Si la scientologie est une secte, la Compagnie de Jésus est sa vicieuse aînée !

Paul Amar  (composition de coquillages - titre non disponible)

Peut-être êtes-vous de ces gens qui apprécient la compagnie d’interlocuteurs francs, avec lesquels la dispute – c’est-à-dire l’échange d’arguments – peut avoir lieu sans arrière-pensées et dans la plus franche liberté de propos. Ces interlocuteurs-là se font très rares. Mais peut-être êtes-vous à la fois de ces gens qui estiment que la sincérité se mérite et qu’au fond, ce que vous pensez vraiment ne regarde que vous et que de discours en apparence obscurs peut jaillir quelque lumière. Les deux attitudes ne sont pas contradictoires, mais dans les deux cas, mieux vous vaut, si l’on s’en réfère à leurs écrits, éviter la compagnie intime des jésuites.

Benevole et fortiter ! (emblèmes et devises spécifiques)

Quelle est donc cette créature hybride dont certains exemplaires, toujours souriants et enjoués dans la lumière, ont peuplé les plateaux de télé ces derniers jours, et dont est vanté à présent, à longueur d’articles et d’émissions, le prétendu progressisme  ? A coup sûr des gens très intelligents, qui placent leurs pions et ont pour vocation d’infiltrer toutes les structures de pouvoir (si besoin pour les monter les unes contre les autres), temporelles (partis politiques, services secrets, justice des hommes, médias de masse, professions libérales diverses, notamment) et spirituelles (notamment le Vatican, mais aussi d’autres instances suprêmes de religions orientales) au niveau planétaire, des gens pour qui la fin (en réalité fondamentaliste) justifie les moyens, y compris une science sans conscience, et font partie d’une espèce de franc-maçonnerie christique d’avant la franc-maçonnerie elle-même, hautement hiérarchique et largement hermétique dans ses échelons supérieurs.

Dès lors que Georges-Marie est issu de cette confession, où il tenait jusqu’à récemment le rôle de Provincial (de responsable d’une région qui peut être aussi vaste qu’un continent, si l’on préfère), grade supérieur directement subalterne à celui, suprême, de (préposé) général plénipotentiaire (dit pape noir), dans la mesure où, par ailleurs, en dépit de la possibilité purement théorique que son départ de l’Ordre pour cause d’incompatibilité avec l’élection à la papauté – d’ailleurs, Petrus Romanus, « l’évêque de Rome » (1), est-il bien le pape et après lui un pape y aura-t-il encore ? – ait pu lui être accordé par celui qui officie actuellement ès qualité de pape de l’ombre (2), nommé à vie lui aussi, sauf contrordre, l’apparemment affable père Adolfo Nicolas, l’intéressé « demeurent liés pour vivre toujours et mourir dans le Seigneur au sein de cette compagnie […] » (3), compte tenu, enfin, du fait que le pas si saint Siège semble être entré de plain-pied dans l’ère chrétienne du marketing prosélyte, dans lequel tombent pieds joints tout ce que la piteuse profession journalistique contemporaine, férue de hype et d’inhabituel, compte de moutons de Panurge, sans doute est-il indiqué de remettre certains pendules à l’heure…

Adolfo Nicolas, Supérieur des Jésuites

Dans « Sécularisation et religions politiques » (4), l’écrivain Jean-Pierre Sironneau rapporte ce fait qui a troublé plus d’un historien : aux yeux d’Hitler, le chef de la SS Himmler était son propre Ignace de Loyola (5), le fondateur espagnol de la Compagnie de Jésus, en 1540. Exagération, généralisation abusive, théorie du complot, sans doute… Encore qu’à examiner ses Constitutions de plus près, le lecteur ne peut qu’être troublé : parmi les trois vœux que doivent formuler les candidats à l’admission dans la Compagnie, le vœu d’obéissance est cardinal, en effet, et il se décline de manières les plus abjectement diverses :

§ 35 : « l’obligation [pour un candidat] de dire la vérité dans l’Examen doit être une obligation sous peine de péché. Ainsi sera évitée la tromperie, qui pourrait résulter de ce qu’on ne s’ouvre pas en toute sincérité à son Supérieur […]. »

Parmi les informations à divulguer lors de cet interrogatoire religieux,

§ 36 à 50 : «

–          s’il est né d’un mariage légitime ou non ;

