Gratia Solis generositatis omnibus fingit !

–          Qu’est-ce qu’il y a, grand-père ? demanda Petit Candide.

–          Regarde, tu vois ces taches rougeâtres, là, sur les salades. C’est nouveau, ça. Ca n’existait pas avant.

Tous les samedis, Petit Candide accompagnait son grand-père aux champs. Il y apprenait sur le terrain l’amour du terroir, le respect du vivant, la régénération naturelle des sols par la pratique de la jachère et des semis diversifiés dans le temps et l’espace. Il admirait la ferveur besogneuse avec laquelle son grand-père entretenait ses cultures, déterrait manuellement les herbes dites mauvaises, envoyait balader limaces et chenilles, bref veillait à sa production, qui jamais dans l’assiette ni le palais ne décevait. Il ne le savait pas encore, mais il lui serait reconnaissant plus tard de lui avoir légué ce patrimoine immatériel de goûts variés, la valeur du temps, du travail vrai qui n’a rien de celui de la propagande télé des cols blancs gâtés. Pouvoir déguster ses propres produits est devenu un luxe, l’un des seuls que les nantis soient trop fainéants que pour pouvoir se permettre. Voir pousser, tendre vers le Soleil, fleurir sous les effets conjugués de ses rayons et d’arrosages réguliers d’une eau précieuse dont d’aucuns, ailleurs, ne disposent, les plantations qui fourniront haricots en abondance, belles tomates rondelettes à la chair voluptueuse ou encore fraises succulentes, ce rythme-là, cette temporalité spécifique, lui apporteraient une perspective sur la vie que jamais il ne renierait.

Petit Candide était grand aujourd’hui. Il avait atteint l’âge où les potaches qui avaient partagé avec lui les bancs de l’école revendiquaient en tonitruant le fait d’être devenu des adultes. Il s’interrogeait souvent, quant à lui, sur le sens à donner à ce terme, car s’il voyait les potaches se soumettre à des règles, à des temps imposés, à des ordonnancements sur lesquels ils n’avaient, la plupart du temps, aucune prise, elles ne lui donnaient pas l’impression de s’interroger davantage sur leurs limites, leur environnement social et le rôle réel qui leur y était dévolu, ni sur le cours des choses tel qu’influencé, mis en œuvre même, par les ordonnateurs.

Que penser des O.G.M. par exemple ? Des légumes hybrides, il en existe depuis des centaines d’années. En quoi ceux-ci diffèreraient-ils de la règle ? En quoi présenteraient-ils plus de dangers ? Et quelles étaient ces taches rougeâtres sur les salades, dont lui avait parlé son grand-père ? Il se rappelait vaguement que ce dernier avait évoqué des pluies acides provoquées par une pollution industrielle et automobile accrues. Peut-être ces nouveaux organismes génétiquement modifiés produits par les Monsanto, les Syngenta, les DuPont, les Dow, les Pioneer Hi-Bred, les BASF, Bayer et Hoechst (ex-IG Farben) de ce monde et par leurs semblables permettraient-ils de résoudre le problème…

Quoiqu’il en soit, il trouvait étonnant qu’ils fussent imposés, de plus en plus souvent sans même un sommaire étiquetage informatif, à des populations majoritairement hostiles. Les experts scientifiques qui s’exprimaient en leur faveur ne trouvaient pas davantage grâce à ses yeux, car les mélanges de genres dont ils se rendaient régulièrement coupables, en ce domaine comme en d’autres (1), les conflits d’intérêts auxquels leurs multiples casquettes d’universitaires, d’experts publics et de salariés des divers lobbies dont ils sont supposés contrôler les agissements, ne pouvaient manquer d’accréditer le propos du professeur Escande selon lequel « les experts […] trichent, parce qu’il y a quand même des gens qui savent, mais ils mentent. Et quand vous ne mentez pas à l’unisson, vous vous faites traiter de tous les noms. À l’heure actuelle », ajoutait-il, « c’est un des phénomènes les plus préoccupants : les experts ne sont pas fiables, soit parce qu’ils sont nuls, soit parce qu’ils mentent. […] Actuellement, dans l’immense majorité des cas, les experts sont des experts de complaisance. » (2) Etait-ce donc là l’esprit des Lumières ? s’interrogea Candide, sourcilleux.

Puis il se souvint que d’honorables philanthropes avaient fait des cultures d’OGM de Monsanto la panacée pour résoudre la malnutrition dans les pays en voie de développement : la glorieuse Fondation Bill & Melinda Gates par exemple, portée sur les fonts baptismaux grâce à la vente en masse, à des prix prohibitifs, de licences pour softwares périodiquement périmés, n’a-t-elle pas, en même temps qu’elle acquérait 500.000 actions Monsanto, essaimé vers des coins reculés d’Afrique et d’Inde pour imposer à des paysans qui n’en voulaient pas, à travers des chantages et des connivences déplacées avec les chefs d’Etat du cru, l’agribusiness dont elle est porteuse ?

