupart des satellites se consument intégralement, mais plusieurs composants de satellites, petits ou gros, peuvent résister à la pénétration atmosphérique, selon le type de matériel dont il s’agit et d’autres facteurs. Il se trouve que les satellites les plus imposants sont ceux qui contiennent le plus de composants résistants.

Combien y a-t-il, en ce moment, de satellites ou d’autres objets qui pourraient dévier de leur trajectoire ?

Tous les satellites retombent sur Terre, mais pas tous avec la même diligence : plus ils sont haut perchés, plus lente est leur descente.

Source : http://newsfeed.time.com/2011/09/22/satellite-falling-to-earth-nasa-scientist-puts-it-into-perspective/

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Gratia Solis generositatis omnibus fingit !

–          Qu’est-ce qu’il y a, grand-père ? demanda Petit Candide.

–          Regarde, tu vois ces taches rougeâtres, là, sur les salades. C’est nouveau, ça. Ca n’existait pas avant.

Tous les samedis, Petit Candide accompagnait son grand-père aux champs. Il y apprenait sur le terrain l’amour du terroir, le respect du vivant, la régénération naturelle des sols par la pratique de la jachère et des semis diversifiés dans le temps et l’espace. Il admirait la ferveur besogneuse avec laquelle son grand-père entretenait ses cultures, déterrait manuellement les herbes dites mauvaises, envoyait balader limaces et chenilles, bref veillait à sa production, qui jamais dans l’assiette ni le palais ne décevait. Il ne le savait pas encore, mais il lui serait reconnaissant plus tard de lui avoir légué ce patrimoine immatériel de goûts variés, la valeur du temps, du travail vrai qui n’a rien de celui de la propagande télé des cols blancs gâtés. Pouvoir déguster ses propres produits est devenu un luxe, l’un des seuls que les nantis soient trop fainéants que pour pouvoir se permettre. Voir pousser, tendre vers le Soleil, fleurir sous les effets conjugués de ses rayons et d’arrosages réguliers d’une eau précieuse dont d’aucuns, ailleurs, ne disposent, les plantations qui fourniront haricots en abondance, belles tomates rondelettes à la chair voluptueuse ou encore fraises succulentes, ce rythme-là, cette temporalité spécifique, lui apporteraient une perspective sur la vie que jamais il ne renierait.

Petit Candide était grand aujourd’hui. Il avait atteint l’âge où les potaches qui avaient partagé avec lui les bancs de l’école revendiquaient en tonitruant le fait d’être devenu des adultes. Il s’interrogeait souvent, quant à lui, sur le sens à donner à ce terme, car s’il voyait les potaches se soumettre à des règles, à des temps imposés, à des ordonnancements sur lesquels ils n’avaient, la plupart du temps, aucune prise, elles ne lui donnaient pas l’impression de s’interroger davantage sur leurs limites, leur environnement social et le rôle réel qui leur y était dévolu, ni sur le cours des choses tel qu’influencé, mis en œuvre même, par les ordonnateurs.

Que penser des O.G.M. par exemple ? Des légumes hybrides, il en existe depuis des centaines d’années. En quoi ceux-ci diffèreraient-ils de la règle ? En quoi présenteraient-ils plus de dangers ? Et quelles étaient ces taches rougeâtres sur les salades, dont lui avait parlé son grand-père ? Il se rappelait vaguement que ce dernier avait évoqué des pluies acides provoquées par une pollution industrielle et automobile accrues. Peut-être ces nouveaux organismes génétiquement modifiés produits par les Monsanto, les Syngenta, les DuPont, les Dow, les Pioneer Hi-Bred, les BASF, Bayer et Hoechst (ex-IG Farben) de ce monde et par leurs semblables permettraient-ils de résoudre le problème…

Quoiqu’il en soit, il trouvait étonnant qu’ils fussent imposés, de plus en plus souvent sans même un sommaire étiquetage informatif, à des populations majoritairement hostiles. Les experts scientifiques qui s’exprimaient en leur faveur ne trouvaient pas davantage grâce à ses yeux, car les mélanges de genres dont ils se rendaient régulièrement coupables, en ce domaine comme en d’autres (1), les conflits d’intérêts auxquels leurs multiples casquettes d’universitaires, d’experts publics et de salariés des divers lobbies dont ils sont supposés contrôler les agissements, ne pouvaient manquer d’accréditer le propos du professeur Escande selon lequel « les experts […] trichent, parce qu’il y a quand même des gens qui savent, mais ils mentent. Et quand vous ne mentez pas à l’unisson, vous vous faites traiter de tous les noms. À l’heure actuelle », ajoutait-il, « c’est un des phénomènes les plus préoccupants : les experts ne sont pas fiables, soit parce qu’ils sont nuls, soit parce qu’ils mentent. […] Actuellement, dans l’immense majorité des cas, les experts sont des experts de complaisance. » (2) Etait-ce donc là l’esprit des Lumières ? s’interrogea Candide, sourcilleux.

Puis il se souvint que d’honorables philanthropes avaient fait des cultures d’OGM de Monsanto la panacée pour résoudre la malnutrition dans les pays en voie de développement : la glorieuse Fondation Bill & Melinda Gates par exemple, portée sur les fonts baptismaux grâce à la vente en masse, à des prix prohibitifs, de licences pour softwares périodiquement périmés, n’a-t-elle pas, en même temps qu’elle acquérait 500.000 actions Monsanto, essaimé vers des coins reculés d’Afrique et d’Inde pour imposer à des paysans qui n’en voulaient pas, à travers des chantages et des connivences déplacées avec les chefs d’Etat du cru, l’agribusiness dont elle est porteuse ?

Candide poursuivit ses recherches et dénicha des indices troublants qui l’incitèrent à penser que, sous couvert d’humanitarisme et de philanthropie, c’est en réalité à l’esclavage et à la dépendance que Gates, Monsanto et les leurs avait condamné ces paysans, car les semis autodestructeurs prétendument providentiels qui leur avaient été promis et fournis, gratuitement dans un premier temps, obligeraient ceux-ci à racheter chaque année leurs doses. Plus qu’un brevet sur le vivant, c’est une accaparation progressive de tout le règne végétal qu’induisait le fameux gène Terminator que José Bové et d’autres éclaireurs combattent inlassablement. Malgré les milliers de suicides d’agriculteurs indiens que la culture d’OGM a poussés à bout, c’était pourtant avec les honneurs dus à un chef d’Etat que Gates, accompagné du caniche saltimbanque du cercle troupier Rockefeller, fut reçu à l’Elysée, en octobre dernier. Serait-ce donc là l’esprit des Lumières ? se demanda Candide, indigné.

La prévoyance, voilà ce qui caractérise les chefs d’Etat. Gates s’en inspire, d’ailleurs, puisqu’il a entrepris de cofinancer, sur l’archipel démilitarisé de Svalbard, à la lisière de la Norvège, un entrepôt géant destiné à accueillir la plus vaste collection de graines et de semences au monde. L’entrepôt a reçu le doux surnom de Doomsday Vault, ou Coffre-fort de l’Apocalypse.

Mais qui aurait accès à cette pépinière dorée ? Et selon quelles modalités ? Et quel est donc cet horizon apocalyptique auquel nous serions tous promis ? L’extermination des abeilles, qui rendrait impossible toute pollinisation efficace ? Celles des plantes réputées traditionnelles, insuffisamment armées pour résister aux offensives conjointes de la pollution et du pollen OGM transbahuté dans l’air ? La réduction générale de l’espérance de vie des paysans- et consommateurs-cobayes (3) ? Lorsque la mafia d’antan se rendait chez un épicier pour lui réclamer un écot destiné à lui garantir sa sécurité, c’est bien sûr contre la menace qu’elle représentait elle-même que celui-ci était obligé de se prémunir. La mafia globalisée des élites du Pourcent, qui se réunit, encostumée, comme dans un film de Kubrick, de rouge vif ou de bleu sélène, dans les palaces reculés des cités où se décident les choses, ne fonctionne pas différemment, Candide en était convaincu ! Créer de toute pièce un problème pour y apporter une prétendue solution n’est-il pas le moteur de la Nouvelle Internationale esclavagiste, qui tantôt s’affirme sans complexe, tantôt se masque aux confins du virtuel théâtre démocratique du réel ?

