Jésus sans Christ est le seul viable horizon humaniste.

« Ayons le courage de parcourir notre chemin avec le Seigneur, avec la croix du Seigneur, d’édifier l’Eglise sur le sang du Seigneur, qu’il a versé sur la croix, et de reconnaître l’unique gloire : le Christ crucifié. » Non, dis-je. Trois fois non, même ! Au milieu du concert de hâtives louanges adressées à Georges-Marie par des armées de béni-oui-oui qui auraient à tout rompre applaudi, sur la place Saint-Pierre, jusqu’à la nomination symbolique de Satan Cardinal en personne, ce père fouettard pour adultes en mal de repères manichéens, il faut oser l’écrire : Christ est le problème, non la solution !

Idiot utile, Jésus ? Voire… Représentation cathédrale de ce qui est supposé relier, en ce bas monde, près d’un milliard de têtes de pipes, de capi ou de kapos, selon l’humeur du moment, le bouc émissaire sacrificiel (contradictio in terminis, peut-être…) peut être aussi perçu comme un résistant de la première heure : résistant contre les préjugés idiots et faciles qui accablent les différents, la putain en tête, partant résistant contre l’ordre établi, résistant contre les marchés de son temps, comme il l’eût été contre les dictatures militaires de tous acabits que des versions plus contemporaines de ceux-ci ont imposées, il y a quelques dizaines d’années à peine, à des troupeaux latino-américains crucifiés pour la bonne cause.

Jésus, de ce que l’on en sait et pour autant que cela importe, était un rebelle, un rebelle d’avant le temps des dandys sans cause. Le méconnaître, l’oublier, ne peut servir qu’un objectif : sacraliser la servitude qui l’a cloué au pilori, donc l’immobilisme, donc la mort, celle qui invite à le bouffer à la fin des homélies et, dans la foulée, à le boire sans vergogne. De quelque’angle que l’on considère cette gore et abjecte cène, c’est aux chaînes qu’elle rend honneur, non à l’homme libre ! Ne sont-ce des principes, donc des idées, donc un esprit, le sien par exemple, qui servent de guides et de boussoles, rendent le corps libre, par-delà la sauvagerie, de faire ou de ne faire point ?

Sa base enracinée dans le sol, son horizontalité garante supposée d’égalité contrecarrée par une verticalité hiérarchique pointée vers le céleste : la croix scénarise une symbolique absolue qui ne manque pas de piment. Mais elle est aussi statique, figée, vermoulue en puissance. Le bois a besoin d’air, d’air frais, de mouvement astéréotypique. Son dessein est de devenir, et pour devenir, il doit avoir les coudées franches. Là réside le défi de l’évolution sociale, avec ou sans la Chiesa : dépasser la sauvagerie en se passant de dogmes, précisément parce que ceux-ci ont sans doute contribué, en l’étouffant, à sa résurgence décomplexée. Garder l’Eglise au milieu du village, alors ? Plutôt chercher le juste milieu entre deux insatisfactions, celle de l’interdit général et celle de l’interdiction d’interdire, qui composent le rapport de forces structurel annihilant de nos sociétés et rendent illusoire toute liberté réelle.

Point de clous, donc, merci ! Point de dessein immuable ! Point de sang déversé ! A nous l’Esprit, le bel ! A nous l’imagination !…

Amsterdam, obélisque commémorative du Dam

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