Où vont les paysages d’antan ?

Champ de coquelicots

Il y avait Le grand Meaulnes, Le petit prince. Et il y avait La quête aux coquelicots. La panoplie de livres réservés à la prime jeunesse écolière en communauté française de Belgique se limitait, de mon temps, à la portion congrue. Dans le dernier livre cité, une jeune femme partait à la recherche de ses racines à travers une improbable exploration de son environnement naturel, dans l’espoir d’y dénicher encore quelques exemplaires de la petite plante sauvage aux pétales rougeoyants la plus furtive qui soit.

Simultanément, c’est bien sûr à une expédition sur les traces de sa propre enfance que l’héroïne s’attelait, dans un court roman fort empreint de solitude nostalgique, la même sans doute que celle dont sont dépositaires les anciens combattants de ’14, pétris d’indélébiles souvenirs de la boucherie primordiale. A ceux qui à Ypres ont laissé leur peau le symbole du coquelicot fut dédié. Et tandis que, selon une logique implacable, s’éteignent les derniers de leurs camarades de ’40, ce sont aussi les coquelicots qui, comme si leur destin était étroitement lié aux leurs, semblent à jamais disparaître de notre paysage.

En avez-vous vu récemment ? Connaissez-vous-même leur nom ? Autrefois, quand tout était mieux, c’est tous les trois ans qu’ils nous faisaient la grâce d’éclore. Et ils apparaissaient alors par dizaines en des lieux épargnés par la cohue citadine, des lieux ouverts, où le sauvage avait sa place. Sous la pression utilitaire qui répond au nombre croissant de corps à loger dans la capitale et ses alentours immédiats, les lieux ouverts sont devenus bâtissables, le champ de vision restreint, les paysages toujours plus encombrés. Les jardins privatifs qui remplacent un à un les champs, tous corsetés de leur bourgeoise clôture, sont entretenus semaine après semaine par de petites mains qui ne laissent au rouge aucun espoir.

A l’ère des champs de vert a succédé, dans une Bruxelles atrophiée, l’ère des champs magnétiques, ceux du quatre G, en attendant le cinq. Et pour les coquelicots, tant pis. Peut-être ont-ils compris qu’ils n’étaient plus désirés. Peut-être ont-ils choisi l’exil. Ils n’exhalaient aucun parfum, ce qui les rendait peu rentables. Puis ils avaient ce maintien gauche qui les rendait peu fréquentables. En définitive, les malheureux n’avaient pour eux que leur réputation, celle d’un écosystème viable. Dans les tranchées d’il y a un siècle résonne encore leur joli nom…

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