Depuis quelques années, le Mali fait, parmi d’autres pays, l’objet, dans le cadre d’un partenariat avec les Etats-Unis, d’une expérience pilote qui consiste à injecter dans les nuages qui survolent son territoire de l’iodure d’argent afin d’augmenter les précipitations (4). La science n’a-t-elle réponse à tout ? C’est en tout cas ce que sa version contemporaine, arrogante, économiste et peu soucieuse d’humanisme, cherche à faire croire… Mais la réalité, Candide la découvrit une nouvelle fois très rapidement : c’est à l’échelle de pays entiers que terres et personnes – toujours pauvres, cela va de soi – servent de sujets d’expérimentation ! En effet, l’Association Toxicologie-Chimie n’affirmait-elle pas, en septembre 2010, que « la pulvérisation d’aérosols d’iodure d’argent peut entraîner une contamination des sols et des milieux aquatiques, dont on ignore actuellement l’impact sur l’environnement » (5) ? Pour Candide, qui pensait naïvement que la science avait pour fonction première de permettre de faire parce que l’on sait ce que l’on fait, une telle négligence fit l’effet d’un camouflet. Etait-ce donc là l’esprit des Lumières ? vociféra-t-il, inquiet.

Puis il découvrit le pot aux roses : l’iodure d’argent était pour Gates pipi de chat ! Dans l’Empire démocratique dont Janus le Magnifique est la face présentable, se trame plus ou moins ouvertement un complot par lequel le Software Monopole et tous ses hyper-frères possédants pourraient donner le coup d’envoi de la fin du monde qui justifierait Svalbard. En effet, dans un rapport publié fin juillet 2011 par l’une de ses nombreuses sociétés, Aurora Flight Sciences, et qu’il a repris à son compte (6), l’homme aux 500.000 actions Monsanto livrait au monde la funeste vision de psychopathe qu’il espère lui imposer, à savoir la lutte homéopathique (massive) contre la pollution au CO², dont le consensus scientifique estime toujours, sans la moindre preuve, qu’elle est à l’origine du réchauffement climatique (7). Davantage de pollution pour venir à bout de la pollution, au nom du combat contre l’effet de serre : il fallait se nommer Gates et ne plus savoir de ses dizaines de milliards que faire pour oser le proposer…

Candide n’en crut pas ses yeux : Gates voulait acquérir ou louer, avec son cartel de l’ombre, une petite centaine d’avions qui disperseraient par an et sur la planète entière, à une altitude comprise entre douze mille et trente mille mètres, entre 1 million et 5 millions de tonnes d’acide sulfurique dans le but de réduire le flux solaire entrant, cet acide dont il est établi qu’il est « toxique pour les organismes aquatiques, et corrosif, même dilué [et qu’il présente, en outre] un danger pour l’eau potable en cas de pénétration de quantités importantes dans le sol et/ou les eaux naturelles. » (8)

Candide se souvint des OGM et se dit qu’à l’époque formidable qui était la sienne, une telle stratégie d’épandage, avec la complicité éventuelle des avionneurs du Pourcent, ne ferait sans doute pas même l’objet d’une information démocratique. Mais bon sang, il ne peut s’agir là de l’esprit des Lumières ! tonitrua-t-il, passionné.

Il finit par se demander si tout cela n’était pas une farce. Conscient d’être épié et surveillé en permanence, comme chacun au demeurant, dans ce nouveau monde éclairé par la science sécuritaire protectrice du patrimoine du Pourcent, il tourna instinctivement la tête à la recherche de nano-caméras qui feraient de lui un nouveau dindon de Damiens, mais rien d’inhabituel alentours qui attire son regard… Et pourtant : Internet bruissait de rumeurs de rachat de Blackwater par Monsanto (9). Blackwater était cette société de mercenaires sans foi ni loi, protégée par le fasciste Rumsfeld et impliquée jusqu’au cou dans le système de torture et d’humiliation de prisonniers en Irak et ailleurs, responsable en outre du meurtre guilleret de 17 civils irakiens innocents, ce qui l’a contrainte à opter pour l’appellation plus doucereuse et philosophique d’Academi, sans pour autant se délester de sa trentaine de sociétés-écrans actives dans les business miliciens privés les plus interlopes (10).

Jeremy Scahill, Blackwater, The Rise of The World's Most Powerful Mercenary Army

Les connexions de la tentaculaire entreprise sont planétaires, en effet : l’une au nord du Mali, rapportée par la presse en septembre 2010, méritant sans doute a posteriori un surcroît d’intérêt… Actifs ès qualité de conseillers et de formateurs d’institutions aussi diverses que les armées canadienne et états-unienne, le Royaume de Jordanie et la police des Pays-Bas, les pitbulls d’Academi infiltrent aussi, tels de véritables agents secrets, divers mouvements, groupes et obédiences pourtant démocratiques pour le compte de corporations richissimes telles que Microsoft (11). Ainsi des groupes anti-OGM, à la demande de Monsanto. Coopération avec les services secrets nationaux, échange de données sensibles et confidentielles, tentatives de discréditation publique de militants, infiltration de leur vie privée, fabrication de fausses preuves,  intimidations (professionnelles), surveillances, assassinats déguisés ? Comment agissent-ils et quels services tolèrent-ils leurs agissements, à défaut d’y prendre une part active ? Candide regarda le ciel encore bleu en soupirant : toutes ces questions, il était bien déterminé à leur trouver une réponse satisfaisante. Car ce fascisme des Lumières-là, il n’était pas prêt à le tolérer !

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(1)    Ecouter notamment le professeur Philippe Even, reçu par Zemmour et Naulleau le 30/01/13, à propos des médicaments dangereux mais rémunérateurs maintenus en vente par les pouvoirs publics français en toute connaissance de cause : http://www.youtube.com/watch?v=L_19dUk21og

(2)    Source indirecte non accréditée : http://www.diatala.org/article-ig-farben-gaz-nazi-zyklon-b-et-monsanto-107208342.html

(3)    Lire : http://www.votresante.org/suite.php?dateedit=1291049997

(4)    Source (page 20) : http://www.cifal-ouaga.org/new11/mali.pdf

(5)    Source (page 2) : http://atctoxicologie.free.fr/archi/bibli/IODURE_ARGENT_FRTEC.pdf

(6)    Source (pages 6, 8 et 29) : http://www.keith.seas.harvard.edu/Misc/AuroraGeoReport.pdf

(7)    Il est établi que deux hausses de température de 1°C chacune ont eu lieu au cours du siècle dernier et que la tendance haussière se poursuit. Les causes réelles et vérifiables de celles-ci font encore, en dépit de l’assurance affichée, l’objet de spéculations.

(8)    Source : http://www.ac-nancy-metz.fr/pres-etab/lvincent/fds/FDS07.htm#acetet05

(9)    Source : http://www.activistpost.com/2012/01/setting-record-straight-did-monsanto.html

(10) Source :  http://publicintelligence.net/blackwaterxe-front-companies-chart/

(11) Source : http://www.thenation.com/article/154739/blackwaters-black-ops#

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Otez à schiste trois lettres…

Sa caméra à la main comme d’autres leur bâton de pèlerin, le réalisateur Josh Fox (1) a sillonné les routes de plusieurs Etats unis aux fins de constater les ravages produits par l’industrie très controversée du gaz de schiste sur l’environnement local et la vie rurale quotidienne des familles et des communautés de petits paysans qui se sont laissé amadouer par les promesses à l’emporte-pièce des commerciaux itinérants à la solde des corporations gazières. Gasland, son reportage, est pour le moins alarmant…

En 2005, à l’aube du second mandat de Cheney ès qualité de (vice-)président US, une faille juridique avait été imaginée pour permettre aux entreprises actives dans l’extraction de gaz non conventionnel, Halliburton en tête (dont l’intéressé avait été directeur exécutif dans une vie antérieure), de se soustraire à leur obligation de révéler publiquement, en vertu de diverses législations environnementales (principalement le Safe Drinking Water Act), la nature des produits chimiques utilisés (par la force des choses en quantités industrielles) pour fracturer le sous-sol des régions prometteuses en gisements gaziers, des produits hautement toxiques, en partie pétroliers, en partie acides qui ont pour conséquence, comme l’établit le reportage susévoqué, de polluer durablement et en profondeur les nappes phréatiques, des produits corrosifs aussi, qui s’attaquent aux canalisations et rendent l’eau courante impropre à la consommation et dangereuse à utiliser…