–          Et sinon, dans quelles circonstances il est né d’un mariage illégitime ;

–          S’il descend de parents chrétiens de vieille souche ou de chrétiens récents ;

–          Si quelqu’un de ses ascendants a été censuré ou déclaré coupable pour quelque erreur contre [la] religion chrétienne, et comment ;

–          S’il a encore son père et sa mère, et comment ils se nomment ;

–          Quelle est leur condition et quel est leur métier et leur genre de vie. S’ils sont matériellement dans le besoin ou dans l’aisance, et de quelle façon ? […]

–          Combien il a de frères et de sœurs, mariés ou non ;

–          Que est leur métier et leur genre de vie ; […]

–          S’il a des dettes ou des obligations civiles et s’il en a, quels en sont le montant et la nature ; […]

–          S’il a eu ou s’il a une maladie cachée ou apparente, et laquelle. On lui demandera spécialement s’il souffre de quelques maux d’estomac ou de tête, ou d’une autre infirmité ou carence naturelle en quelque partie de sa personne, et on ne se contentera pas de l’interroger là-dessus, mais on l’examinera, autant que possible ; […]

–          Quel a été, dans son jeune âge et [par la suite] son comportement ou son attrait face aux choses salutaires à sa conscience ; […]

–          […] s’il a eu ou s’il a des opinions ou des idées différentes de celles que tiennent communément l’Eglise et les docteurs qu’elle approuve et, à supposer qu’il en ait eu parfois, s’il est prêt à soumettre son jugement [!] et à penser conformément à ce que la Compagnie décidera qu’il faut penser sur ces choses ; […]

–          S’il est totalement décidé à quitter le siècle et à suivre les conseils du Christ notre Seigneur […]. »

Plus la Compagnie en sait sur quelqu’un, mieux elle peut le manipuler et l’avancer sur l’échiquier selon le rôle qui, à tout moment, lui convient le mieux et qui avantage l’ensemble. Mais pour ce faire, il est nécessaire de couper tous les liens qu’il avait avec ses proches. Ainsi,

§ 60 : « étant donné que les relations orales ou écrites avec des amis ou des proches selon la chair apportent souvent plus de trouble que d’aide à ceux qui s’appliquent aux choses de l’esprit […] on leur demandera s’ils acceptent volontiers de ne pas garder de relations avec ces personnes […] »

§ 62 : « […] il leur est saintement conseillé qu’ils prennent l’habitude [de considérer] non pas qu’ils ont des parents ou des frères, mais qu’ils en avaient [et d’agir en conséquence], montrant qu’ils n’ont plus ce qu’ils ont quitté pour avoir le Christ en lieu et place de toutes choses […]. »

§ 116 : « il doit […], en toute humilité et en toute obéissance, avancer et cheminer dans la voie qui lui a été montrée par Celui qui ne connaît et en qui il n’y a aucun changement. »

§ 274 : « on ne doit pas admettre d’opinions nouvelles […]. »

Aucun changement, vraiment, dans le chef des tortionnaires qui font parallèlement office de Christs de substitution ? Il semble pourtant qu’il ait plu au Seigneur, dans sa bonté divine, d’abroger récemment quelques parties du texte initial des Constitutions, par exemple :

§ 246 : « si [un novice] écrivait à quelqu’un d’autre, il ne le fera qu’après en avoir obtenu la permission et en montrant la lettre à celui que le Supérieur aura mandaté. Si c’était à lui qu’une lettre était envoyée, celle-ci sera d’abord donnée à celui qui aura été désigné par le Supérieur ; après l’avoir lue, il la donnera ou ne la donnera pas au destinataire, selon ce qu’il estimera opportun dans le Seigneur pour son plus grand bien et la gloire de Dieu. »

Clarifiant ce dernier passage, il n’est pas inutile de préciser que les novices sont cloîtrés dans des maisons dites de probation où ils sont régulièrement soumis à des épreuves diverses dans lesquelles l’humiliation joue indéniablement un rôle majeur… Parmi ces novices, des ados, dès l’âge de quatorze ans (6), un âge (décidément fétiche dans et autour de l’Eglise) où l’on est supposé, en pleine ébullition des sens, faire vœu de chasteté. Mais que le lecteur se rassure : la commisération des supérieurs est sans bornes, et la latitude de leurs interprétations infinie : quoi qu’il en soit, la trique n’est jamais loin…

