La gauche, c’est maintenant !

Où est la gauche

S’il est une chose pathétique, c’est bien l’obstination revendiquée dans l’erreur, n’est-ce pas, Messieurs dames ? Or donc, si est pardonnable l’enfant qui peine à se faire à l’idée que mouiller son propre froc n’est pas le moyen le plus sûr de gravir l’échelle sociale, il en va tout différemment de ceux qui, au sommet, s’y accrochent et s’y accrochent encore, d’une seule main humide et glissante au besoin, avec la même arrogance que tous les parvenus de la finance dont ils ont fait métier de cirer les pompes, confondant, dans un psychopathologique amalgame qui mérite analyse, leur propre pouvoir et le pouvoir tout court, aussi frelaté qu’eux et leurs semblables aient pu le rendre au fil des décennies.

Ainsi donc, Jeromeke aurait, dès sa démission et la publication de ses aveux ô combien touchants,  appelé le président de l’Assemblée nationale française pour lui faire part de son intention de rejoindre les rangs de ceux à qui il a menti éhontément, des mois durant, quant à l’existence de son fameux compte helvético-singapourien ? L’enregistrement confidentiel d’un entretien qu’il a eu cette semaine via Skype avec le ministère de l’Intérieur français, que s’est procuré, au terme d’une soirée bien arrosée au champagne au Ritz de Lille, le journaliste d’investigation Hubert Beuve, tend en tout cas à accréditer cette thèse. En voici, en exclusivité franco-belge, quelques extraits…

Jérôme : Claude, arrête de déconner, tu sais bien que je suis le bouc émissaire de l’affaire.

Claude : écoute Jérôme, tu y es actif depuis suffisamment longtemps que pour savoir comment fonctionne la politique, non ?

J : Manu, Pierrot et même Francis : tous savaient, bordel ! Tous m’ont dit : « t’inquiète pas, garçon, jusqu’ici, tout va bien ». C’est bien simple : je fais mon Béré, je réintègre l’Assemblée, avec salaire et avantages, ou je balance.

C : je sais que c’est même Pierrot, parlant de tempête dans un verre d’eau, qui t’as conseillé de rester mais faudrait savoir, Jay. Pour l’instant, il y a quelques journalistes qui, par charité d’âme, feignent de s’apitoyer sur ton sort. Si tu menaces de reintégrer ton siège de député, je balance notre conversation aux médias et je propage la rumeur que c’est au moins d’une dizaine de millions qu’il était question.

J : mais c’est trop injuste ! Tu sais bien que Finchelstein, « l’oiseau rare » de chez Jean-Havas (1), notre Patrick Janssens à nous en quelque sorte, faisait le go-between pour nous tous.

C : justement, mec, t’imagines pas le merdier ! Fucks nous tient par la barbichette maintenant ! Heureusement, on a L’Univers et Apathie dans notre poche, mais les autres veulent de la bidoche, la tienne n’était pas assez tendre !

J : écoute, Claude, là, j’en peux plus, moi. Je suis comme JR dans le dernier épisode de Dallas. J’ai un scotch devant moi, et le revolver à la main.

C : bon, je vais voir ce que je peux faire. J’en parle à Francis, mais je te garantis rien. Il est fébrile, vieux. Je l’ai jamais vu aussi fébrile. C‘est comme si le fantôme de sa mère lui était apparu : « François, il sera jamais président ahahahah aaaahh ». Ca commence à tournoyer dans sa tête à lui aussi. La preuve : il m’a parlé de son projet de lancer une nouvelle version des Hunger Games entre ministres et députés ! Ils vont tous se faire tirer comme des lapins !

J : sauf Montebourg, ce fumier ! Allo, allooo !!!

Là s’arrête la bande, mais pas le scénario à deux balles, qui se poursuit comme suit : « j’ai demandé à […] Moscowiczi au mois de décembre quelles étaient les informations dont il disposait. Et il a dit exactement ce qu’il a dit aussi bien à l’Assemblée nationale qu’aux journalistes, comme il l’a d’ailleurs dit aussi aux présidents des commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat [à savoir qu’il] n’avait pas d’informations. […] » Et il le leur a dit les yeux dans les yeux, aurait pu ajouter jeudi, sur RTL, le premier ministre de la France, inbashable car si débonnaire.