Depuis lors, diverses propositions de loi ont été introduites pour combler cette faille, mais les intérêts économiques – donc politiques – en jeu sont tels qu’aucune d’entre elles n’a encore été adoptée à ce jour. En effet, selon le panorama mondial établi en décembre dernier par le journal Le Monde, la production est passée aux Etats-Unis « de 20 milliards de m3 en 2005 à 220 milliards de m3 en 2011, avec plus de 100 000 puits en fonctionnement » (2). Est-il étonnant, dès lors, que  le discours sur l’état de l’Union de janvier 2012 ait été l’occasion d’un plaidoyer apologétique : non seulement le gaz de schiste sera massivement exploité, mais la technique d’exploitation sera propre et sûre. En outre, les entreprises seront dans l’obligation de dévoiler leurs recettes de fabrication. Une chose et son contraire, un non-sens patent, délivrés d’une traite comme un conte de fées, mais que c’était bien dit…

Il est un autre effet secondaire majeur de l’extraction du gaz de schiste : les risques sismiques. Formulons le problème comme le ferait un prof de maths : sachant qu’il est avéré désormais que les forages liés à l’exploitation du gaz de schiste provoquent de nombreux tremblements de terre de faible magnitude (3), que des indices concordants ont amené plusieurs géologues de l’université d’Oklahoma à attribuer aux mêmes causes le séisme de 5,6 sur l’échelle de Richter de novembre 2011 (4), que le régulateur national états-unien pour l’énergie nucléaire a mis en garde, il y a précisément un an, contre des risques nouveaux de tremblements de terre importants susceptibles d’avoir un impact ravageur sur les centrales nucléaires dans leur état actuel (5), accorderiez-vous à l’entreprise Chesapeake Energy un permis de forage à moins de deux kilomètres d’une centrale nucléaire ? (6)

Comment diable est-il concevable que la santé de communautés entières soit sacrifiée sur l’autel du profit immédiat ? Qu’une fois de plus soient réunies sous nos yeux les conditions d’un désastre, irréversible cette fois, dont la collectivité aurait, comme de coutume, à assumer les conséquences (financières notamment) cependant que les corporations de la mort en seront déjà à préparer leur saccage suivant ? Que les politiques des dix années écoulées soient parvenues avec une telle facilité à instiller un cynisme tel qu’il est désormais transparent et confine au loufoque le contrôle démocratique qu’il appartient au peuple d’exercer ? Que la corruption soit devenue le référent social ?

Dans Promised Land, Matt « GWH » Damon incarne un jeune commercial chargé de démarcher de petits paysans pour le compte de l’entreprise Global CrossEnergy Solutions. Il a trente-huit ans, mais il me rappelle un peu le commercial en services informatiques que j’étais au début de ma carrière : niais, transparent et manipulable. Mais qu’est-ce qu’il est sexy… Contrairement à moi, cependant, c’est la soumission à une corporation prédatrice que son personnage est chargé d’obtenir de ses clients, une entreprise qui injectera des milliers et des milliers de litres de substances nocives dans le sol de leur backyard, menaçant non seulement leur approvisionnement en eau potable, mais aussi leurs cultures, leurs potagers et leur bétail. Il le fait parce que c’est son job. Sa queue frétille lorsqu’il se voit promettre une promotion. Peu lui importe la big picture, la vision sociale d’ensemble. N’est-ce pas là ce à quoi la pensée unique contemporaine nous drille ? Faire, sans se soucier de l’impact de ce que l’on fait, pourvu qu’il y ait le bonus de fin de mois, n’est-ce pas là le message dominant ? Cet argent ne justifie-t-il pas que l’on abuse de l’antédiluvienne bonne foi de quelques paysans qu’une quarantaine d’années de politiques agroalimentaires visant à favoriser la concentration des exploitations ont amenés au bord du gouffre ?

La fin du dernier film en date de Gus Van Sant est convenue et gentillette. C’est sans doute NBC Universal, dont dépend Focus Features, qui l’a produit, qui l’a voulue ainsi. Elle ne saurait toutefois faire oublier le paradigme dominant de nos sociétés industrialisées : la Raison sert la science. La science sert l’économie. L’économie est le Parti. Le Parti sert le Politburo.

C’est à la disparition d’un modèle de société qu’œuvre inlassablement ce dernier, en digne héritier de la révolution industrielle. Cet objectif se fonde sur deux axes principaux, tous deux dictés par la volonté d’asservissement du nombre : la maîtrise du temps et la maîtrise de toutes les ressources auparavant considérées communes. Qu’il est d’un autre temps, en effet, le paysan au diapason des saisons qui écoute la nature. Qu’il est devenu ringard, le principe selon lequel l’eau que nous offre la terre n’appartient à personne parce qu’elle appartient à tous. C’est la vie elle-même que le Politburo des corporations multinationales cherche à contrôler dans son intégralité. Peu importe, pour lui, que la moisson et le bétail de quelques petits paysans soient entachés de souillures chimiques : il proposera demain les OGM qui permettront d’y résister… Peu importe la défiance vis-à-vis de l’eau courante que ne manqueront pas de susciter les scandales à répétition liés à sa variété au méthane inflammable qu’expose Gasland : il approvisionnera ses clients en eau de source privée, si nécessaire importée. Tout doit avoir un prix, rien ne doit être gratuit ! Tout doit être privé, rien ne doit être commun, car ce qui est commun échappe au contrôle de l’élite capital-corporatiste autoproclamée.

L’exploitation du gaz non conventionnel ne fait pas exception à la règle. Elle s’inscrit dans une stratégie qui est supposée garantir à l’Occident son indépendance énergétique. La perspective pour les Etats-Unis de devenir d’ici à 2020 le premier producteur de gaz mondial, devant la Russie, et la possibilité pour l’Europe d’échapper à l’épée de Damoclès des diktats tarifaires du géant russe Gazprom ne sont pas pour rien dans le soudain intérêt porté au gaz de schiste (7). Quant au pétrole (d’Irak, d’Iran et d’ailleurs, suivez mon regard…), il demeurera, à politique inchangée, une ressource indispensable pour le transport… Par conséquent, affirmer, vendre l’idée que la diversification des sources d’énergie est la seule clé de la révolution énergétique à venir, c’est berner le public et gagner du temps.

La diversification est nécessaire, selon des options qui préserveront au mieux les ressources naturelles terrestres, et des schémas qui feront de celles-ci les alliées objectives d’un développement humain harmonieux. Mais, compte tenu de l’augmentation constante de la population mondiale, elle ne suffira pas : il faudra bien tôt ou tard se faire à l’idée que l’égalité de tous les citoyens du monde dans l’accès à leurs besoins fondamentaux ne peut aller de pair avec la gabegie surconsommatrice du Nord, en particulier celle des Etats-Unis. Dans cette perspective, un chef d’Etat visionnaire serait celui qui préparerait petit à petit sa population à se recentrer sur ses besoins fondamentaux et réaxerait progressivement la fiscalité des entreprises en fonction de l’énergie qu’elles utilisent (ou gaspillent). Consommer moins, consommer mieux, répartir plus doivent devenir les mots d’ordres implicites de demain, un demain où le luxe matérialiste serait l’objet de railleries et d’exclusion, non la pauvreté. L’éradication de cette dernière est à ce prix !

Une chose est sûre, en tout cas : la surpopulation est un problème majeur pour le Politburo. Ce n’est pas faire preuve de catastrophisme que d’affirmer que c’est, en fait, à un choix de société global qui n’en est pas vraiment un que nous sommes confrontés : le partage mondialisé équilibré ou l’annihilation consciente de toute une partie de l’humanité. Gageons qu’entre la vie et la mort, les corporations ont depuis longtemps fait leur choix…

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(1)    Voici le site du film : http://www.gaslandthemovie.com/whats-fracking

… et celui de sa maison de production, International WOW : http://www.internationalwow.com/newsite/josh.html

Lire ici la critique que le New York Times faisait du film : http://www.nytimes.com/2010/06/21/arts/television/21gasland.html?_r=0

… et ici les quelques rectifications factuelles effectuées par le journal : http://www.nytimes.com/gwire/2011/02/24/24greenwire-groundtruthing-academy-award-nominee-gasland-33228.html?pagewanted=all

(2)    Source : http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/12/21/gaz-de-schiste-un-engouement-mondial-mais-beaucoup-de-doutes_1809052_3244.html

Lire aussi : http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/11/14/ou-en-est-le-debat-sur-les-gaz-de-schiste-en-france_1790365_3244.html

(3)    Sources : http://ecowatch.org/2012/ohio-earthquake-caused-by-fracking-wastewater-injection-well/

http://www.bloomberg.com/news/2012-04-12/earthquake-outbreak-in-central-u-s-tied-to-drilling-wastewater.html

