Archives mensuelles : mai 2013

Ce jour-là…

Ce jour-là, personne ne parlera. Quelqu’un sera-t-il même là pour saluer celui qui, peut-être, sera resté ermite ? Et d’ailleurs, l’ectoplasme de l’intéressé sera-t-il clément envers les hypocrites parmi les rescapés présents ou les poursuivra-t-il de sa morgue éternelle ? « On se connaissait ? », pourrait-il leur susurrer à l’oreille avec le sarcasme qui ne l’a jamais quitté.

« Dying young is far too boring these days », chantait je ne sais plus quel groupe de proto-heavy. Oui, mais voilà, these days, c’étaient les nineties. C’était le dernier clash avant l’insipide. C’était la décennie entamée par la déconstruction de la barrière de béton berlinoise dont certains parmi nous ont pu aller, dans la foulée, examiner les ruines, de loin moins romantiques que celles, antiques mais toc, qui surplombent la colline qui fait face au parc Sans-souci, à Potsdam. « Jamais l’Allemagne n’aurait dû se réunifier », bougonnaient alors certains des Wessies que l’on croisait sur les terrasses de la Potsdamer Platz. Quand bien même elle ne l’eût fait, aurait-on échappé au spleen ?

Le spleen, voilà bien la gravité qui, par électromagnétisme, a attiré à elle comme un aimant, sinon ma génération, plusieurs de ses représentants qui me furent un temps plus ou moins proches. Mais, en réalité, il n’a pas d’âge, ou plutôt, il les a tous.  Et ce ne sont pas des générations, notion dont la technique a écourté de manière phénoménale la portée réelle, mais plutôt des individus qui y succombent. En raison d’un déterminisme du milieu familial ? Que les psychiatres et autres amoureux de la norme se penchent donc sur la question : pendant ce temps, ils nous foutront la paix !

Déterminisme ou pas, il y a des êtres fragiles pétris de doutes, pour qui insertion rime avec prison. Cette fragilité est leur force, en réalité, car c’est leur originalité dans une société de pseudo-certitudes. Ils sont sans attaches. C’est ce qui les rend libres. Mais, alors qu’ils planent au milieu des possibles, le poids de cette liberté devient parfois trop lourd. Sans oublier toutes les occasions manquées à attribuer à des horloges asynchrones qui troublent de leur dense brouillard les significations, ni le manège qui rappelle à son ordre et cadenasse, fût-ce subconsciemment : « voie interdite », affiche fièrement l’écriteau, au détour d’un sentier, dans la forêt sombre.

« This road has no end. It probably goes all the way around the world », affirmait pourtant River, dans le film. Perpétuité de l’horizon et légèreté confuse face à la pesanteur du présent tel qu’il s’impose par chez nous, confusion des sentiments mêlée à la quête d’un sens si volatile, rêve bleu « into the wild » de la jungle urbaine et de sa raison froide et égarée dans le miroir déformant, autour de laquelle parade avec de moins en moins de vergogne la répugnante médiocrité consensuelle, sensuelle insouciance anéantie par le fonctionnalisme civilisé. La voilà, pourtant, la beauté, bande d’ignares : dans l’ouverture réservée des pétales sur le monde, le renard qui, futé, se dérobe au regard; plus que dans toutes les cathédrales qu’a pu ériger la vanité, dans la beauté des sales gosses demeurés enfants de chœur, qu’emporte ici la coke, le long rifle là…

Ce jour-là, donc, personne ne parlera, si tant est qu’après le trépas, la volonté soit enfin consacrée. Il n’y aura aucun prêtre, aucune liturgie, aucun rite : Dieu saura si je les aurai haïs ! Tandis que crépiteront les flammes, je ne serai pas en cage : les fidèles auront su choisir le coin de verdure sauvage où honorer une présence qui leur fera alors défaut. Pas davantage d’encens que d’autres symboles, mais un énorme joint comme liant, que les convives éplorés mais joyeux se passeront by the left hand side, tandis qu’ils écouteront le Burning Spear qui les rappellera à leur propre éphémère, les Solar Fields de l’horizon d’espérance, ou encore le Pink Floyd de l’heureuse nostalgie. A la tienne, l’ami, glisseront-ils peut-être malgré tout, tandis que, dans le ciel, se sera formé un cumulus rieur qui, tout à coup, se transformera en fabuleux bras d’honneur…

 ***

 à Antoine…

Catégories : Catégorie 0 | Poster un commentaire

Mais qu’a donc fumé Dimitri Itskov ?

Méthodiquement disposé non sur quelqu’occulte console dévernie par les éons et ornementée de quelque nébuleuse toile couleur or, mais dans une mare bistrée de boue diaphane, reflet du frimas qui enveloppe de sa brume aigre les surfaces pâlies et ternes des hommes, le crâne a parlé.

C’était il y a soixante-huit ans. J’avais vingt ans. Je traînais au pied le lourd boulet de la gêne auquel me reliait la chaîne des âges. Gauche et tendu, je m’avançais dans cette frêle galerie couverte de la mémoire des pendus, butinant avec pudeur les photographies noircies et âcres de l’abjection et du remords.