Père jésuite Luc Versteylen

§ 270 : « en matière de corrections, […] on reprendra en premier lieu avec amour et douceur ceux qui pèchent ; deuxièmement, avec amour certes, mais pourtant de telle façon qu’ils se sentent confus et honteux ; troisièmement, on ajoutera à l’amour ce qui les frappera de crainte. »

Et en sus, mes bien chers frères, l’on soumettra réalité et justice au culte des apparences…

§ 166 : « bien que quelqu’un n’ait pas été condamné par sentence publique, si son erreur a pourtant été publique et qu’il a été fortement suspect, et que l’on craint qu’un procès puisse lui être intenté, il ne doit pas être admis. »

§ 269 : « quand il s’agit d’imposer corrections et pénitences, la manière de faire qui doit être observée sera laissée à la charité prudente du Supérieur et de ceux qu’il aurait mis à sa place […] et chacun devrait accepter ces pénitences de bon gré, avec un vrai désir d’amendement et de progrès spirituel, même si elles étaient données pour une faute dont on n’est pas coupable. »

Après tout cela, voilà au moins les survivants « Thétans opératifs », vous direz-vous. Pensez-vous ! Big Brother est partout…

Paul Amar (composition de coquillages - titre non disponible)

§ 63 : « pour progresser davantage en esprit, et spécialement pour un plus grand abaissement et une plus grande humilité personnelle, on lui demandera s’il accepte volontiers  que toutes ses erreurs, toutes ses fautes et tout ce qu’on notera et remarquera à son sujet soient manifestés à ses Supérieurs par quiconque en aura eu connaissance en dehors de la confession […] pour une plus grande gloire de Dieu. »

§ 78 : « […] la Compagnie pourra aussi, dans la mesure où cela lui paraîtra convenir, prendre d’autres renseignements ailleurs pour être plus satisfaite, pour la gloire de notre Dieu et Seigneur. »

Tiens donc, après la SS, une espèce de GeStaPo dont les membres infiltrés, qui dans des banques, qui dans des services de l’Etat, qui dans le milieu médical, qui dans des entreprises d’assurance, pourraient piocher à leur guise, dans la plus totale illégalité mais au nom du Souverain Seigneur, dans les bases de données auxquelles ils ont accès ?…

En toutes étapes, les apprenants dans la Compagnie de Jésus sont donc invités à renoncer eux-mêmes tant à toutes les institutions mondaines qui fondent la démocratie qu’à ce qui fait d’eux des hommes (au corps, principalement à ses attributs sexuels, comme à l’esprit critique) pour tendre vers la parfaite mortification dont JC aurait montré la voie. C’est ni plus ni moins que du sadomasochisme « dans le Seigneur », « pour la plus grande gloire de Dieu », expressions méga-pompeuses mais ultra-récurrentes dans le texte, qui supposent en réalité la soumission au bon vouloir d’un supérieur qui peut accorder des dérogations de toutes natures, à la tête du client (la fameuse casuistique jésuite), mais symbolise en toute occasion la domination, l’autorité du Christ lui-même. Et pour obtenir cette soumission,

§ 66 : « […] ils aideront et serviront tout le monde, malades et biens portants, selon ce qu’on leur ordonnera, pour mieux s’abaisser et s’humilier, et donner par là comme un signe évident qu’ils se séparent entièrement du siècle […] pour servir entièrement leur Créateur et Seigneur crucifié pour leur salut »

§ 82 : « […] ainsi, à l’opposé du sentiment commun des hommes, pourront-ils, pour son divin service et sa louange, s’humilier davantage et progresser davantage en esprit pour la gloire de la divine Majesté. »

§ 85 : « […] [Si le Supérieur commande au candidat] ou lui dit : « faites ceci ou cela », il lui montrera […] qu’il parle comme le Christ à un homme, puisque c’est à sa place qu’il lui commande. De la sorte, celui qui obéit doit considérer et estimer la parole qui vient [de celui qui donne l’ordre, quel qu’il soit], ou de tout autre qui serait son Supérieur, comme si elle venait du Christ notre Seigneur, afin de pouvoir être pleinement agréable à la divine Majesté. »