(4)    Source : http://eenews.net/public/energywire/2012/12/03/1

(5)    Source : http://online.wsj.com/article/SB10001424052970203920204577195121591806242.html

(6)    Lire : http://www.earthisland.org/journal/index.php/elist/eListRead/fracking_fukushima_batman/

(7)    Lire : http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/1576436/2013/02/08/Le-gaz-de-schiste-alternative-a-l-emprise-de-Gazprom.dhtml

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Marikana, une autre illustration emblématique de la pourriture capital-corporatiste…

Jack Bogosian en avait marre des magouilles et des assassinats politiques. Après plusieurs années de loyaux services, il a donc rendu sa casquette d’agent de la CIA et s’est reconverti en animateur radio décidé à faire la lumière sur tous les coups fourrés dont la presse traditionnelle ne parle jamais, sinon superficiellement. Un jour, il est contacté par une riche héritière qui lui offre une petite fortune pour enquêter sur un scandale sanitaire de grande importance dans l’Equateur d’avant le président Correa, dont elle soupçonne la multinationale que dirige son frère d’être le principal responsable…

Tous ceux qui ont vu les images de la tuerie sud-africaine du 16 août 2012, à l’occasion de laquelle la police du pays a exécuté quasiment à bout portant 34 mineurs armés de bâtons et de machettes, en blessant grièvement 78 autres, a forcément été interloqué par l’impression d’irréalisme qui flottait sur la scène : les images étaient trop violentes, de cette violence crue habituellement réservée à Hollywood, que pour ne pas choquer un public même blasé. Savoir qu’elles s’étaient déroulées dans un pays dont l’Occidental moyen supposait qu’il s’était affranchi, avec le Président Mandela, des démons de l’apartheid ne faisait qu’ajouter au malaise.

A plus d’un titre, le film un peu kitsch dans lequel Andy Garcia incarne une espèce de Jack Bauer sur le retour mais toujours prompt de la gâchette expose des similitudes avec les événements de Marikana. Ainsi, le délégué en Equateur de l’entreprise nord-américaine qui a pollué les nappes phréatiques d’une région entière assiste médusé à l’assassinat en règle de tous ses habitants par un commando militaire du cru mené par un colonel soudoyé par son patron. Petit à petit, il en perd la tête et, lorsqu’il insiste pour rendre l’affaire publique, l’homme de paille le liquide.

Saura-t-on un jour si c’est également son excès de conscience qui a amené Ian Farmer, le directeur exécutif du consortium Lonmin, qui exploite entre autres la mine de Marikana, à être admis en urgence dans un hôpital londonien durant l’été dernier, juste après l’excès de zèle dont plusieurs mineurs qu’il employait avaient eu à faire les frais (1) ? Est-ce parce que lui aussi était de ces petites natures dont la Bourse n’a que faire qu’il a définitivement démissionné de ses fonctions à la fin de l’année dernière ou est-ce, tout au contraire, parce qu’il était directement impliqué dans le scandale ?

Que demandaient ces mineurs grévistes si violemment réprimés ? Alors que Lonmin s’indignait encore, en début d’année, d’être dans le collimateur de deux associations de défense des droits sociaux des travailleurs et osait mettre en avant que ses employés « sont rémunérés selon le meilleur barème en vigueur dans l’industrie, et [que] le salaire moyen des employés de Lonmin les place dans la catégorie des revenus médians de la République d’Afrique du Sud. » (2), lesdits ouvriers se contentaient, malgré les nombreux dangers professionnels auxquels ils s’exposent, de nos jours comme naguère à Bois-du-Luc, par exemple (explosion, métaux lourds libérés par leurs forages, ensevelissement), malgré leur logement de fortune (des cases en tôle situées dans de peu sûrs bidonvilles) et leur salaire moyen de 850 €, d’exiger une augmentation de 400 € par mois (3). De son côté, l’entreprise londonienne, qui exploite la troisième plus importante mine de platine au monde, a déclaré en 2011 un bénéfice net de 259 millions de dollars (4), avant de lancer un inévitable avertissement sur bénéfices en 2012, en raison des répercussions boursières du massacre de Marikana.

Comme dans A Dark Truth, Lonmin semble avoir recouru aux services d’une agence de communication pour tenter de redorer son blason ensanglanté : sur un site web spécialement consacré aux événements (5) se succèdent les communiqués d’excuse, les promesses de financer la scolarité des enfants des mineurs tués, ainsi que les engagements creux de circonstance qui plaident pour une redéfinition du modèle d’entreprise supposé rendre à l’avenir son fonctionnement plus participatif en tenant mieux compte du maillage social local (6).

Ce maillage se tisse sur fond de rivalité grandissante entre deux syndicats. Il y a, d’une part, la NUM (National Union of Mine Workers), qui fait partie de la coupole syndicale COSATU, qui est elle-même, avec l’ANC (l’African National Congress, principal parti de l’après-apartheid, fondé en son temps par qui l’on sait) l’un des partenaires de la coalition tripartite actuellement au pouvoir  à Pretoria, et d’autre part, l’AMCU (Association of Mine workers and Construction Union) , une excroissance de la NUM devenue indépendante qui revendique la représentation des cols bleus, que la NUM aurait délaissés au profit d’une action ciblée davantage sur les employés à col blanc. Les mouvements de grève entamés par ce second syndicat seraient régulièrement dépeints comme illégaux par une presse largement acquise au premier (3).

Ces précisions ont leur importance, car depuis plusieurs mois, alors que bat son plein la répression policière contre les mineurs de l’AMCU qui se sont déclarés prêts à témoigner devant la commission parlementaire chargée de déterminer dans les semaines qui viennent les responsabilités dans la débâcle de Marikana, des doigts accusateurs de plus en plus fermes se lèvent en direction d’un certain Cyril Ramaphosa, suspecté d’avoir agi comme intermédiaire entre les dirigeants de l’entreprise, la NUM et les forces dites de l’ordre. Le 23 janvier dernier, Lonmin faisait savoir par communiqué que l’intéressé « ne se présentera[it] pas à sa réélection au poste de directeur non exécutif de la compagnie, lors de l’assemblée générale annuelle prévue en janvier 2013. » Ceci suffit-il à faire de lui l’homme lige de cette histoire-ci, bien réelle ? Après avoir félicité Ramaphosa pour son élection à la vice-présidence de l’ANC (!), en décembre dernier, ledit communiqué prend soin de préciser qu’en cette matière, « aucune autre question ne requiert d’être rendue publique selon les règles de publicité, de transparence et de cotation établies par la bourse londonienne, ni selon les règles de cotation édictées par la bourse de Johannesburg. » (7)

Selon des sources bien informées, Marikana ne constitue que le sommet visible d’un iceberg d’intimidations à l’égard des mineurs réfractaires, des pratiques qui semblent perdurer… En effet, en novembre dernier, la société Xstrata, active dans l’extraction de cuivre, de zinc, de charbon et de nickel se voyait consacrer une série de courts articles dans la presse sud-africaine en raison d’un licenciement massif d’ouvriers qui avaient eu le tort de faire grève, et des nouvelles répressions policières – moins sanglantes, cette fois – qui s’ensuivirent (8).

Les parallèles avec A Dark Truth ne s’arrêtent pas là : dans le film, il est impératif pour le patron véreux responsable du scandale équatorien d’empêcher que ne celui-ci ne soit rendu public avant qu’un important contrat d’exploitation en Afrique ne tombe dans son escarcelle. Dans cette réalité-ci, il ne s’agit pas de contrat, mais plutôt de (tentatives de) fusion-acquisition, deux au prix d’une, en réalité. Et c’est ici que le capital-corporatisme révèle dans toute sa dimension son caractère intrinsèquement perfide. En effet, Xstrata, qui a déclaré en 2011 un bénéfice net de près de 6 milliards de dollars (9), est l’actionnaire privé principal de Lonmin.

A présent, suivez bien, car les acteurs s’entremêlent comme dans tout montage entrepreneurial consanguin digne de ce nom : basée dans le paradis fiscal de Zug, en Suisse, Xstrata, jusqu’il y a peu détenue conjointement par une holding qatarie et la multinationale Glencore, lorgne sur une participation majoritaire qui lui permettrait de contrôler 70 % des actions Lonmin au lieu des 25 % dont elle dispose. Mais cette dernière a refusé son offre en novembre dernier (10), sans doute en raison de sa sous-valorisation, consécutive aux faits de Marikana. Au même moment, c’est non pas Jack Bauer, mais John Bond, le directeur exécutif de Xstrata et ex-boss de la banque HSBC, laquelle est devenue, depuis le 31 janvier dernier, le nouveau courtier corporate attitré de Lonmin (11), qui résistait aux avances de Glencore, alors titulaire de 34 % des actions Xstrata. Pour être précis, c’est la holding qatarie qui exigeait un plus haut prix pour ses billes dans Xstrata que ce que lui proposait Glencore (12).