Les structures blêmes et faméliques qui y étaient représentées me regardaient comme leur contemporain, nu et dénué de toute appartenance, tandis que le tic-tac dissolu dont l’arythmétique réglait le lieu et qui résonnait comme un faisceau de bombes m’arrachait mes premières larmes humaines.

« Plus jamais ça », colporte-t-on sur les banderoles et dans les beaux discours. Et pourtant… Et pourtant, ma Reine, le mirage des chiffres, l’abondance de péréquations sauraient-ils masquer la Faute ? Sauraient-ils faire s’évaporer l’amertume du déjà vu ? Sauraient-ils faire passer pour impéritie ce qui n’est, en vérité, que méthodique logique ?

Affranchissons-nous, ma Reine. Affranchissons-nous non de nos corps, encore moins de nos âmes, mais de cette pestilence mortuaire qui s’est agrippée à nos destins et dans laquelle, sanglée par d’écœurants prophètes du déclin qui de Toi se réclament mais te craignent au fond, Tu n’as pas Ta main.

Tour Effeil

Je le sais : Tout ce que Tu as créé, Tu peux le détruire. Je n’attends donc de Toi ni commisération, ni charité, mais massacre et attendrissement. Il est temps ! Il est temps de renverser le pendule : non pas son aiguille, mais son axe lui-même, par-delà les pays, par-delà les frontières, sottes conventions qui ne valent que l’histoire qu’elles charrient et le projet qu’elles portent.

Tue le protocole, ma Reine ! Plante avec détermination dans l’organe asséché de tous les coprophages moguls qui peuplent les forteresses argentées de la décadence, et dans celui de tous leurs insignifiants pygmalions, la lance diamantée qui les saisira d’effroi. Tous ont failli, et il doit leur en cuire ! Anéantis l’indigence de sentiments et fais cesser la danse des rois ! Panse, de par le monde, les plaies de toutes leurs victimes.

Voilà, ô ma Reine, respectueux mais debout, les célestes missions qu’aujourd’hui je T’assigne pour qu’enfin naisse l’aube aux milliards d’espoirs et mûrisse l’éon tant rêvé des fiers sans-culottes en pamoison qui, entourés de gracieuses sylphides en extase, des héros prendront la relève. Permets-moi de T’accompagner vers la quintessence, ma Reine. Viens. Viens…

Enfant à l'agonie

Avatar Projecthttp://2045.com/

Catégories : Philo de comptoir, Politique / Société | Étiquettes : , , , , , , | Poster un commentaire

Cannabis : à qui profite le « Volstead Act » ?

Lorsqu’on évoque le libéralisme, c’est – grâce en soit rendue à la propagande quotidienne – à l’économie que l’on pense forcément, exclusivement même, alors que celle-ci est exclusivement capital-corporatiste. Or, qui peut prétendre aujourd’hui n’être pas tant soit peu libéral ? Dans les clans dont l’appellation, le logo et l’historique consacrent cette appartenance idéologique, il est pourtant, en terme de mœurs, des libéraux qui s’assument et des libéraux refoulés. Seuls ceux qui s’assument sont cohérents, en ce qu’ils appliquent leur doctrine non pas par deux poids, deux mesures, mais logiquement. Pour ces libéraux-là, le conservatisme moral(isateur) est un non-sens doublé d’une éclipse de la raison. Au contraire, l’hypocrisie des autres suffit, au nom d’une stratégie de diversion, à justifier ledit conservatisme.

L’auteur de ces lignes a beau s’être opposé au mythe du plombier polonais et ne pas se reconnaître dans le prétendu libéralisme économique des multinationales, il n’en tient pas moins, par le biais de cet article, à manifester son respect le plus sincère à l’un des récipiendaires des Cannabis Culture Awards 2013, Monsieur Frits Bolkestein (économiquement libéral ou capital-corporatiste, no lo se), flanqué, sur le podium, de Madame Hedy d’Ancona (socialiste) et de Monsieur Dries Van Agt (démocrate-chrétien), trois personnalités  néerlandaises au palmarès politique impressionnant. C’est la dernière nommée de celles-ci qui a, ès qualité de ministre de la Justice (avant de devenir premier ministre) œuvré inlassablement à la décriminalisation du cannabis, consacrée par la nouvelle loi néerlandaise relative aux opiacés du premier novembre 1976. En ce temps-là, j’avais un an. Les saisons existaient encore, et l’espoir était permis. Le progressisme aussi !

Frits Bolkestein (libéral), Hedy d'Ancona (socialiste), Dries Van Agt (démocrate-chrétien) et Ben Dronkers (chef d'entreprise et activiste pro-chanvre)

« Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon. »

1 Thessaloniens, 5:21

« Qu’est-ce qui provoque le plus de dégâts : le cannabis ou les mesures qui sont prises pour décourager – voire interdire – la production, la distribution et la consommation de cannabis ? Qu’est-ce qui provoque le plus de dégâts ? Je suppose que ce sont lesdites mesures. Ce que je propose peut se résumer comme suit : traiter le cannabis de la même manière que l’alcool et la nicotine.

