Il y a quelque chose de pervers au royaume des Pays-Bas…

S’agit-il de l’embargo médiatique – imposé sans doute au nom de quelque supérieure raison – autour de la pédoprédation multirécidiviste plus que présumée du sieur Demmink, cet ancien haut fonctionnaire repris de justesse à la Justice après avoir dodeliné du postérieur à la Défense (sur le service de renseignement duquel il aura indéniablement exercé pendant des décennies sa si bienveillante tutelle), embargo quasi communément respecté dans le pays, alors que ne cessent de s’enflammer les rédactions internationales et presque tout ce que le monde compte de cénacles réputés respectables ? Certes non, ce triste sire ne mérite pas sur ce blog une ligne de plus !

S’agirait-il alors, plus généralement, de la latitude morale qui caractérise le pays depuis les années ’70, aujourd’hui menacée de toutes parts, au nom des excès auxquels elle a donné lieu, par les purs sbires de l’ordre homonyme ? Pas davantage : le quelque chose dont il est question est révélateur d’un état d’esprit contemporain qui s’étend loin au-delà des frontières de ce pays et, dans ce cas, cette misérable boîte noire à rayons nucléaires vers laquelle, par dépit, continue de se tourner l’esprit curieux porteur de l’espoir vain d’y trouver encore quelque fruit juteux qui stimulerait son intelligence plutôt que ses pulsions, en lieu et place des discours convenus, des promos incontournables et des gadgets modernes que cherchent à lui vendre des puces surexcitées qui vont où les porte le vent en prenant toujours bien soin de se couvrir les yeux pour ne pas voir la misère, y tient un rôle prépondérant.

Ce quelque chose, c’est l’intronisation, lundi prochain, du nouveau roi, consécutive à l’éclipse prématurée de l’actuelle tenante du titre, un événement à laquelle la crue télé du cru fait bien sûr la part belle. Certes, la famille d’Orange fait partie des plus grosses fortunes mondiales : elle est littéralement partie prenante à l’économie de son pays puisqu’elle détient un nombre considérable d’actions dans (au moins) une quinzaine de rentables entreprises cotées en bourse, à commencer par Shell. Certes, son arbre généalogique est entaché (lui aussi) de remarquables pas de travers, dont le moins considérable n’est sans doute pas la sympathie nazie de feu le prince Bernhard, fondateur du groupe Bilderberg.

Certes, pouvoir mener, aux frais non de la princesse mais du peuple, la dolce vita permanente et échapper ainsi au diktat du travail (au sens le moins noble du terme) que ne cesse d’utiliser (là ou ailleurs) la maîtraille élue pour mater les troupeaux de serfs mérite bien, en retour, quelques critiques, quelqu’ironie, voire même une pincée de cynisme. Le caractère ordurier du traitement réservé, ces dernières semaines, à son altesse, dont les escapades nocturnes de divers acabits semblent n’avoir pour les petits papes cathodiques aucun secret, relève toutefois d’un très différent registre…

Allusions bovines à l’égard d’une princesse dont la délicatesse mérite sans doute un léger polissage, références cocaïnées, one-man show graveleux et vulgarissime qui implique la reine sortante, chanson mielleuse ultra-commerciale composée pour le passage de témoin truffée de fautes grammaticales et à la sémantique douteuse, et clins d’œil répétés à la personnalité supposée bourrine du roi in spe, décrit à demi-mot comme unfit for the job : tout y passe. Et la plèbe se régale, une plèbe pourtant massivement acquise à la monarchie (à hauteur de 80 %, paraît-il), dans ce pays gagné sur la mer où la dissension républicaine fait preuve d’une très protestante discrétion. Molière, Shakespeare et d’autres à leur suite raillaient les mœurs des gens de pouvoir; dans cette pièce contemporaine d’un genre nouveau, ce sont les monarques eux-mêmes qui, dans leur propre rôle, celui qui leur est attribué par le divertissement populaire en tout cas, jouent les fiers écervelés.

C’est dans cette contradiction que la perversion fait son nid, non pas selon la perspective moraliste désuète qui qualifie de perversion tout comportement, tout acte, qui s’écarte d’un hypothétique droit chemin, mais selon une approche plus psychanalytique. Qu’implique, en effet, en ces temps troublés dénués des pseudo-certitudes de naguère, le vaudeville ainsi mis en scène ? Il implique que, pour qui sait voir, le roi sera nu, mais que la monarchie n’en sera pas moins maintenue. En d’autres termes, que l’illusion monarchique sera exposée, mais entretenue malgré cette exposition. Maintenir un roi pour pouvoir lui lancer à la figure des tomates pourries, comme on maintient une illusion de liberté pour mieux la contrecarrer par tous les moyens possibles : comment mieux illustrer la décadence, l’évaporation de l’ambition sociale commune qui a forgé tous les peuples, celui-là en particulier ?

Mais en quoi pareille régression transcende-t-elle la figure royale ? C’est simple : de l’illusion bourgeoise ainsi distillée par des médias qui orchestrent leur prise de pouvoir latente sur le mode de la barbichette que l’on se tient émerge de part et d’autre de l’écran une frustration, qui confine l’ensemble des protagonistes à la passivité et la société dans son ensemble au cliché. Que ne rêverions-nous d’avoir – le terme est de mise – un roi qui bouscule toutes les conventions idiotes et dont le clou du spectacle serait un vibrant plaidoyer en faveur de la république et de la liberté, la sienne et celle de ses ex-sujets ! A supposer qu’un jour l’une ou l’autre tête couronnée de l’une ou l’autre monarchie-croupion européenne rescapée trouve ce courage, elle en serait empêchée par les médias bourgeois !

Le voyeurisme de ces derniers ne vise pas l’émancipation, mais la servitude à des schémas du passé. Leur excitation du public inhibe la pensée. Leur double jeu méprise ceux du bas, qu’ils gavent de démagogie politiquement correcte : les médias anciens sont à la fois l’acteur et l’outil principal qui empêchent le progrès social, définissent le cadre alléchant de la transgression de la norme et rendent simultanément impossible toute transgression significative au grand jour. C’est ce qui en fait, sous des atours modernes, des vecteurs de conservatisme. C’est ce qui annihile l’horizon ! Les médias anciens sont la cause de la schizophrénie latente qui tue les vieilles sociétés à petit feu : ils sont le négatif des films pelliculaires révolus qui se présente comme positif, et ils invitent par la perversion à trucider au second les mythes bourgeois qu’il incomberait encore au premier degré de glorifier !

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