C’est alors qu’intervint la pute de service – pardon, l’intermédiaire diplomate – chargé par Ivan Glasenberg, le directeur exécutif de Glencore, de jouer l’entremetteuse entre lui et la holding qatarie. Il n’est rien de mieux que les activités exercées dans le business par d’anciens responsables politiques de premier plan sitôt expiré leur mandat pour mesurer l’étendue du rôle qui était le leur tandis qu’ils l’assumaient encore : pour la modique somme de 1,25 million d’euros, le magicien de la Troisième Voie, cette fusion contre-nature entre capital-corporatisme et socialisme économique qui fut fatale au dernier nommé, Tony Blair himself, convaincra les Qataris de vendre à son client (13).

L’entreprise Glencore, anglo-suisse, emploie près de 58.000 personnes, disposait en 2011 de fonds propres qui excédaient 86 milliards de dollars, et fut fondée par un certain Marc Rich, informateur des services secrets israéliens et principal inculpé dans le cadre d’une enquête américaine relative au contournement de l’embargo pétrolier décrété contre l’Iran de Khomeini (au bénéfice d’Israël, en ce qui le concerne). Rich n’aurait jamais fait mystère des bakchichs avec lesquels il soudoyait régulièrement divers chefs d’Etats pour l’obtention de contrats (3).

Avec un siège social basé lui aussi en Suisse, un deuxième siège à Londres (en ce qui concerne l’activité pétrolière et gazière), un troisième à Rotterdam (pour l’activité agro-alimentaire), mais surtout un autre siège social dans le paradis fiscal de l’île de Jersey, Glencore International était, à en croire Wikipedia, la plus grande entreprise mondiale dans le commerce des matières premières (avant même de faire main basse sur Xstrata), avec une part de marché globale de 60 % du marché international du zinc, 50 % du marché international du cuivre, 9 % du marché international des céréales et 3 % du marché international du pétrole (14). Vous pensez bien, dirait le mauvais esprit, qu’à côté de cela, quelques Nègres de plus ou de moins…

Vantons, en ce qui nous concerne, les bienfaits du néo-esclavagisme pillard : après tout, ces mineurs arrogants n’ont-ils pas obtenu, en fin de compte, 22 % d’augmentation ? Voilà le changement dont nous avons besoin ! Voilà la modernité que l’Europe attend !!!

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(1)    Source (EN) : http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/industry/mining/9480144/Lonmin-chief-Ian-Farmer-has-serious-illness-as-miner-unveils-profits-warning.html

(2)    Source (EN) : http://www.lonmin.com/downloads/media_centre/news/press/2013/Media_Statement%20_Public_Eye_Awards_%2090113.pdf

(3)    Source (NL) : http://www.dewereldmorgen.be/blogs/fos-socsol/2012/09/28/het-drama-bij-de-platinamijn-in-marikana-het-begin-van-iets-nieuws

(4)    Source (EN) : https://www.lonmin.com/Lonmin_Annual_Report_2011/Root/financial_statements/consolidated_income_statement.html

(5)    Consulter (EN) : http://www.lonminmarikanainfo.com/

(6)    Lire (EN) : http://www.lonminmarikanainfo.com/news_article.php?articleID=1551#.URQ5XPLbGt8

(7)    Source (EN) : https://www.lonmin.com/downloads/media_centre/news/press/2013/20130123_DirectorateChange.pdf

(8)    Lire (EN) : http://ewn.co.za/2012/11/01/Xstrata-axes-400-workers

http://ewn.co.za/2012/11/13/Cops-slammed-for-crackdown-on-Xstrata-miners

(9)    Source (EN) : http://en.wikipedia.org/wiki/Xstrata

(10)   Source (EN) : http://www.guardian.co.uk/business/2012/nov/09/lonmin-rebuffs-xstrata-takeover-bid

(11)   Source (EN) : http://www.lonmin.com/downloads/media_centre/news/press/2013/Change_of_Corporate_Broker_21012013_-_FINAL.pdf

(12)   Source (EN) :  http://www.euronews.com/2012/08/21/glencore-xstrata-deal-still-in-limbo/

(13)   Source (NL) : http://www.uitpers.be/index.php/2011-07-25-15-57-8/154-xstrata-glencore-blairs-derde-weg-van-de-city-tot-qatar

Lire aussi : http://www.bbc.co.uk/news/business-20409032

(14)   Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Glencore

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Epilogue du sordide en attente

Il était haletant. Il ne se souvenait plus avoir autant couru de sa vie. Son vieux pantalon foncé n’était plus que haillon. Les vieilles chaussures que lui avait données sa tante Manâr étaient trouées de toutes parts. Il avait des kilomètres et des kilomètres dans les talons. Son fusil mitrailleur en bandoulière, il avait erré entre les ruines que tant les siens que ceux d’en face avaient bombardées, traversé ponts à moitié chancelants, rivières rouges sanguines, échappé aux explosions, aux tireurs en embuscade, aux tirs de canon. Cette ville avait été la sienne ; il ne la reconnaissait plus. Cette ville était devenue une ville de fous peuplée d’ombres munchiennes qu’il lui fallait toutes éviter. Il se souvenait, de temps à autre, lorsque quelque court répit lui était concédé, des délicieux ktayefs que lui achetait sa mère, à la boulangerie du coin. Que n’eût-il donné pour revenir à ce temps-là, pour goûter aux saveurs perdues du miel et du thé à la menthe… Aujourd’hui, il fallait qu’il se contente de morceaux de pain moisis, lorsque la chance était avec lui. Que ne lui était-il plus possible de s’abandonner aux farandoles insouciantes avec ses amis… Parmi eux, Ali surtout lui manquait. Il le connaissait de longue date. Ensemble, ils avaient arpenté les coins et les recoins du centre d’Alep en quête de nouvelles aventures. Ce lien-là, rien ne pourrait le briser, pensait-il avant que n’éclate cette guerre qui ne dit pas vraiment son nom. Peu importe la révolte, les convictions, ou encore les grimaces du pouvoir, il n’est rien de plus fort que les liens humains. Ali serait son ami pour la vie !

Il continuait de courir, aussi vite que ses jambes endolories le lui permettaient. Contrairement aux autres jours, la ville était étrangement calme. Il ne se rappelait pas avoir croisé depuis ce matin le moindre passant. L’artillerie était silencieuse et les snipers aux abonnés absents. L’Occident aurait-il forcé une trêve ? se demandait-il. Après tout ce temps, ces incapables seraient-ils enfin parvenus à faire cesser le massacre ? Il avait, au cours de son périple, rencontré plusieurs djihadistes qui lui avaient offert de l’eau et de quoi manger, juste assez pour survivre dans cette jungle urbaine aux façades défigurées. Avec eux, il écoutait parfois la radio en arabe et avait fini par comprendre qu’il n’y avait rien à comprendre, que son pays était en proie à un tournoi d’échecs dont chaque joueur, l’Occident y compris, avait du sang sur les mains. C’est pourquoi, lorsque les djihadistes ont tenté de l’embrigader dans leurs écoles néo-talibanes improvisées pour qu’il aille, à leurs côtés, perdre sa vie sur le front de la honte, il a pris la poudre d’escampette. Cela faisait-il de lui un déserteur ? A vrai dire, il n’avait pas le luxe de se poser ce genre de questions. Tous ceux qu’il rencontrait sur sa route étaient des ennemis potentiels, des animaux sauvages à contourner.

Au détour d’une ruelle, il aperçut une silhouette, la première de la journée. Elle avait à peu près sa taille. La silhouette était chétive. Il entreprit de se cacher derrière ce qu’il restait de la bâtisse qui avait abrité autrefois le journal local. La silhouette s’approchait. Il sentit la sueur perler sur son jeune front, son pouls s’accélérer. D’où il était, il ne pouvait plus apercevoir l’autre mais il entendait ses pas. Il s’apprêta à le tenir en joue. Jusqu’à ce que, tout à coup, un silence frénétique ne domine. Il ne pouvait plus bouger sans attirer à son tour l’attention de son adversaire potentiel. Il pointa son arme en direction de la rue, s’apprêtant à tirer, puis brusquement la silhouette lui fit face. De la rue s’échappèrent vers les cieux deux bruits de balle. Abdullah était tombé par terre, encore vaguement conscient. A ses côtés s’était affalé le corps livide de son ami Ali. Ils se regardèrent brièvement, se reconnurent et se mirent à sangloter de concert. Puis Ali dit à Abdullah dans un arabe hésitant : « ils sont tous partis. Nous sommes les derniers, mon frère. Il n’y a plus que nous ». Au même moment, dans un camp de réfugiés proche de la frontière turque, sous deux tentes adjacentes fixées à la hâte au milieu d’un champ boueux, deux jeunes enfants se mirent à crier de toutes leurs forces. Bientôt, leurs deux mamans les prendraient dans leurs bras éprouvés et leur diraient, sans trop y croire elles-mêmes : « t’inquiète pas, mon fils, c’était juste un cauchemar »…

gosses syriens

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Petit lexique anti-propagandiste inversé

« Parce qu’il craint de se faire dépasser par sa base populaire, le co-président du syndicat No Pasaran ! a quitté la table de négociations gouvernementales, ce dont ont feint de s’inquiéter plusieurs ministres et éminences politiques : « une fois encore, No Pasaran ! se présente comme le principal obstacle à la régression sociale », a ainsi déclaré la représentante du Parti des Idées. « En refusant de tenir compte de la suprématie des oligarques, qui passe inéluctablement par des mesures destinées à faciliter la loi du plus fort, ce syndicat se pose en menace pour le Parti », a-t-elle ajouté.

De son côté, Robert van Orazie a continué de marteler, au nom du syndicat, que le matérialisme consumériste demeurait sa première priorité et que le Politburo n’avait qu’à bien se tenir. En appelant à une manifestation nationale qu’il a hésité à qualifier de prise d’otages, il entend mettre en difficulté son interlocuteur patronal sans remettre fondamentalement en cause les bases du Parti.

De retour d’outre-tombe, le politologue Xav Maboule a souligné, quant à lui, qu’en réalité, la pièce est, selon lui, bien huilée : il s’agit de donner à une base syndicale échaudée par les désastres sociaux de Ford Genk et d’ArcelorMittal une bulle d’oxygène virtuelle, de lui montrer que le sommet syndical n’est pas fait que de renoncements, alors qu’en fait tous savent bien qu’il importe de faire tenir ce gouvernement jusqu’au bout. « Un gouvernement qui n’est pas dupe d’une telle stratégie puisqu’à plusieurs reprises, durant l’année écoulée, la valse à quatre temps – le trois pas en avant, un pas en arrière si vous préférez – a eu pour effet de berner les pauvres en leur faisant miroiter des concessions inexistantes. » »

Source : La Gazette des Bananes, 05 février 2013

***

LEXIQUE

La régression sociale > le changement / les réformes

La suprématie des oligarques > le réel

La loi du plus fort > l’esprit d’entreprise

Le Parti > l’économie

Le matérialisme consumériste > le pouvoir d’achat

Le Politburo > le 1 %

Une prise d’otages > une grève

Mettre en difficulté > envoyer un signal fort

Le gouvernement > l’otage du marché

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Amis africains, amis maliens, ne succombez pas au chant des sirènes !…

Chers amis du Mali,

Même si nous ne nous connaissons pas vraiment, permettez que je vous appelle mes amis, que vous habitiez le sud ou le nord de votre beau pays en voie de réunification. Il ne se passe pas une semaine, en effet, sans que je rêve de poser les pieds sur cette terre d’Afrique dont tous les êtres humains sont originaires. Non pas comme un simple touriste qui s’affalerait, repu, au coin d’une piscine de quelque Club Med, encore moins comme un vorace homme d’affaires, mais comme un semi-aventurier désireux d’apprendre à vous connaître, vous, votre culture, vos us et coutumes, en prenant le temps, loin de ce Nord envahissant au stress mortifère. Pour l’instant, mes ressources financières ne me le permettent pas : il n’y pas, toutes proportions gardées, que des Crésus en Europe.

Entre-temps, je me sers de votre musique, de vos artistes souriants et débonnaires, de vos instruments originaux, la kora et tous les autres. Je m’en sers, oui. Pour m’évader. Au-dessus des nuages, nombreux ici. Pour me retrouver aussi. Nous avons à Bruxelles quelques avantages. Parmi ceux-ci, le défilé incessant de musiciens originaires des coins du globe les plus divers : à chaque soirée son concert, pour qui le souhaite. Bassekou Kouyate et Toumani Diabate, je les ai vus il y a deux ou trois ans au Palais des Beaux-Arts, dont tous les spectateurs maudissaient ce soir-là les places assises. Amadou et Mariam, dont le lyrisme musical est bien plus noble sans les rythmiques parfois lourdingues et les flonflons sonores qui sont venus s’imposer à lui à l’occasion de leurs collaborations septentrionales, nous ont fait, quant à eux, l’honneur de leur présence au Festival des Libertés, il y a quelque temps. Et aujourd’hui, c’est Tamikrest – qui signifie jonction, alliance, si je ne m’abuse – que je viens de découvrir sur le tube. En dépit des turpitudes qui ont marqué ces deux dernières années, au Mali, il faudrait être sot pour passer à côté des similitudes…

Ne prenez pas ombrage de cette remarque : je sais à quel point vous êtes satisfaits d’être enfin débarrassés de vos tortionnaires étrangers, et donc à quel point vous lui êtes aujourd’hui reconnaissant, mais il n’en demeure pas moins que vous partagez bien moins avec Monsieur Hollande qu’avec vos frères touaregs… Ne vous y trompez pas, en effet, mes amis : si la sympathie et la générosité qui se lit ces jours-ci sur vos visages n’a pas de prix, au nord du nord, tout en a un, en revanche. Et si le président français a fait de son humilité et de son caractère affable de louables marques de fabrique, l’heure des comptes n’en a pas moins sonné pour vos dirigeants. Le voilà d’ailleurs déjà qui s’envole vers la métropole globale pour s’en entretenir avec le vice-président américain.

Certes, leur volonté commune de confier à l’ONU un mandat durable dans votre pays afin de permettre sa stabilité à plus long terme représente un signe positif, encore que la neutralisation de la plus importante force dite d’interposition de l’ONU, qui campe à l’est du Congo, soit de mauvais augure. Mais n’allez pas imaginer que le coût de l’emploi des satellites et des services de renseignement mis à la disposition des troupes françaises par l’Oncle Sam sera assumé avec le sourire par les contribuables américains. Et il en va de même, bien sûr, pour les contribuables hexagonaux, des tanks français et du salaire de ceux qui les manipulent.

Areva et colonialisme économique

La plupart de vos responsables politiques – je parle à présent du continent africain tout entier – ont fait leurs études dans de prestigieuses universités européennes ou nord-américaines, souvent au moyen de bourses d’études. Ils y ont tissé des liens, publics et privés, avec des Blancs à l’égard desquels ils s’estiment souvent redevables de services rendus. De retour au pays, ces liens se font souvent collusions d’intérêts – voire despotisme – au détriment de leur peuple. Ils sont nombreux malheureusement, ceux qui, dans notre civilisation du Nord dite civilisée, conçoivent le salut de l’humanité, le dessein divin, dans l’extirpation de toute l’émotion qu’hommes et femmes peuvent ressentir et manifester, qu’ils méprisent en raison du parallèle direct qu’ils établissent entre la barbarie et elle. Or, l’Afrique n’est-elle pas, je vous le demande, continent d’émotions ?

Aujourd’hui, mes amis, je vous invite à prendre François Hollande au mot, à lui donner raison, et même à aller plus loin encore, en lui prouvant, en effet, non sans lui témoigner votre gratitude pour l’intervention militaire de pacification qui vous a permis d’être libérés d’un joug oppressif, que non seulement la Françafrique relève du passé, mais qu’en plus, l’ombre de plus en plus visible du Tonton américain ne s’imposera pas davantage à vous.

carte géographique Gall-Peters

Regardez donc comme votre vaste continent en impose lorsque sa représentation géographique n’est pas tronquée par le Nord. Songez à toutes ces ressources naturelles dont vous êtes les seuls à disposer et que le monde entier vous envie. Même si je ne vous souhaite pas la luxure bourgeoise et les gigantesques villas décadentes, c’est au niveau de vie des Etats du Golfe persique que vous devriez vous mesurer. Ne vous laissez plus dicter votre conduite. N’acceptez plus les aumônes que déversent sur vos pays ceux d’Europe et des Etats-Unis, tandis que leurs chères entreprises exploitent effrontément, tels de nouveaux colons sans missel, les ressources qui sont les vôtres !