« […] Le problème principal de ce pays, aujourd’hui, c’est pas le Front national, hein, c’est la politique qui est menée, et eux profitent de ça. Que les choses soient claires : pour le combat, il faut changer de politique », déclarait pour sa part, dans la 24e émission de la saison de « Le Bon et la Brute », sur Paris Première, un représentant du Front de Gauche. Voilà bien le nœud gordien, en effet, que ne parvient, nulle part en Europe, à trancher cette gauche molle qui s’affaisse devant une commission européenne despotique renforcée par un Conseil des Ministres schizophrène, sadique et germanosoumis ! Car qu’importe d’attendre le résultat des prochaines élections teutonnes, dès lors que ce sont les textes constitutifs de l’Europe eux-mêmes, le fameux traité de Lisboa (prononcez : lèche-bwo) étant le dernier en date, qui inscrivent « pour l’éternité dans la pierre du Berlaymont » (c’est-à-dire le siège de la Commission européenne) le commerce sans la moindre entrave en guise de pierre angulaire de « la municipalisation de l’Europe dans une économie mondialisée », comme l’écrivait, avec la fierté du parvenu arrogant, le directeur de l’Institut Hayek d’alors dans une tribune publiée par Le Monde le 25 mars 2005, dans laquelle l’intéressé défendait avec la ferveur de la classe dominante le principe du pays d’origine dans la directive ‘services’ pondue par Frits (cf. post suivant).

Quelle promesse providentielle de changement radical pourrait, en outre, contenir l’Umkehrung de la majorité allemande dès lors que l’on sait que c’est sous le gouvernement social-démocrate qui l’a précédée qu’a été enclenchée la révolution thatchérienne de l’Allemagne, que des cercles élitaires mécontents s’y plaignent de plus en plus ouvertement de la trop grande latitude que laisserait Frau Merkel à ses partenaires, et que, à l’image de cette dernière, le nouveau président du Parlement européen, celui que le Joker transalpin avait affectueusement qualifié, en pleine séance, de Sergent Schultz, en référence, sans doute, à la série Hogan’s Heroes, ne jure lui aussi que par la rigueur budgétaire suffocante des 3 % ?

Jan Dries, Lichtbeeld

Oui, l’Europe est un beau projet, à la condition qu’elle s’affranchisse de ses dogmes idéologiques et ne cherche pas à singer les Etats-Unis, mais développe une identité propre, originale et pluriforme (qui peut passer par une France meneuse des pays méditerranéens au sens large, et une Allemagne à la pointe des pays nordiques, à charge pour les pays de l’est de choisir leur préférence) ! C’est ce projet, pourtant – tout projet européen, en réalité –, que sont en train de détruire à petit feu par leur obstination puérile et leur hâte irrationnelle un quarteron de politicards qui persistent à ne pas comprendre qu’elle doit être désirée, et dont les divisions social-démocrates, accrochées au pouvoir comme des morpions à une toison pubienne, ont perdu toute raison d’être à force de se détourner de ceux d’en bas, de ne plus tourner que pour eux-mêmes et leur baronnies et ainsi de profaner allègrement les tombes virtuelles de ceux qui, du 19e au milieu du 20e siècle, jusques et y compris ce Hessel qu’elle a loué avec tant de populisme lorsqu’il s’est éteint – gageons que le bougre savait pourquoi ! –, ont donné leur vie pour permettre à une poignée d’arrivistes qui s’en réclament aujourd’hui de faire la roue à la télé et de se pavaner dans des voitures de fonction.

En ce sens, le spectre de Cahuzac a raison : c’est trop injuste qu’il soit le seul à écoper ! En dehors du cercle d’initiés à sa traîtrise (coupables de complicité de fraude fiscale, que je sache), qui n’a plus rien à faire au gouvernement, c’est l’ensemble des affidés du maître du Sofitel – du petit vieillard radoteur et opportuniste, si l’on préfère, pas si éloigné, tout compte fait, de la witch qui vient de s’éteindre à Londres – qui doivent faire l’objet d’une purge, municipales et européennes en vue ou non. Parisot, citoyenne comme une autre, dans les cordes, et enfin l’audace à la place : c’est ça, la gauche ! Et si ce n’est pas ça, ce sera la vague !

La gauche est morte ! Vive la gauche !

____________________

(1)    Lire : http://www.liberation.fr/politiques/2013/04/10/cahuzac-moscovici-valls-faisaient-com-si-de-rien-n-etait_895326

Publicités
Catégories : Politique / Société | Étiquettes : , , , , , , | Poster un commentaire

Navigation des articles

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :