Introducing… D Jahnus, guest « prêté » par Weekidmuze…

D Jahnus

D Jahnus dit :

« Un messie pour chaque clan, la divine onction à l’avenant… »

Scott Williams plays Hammered Dulcimer

Si la musique est omniprésente sur ce blog, ce n’est pas sans raisons. « Close Encounters of The Third Kind » le soulignait déjà à sa manière : si d’aventure l’un ou l’autre alien se hasardait du côté du caillou le plus enviable de la galaxie laiteuse sans avoir au préalable incorporé à sa puce turbo-mnémonique offline l’ensemble des idiomes y véhiculés, de quel autre vecteur que la musique disposerions-nous donc pour établir avec lui un contact non limité au militaire ?…

Infinie dans son répertoire, la musique est aussi éternelle, et elle parle un langage qui n’appartient qu’à elle. La scripture est certes conservée également quelque part, en quelque secrète orbite, mais espérez-vous vraiment – quadrature du cercle, vous en conviendrez – que notre alien, à défaut de remonter le temps ou d’engloutir une pluriséculaire téléproduction qui le laisserait groggy,  s’enquerrait du contexte dans lequel elle a fermenté ? L’écrit consumé, ne restent que les sons, qui s’envolent et à jamais survivront si le justifie le céleste concert de leurs mélodies, car, lui aussi assis dans une histoire, le scénario musical est cependant accessible au tout-venant, et si le supersigné serait bien le dernier à rejeter en bloc quelque genre musical que ce soit, tant peut se dénicher en tous la perle rare annonciatrice du champ champagne mystifié dans les abysses d’un océan perdu mais bien là, il lui faudra toutefois convenir que certaines textures musicales sont plus ragoûtantes que d’autres, plus raffinées en tout cas, que certaines saveurs musicales s’avèrent plus aptes que d’autres à plaire au palais des sons décoré de nuances, de sensitivité et de sens, que certaines effluves stéréo et les hologrammes dopaminés qui en surgissent leur confèrent un cachet dont d’autres ne peuvent que rêver, de sorte qu’à jouir d’un aussi subtil entrelacs de qualités, même un Orionnais moyen tomberait en pamoison…

Tous nos temples, nos statues, nos merveilles : pulvérisés ou à jamais figés lorsque s’essoufflera l’Helios qui nous a vus naître, et comment, alors, sinon par stridences, vagues et fréquences assorties, le phœnix ancien s’inscrirait-il encore dans la lumière du sombre magma d’étoiles parsemé ? Diane, ô,  Diane, toi qui, à intervalles, par bourdonnantes vocalises en nos esprits t’instilles, écoute donc la symphonie monumentale en ton honneur composée, accepte-la non comme une offrande, mais telle une aube aux mille couleurs dont parer ton insondable réacteur. Demain, soyons en sûrs, si par grâce nous le méritons, nous chanterons sous ce ciel azur, et en bien d’autres horizons, l’antique antienne de l’air pur muée en rivage de diapason…

Beaumont Hannant, Mind Colours

L’univers n’est que matière, et la masse de cette matière est le produit de la pensée.

Kliment, Fairdreamers

Celui (Celle) qui nage à contre-courant vers la source de la rivière ne se laissera plus porter par les flots.

Les fonds marins disent non à Antipop Consortium !

Koan, Buyan Island

–          Après avoir tant appris, il incomberait donc de désapprendre ? dit au sage l’enfant.

A quoi sert-il d’apprendre alors ?

–          A désapprendre, répondit le sage.

***

(ajout du 1er décembre 2014)

Le singe et les incantations…

Parmi les slogans que nous a légués mai ’68, nombreux sont ceux qui, outre qu’ils prêtent de nouveau à réflexion, paraissent trop péremptoires que pour être appliqués au premier degré dans la structure sociale, car ils la rendraient parfaitement chaotique. Rien d’illogique à cela : ce ne sont que des slogans…

« Il est interdit d’interdire », le plus emblématique d’entre eux, est aussi, de nos jours, le plus sujet à contestation manichéenne : où le sage se contenterait de salutaires bémols, laissant le reste de la proposition intacte, un certain esprit réac’, qui a le vent en poupe, en ferait volontiers table rase.

Si on l’appréhende de manière cartésienne, cette maxime semble contradictoire dès sa formulation : s’il est interdit d’interdire, il est, par la force des choses, interdit d’interdire d’interdire. Et ainsi de suite à l’infini, par mise en abîme binaire. La considérer sous l’angle du koan serait donc préférable, quand bien même cartésianisme et koan consacreraient leur hypothétique et éphémère jonction dans le principe de centralité du doute méthodique.

Qu’est-ce qu’un koan ? C’est une historiette, un court dialogue ou une affirmation utilisée par le maître zen pour déstabiliser ses élèves, les mettre à l’épreuve de l’esprit critique. Typiquement oriental, c’est la mise en mots d’une contradiction apparemment insoluble, d’une position au premier abord iconoclaste, ou encore d’une aberration trompeuse; c’est une superposition de plans sémantiques dont chacun, en particulier, est invité à faire sens, au pluriel, en suivant le chemin de la sagesse, loin de toute révélation martelée, de toute vérité méthodiquement scientifique. Socrate en eût bu du petit lait, et peut-être cela aurait-il changé son destin…

Quadrature du Cercle

A l’interdiction d’interdire, qui constitue la boucle parfaite — une bulle, diraient certains — pourrait répondre, comme pour compléter l’intimation désabusée, une autre formule tout aussi concentrique, que les quasi défunts soixante-huitards n’ont enfanté que par fertilisation de gamètes tardive : « obéis ou soulève-toi »…

Toutefois, pondu dans la France obscurantiste de l’ère 2007-2012, qui a précédé l’ère de l’absurde accompli, non moins mâtinée de verges (fussent-elles, dans le second cas, bien plus lentes à la détente), ce koan-là, au contraire du précédent, ne s’annihile pas; il se renforce par-delà l’apparente antithèse. Tous deux sont, en quelque sorte, les témoins de leur époque : auto-neutralisation consumériste pour les hippies de naguère, sur le mode affirmatif général, austère absence proclamée d’alternative pour la génération du désenchantement, sur le mode impératif particulier…

Si la subtilité vous échappe, laissez-moi vous l’expliquer…

Le premier slogan semblait instituer une liberté absolue de chacun, conquise sur le système patriarcal, normatif et dogmatique. Immanquablement, la fragmentation extrême des libertés qui en résulterait, des libertés nécessairement amenées à s’affronter en raison de leur ambition illimitée, constituerait l’entrave rédhibitoire à ce projet, de sorte que la négation de l’idéal visé tenait en son principe premier lui-même, lequel principe était d’autant plus socialement dévastateur qu’il confondait, en outre, tous les possibles du versant économique de l’action politique : quoi de commun, en effet, entre poser qu’il est interdit d’interdire la nationalisation de telle entreprise, et la privatisation de cette même entreprise ? La liberté individuelle a ainsi confiné au nihilisme social, qui s’est avéré propice au consumérisme. Or, s’il est concevable que, dans une certaine mesure, tous les choix individuels se vaillent, il n’en va pas de même des orientations collectives. A cet égard, le retour de manivelle contenu dans la proposition pourrait témoigner soit de la lucidité de ses auteurs, soit de leur capacité de prédiction inconsciente. De deux interprétations l’une : ce dernier annonçait soit une résurgence du patriarcat, soit l’avènement du père de substitution qui prendrait la place laissée vacante par le père passablement trucidé, à savoir la nouvelle tutelle que l’on nommerait marché, voile pudique de blocs d’oligopoles qui, s’appuyant sur le chaos relatif instillé par la liberté absolue, se doteraient d’une nouvelle prétention d’autorité. Si c’est dans le marché que de très nombreux hippies ont trouvé leur salut, une résurgence de l’avant n’est toutefois pas impossible pour leur progéniture…

En ce qui concerne le second slogan, il semble porter un espoir : « soulève-toi, et tu seras libre ! Tu as (encore) le choix ! » Certes, un maoïste bourgeois de confort eût pu en dire autant, il y a quarante ans. Mais, de nos jours, l’on cherche en vain les alternatives idéologiques dans le paysage immédiat, fussent-elles utopiques. Et la morne plaine qui s’offre à nous nous amène à nous demander de quel choix réel nous disposons encore, nous, les désenchantés. Tout compte fait, le semblant d’alternative proposé ressemble à s’y méprendre à un seul mot d’ordre, décliné, pour la forme, en deux variantes fort similaires. S’agirait-il de deux options d’obéissance au prix d’une ? Bien sûr, la première équivaut à une obéissance au système en place, à l’establishment, mais qui pourrait croire que, dans les conditions présentes, la seconde n’est pas qu’une illusion ? Et qui pourrait garantir que, si, par miracle, quelqu’hypothétique soulèvement collectif s’avérait, malgré tout, efficace, cette seconde obéissance n’aura pas été qu’une sujétion a priori à un autre système en puissance, peut-être plus liberticide encore ? A ceux, zadistes et autres, qui se battent physiquement sur le terrain, l’interrogation pourra paraître intellectualiste, mais tant diverses instrumentalisations partisanes de mouvements populaires récentes que les totalitarismes du XXe siècle ne démontrent-ils pas qu’elle n’en est pas moins fondée ?…

Ils pourraient me rétorquer que la résolution au statu quo n’a jamais été le moteur du progressisme, et qu’elle impliquerait une souscription de fait à « la fin de l’histoire »… et ils n’auraient pas tort. Mais aurais-je moins raison qu’eux si je soulignais, en retour, la perpétuelle répétition des mêmes combats ? L’humanité est en mouvement, certes, et rien n’est jamais définitivement acquis, mais, alors qu’en Europe, les plus lucides d’entre nous – et ceux qui ont le plus de mémoire – regardent avec nostalgie dans le rétroviseur du Conseil national de la Résistance cependant que son œuvre est dogmatiquement détricotée par les charognes, et, alors qu’aux Etats-Unis, la misère noire affiche une mélancolie comparable à l’endroit de la rébellion initiée par King, il y a une cinquantaine d’années, ce mouvement ne revêt-il pas, pour les damnés de l’humanité, les allures d’une boucle, ou, plus exactement, d’une roue pour hamster qui a tout du tapis roulant ? Ne pourrait-il, en somme, s’apparenter lui-même à une espèce de koan ?

La principale originalité de l’être humain réside dans sa possibilité de déconstruire et de dépasser les déterminismes. S’il est un progrès dont il peut se targuer d’être l’auteur, c’est bien celui-là ! Mais, considérant ce qui précède, et nous rendant, bien malgré nous, à l’évidence que droit et droits succombent au plus primitif des rapports de classe, comment maintenir sa foi en lui ? Et comment, surtout, se prémunir contre la vilaine – et ô combien politiquement incorrecte – tentation de considérer que, dans ces conditions, la lutte elle-même est devenue un déterminisme social, une illusion de mouvement dans l’immobilité de l’ensemble, qui permet juste de ne pas sombrer dans la résignation, et, au-delà, dans la folie, une quadrature du cercle qui ne se révèle qu’aux désespérés ?…

Et si la crise était surtout philosophique ?…

Laisse tes pensées vagabonder, et surtout ne rêve pas…

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