Ne suivez pas notre exemple, ni celui du FMI. Les marchands d’armes, envoyez-les paître : ce sont les riches des riches nations que leur trafic engraisse ! Affranchissez-vous des marchés du Nord, qui plombent par la spéculation le prix de ce qui ne leur appartient pas. Nationalisez l’exploitation de vos ressources et leur vente. Répartissez équitablement le produit de vos richesses. Œuvrez à l’unité de votre fier continent ! Et vous verrez comme vous les ferez tous danser !…

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'Hopeless' by Moctar Menta (Mali)Le Mali est le troisième producteur d’or en Afrique, derrière l’Afrique du Sud et le Ghana. Vingt mille enfants au moins, dont certains pas plus âgés que cinq ans, travaillent dans les mines artisanales du pays. – photo : “Hopeless”, by Moctar Menta (Mali)

the solid-gold rocking horse Beyoncé and Jay-Z bought Ivy Blue

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(ajout du 30 novembre 2014)

Bams, vous êtes noire… (lettre ouverte à une chanteuse/activiste)

Vous êtes noire et je suis blanc. Je n’ai pas plus choisi la couleur de ma peau que vous la vôtre. Que vous le vouliez ou non, cette couleur, vous la partagez avec des gens bien et avec des ordures, comme je partage la mienne avec des ordures et avec des gens bien, que je le veuille ou non. Je n’y peux donc pas plus que vous. Mais tous deux, nous pouvons nous efforcer, avec beaucoup d’autres, de respecter tous les gens bien, et de mettre toutes les ordures entre parenthèses…

J’ai regardé avec intérêt votre intervention vendredi soir, dans le salon de France 2, lors de laquelle vous avez exprimé tout le dégoût que vous inspire « Exhibit B », l’exposition controversée du Sud-Africain Brett Bailey qui, l’année dernière déjà, à Avignon, avait essuyé le courroux d’une centaine de manifestants qui souhaitaient en empêcher la tenue.

Un zoo humain (noir), voilà ce que cet artiste (blanc), dont la forfaiture présumée a, depuis, migré vers la capitale française, se proposerait de livrer en pâture à ses visiteurs : d’étranges statues de cire qui n’en sont pas y sont plantées au milieu de décors qui traversent les espaces et les âges, des décors archétypaux qui vont de la savane à l’intérieur figuré d’un avion qui rapatrie de force un sans-papier vers son pays natal, et qui tous rappellent qu’à l’image de ceux et celles qu’elles représentent, les silhouettes provocantes qui s’y exposent, immobiles, sont prisonnières, bien malgré elles, de leur négritude. Et c’est précisément sur cette atmosphère carcérale de nature raciale que vous vous fondez pour justifier le saccage physique de l’exposition auquel vous vous étiez livrés la veille, vous et quelques autres agités.

A l’appui de votre démonstration, vous n’hésitez pas à convoquer des références poignantes, certaines pertinentes, d’autres beaucoup moins. Ainsi, c’est à juste titre que vous vous émouvez de ce que les organisateurs de l’exposition universelle de Bruxelles de 1958 avaient jugé bon de reproduire, dans la capitale de la frite, un village congolais typique dont les habitants spécialement importés, de chair et de sang, faisaient, eux aussi, office de vitrine vivante. Il y a pire : en 2002, le gestionnaire d’un parc animalier wallon avait eu la brillante idée d’importer huit Pygmées de la tribu (camerounaise) Baka afin de les exposer dans son parc (1). Le saviez-vous ?… Heureusement, son initiative suscita un tollé tel qu’elle contribua à une profonde − quoique lente − remise en question de l’angle de narration de l’histoire coloniale belge par le principal musée africain du pays, celui de Tervuren, qui a fermé ses portes l’an dernier pour trois ans de rénovation de divers ordres.

En somme, vous ne pourriez être plus proche de la vérité lorsque vous déclarez que les pouvoirs publics, en ce compris les pouvoirs publics français, sont en retard d’un demi-siècle au moins en ce qui concerne l’histoire de la colonisation, dont l’enseignement semble comme frappé d’un tabou inexplicable pour qui ignore les prémices de l’entreprise colonisatrice, ainsi que les milieux dans lesquels cette dernière fut conçue.

Rappeler cette évidence devrait vous inciter, toutefois, à vous abstenir d’établir des parallèles hasardeux avec le nazisme (Vous saluez la censure contemporaine de Mein Kampf.), dès lors que cette histoire-là a fait et continue de faire l’objet d’une profusion kaléidoscopique de publications de tous acabits, qui, si elle est impérative à l’égard des générations émergentes, n’en provoque pas moins, parfois, une certaine nausée auprès de publics plus avertis : à force d’associer certains symboles à des réalités qui leur sont accolées ex abrupto, tant les premiers que les secondes tendent à perdre en intensité représentative. Cette remarque vaut pour vous également…

Cette parenthèse fermée, je comprends votre exaspération par rapport au continuum discursif larvé qui, d’exaltation des « bienfaits de la colonisation » en néocolonialisme économique, s’impose à une communauté noire occidentale (et africaine) qui semble petit à petit remplacer la résignation par le bouillonnement : la rupture qui lui aurait permis de tourner la page n’a pas eu lieu !

Je comprends aussi votre souci d’imposer que vos ancêtres africains soient traités avec les égards qui leur sont dus : le respect des anciens est, après tout, un identifiant majeur de la culture africaine dans son ensemble ; dans l’occident blanc, il semble s’être perdu en cours de route. Mais, au risque de vous choquer, quelle est, de la représentation fidèle des exactions essentialistes et impérialistes commises contre eux, ou de la réécriture fantasmée de leur histoire sordide, du refus de la regarder en face, en somme, l’attitude qui respecte le plus leur vécu personnel, donc leur dignité ? Quelle est la démarche la plus susceptible d’aboutir enfin à la reconnaissance du préjudice historique subi, durant la colonisation et bien avant ? Quel est l’horizon le plus porteur, non seulement pour la communauté noire du Nord, mais aussi pour les Africains eux-mêmes ?…

Ce que propose Brett Bailey, c’est un miroir à la fois réaliste (sur le plan historique) et déformant (d’un point de vue humaniste), un miroir qui n’a rien du premier degré d’un parc animalier, un miroir dont la signalétique, la sémantique et le ressenti varient en fonction de qui s’y mire. Idéalement, tout blanc doté de tant soit peu de conscience devrait se sentir pris à la gorge, d’autant plus qu’il se retrouve malgré lui, par procuration, dans la peau du tortionnaire, d’autant plus que les regards qui le fixent ne sont pas de plastique, d’autant plus que les confrontations temporelles proposées par les mises en scène successives parlent directement à nos sociétés contemporaines : comment l’acteur qui incarne le sans-papier, les pieds ligotés par une corde de marin, identifié uniquement par un numéro de série apposé sur une étiquette, et la bouche muselée par un ruban adhésif, pourrait-il manquer d’établir un parallèle saisissant entre son propre statut, la marchandise transatlantique que des capitaines de navire sans le moindre scrupule balançaient, pareillement ligotée, par-dessus bord afin d’économiser de la nourriture ou de lâcher du lest en cas de tempête, et les trop nombreux condamnés à mort afro-américains dont tout porte à croire qu’ils sont innocents, et dont le droit à un procès impartial est quasi quotidiennement bafoué (2), eux qui, pareillement bâillonnés, trouvent en Mumia Abu Jamal (3), en dépit de la commutation de sa peine, leur porte-voix le plus éloquent ? Le fil conducteur entre ces trois tableaux, ce sont les chaînes…

Figurant - 'Exhibit B'

Rodney Reed

Lorsque c’est un noir qui se regarde dans ce miroir, il est logique qu’il soit peiné. Mais, sa peine estompée, il pourrait trouver dans la révolte subséquente un encouragement au combat (politique) ! Or, ce miroir, vous et votre bande de vandales l’avez fracassé en morceaux. Que vous l’ayez fait parce que, conscients du fonctionnement pervers des médias traditionnels, vous étiez naïvement convaincus que tel était le seul moyen pour vous de forcer le débat sur l’oppression des noirs de manière générale (selon leur propre perspective), ou parce que le reflet vous était insupportable, votre geste me semble à la fois puéril et lourd de conséquences potentielles, dont la superstition n’est que la cadette. « Comment une telle exposition nous permettrait-elle d’être citoyens à part entière ? » vous interrogiez-vous dans le salon. A mon sens, pas de cette manière…