Candide poursuivit ses recherches et dénicha des indices troublants qui l’incitèrent à penser que, sous couvert d’humanitarisme et de philanthropie, c’est en réalité à l’esclavage et à la dépendance que Gates, Monsanto et les leurs avait condamné ces paysans, car les semis autodestructeurs prétendument providentiels qui leur avaient été promis et fournis, gratuitement dans un premier temps, obligeraient ceux-ci à racheter chaque année leurs doses. Plus qu’un brevet sur le vivant, c’est une accaparation progressive de tout le règne végétal qu’induisait le fameux gène Terminator que José Bové et d’autres éclaireurs combattent inlassablement. Malgré les milliers de suicides d’agriculteurs indiens que la culture d’OGM a poussés à bout, c’était pourtant avec les honneurs dus à un chef d’Etat que Gates, accompagné du caniche saltimbanque du cercle troupier Rockefeller, fut reçu à l’Elysée, en octobre dernier. Serait-ce donc là l’esprit des Lumières ? se demanda Candide, indigné.

La prévoyance, voilà ce qui caractérise les chefs d’Etat. Gates s’en inspire, d’ailleurs, puisqu’il a entrepris de cofinancer, sur l’archipel démilitarisé de Svalbard, à la lisière de la Norvège, un entrepôt géant destiné à accueillir la plus vaste collection de graines et de semences au monde. L’entrepôt a reçu le doux surnom de Doomsday Vault, ou Coffre-fort de l’Apocalypse.

Mais qui aurait accès à cette pépinière dorée ? Et selon quelles modalités ? Et quel est donc cet horizon apocalyptique auquel nous serions tous promis ? L’extermination des abeilles, qui rendrait impossible toute pollinisation efficace ? Celles des plantes réputées traditionnelles, insuffisamment armées pour résister aux offensives conjointes de la pollution et du pollen OGM transbahuté dans l’air ? La réduction générale de l’espérance de vie des paysans- et consommateurs-cobayes (3) ? Lorsque la mafia d’antan se rendait chez un épicier pour lui réclamer un écot destiné à lui garantir sa sécurité, c’est bien sûr contre la menace qu’elle représentait elle-même que celui-ci était obligé de se prémunir. La mafia globalisée des élites du Pourcent, qui se réunit, encostumée, comme dans un film de Kubrick, de rouge vif ou de bleu sélène, dans les palaces reculés des cités où se décident les choses, ne fonctionne pas différemment, Candide en était convaincu ! Créer de toute pièce un problème pour y apporter une prétendue solution n’est-il pas le moteur de la Nouvelle Internationale esclavagiste, qui tantôt s’affirme sans complexe, tantôt se masque aux confins du virtuel théâtre démocratique du réel ?

Depuis quelques années, le Mali fait, parmi d’autres pays, l’objet, dans le cadre d’un partenariat avec les Etats-Unis, d’une expérience pilote qui consiste à injecter dans les nuages qui survolent son territoire de l’iodure d’argent afin d’augmenter les précipitations (4). La science n’a-t-elle réponse à tout ? C’est en tout cas ce que sa version contemporaine, arrogante, économiste et peu soucieuse d’humanisme, cherche à faire croire… Mais la réalité, Candide la découvrit une nouvelle fois très rapidement : c’est à l’échelle de pays entiers que terres et personnes – toujours pauvres, cela va de soi – servent de sujets d’expérimentation ! En effet, l’Association Toxicologie-Chimie n’affirmait-elle pas, en septembre 2010, que « la pulvérisation d’aérosols d’iodure d’argent peut entraîner une contamination des sols et des milieux aquatiques, dont on ignore actuellement l’impact sur l’environnement » (5) ? Pour Candide, qui pensait naïvement que la science avait pour fonction première de permettre de faire parce que l’on sait ce que l’on fait, une telle négligence fit l’effet d’un camouflet. Etait-ce donc là l’esprit des Lumières ? vociféra-t-il, inquiet.

Puis il découvrit le pot aux roses : l’iodure d’argent était pour Gates pipi de chat ! Dans l’Empire démocratique dont Janus le Magnifique est la face présentable, se trame plus ou moins ouvertement un complot par lequel le Software Monopole et tous ses hyper-frères possédants pourraient donner le coup d’envoi de la fin du monde qui justifierait Svalbard. En effet, dans un rapport publié fin juillet 2011 par l’une de ses nombreuses sociétés, Aurora Flight Sciences, et qu’il a repris à son compte (6), l’homme aux 500.000 actions Monsanto livrait au monde la funeste vision de psychopathe qu’il espère lui imposer, à savoir la lutte homéopathique (massive) contre la pollution au CO², dont le consensus scientifique estime toujours, sans la moindre preuve, qu’elle est à l’origine du réchauffement climatique (7). Davantage de pollution pour venir à bout de la pollution, au nom du combat contre l’effet de serre : il fallait se nommer Gates et ne plus savoir de ses dizaines de milliards que faire pour oser le proposer…