§ 101 : « […] là ou il n’y aurait pas d’offense envers la divine Majesté, ni de péché de la part du prochain, [il faudrait qu’ils veuillent] subir outrages, faux témoignages et affronts, et être tenus et estimés pour fous […] et ceci parce qu’ils désirent ressembler à notre Créateur et Seigneur Jésus-Christ […], l’imiter et le suivre […]. »

§ 263 : […] et ils ne découvriront pas seulement leurs défauts, mais encore les pénitences ou les mortifications et les dévotions et toutes leurs vertus, souhaitant avec une pure volonté être dirigés par eux partout où ils auraient dévié de la voie droite, ne voulant pas être conduits par leur propre sentiment si celui-ci n’est pas en accord avec le jugement de ceux qui tiennent pour eux la place du Christ notre Seigneur [ainsi à la fois juge et partie] »

§ 102 : « […] s’il répond affirmativement qu’il désire avoir de tels saints désirs, on lui demandera, afin que ces désirs se réalisent mieux, s’il est décidé et prêt à accepter et à souffrir patiemment, avec la grâce de Dieu, de tels outrages, moqueries, affronts que comporte la livrée du Christ, et tous les autres qu’il aurait à subir, de la part de n’importe qui […] dans la Compagnie (où il veut obéir, s’humilier et gagner la béatitude éternelle […]. »

§ 265 : « […] on doit l’exercer dans des choses basses qui semblent devoir être utiles pour l’humilier. »

A la lecture de ce qui précède, ce qui suit ne manque pas de piment. Parmi les critères qui empêchent l’admission dans la Compagnie, l’on note en effet…

§179 : « […] des passions ou des attachements qui ne semblent pas pouvoir être dominés ou des habitudes de péché dont on ne peut espérer beaucoup d’amendement. »

Par ailleurs,

§ 210 : « […] si l’on jugeait dans le Seigneur qu’il serait contraire à son honneur et à sa gloire que reste dans cette compagnie celui qui semblerait ne pouvoir être corrigé de certains attachements dépravés ou de vices qui offensent la divine Majesté, on devrait d’autant moins tolérer ceux-ci qu’ils seraient plus graves et plus coupables, même si, n’étant pas connus, ils n’étaient pas pour les autres un objet de scandale. »

Voilà pour l’esquisse des principes qui, « dans le Seigneur », sous-tendent le projet jésuite. A présent, une courte contextualisation de ses origines s’impose sans doute : fondée en Espagne par Loyola en 1540, en plein tumulte d’une inquisition espagnole qui officiait déjà depuis plus d’un demi-siècle, vingt ans à peine après l’apparition de la Réforme (protestante), qu’elle haïssait et qui, parmi d’autres, le lui rendait bien – comme la vilipenderaient plus tard les philosophes français des Lumières – et une petite soixantaine d’années avant le baptême de la franc-maçonnerie, en Ecosse, la Compagnie s’inscrivait résolument dans la Contre-Réforme.

Tout semblait pour elle aller pour le mieux dans le meilleur de son monde jusqu’à ce qu’elle trouve sur son chemin des maisons royales qui voyaient son immixtion dans leurs affaires d’un très mauvais œil, et qu’elle se fasse renvoyer d’un Etat européen après l’autre. Le 21 juillet 1773, le pape Clément XIV, à la base un franciscain (!), qui avait prophétisé que pour ce geste il serait probablement assassiné, prit une mesure pour interdire la Compagnie de Jésus, qui referait néanmoins surface quarante ans plus tard, en un temps qui coïnciderait avec la fin des guerres napoléoniennes, par la grâce ou la faute de Pie VII, en échange sans doute d’un engagement formel renouvelé à se mettre au service du pape. Dans l’intervalle, les néo-pestiférés se réfugieraient massivement dans des pays non catholiques où ils n’étaient pas pourchassés. C’est ce qui explique sans doute en partie leur goût du voyage, leur présence aux quatre coins du globe et leur connivence non officiellement établie avec certains pans de la franc-maçonnerie.

La Compagnie de Jésus, avec son pape noir à sa tête, pratique-t-elle aussi des messes noires, ou cette couleur fait-elle uniquement référence aux habits de prêtre traditionnels dont ce dernier se vêtit, par opposition à la blanche toge du pape officiel ?…

Ceux qui sont appelés à assumer, dans l’Ordre, des rôles plus élevés et qui ne relèvent pas de sa milice temporelle sont invités à prononcer, en plus des vœux d’obéissance, de chasteté et de pauvreté, un quatrième vœu, qui s’énonce comme suit :

§ 527 : « en outre, je promets spéciale obéissance au souverain pontife en ce qui concerne les missions, selon ce qui est contenu dans les mêmes Lettres apostoliques et les Constitutions. »

Au début du siècle dernier, à la veille de la première guerre mondiale, apparut le document suivant, disponible dans les archives de la bibliothèque du Congrès américain, que d’aucuns eurent tôt fait de présenter comme l’obscure annexe de ce quatrième vœu :

« Je promets par ailleurs et déclare que, dès qu’une telle occasion se présentera, je ferai, ouvertement autant que secrètement, une guerre implacable à tous les hérétiques, Protestants et Maçons, tel que j’y suis mandaté, afin de les faire disparaître de la surface de la Terre entière, que je n’épargnerai ni l’âge, ni le sexe, ni la condition, et que je pendrai, brûlerai, décharnerai, bouillirai, écorcherai, étranglerai et enterrerai vivants ces infâmes hérétiques ; truciderai l’estomac et les entrailles de leurs femmes, et écrabouillerai la tête de leurs enfants contre les murs afin d’annihiler cette race exécrable. Que lorsque ceci ne pourra être fait ouvertement, j’utiliserai secrètement la coupe empoisonnée, la corde à strangulation, l’acier du poignard, ou la balle de plomb, sans égard pour l’honneur, le rang, la dignité ni l’autorité des personnes, quelle que soit leur condition sociale, en public ou en privé, comme je peux y être mandé à tout moment par n’importe quel agent du Pape ou Supérieur de la Fraternité du Saint-Père de la Compagnie de Jésus.

loge P2, de très sinistre mémoire

En confirmation de quoi je dédie par le présent engagement ma vie, mon âme et toutes mes facultés corporelles, et avec la dague que je reçois à présent, j’écrirai mon nom avec mon propre sang en guise de témoignage à cette fin, et dussé-je me dédire, ou faiblir dans ma détermination, puissent mes frères et compagnons soldats de la milice du Pape me couper les mains, les pieds, ainsi que ma gorge, d’une oreille à l’autre, m’ouvrir l’estomac et puisse mon âme être éternellement torturée en enfer par des démons. Que mon vote soutiendra toujours un Chevalier de Colomb de préférence à un Protestant, particulièrement un Maçon […] Que je placerai des jeunes filles catholiques dans des familles protestantes, de sorte que rapport mensuel soit fait du mouvement intime des hérétiques. […] »

D’après des recherches effectuées par un internaute nord-américain (jésuite ?), il s’agirait en réalité d’un faux grossier qui a circulé lors d’une élection particulièrement agitée et dont le contenu a été rapporté par un membre du Congrès états-unien, condition pour figurer dans le répertoire de la bibliothèque du parlement US, qui n’implique en rien une validation de son contenu par ce dernier (7). Quel dommage, en un sens : nous qui aurions tant voulu croire en ce complot de chevaliers noirs souterrains, fringants et virils, qui ont puisé leur force dans le sang de la Sainte-Inquisition « dans le Seigneur », ont été pourchassés des décennies durant par de vilains monarques, bannis par un pape mécréant, mais seraient restés fidèles à leurs idéaux de départ : la sauvage fourberie au nom du Christ, démenti cinglant du monopole musulman de la violence.

Il n’en demeure pas moins que subsiste cette amère musique de fond des Constitutions de la Compagnie de Jésus, dont il ressort que tout est instrumentalisation, car comment pourraient se concilier le prétendu Royaume des Cieux vendus aux crédules au nom d’un certain Christ et l’incarnation de ce dernier par des armées de clones assoiffés, au sommet, d’un pouvoir totalitaire et morbide ? Noires sont les âmes de ce sommet : rien n’importe aux leaders jésuites sinon le pouvoir qu’ils peuvent tirer pour eux-mêmes de l’agitation permanente d’une marionnette christique avec laquelle, par commodité temporaire, ils se confondent : ni la gauche, ni la droite, ni le juste, ni l’inique, aucune autre religion que la leur, sectaire, rien d’autre que ce qui accroît leur pouvoir et leur influence, et le tout non par sincère conviction, mais par obéissance !