Je vais tenter de dissocier les deux principaux aspects [de la problématique], la criminalité et la santé publique. Je commencerai par la criminalité. La police, Mesdames, Messieurs, a perdu la bataille contre le cannabis, et pas uniquement aux Pays-Bas : le président Obama a dit [entre autres choses, avant que ne se répande à travers les Etats-Unis un vaste mouvement favorable à la légalisation du cannabis, que] « la guerre contre les drogues s’est avérée un désastre retentissant ». Feu le commissaire en chef de la police d’Amsterdam Eric Nordholt m’a confié un jour [que] « le politique a fait de mes serviteurs de l’ordre public des chiens pisteurs de hasch ».

Law Enforcement Against Prohibition

Je plaide pour la production régulée de cannabis. Je reviendrai ultérieurement sur cet aspect régulateur. Que les coffee shops soient en mesure de s’approvisionner en cannabis de manière régulée constituerait un coup dur pour la mafia et le commerce intermédiaire. La police pourrait ainsi consacrer davantage de son temps, de ses moyens financiers et de son énergie à d’autres affaires : Actuellement, certains corps de police consacrent la moitié de leur temps – voire davantage – à la lutte contre le cannabis. [Or] il y a, c’est le moins que l’on puisse dire, quelques autres sujets qui méritent l’attention des forces de l’ordre. Avons-nous retenu les leçons de la Prohibition américaine, qui a duré de 1919 à 1933 et a permis à la mafia de croître dans des proportions énormes ? Qui ne connaît des films tels que « Some Like It Hot », basé sur les massacres de la Saint-Valentin ? Selon l’ONU, la mafia engrange, à travers le commerce des drogues – pas uniquement du cannabis, donc –,  300 milliards de dollars par an. Ces profits sont si exorbitants que peu nombreux sont ceux qui résistent à la tentation d’y prendre part s’ils en ont l’occasion.

En 1965 et 1966, j’ai vécu et travaillé pendant quatorze mois dans l’Etat centre-américain du Honduras. Il s’agissait alors d’un pays sous-développé mais calme. De nos jours, 7000 de ses 8 millions d’habitants sont assassinés chaque année. Quiconque lit les journaux sait [en outre] ce qui se passe au Mexique. Je ne l’ignore pas : ceci concerne l’étranger lointain, mais la production, la distribution et la consommation de drogues constituent une seule chaîne. Nous nous trouvons à l’extrémité de celle-ci, et il nous faut nous en détacher.

Pour illustrer l’ultime inconvénient de la situation actuelle, je mentionnerai ce que le programme de télévision Zembla a récemment porté à l’écran : un tiers des incendies domestiques sont occasionnés par des plantations de cannabis dans des maisons louées, qui sont à l’origine d’un détournement d’électricité dont la valeur se chiffre en millions [d’euros]. [En moyenne] la police saisit chaque jour une quinzaine de ces plantations.

La santé publique, à présent : nous disposons d’un institut royal pour la santé publique et l’environnement, nommé RIVM, et celui-ci a publié un classement des drogues en fonction de leur nocivité. Le crack y occupe la première place, l’alcool la troisième, la nicotine la quatrième, et le cannabis la [onzième] ! Il y a aux Pays-Bas – vous le savez sans doute – [plus d’1,6 million] de consommateurs problématiques d’alcool [dont] 400.000 alcooliques reconnus, à ajouter à tous les adeptes du ‘binge drinking’. De nombreux alcooliques pâtissent d’une cirrhose du foie, source de mortalité anticipée. Personne [en revanche] n’est décédé, à ma connaissance, du fait d’avoir fumé du cannabis. Certes, il existe des cas d’addiction au cannabis, je le sais. La folie cannabique, comme on l’appelle, se manifeste par un comportement impulsif, souvent agressif et une perturbation du rythme diurne / nocturne. En définitive, une telle addiction peut mener à une grave psychose, qu’il convient de traiter médicalement. Une éducation adéquate est par ailleurs nécessaire afin d’éviter que de jeunes écoliers prennent place défoncés sur les bancs de l’école. Mais ces cas n’invalident pas mon raisonnement.

RIVM, représentation cartographiée des statistiques relatives aux consommateurs problématiques d'alcool (2008-2011)Source :  http://www.zorgatlas.nl/beinvloedende-factoren/leefstijl/alcoholgebruik/zware-drinkers/#breadcrumb

RIVM, Classement des drogues selon leur nocivité (2009)Source : http://www.rivm.nl/bibliotheek/rapporten/340001001.pdf

Dans un rapport publié en l’an 2000, le ministère de la Justice a constaté que la plupart des consommateurs de cannabis arrêtaient leur consommation avant d’avoir atteint la trentaine, sans être passé aux drogues dures. Il est vrai que la teneur du composant actif du cannabis, le THC, a augmenté considérablement, mais ceci n’invalide pas davantage mon raisonnement : donnez à nos universitaires spécialisés une plante, et ils ne tarderont pas à la produire… »

 –  INSERT  –

« « Les produits cannabiques ne deviennent pas plus dangereux »

29/10/12 – Source: belga.be

Rien n’indique que les produits cannabiques deviennent plus dangereux pour la santé au fil des ans, a indiqué la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Laurette Onkelinx, en se fondant sur une analyse des saisies de cannabis et de haschisch menée par le « Belgian Early Warning System on Drugs » (BEWSD).

En Belgique, la composition des substances psychoactives fait l’objet d’un suivi de la part de cette instance. Les laboratoires toxicologiques sont ainsi tenus de rapporter régulièrement les résultats des analyses des échantillons de drogues au BESWD.

Actuellement, une dizaine de laboratoires toxicologiques rapportent les résultats de leurs analyses réalisées dans le cadre d’une instruction au BEWSD, et pratiquement tous les résultats des analyses réalisées dans le cadre d’une instruction parviennent au BEWSD, a expliqué Mme Onkelinx (PS), en réponse à une question écrite du sénateur Bert Anciaux (sp.a).

L’analyse porte surtout sur la teneur en delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), la principale substance active du cannabis.

Selon la ministre, le taux moyen de THC des plants cannabiques ne présente pas de variation importante au fil des années, avec une moyenne d’environ 10% de THC et de 9,8% en 2011.

Pour ce qui est de la résine de cannabis, les concentrations moyennes en THC sont quelque peu plus élevées (en moyenne 11,8% en 2010).

Les taux maximaux de THC dans le haschisch sont plus élevés que les plants de cannabis (29% en 2010). On n’observe pas de nette augmentation du taux de THC dans la concentration de haschisch, a précisé Mme Onkelinx. »

Source : http://www.7sur7.be/7s7/fr/1518/Sante/article/detail/1525551/2012/10/29/Les-produits-cannabiques-ne-deviennent-pas-plus-dangereux.dhtml

–  FIN DE L’INSERT  –

« Si la production de cannabis est régulée, le contrôle [systématique] de sa qualité peut également être mis en œuvre.

Pour toutes ces raisons, il est recommandé qu’un vent nouveau souffle à présent [sur la politique en matière de drogues]. Aux Etats-Unis, il y a à présent deux Etats où l’usage récréatif de cannabis n’est plus interdit, [le Colorado] et Washington. En Espagne, et surtout au Portugal, la législation se libéralise. Le ministre français de l’Education plaide en faveur d’un nouveau débat à propos de la légalisation du cannabis. [Aux Pays-Bas] le bourgmestre de Rotterdam plaide [quant à lui] pour l’instauration de plantations de cannabis communales, et la commune d’Utrecht souhaite [elle aussi] une production communale de cannabis sur des bases médicales et scientifiques.

C’est pourquoi j’affirme que la politique néerlandaise en matière de drogues prend l’eau de toutes parts, et je pense que son naufrage est imminent. Que ferons-nous alors ?

Mesdames, Messieurs, donnons aux cultivateurs spécialisés une licence d’exploitation pour une plantation de cannabis et contrôlons le cannabis [ainsi] produit quant à sa qualité et sa sûreté en termes de santé publique. Les cultivateurs agréés livreront alors aux coffee shops. Ces derniers ne seront plus autorisés à s’approvisionner qu’auprès des cultivateurs reconnus et à vendre [du cannabis] qu’aux clients majeurs [ce dernier point étant conforme à la législation actuelle]. Et ainsi, exit la mafia.

Il est vrai que la partie la plus importante du cannabis produit aux Pays-Bas est exportée. C’est pourquoi il appartient aux Pays-Bas d’entamer au niveau européen le débat relatif à la légalisation du cannabis. Ce faisant, le gouvernement se rendra compte que nous avons [de nombreux] alliés.

Je vous remercie pour votre attention. »

http://en.wikipedia.org/wiki/Legality_of_cannabis_by_US_state

Catégories : Politique / Société | Étiquettes : , , , , , , | Poster un commentaire

Anvers : Goldberg, le gros « dealer », à la table du ministre de la justice ! (mix désabusé)

Murder Diamonds

« Omega Diamonds – Ecolo et le PTB dénoncent « une justice de classe » »

http://www.rtl.be/info/belgique/politique/1000703/omega-diamonds-ecolo-et-le-ptb-denoncent-une-justice-de-classe-

Liégeois VENDU !

«En faisant de la loi une caricature, nous accorderions une seconde chance aux meurtriers et emprisonnerions ceux qui font tourner l’économie et procurent de l’emploi. »

Diamond Chihuahua

Mine de diamants (Congo)

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/976895/2009/08/20/Dix-huit-morts-dans-l-eboulement-d-une-mine-de-diamants-au-Congo.dhtml

Omega Diamonds, A MUDDY CONSCIENCE !