En effet, même à vous consentir la noblesse de vos motivations, quel principe pourriez-vous opposer, demain, à quiconque recourrait au même stratagème violent au motif, futile ou digne, que telle ou telle expression artistique l’indispose ? D’ailleurs, de l’épisode de Blanche-Neige et la Folie de la Vérité à celui des caricatures du Prophète, la liste est déjà longue des censures nauséabondes récentes, parmi lesquelles celle que vous espérez mener à bien pourrait bientôt trouver sa place. Et il est possible de remonter plus loin encore dans l’histoire contemporaine de la France pour dénicher d’autres exemples similaires : il y a quelques jours, un blogueur de Mediapart faisait la courte recension d’un livre fraîchement publié consacré à l’abbé Bethléem, lequel se plaisait, durant l’entre-deux-guerres, à déchirer tous les livres, magazines et affiches qui contrevenaient à sa propre morale, d’inspiration catholique… (4)

L’art, Bams, est la seule activité humaine dans laquelle l’imagination peut, dans le respect de la vie présente, se déployer sans entrave. Qu’il soit, de temps à autre, dans le collimateur de politiciens aux velléités autoritaires (c’est-à-dire du système) ne semble pas vous suffire, puisque vous vous réjouissez, en outre, que divers groupuscules à la légitimité contestable le prennent pour cible, selon des logiques fluctuantes. Comme Judith Bernard, je m’étonne d’un tel positionnement dans le chef d’une personne qui, si elle noire de peau, certes, n’en est pas moins artiste, elle aussi.

Mais ce qui m’étonne le plus, c’est que vous ne vous rendiez pas compte à quel point votre réaction violente s’inscrit dans une logique d’homme blanc impérialiste, et ce pour trois raisons au moins :

1/ Vous œuvrez à une censure artistique. Or, l’art est une mise en commun d’idées et de créations. Plus il est censuré ou réprimé, plus le commun s’appauvrit. Et, plus le commun s’appauvrit, plus des logiques individuelles égoïstes, voire nihilistes, prennent le dessus.

2/ Vous affirmez représenter la sensibilité noire en France, mais il y a énormément de noirs qui ne souscrivent pas à votre mot d’ordre. Par conséquent, par votre action insuffisamment réfléchie, vous compliquez un peu plus encore l’émergence d’une fédération d’intérêts positive comparable à celle du mouvement pour les droits civiques qui a éclos aux Etats-Unis, durant les sixties, si tant est qu’une telle formule puisse se dupliquer en France.

3/ Vous avez décrété que cette exposition ne vous plaisait pas, et que, par conséquent, elle ne devait intéresser personne. Votre décret peut se lire comme un acte d’interdiction. Mais il peut s’interpréter aussi, a contrario, comme une volonté d’appropriation exclusive du Bien commun, à l’image, toutes proportions gardées, des multinationales gloutonnes et rapaces qui s’approprient scandaleusement les multiples richesses du sous-sol africain, à leur seul bénéfice.

Je conclurai par une simple question : de quel droit ?…

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(1) Source : http://www.lalibre.be/debats/opinions/pygmees-du-parc-naturel-au-musee-51b879d7e4b0de6db9a773f9
(2) Lire : https://firstlook.org/theintercept/2014/11/17/is-texas-getting-ready-kill-innocent-man/
https://firstlook.org/theintercept/2014/11/26/texas-denies-dna-testing-death-row-prisoner-rodney-reed/
(3) Lire : http://www.icl-fi.org/english/wv/1056/mumia.html
(4) Lire : http://blogs.mediapart.fr/edition/bookclub/article/261114/ceux-qui-haissent-la-litterature

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Précisions nécessaires : Exhibit B a été présenté à Bruxelles en mai 2012. Si je l’avais su, je serais allé visiter l’exposition/installation.

Le lecteur de mon blog n’y trouvera aucune critique qui ne se fonde sur la lecture intégrale de l’ouvrage critiqué, ou l’observation directe de l’œuvre analysée, la présente lettre ouverte constituant l’exception…

Contrairement à la plupart des détracteurs de Bailey, j’ai essayé, fonctionnant par empathie, par déduction, mais aussi par confrontation des sources disponibles sur la toile, de me glisser dans la peau de l’ensemble des acteurs concernés par la polémique, conformément à une vision principielle de la liberté artistique énoncée plus haut.

Une légère modification a été apportée, le 3 décembre 2014, aux paragraphes relatifs à la scène qui représente un sans-papier, présenté à tort, dans la version initiale de l’article, comme un détenu noir-américain dans le couloir de la mort…

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INDECT = intrusion INDECenTe dans la vie des autres !

INDECT = GeStaPo

Moi, vous savez, je suis un peu con. Alors, quand on me dit qu’on me veut du bien, ben moi je le crois. Quand la Commission européenne me dit : « dans deux semaines, le traité CETA entre l’Union européenne et le Canada sera fin prêt, et tu vas voir tous les jobs que ça va créer », pourquoi elle me mentirait ? Alors, j’entends dire : « ouais, mais tu te rends pas compte : CETA, c’est encore pire qu’ACTA, mec ! » Moi, je dis : du calme, les mecs ! Il y a des gens élus qui s’occupent de notre bien, non ? Même chose avec INDECT : il y a les Anonymous là, ils ont posté plein de vidéos sur YouTube pour dire : c’est encore pire que La Vie des Autres, tu sais le film allemand là sur la GesTaPo dans l’Allemagne de l’Est qui espionnait les ennemis d’Hitler. Moi, je dis : relax, on est en démocratie, vous êtes lourds ! Même que j’ai un pote qui travaille à l’Europe, il m’a donné des URL un jour pour voir les débats de l’Europe en direct (1) : rien ! Rien sur INDECT ! C’est que c’est pas si grave, quand même, si ils en parlent pas à la télé. Ah, si, ils en ont parlé un peu à la télé allemande…

C’est trop ouf, quoi, dans le pays de la GesTaPo, ils en parlent. Ils nous prennent pour des cons ou quoi ? Même qu’ils disent qu’il va y avoir des drones civils pour suivre les gens suspects dans la rue, prendre leur photo et vérifier dans leurs bases de données. Mais, moi je sais que c’est interdit : il y a la commission de la vie privée qui interdit ça. Quand je suis allé chercher ma carte d’identité électronique, la madame au guichet, elle m’a bien dit : « faut pas vous en faire, Monsieur, il n’y a aucune donnée sensible sur votre puce. Le légi, légissateur, il a bien veillé à faire des cartes distinctes pour les données de la sécu. » Alors, vous voyez bien ! Sur le site officiel du projet INDECT (2), ils disent même que les données elles sont pas conservées et que l’anonymat il est garanti par des puissants ago, alguo-rythmes. Puis il y plein d’universités qui ont participé, et même un comité d’éthique avec des Allemands, des Autrichiens, des Anglais, des Français et des Hollandais. Alors, moi je dis, ça suffit, hein, messieurs les théoriciens du complot ! Ben Laden, il existe ou il existe pas ? C’est pas un fantôme ! Après le 11 septembre, il faut qu’on se protège. Ben Laden, il peut faire un attentat n’importe où ! Comment ça, totalitarisme ? Mais si t’as rien à te reprocher, t’as rien à craindre ! Les chômeurs comme moi, ils leur veulent pas de mal ! C’est les pédoprédateurs et les criminels qu’ils cherchent à repérer. Et eux, ils ont toujours un petit air suspect qu’INDECT parviendra à détecter. Genre : si tu vois que t’es filmé et que tu détournes le regard, c’est louche ça, non ? Si t’envoies un SMS où tu dis : c’est de la bombe, c’est pas suspect, ça ? C’est pas mon pote Mustafa et sa barrette de shit qu’ils visent avec INDECT. C’est pas mon pote José du syndicat non plus. Moi, je dis : j’irai manifester quand ça en vaudra vraiment la peine…

another look at 9-11

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(1)    Parlement : http://www.europarltv.europa.eu/en/home.aspx

Conseil : http://tvnewsroom.consilium.europa.eu/

Commission : http://ec.europa.eu/avservices/ebs/schedule.cfm

(2)    http://www.indect-project.eu/

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