C’est ce qui explique qu’au nom de la diversité, l’Ordre étende ses vicieux tentacules partout où il le peut. C’est ce qui explique qu’un Bergoglio puisse s’être opposé fermement à la Théologie de la Libération que soutenaient, outre Arrupe (l’antépénultième pape noir), à en croire Nicolas, les deux prêtres argentins torturés par la dictature de Videla, jésuites eux aussi, dont le nouvel « évêque de Rome » continue d’être à demi-mot accusé de complicité dans la dénonciation. Que penser d’ailleurs de l’enlèvement massif d’enfants d’opposants par la junte argentine, placés de force dans des familles de militaires du régime après que leurs mères furent intentionnellement assassinées (8) ?

Tout est subjectif puisque rien sinon Christ-Mort ressuscité à la gloire de la Compagnie n’a d’importance pour le sommet. Que ceux qui s’imaginent donc que le démantèlement de la Curie – voire du Vatican tout entier – que not’ Georges-Marie, tellement conscient du déluge de péchés capitaux que ne manquerait de révéler la publication de tout ou partie du rapport sur les finances de l’Eglise et les abus sexuels ecclésiaux sur mineurs dont il s’entretiendra samedi qui vient avec son prédécesseur, contraint par chantage et intimidation à la démission, qu’il demande à chaque occasion à la foule – pas uniquement pour « s’humilier », espérons-le pour lui – de prier pour sa réussite, est susceptible d’accélérer, rendant possible la double lecture de son rapprochement avec les « schismatiques » d’Orient, tels que les qualifient les Constitutions de la CJ, comme une ambition de décentralisation et une volonté d’unifier certains chrétiens (face à un péril extérieur qui guette, malgré la paix chère à Francisco ?) – serait la garantie d’un surcroît de progressisme et de libéralité morale laissent au placard leurs lunes…

Que ceux qui croient que parmi ses objectifs réputés humanistes, « l’évêque de Rome » chérisse particulièrement la guérison des douze Sidéens dont il a naguère lavé les pieds et la mise au point à brève échéance d’un vaccin qui empêcherait d’autres de rejoindre leur triste sort prennent la peine de lire ce qui suit…

Act Up !

Bergoglio lavant les pieds de douze malades du SIDA

§ 272 : « tous veilleront à tirer du fruit des maladies du corps, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour l’édification des autres, en ne se montrant ni impatients, ni tristes, mais bien plutôt en ayant et en manifestant une grande patience […], usant de paroles pieuses et édifiantes qui montrent qu’ils acceptent la maladie comme un don de la main de notre Créateur et Seigneur, puisqu’elle ne l’est pas moins que la santé. »

Derniers jours de J-P II

Que ceux qui se seraient émus en voyant hier ce pape sortir de sa papajeep pour aller embrasser une personne trisomique parmi l’assistance daignent, s’ils s’intéressent aux doubles standards, lire pour leur édification les paragraphes suivants…

§ 186 : « il faut remarquer que ceux qui ont des difformités ou des défauts physiques notables, par exemple ceux qui sont bossus ou contrefaits, que ce soit de naissance ou par suite d’une cause extérieure, comme des coups ou d’autres choses semblables, ne sont pas faits pour notre Compagnie. D’une part, de telles choses sont habituellement un obstacle pour le sacerdoce et, d’autre part, elles n’aident pas à l’édification du prochain avec lequel nous sommes en relation en raison de notre Institut […] »

§ 29, 30 et 185: « [parmi les empêchements qui excluent de la Compagnie, un facteur serait de] souffrir d’une maladie où le jugement en vienne à s’obscurcir ou à n’être pas sain, ou [d’] avoir une prédisposition pour cette maladie [car ceci] porterait un préjudice notable à la Compagnie elle-même […] ; [ou encore de pâtir d’] une déficience physique, [d’] une maladie, [d’] une faiblesse ou [d’] une difformité notable […].»