Research Development Resources (OMEGA DIAMONDS)

Propriétaires bénéficiaires : Sylvain Goldberg, Noe Baltazar, Isabel Dos Santos

 ***

« Selon l’article “The Influence Peddlers” [Les Marchands d’Influence], du Centre pour l’Intégrité Publique (2002), [Research Development Resources (RDR) était] le plus important acquéreur de diamants en Angola durant la période de 1996 à 2000, avant que son pouvoir d’achat ne soit consolidé par le gouvernement [de ce pays] en un monopole contrôlé par ASCorp. [RDR] est une filiale angolaise d’OMEGA Diamonds, une entreprise qui appartient à Sylvain Goldberg. Il est prétendu que tant Noe Baltazar [ancien président d’Endiama, l’entreprise nationale de diamants de l’Angola] qu’Isabel dos Santos [fille du président « à vie » de l’Angola] étaient des actionnaires cachés de RDR, ce qui contribue à expliquer comment les entreprises contrôlées par Goldberg ont été incluses dans ASCorp, dans la mesure où il est supposé avoir poursuivi ses opérations de pots-de-vin à Baltazar et Dos Santos (la fille) par l’entremise de TAIS. »

Source : Banque mondiale (Initiative de Récupération des Capitaux volés)

http://star.worldbank.org/corruption-cases/node/18828

AS CORP

Présidents : Noe Baltazar, Isabel dos Santos

« Selon la « Diamond Industry Annual Review » [Revue annuelle de l’industrie diamantaire] (Partenariat Afrique / Canada, 2004), ASCorp [Angola Selling Corporation] fut fondée en 2000 afin d’accroître la conformité [de ses activités] avec les sanctions de l’ONU, en instaurant un système destiné à renforcer celui du certificat d’origine [des diamants] mis en place par l’Angola [alors en guerre civile], et à assurer que les diamants de l’UNITA [mouvement indépendantiste financé par les Etats-Unis, en pleine Guerre froide, qui a recouru à la violence massive jusqu’en 2002, avant d’adopter l’option diplomatique] n’y soient pas inclus. Les procédures [prévues] n’ont toutefois jamais été pleinement mises en œuvre. Elles firent l’objet d’un contrôle d’efficacité  permanent par l’ONU, qui conclut finalement, fin 2002, que « les contrôles existants sont très loin de répondre [aux exigences] qui avaient été envisagées pour la vente de diamants. » […]

Type d’activités illégales impliquant des agents du Service public : délit d’initié, détournement de fonds, corruption active, abus de pouvoir

Blanchiment d’argent : oui »

http://star.worldbank.org/corruption-cases/node/18615

Display of filth

Queen E's diamond jewelry

What a murder diamond is worth

Catégories : Politique / Société | Étiquettes : , , , , , , , | Poster un commentaire

Il y a cynisme et cynisme…

« Ce sont des enfants, de grands enfants. Ils s’amusent. Ils vont continuer de s’amuser et de s’amuser, jusqu’à ce que tout pète. » Cynique, Marc Tourneuil, le personnage du Capital de Costa Gavras qui conclut le film par cette affirmation glaçante, l’est assurément. Il l’est au sens où nous l’entendons tous aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il sait que le monde est pourri, en particulier celui des banquiers d’affaires dans lequel il évolue, peuplé de cerveaux reptiliens par nature sans scrupules, mais qu’il s’en joue. Dans son cas, il en joue même, pour renforcer sa position individuelle dans ce milieu de salopards, au risque d’aggraver encore les choses.

Cynique vient du latin ‘cynicus’, qui plonge ses racines dans le grec ‘kunikos’, lequel a pour terreau ‘kuôn’, qui signifie ‘chien’. Marc Tourneuil a beau jouer les fauves au milieu des loups civilisés, il n’en est pas moins un chien, en effet, avec la connotation péjorative que l’on donne à ce mot lorsqu’on l’utilise pour qualifier une personne sans conscience. Il est un chien aussi si l’on considère qu’à l’inverse du chat, meilleur ennemi des canidés, il suit le mouvement, s’y intègre, s’abstient de le contester, parce que comme Fifi pour son susuc’, il caresse l’espoir que pareille attitude lui vaudra un bonus mal mérité.

Tourneuil, c’est Dick Fuld, c’est Madoff, c’est Kerviel, c’est Mariani, tous des cyniques, tous des pourris. Il va de soi que ce cynisme-là est loin de se limiter au seul milieu bancaire; il imprègne aujourd’hui tous les lieux de pouvoir, en ce compris le showbiz. Il s’accompagne de fatalité et de renoncement (« Tu crois que tu vas changer le monde ? »), de déterminisme social (« C’est la vie, c’est comme ça ! »), de collaboration avec le système (« Puisqu’il n’y a rien à y faire, pourquoi se priver ? »), de morbidité (« Y a que le fric, coco ! »), et d’immoralité (« Je vais tous les niquer. »), pour ceux qui attachent à la morale quelqu’importance.