Candide n’en crut pas ses yeux : Gates voulait acquérir ou louer, avec son cartel de l’ombre, une petite centaine d’avions qui disperseraient par an et sur la planète entière, à une altitude comprise entre douze mille et trente mille mètres, entre 1 million et 5 millions de tonnes d’acide sulfurique dans le but de réduire le flux solaire entrant, cet acide dont il est établi qu’il est « toxique pour les organismes aquatiques, et corrosif, même dilué [et qu’il présente, en outre] un danger pour l’eau potable en cas de pénétration de quantités importantes dans le sol et/ou les eaux naturelles. » (8)

Candide se souvint des OGM et se dit qu’à l’époque formidable qui était la sienne, une telle stratégie d’épandage, avec la complicité éventuelle des avionneurs du Pourcent, ne ferait sans doute pas même l’objet d’une information démocratique. Mais bon sang, il ne peut s’agir là de l’esprit des Lumières ! tonitrua-t-il, passionné.

Il finit par se demander si tout cela n’était pas une farce. Conscient d’être épié et surveillé en permanence, comme chacun au demeurant, dans ce nouveau monde éclairé par la science sécuritaire protectrice du patrimoine du Pourcent, il tourna instinctivement la tête à la recherche de nano-caméras qui feraient de lui un nouveau dindon de Damiens, mais rien d’inhabituel alentours qui attire son regard… Et pourtant : Internet bruissait de rumeurs de rachat de Blackwater par Monsanto (9). Blackwater était cette société de mercenaires sans foi ni loi, protégée par le fasciste Rumsfeld et impliquée jusqu’au cou dans le système de torture et d’humiliation de prisonniers en Irak et ailleurs, responsable en outre du meurtre guilleret de 17 civils irakiens innocents, ce qui l’a contrainte à opter pour l’appellation plus doucereuse et philosophique d’Academi, sans pour autant se délester de sa trentaine de sociétés-écrans actives dans les business miliciens privés les plus interlopes (10).

Jeremy Scahill, Blackwater, The Rise of The World's Most Powerful Mercenary Army

Les connexions de la tentaculaire entreprise sont planétaires, en effet : l’une au nord du Mali, rapportée par la presse en septembre 2010, méritant sans doute a posteriori un surcroît d’intérêt… Actifs ès qualité de conseillers et de formateurs d’institutions aussi diverses que les armées canadienne et états-unienne, le Royaume de Jordanie et la police des Pays-Bas, les pitbulls d’Academi infiltrent aussi, tels de véritables agents secrets, divers mouvements, groupes et obédiences pourtant démocratiques pour le compte de corporations richissimes telles que Microsoft (11). Ainsi des groupes anti-OGM, à la demande de Monsanto. Coopération avec les services secrets nationaux, échange de données sensibles et confidentielles, tentatives de discréditation publique de militants, infiltration de leur vie privée, fabrication de fausses preuves,  intimidations (professionnelles), surveillances, assassinats déguisés ? Comment agissent-ils et quels services tolèrent-ils leurs agissements, à défaut d’y prendre une part active ? Candide regarda le ciel encore bleu en soupirant : toutes ces questions, il était bien déterminé à leur trouver une réponse satisfaisante. Car ce fascisme des Lumières-là, il n’était pas prêt à le tolérer !

____________________

(1)    Ecouter notamment le professeur Philippe Even, reçu par Zemmour et Naulleau le 30/01/13, à propos des médicaments dangereux mais rémunérateurs maintenus en vente par les pouvoirs publics français en toute connaissance de cause : http://www.youtube.com/watch?v=L_19dUk21og

(2)    Source indirecte non accréditée : http://www.diatala.org/article-ig-farben-gaz-nazi-zyklon-b-et-monsanto-107208342.html

(3)    Lire : http://www.votresante.org/suite.php?dateedit=1291049997

(4)    Source (page 20) : http://www.cifal-ouaga.org/new11/mali.pdf

(5)    Source (page 2) : http://atctoxicologie.free.fr/archi/bibli/IODURE_ARGENT_FRTEC.pdf

(6)    Source (pages 6, 8 et 29) : http://www.keith.seas.harvard.edu/Misc/AuroraGeoReport.pdf

(7)    Il est établi que deux hausses de température de 1°C chacune ont eu lieu au cours du siècle dernier et que la tendance haussière se poursuit. Les causes réelles et vérifiables de celles-ci font encore, en dépit de l’assurance affichée, l’objet de spéculations.

(8)    Source : http://www.ac-nancy-metz.fr/pres-etab/lvincent/fds/FDS07.htm#acetet05

(9)    Source : http://www.activistpost.com/2012/01/setting-record-straight-did-monsanto.html

(10) Source :  http://publicintelligence.net/blackwaterxe-front-companies-chart/

(11) Source : http://www.thenation.com/article/154739/blackwaters-black-ops#

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