Une telle mesure est-elle même légale au regard des lois anti-discriminations et des lois sur le respect de la vie privée (auxquelles sont heureusement soumises, en principe, les compagnies d’assurance et, plus largement, les entreprises du Monde de l’En-Bas, notamment) ?

Enfin, ceux qui croient encore au Père Noël sont invités avec suave persuasion à prendre connaissance de la glorification de la pauvreté dont Saint-Nitouche se veut le héraut :

§ 161 : « les dons extérieurs : noblesse, richesse, notoriété et choses semblables ne suffisent pas si les autres manquent, de même qu’ils ne seront pas nécessaires quand les autres existent. Cependant, dans la mesure où ils donnent de l’édification, ces dons rendent plus aptes à être admis ceux qui le seraient, sans eux, en raison [de qualités spirituelles]. »

§ 258 : « [celui qui a la charge de toute la compagnie] peut, mieux que [quiconque], comprendre ce qui convient et ce qui est le plus urgent dans tous les lieux [d’une Province donnée], en tenant compte des rois, des princes et des autres autorités, pour ne leur donner aucune raison de s’offenser. […] »

§ 254 : « pour que tous commencent à faire l’expérience de la vertu de la sainte pauvreté, on leur apprendra qu’ils ne doivent utiliser aucune chose comme leur étant personnelle. […] »

§ 287 : « que tous [les candidats] aiment la pauvreté comme une mère […] »

Tout ceci devrait amener tous les observateurs, au premier rang desquels les journalistes qui lui servent la soupe, non à intenter un quelconque procès d’intention – par nature infâme – à un fonctionnaire liturgique dont seul l’examen de la conformité entre les paroles, les actes et les décisions fera sens, ni à faire l’impasse sur l’humilité et la chaleur qui semble émaner du nouvel « évêque de Rome », mais à se souvenir que l’encensoir n’est pas un outil d’édification (encore moins d’information), et ainsi ils serviront le Seigneur ! Renoncer à la posture panurgique au bénéfice de l’esprit critique devrait donc, compte tenu de ce qui précède, leur permettre de comprendre que Georges-Marie a choisi de n’être plus de ce siècle, de n’être plus un homme, mais une espèce de clone dont le seul but ultime est de servir pour l’instant, à l’endroit où elle l’a placé, la funeste compagnie dont il est issu, à travers la glorification de la crucifixion d’un prisonnier d’opinion du temps jadis.

Pauvres pécheurs, Dieu nous garde…

_____________

(1)    Lire : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130316.AFP6757/en-se-disant-notre-eveque-il-nous-dit-son-programme.html

(2)    « Il nous semble », peut-on lire dans le paragraphe 231 des Constitutions de la Compagnie de Jésus, « […] que ceux […] qui partent d’eux-mêmes ne doivent pas être reçus sans qu’auparavant le Supérieur du lieu […] d’où ils sont partis, ou le Préposé général […], ayant été averti, ait donné son accord […] »

Source : http://www.jesuites.com/documents/constitutions_nc/constitutions-index.html

(3)    § 119 des Constitutions de l’Ordre

(4)    La censure littéraire à l’égard des novices de l’Ordre, qui imprime plusieurs paragraphes de ses Constitutions et leur esprit tout entier, amène à écrire que le livre ici cité serait sans doute rangé du côté des œuvres impies :

–          § 251 : « […] on donnera […] à l’âme sa nourriture en lisant un livre plutôt pieux que difficile […] »

–          § 266 à 268 : « Qu’il n’y ait pas […] d’instruments qui servent à des choses vaines [par exemple] des livres profanes […] »

(5)    Sécularisation et religions politiques, Ed. Mouton de Gruyter, Berlin, 1982, p. 334

(6)    § 160

(7)    Source : http://www.victorclaveau.com/htm_html/Anti-Catholicism/jesuit_oath_debunked.htm

(8)    Lire : http://www.rfi.fr/ameriques/20110301-argentine-juge-voleurs-bebes-dictature

____________

N.B. :

– La mise en caractères gras de passages des citations relèvent de mon choix éditorial. Par ailleurs, la traduction de l’addendum supposé au quatrième vœu, que ne sont tenus de formuler que les membres supérieurs de la Compagnie, est personnelle.

– Si vous êtes en quête d’émerveillement, visitez http://www.paulamar.fr/

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