Mais il y a un autre type de cynisme, celui de l’Antiquité : les cyniques, dont le fameux Diogène Laërce, était alors ceux qui, par satire, bousculaient les conventions sociales. Chiens d’un autre type, ils s’adonnaient aux plaisirs intimes en public. Leur revendication à eux était l’indépendance d’esprit et d’action. C’est pourquoi si, selon certaines conceptions, leur attitude peut également être qualifiée d’immorale, elle n’était aucunement fataliste, ni collaborative, encore moins morbide. Vivants et inscrits dans leur époque, ils n’en étaient pas moins les hérauts d’une certaine utopie, celle, peut-être, qui accoucherait, des siècles plus tard, du socialisme libertaire, de l’anarchie positive en somme.

Par quelle sinueuse bifurcation sémantique dont la langue française est si friande le qualificatif de cynique a-t-il abouti à signifier littéralement tout et son contraire ? Les Tourneuil se plient aux conventions et abdiquent la pensée; les Diogène les égratignent  et souhaitent libre-examiner. C’est la destruction de la société qui anime les Tourneuil, sa refondation que visent les Diogène. Chiens parmi les chiens, les Tourneuil sont aujourd’hui des winners; chiens mal famés et losers sont les étiquettes des Diogène. Pas de doute : entre deux cynismes, l’Occident semble avoir choisi…

Muga Dog (Le Mat)

Catégories : Philo de comptoir | Étiquettes : , , | Poster un commentaire

Pourquoi ‘stilleven’ se dit-il nature morte ?

Cézanne, Nature morte au crâne (1895-1900)

Est-ce le peintre vieillissant, affublé de son blanc tablier, que l’on voit ainsi, sur cette console quasi gisant, représenté s’apprêtant à goûter à ce charnu fruit défendu luisant de tout son lustre (succédané sans doute de cette pêche jaune tardive et franche de goût à la commissure étroite couronnée d’une discrète bêtise) dont le feuillage vient titiller un maxillaire d’où semble s’échapper une langue reptilienne qui caresse, en échange, l’ambition de ne faire qu’une bouchée de cette poire succulente et rondelette qui se joint avec volupté au festin, tandis que paraît s’élever, au niveau de ses hanches, un allégorique mais protubérant fragment d’ossature ? Est-ce la petite mort qu’il sait proche, si chère aux littérateurs de la Renaissance, qu’il lit fixement dans le reflet de l’objet de l’originelle coulpe ? Et ce buste qui apparaît, babylonien, derrière lui, sur ce mur qui s’effeuille, est-ce celui, idéalisé, de Mère-Nature qui fait face à sa contrepartie ? Quant à cette petite forme à l’aspect difforme et au masque incertain qui, s’agrippant à la poire par la langue délaissée, semble en son extrémité se fondre dans la pointe du triangle inversé, serait-ce donc le lutin qui se fera peintre demain ?

Est-ce le mouvement circulaire de la vie que, par traits psychanalytiques, Cézanne a ici dépeint, conjuguant ce qui est donné pour inconjugable et faisant ainsi la nique suprême, incestueuse au possible, à la vanité calviniste que décrit dans les termes suivants le philosophe Jacques Darriulat dans son blog ?…

« La leçon de la nature morte, dont on sait qu’elle prend naissance en Hollande dans la ville de [Leiden], centre de la théologie calviniste, est de vanité : « Toi qui te nourris de matière, tu es matière toi-même, et retourneras au néant auquel toute matière est vouée, par désagrégation, écroulement et consomption ». Mais le peintre retourne cette leçon mélancolique et fait de la vanité la condition même de l’élévation, de la consécration, presque de la transfiguration des choses qui luisent dans ses ténèbres : la disparition du regard est ainsi comme le corollaire du triomphe des Choses. […]

Les Vanités du XVIIe siècle hollandais plaçaient un crâne parmi les fleurs et les fruits, déclarant ainsi explicitement le néant en lequel cette beauté fragile était destinée à se dissiper. Les crânes, que le Cézanne des dernières années dispose sur la table comme il le faisait autrefois des pommes dans le compotier, n’ont plus de message à délivrer, et ne professent nulle morale. Ils représentent plus exactement ce regard neutre, impartial, absent, sous lequel seulement l’inhumaine royauté du réel se manifeste et se déploie.» (1)

A seconde vue, ce seraient plutôt mes propres quoiqu’impropres mirages que j’aurais sur la toile projetés avec vigueur, telle une subjectivité malvenue dans le réalisme qui s’offre à voir. Toutefois, le tableau est écran aux abîmes multiples. Il est la mystérieuse voie d’accès entre plusieurs états. Il est le centre de gravité d’un réel cliché, de la démarche de l’artiste, le cas échéant de sa volonté, des regards curieux qui se portent sur lui, d’anachroniques transpositions allégoriques, qui en font, n’en déplaise à Cézanne, un miroir déformant. Dès qu’elle pénètre le domaine public, disait Brel, une œuvre n’appartient plus à son auteur, ce qui, ajoutons-nous, n’enlève rien à son intégrité intrinsèque, dont sont garants les exégètes picturaux.

En néerlandais, nature morte se dit ‘stilleven’, équivalent exact du ‘still life’ anglais, l’accolade en plus. ‘Leven’ y est vie, ‘stil’ à la fois silencieux, paisible, calme, discret et… inanimé, sans vie. La vie sans vie, vous aimez les paradoxes ? Et appréciez-vous les clichés : calme et paisible équivalent-il à mort ?

Lorsqu’à effectuer quelque balade ma sobriété me convainc, lorsque grâce m’est faite de m’associer à un échange, que de futiles agitations, que de jacasseries insignifiantes à mon entendement ne s’opposent-elles. La nature morte est bien vivante. Son paroxysme est le brouhaha indistinct des foules assemblées dont les bruits et les cris surannés surplombent le silence, leur liant. Un jour, peut-être pourrons-nous, de ces natures mortes déchaînés, par un simple regard qui aurait pour arroi toute l’histoire des mots, nous exprimer posément la montagne de sens et de sentiments qui en de trop nombreux cas à présent leur font défaut…

Picasso, Nature morte au crâne et au pichet (1943)

_____________

(1) Source : http://www.jdarriulat.net/Essais/CezanneReal/CezanneRealisme.html

Catégories : Observation d'Art, Philo de comptoir | Étiquettes : , , , | Poster un commentaire

Où vont les paysages d’antan ?

Champ de coquelicots

Il y avait Le grand Meaulnes, Le petit prince. Et il y avait La quête aux coquelicots. La panoplie de livres réservés à la prime jeunesse écolière en communauté française de Belgique se limitait, de mon temps, à la portion congrue. Dans le dernier livre cité, une jeune femme partait à la recherche de ses racines à travers une improbable exploration de son environnement naturel, dans l’espoir d’y dénicher encore quelques exemplaires de la petite plante sauvage aux pétales rougeoyants la plus furtive qui soit.

Simultanément, c’est bien sûr à une expédition sur les traces de sa propre enfance que l’héroïne s’attelait, dans un court roman fort empreint de solitude nostalgique, la même sans doute que celle dont sont dépositaires les anciens combattants de ’14, pétris d’indélébiles souvenirs de la boucherie primordiale. A ceux qui à Ypres ont laissé leur peau le symbole du coquelicot fut dédié. Et tandis que, selon une logique implacable, s’éteignent les derniers de leurs camarades de ’40, ce sont aussi les coquelicots qui, comme si leur destin était étroitement lié aux leurs, semblent à jamais disparaître de notre paysage.

En avez-vous vu récemment ? Connaissez-vous-même leur nom ? Autrefois, quand tout était mieux, c’est tous les trois ans qu’ils nous faisaient la grâce d’éclore. Et ils apparaissaient alors par dizaines en des lieux épargnés par la cohue citadine, des lieux ouverts, où le sauvage avait sa place. Sous la pression utilitaire qui répond au nombre croissant de corps à loger dans la capitale et ses alentours immédiats, les lieux ouverts sont devenus bâtissables, le champ de vision restreint, les paysages toujours plus encombrés. Les jardins privatifs qui remplacent un à un les champs, tous corsetés de leur bourgeoise clôture, sont entretenus semaine après semaine par de petites mains qui ne laissent au rouge aucun espoir.

A l’ère des champs de vert a succédé, dans une Bruxelles atrophiée, l’ère des champs magnétiques, ceux du quatre G, en attendant le cinq. Et pour les coquelicots, tant pis. Peut-être ont-ils compris qu’ils n’étaient plus désirés. Peut-être ont-ils choisi l’exil. Ils n’exhalaient aucun parfum, ce qui les rendait peu rentables. Puis ils avaient ce maintien gauche qui les rendait peu fréquentables. En définitive, les malheureux n’avaient pour eux que leur réputation, celle d’un écosystème viable. Dans les tranchées d’il y a un siècle résonne encore leur joli nom…

Catégories : Expressions de sagesse passagère | Étiquettes : , , , , , , , | Poster un commentaire

Le devoir n’est plus…

Dans des sociétés européennes largement décléricalisées subsistent malgré tout quelques reliquats du temps passé dont la vivacité s’explique difficilement. Le devoir en est un…

La notion de devoir était, en effet, aisément compréhensible dès lors que l’on redoutait à chaque instant que s’abatte sur nous le glaive d’un Dieu dépeint, par commodité, comme peu commode. Mais alors que ce Dieu-là a, pressé par les modes et les événements, effectué de nos cieux une translation sacrée vers d’autres cieux pour l’heure plus bigots, sur quoi cette notion repose-t-elle désormais ? Sur des Etats décrépis ? Des médias classiques en perte de vitesse ? Un système financier failli, peut-être ? Sur quelle subconsciente mécanique repose donc le devoir ?

Personne ne le contestera : il s’assimile à un ukase. Demandez aux enfants ce qu’ils en pensent : il est pour eux un calvaire. Il ne fait directement appel ni à la volonté, ni à la créativité de celui qui a à l’accomplir. Peut-être cela n’est-il, au fond, qu’une question de sémantique. Il s’agirait alors uniquement de trouver un mot plus adéquat, susceptible, lui, d’inciter l’enfant à chercher en lui les ressources qui lui permettront, au contraire, de développer ces qualités. Ce mot pourrait être incitant. Mais l’incitant est démagogique : c’est la carotte, dans le sillage de laquelle se traîne toujours le bâton. Plus juste serait l’intérêt, l’intérêt personnel de l’enfant à prendre une part active dans la construction de sa personnalité. En tout état de cause, il s’agit de trouver un terme et une formule – ludique, pourquoi pas ?  – en mesure de susciter, dès le plus jeune âge, un éveil social qui ne serait plus (uniquement) basé sur la version policée de l’injonction militariste.

Le devoir serait, à en croire la logorrhée ambiante, la contrepartie directe du droit. Pareille équation simpliste est non seulement absurde; elle est aussi infondée. C’est l’équilibre quasi alchimique des droits de chacun qu’il convient de mettre en avant. Que l’une ou l’autre partie en vienne à le rompre n’implique pas de lui reprocher d’avoir manqué à ses devoirs. La pointer du doigt pour n’avoir pas respecté les droits d’autrui suffit : tout est dans la perspective. Car le devoir ne s’applique jamais qu’à celui qu’il cherche de son autorité à soumettre. Les largesses consenties aux banques ces dernières années (Devoir et débit ont la même racine latine…), les petits pactoles offerts encore et toujours sur des plateaux d’argent aux multinationales en échange de délocalisations programmées, révèlent au grand jour la disparité énorme entre les devoirs supposés des uns et ceux, tangibles, des autres. Une réelle ambition égalitaire imposerait donc d’en faire pour chacun abstraction ou, au contraire, de faire preuve d’une égale détermination dans l’imposition à chacun de devoirs proportionnellement équivalents. Encore faudrait-il, pour ce faire, que l’exercice de l’Etat, prétendu garant des droits et devoirs, se concentre sur sa mission première, la défense des sans-droits.

L’équation est également infondée dans la mesure où les droits ne cessent, pour la majorité, de s’étioler, au nom du devoir ! Or, sa logique suppose que si l’étendue des droits se restreint, il en aille de même des devoirs. Ainsi du droit au travail, qui s’est mué en lutte pour en obtenir. Ainsi des divers droits qui y sont liés, grignotés voire supprimés allègrement dans les pays européens mis sous tutelle du devoir germanique. Mais au nom de quoi ce devoir s’impose-t-il donc, et quelle est la justification de son urgence soudaine ? Ainsi du droit au logement, dans ces mêmes pays. Ainsi de la liberté d’expression, à laquelle nous consacrerons un article spécifique… Et ainsi de suite, sans que la charge du devoir ne modère d’un iota ses prétentions théocratiques.

A vrai dire, le seul devoir qui s’impose après la débâcle de 2008 est un devoir d’humanité, celui de sauvegarder la dignité humaine de chaque citoyen européen, ce qui implique garantir à chacun ses droits fondamentaux avec au moins autant de pugnacité que celle dont il a été fait preuve pour minimiser les devoirs bancaires déliquescents. Ce devoir unique a pour nom solidarité. Et avouez que ce terme est autrement plus parlant, même sous sa charitable déclinaison chrétienne.

Le perception de cette solidarité est devenue largement abstraite, alors que les luttes d’ouvriers côte à côte d’hier lui conféraient une concrétisation directe. Elle n’est pas un devoir, mais un témoignage d’humanité qui émane de la conscience des individus et en appelle à la conscience des autres, à leur maturité personnelle. Or, la conscience n’est pas monolithique. Elle permet au Grec pauvre de contester l’ordre impérieux qui lui est intimé de payer ses impôts, car elle contient la possibilité de désobéissance civile face à l’incurie sadique du pouvoir politique, grec ou germanique, désobéissance que nous refusons avec cohérence de considérer comme quelque devoir autosuggéré. La conscience,  comme outil possible de la contestation d’un devoir perverti (en ce qu’il ne s’applique pas de manière proportionnellement équivalente à tous), détient ainsi la clé d’un rééquilibrage des droits.

En ce sens, loin de remettre en cause ce que recouvre le civisme (autre abstraction battue en brèche de plus en plus largement, qui sous-tend également, en son état actuel, une série d’obligations implicites édictées par la société, en appelant de haut à un sens du devoir abstrait, par définition non incarné), elle est porteuse d’un civisme nouveau multiforme. Elle n’est pas le socle du décuplement du chaos vil, mais l’horizon chaotique d’une responsabilité individuelle débarrassée du boulet du devoir et destinée à contribuer au bien social commun dans un paysage de droits. Par un travail approfondi et novateur des consciences individuelles dès l’école, c’est donc à l’élaboration patiente et libre d’une nouvelle conscience commune, vivante donc flexible, qu’il importe d’œuvrer. Nous le confirmons : c’est sémantique (mais méthodologique aussi)…

Balance ancienne

Catégories : Philo de comptoir | Étiquettes : , , | Poster un commentaire

Propulsé par WordPress.com.