Cannabis : à qui profite le « Volstead Act » ?

Lorsqu’on évoque le libéralisme, c’est – grâce en soit rendue à la propagande quotidienne – à l’économie que l’on pense forcément, exclusivement même, alors que celle-ci est exclusivement capital-corporatiste. Or, qui peut prétendre aujourd’hui n’être pas tant soit peu libéral ? Dans les clans dont l’appellation, le logo et l’historique consacrent cette appartenance idéologique, il est pourtant, en terme de mœurs, des libéraux qui s’assument et des libéraux refoulés. Seuls ceux qui s’assument sont cohérents, en ce qu’ils appliquent leur doctrine non pas par deux poids, deux mesures, mais logiquement. Pour ces libéraux-là, le conservatisme moral(isateur) est un non-sens doublé d’une éclipse de la raison. Au contraire, l’hypocrisie des autres suffit, au nom d’une stratégie de diversion, à justifier ledit conservatisme.

L’auteur de ces lignes a beau s’être opposé au mythe du plombier polonais et ne pas se reconnaître dans le prétendu libéralisme économique des multinationales, il n’en tient pas moins, par le biais de cet article, à manifester son respect le plus sincère à l’un des récipiendaires des Cannabis Culture Awards 2013, Monsieur Frits Bolkestein (économiquement libéral ou capital-corporatiste, no lo se), flanqué, sur le podium, de Madame Hedy d’Ancona (socialiste) et de Monsieur Dries Van Agt (démocrate-chrétien), trois personnalités  néerlandaises au palmarès politique impressionnant. C’est la dernière nommée de celles-ci qui a, ès qualité de ministre de la Justice (avant de devenir premier ministre) œuvré inlassablement à la décriminalisation du cannabis, consacrée par la nouvelle loi néerlandaise relative aux opiacés du premier novembre 1976. En ce temps-là, j’avais un an. Les saisons existaient encore, et l’espoir était permis. Le progressisme aussi !

Frits Bolkestein (libéral), Hedy d'Ancona (socialiste), Dries Van Agt (démocrate-chrétien) et Ben Dronkers (chef d'entreprise et activiste pro-chanvre)

« Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon. »

1 Thessaloniens, 5:21

« Qu’est-ce qui provoque le plus de dégâts : le cannabis ou les mesures qui sont prises pour décourager – voire interdire – la production, la distribution et la consommation de cannabis ? Qu’est-ce qui provoque le plus de dégâts ? Je suppose que ce sont lesdites mesures. Ce que je propose peut se résumer comme suit : traiter le cannabis de la même manière que l’alcool et la nicotine.

Je vais tenter de dissocier les deux principaux aspects [de la problématique], la criminalité et la santé publique. Je commencerai par la criminalité. La police, Mesdames, Messieurs, a perdu la bataille contre le cannabis, et pas uniquement aux Pays-Bas : le président Obama a dit [entre autres choses, avant que ne se répande à travers les Etats-Unis un vaste mouvement favorable à la légalisation du cannabis, que] « la guerre contre les drogues s’est avérée un désastre retentissant ». Feu le commissaire en chef de la police d’Amsterdam Eric Nordholt m’a confié un jour [que] « le politique a fait de mes serviteurs de l’ordre public des chiens pisteurs de hasch ».

Law Enforcement Against Prohibition

Je plaide pour la production régulée de cannabis. Je reviendrai ultérieurement sur cet aspect régulateur. Que les coffee shops soient en mesure de s’approvisionner en cannabis de manière régulée constituerait un coup dur pour la mafia et le commerce intermédiaire. La police pourrait ainsi consacrer davantage de son temps, de ses moyens financiers et de son énergie à d’autres affaires : Actuellement, certains corps de police consacrent la moitié de leur temps – voire davantage – à la lutte contre le cannabis. [Or] il y a, c’est le moins que l’on puisse dire, quelques autres sujets qui méritent l’attention des forces de l’ordre. Avons-nous retenu les leçons de la Prohibition américaine, qui a duré de 1919 à 1933 et a permis à la mafia de croître dans des proportions énormes ? Qui ne connaît des films tels que « Some Like It Hot », basé sur les massacres de la Saint-Valentin ? Selon l’ONU, la mafia engrange, à travers le commerce des drogues – pas uniquement du cannabis, donc –,  300 milliards de dollars par an. Ces profits sont si exorbitants que peu nombreux sont ceux qui résistent à la tentation d’y prendre part s’ils en ont l’occasion.

En 1965 et 1966, j’ai vécu et travaillé pendant quatorze mois dans l’Etat centre-américain du Honduras. Il s’agissait alors d’un pays sous-développé mais calme. De nos jours, 7000 de ses 8 millions d’habitants sont assassinés chaque année. Quiconque lit les journaux sait [en outre] ce qui se passe au Mexique. Je ne l’ignore pas : ceci concerne l’étranger lointain, mais la production, la distribution et la consommation de drogues constituent une seule chaîne. Nous nous trouvons à l’extrémité de celle-ci, et il nous faut nous en détacher.

Pour illustrer l’ultime inconvénient de la situation actuelle, je mentionnerai ce que le programme de télévision Zembla a récemment porté à l’écran : un tiers des incendies domestiques sont occasionnés par des plantations de cannabis dans des maisons louées, qui sont à l’origine d’un détournement d’électricité dont la valeur se chiffre en millions [d’euros]. [En moyenne] la police saisit chaque jour une quinzaine de ces plantations.

La santé publique, à présent : nous disposons d’un institut royal pour la santé publique et l’environnement, nommé RIVM, et celui-ci a publié un classement des drogues en fonction de leur nocivité. Le crack y occupe la première place, l’alcool la troisième, la nicotine la quatrième, et le cannabis la [onzième] ! Il y a aux Pays-Bas – vous le savez sans doute – [plus d’1,6 million] de consommateurs problématiques d’alcool [dont] 400.000 alcooliques reconnus, à ajouter à tous les adeptes du ‘binge drinking’. De nombreux alcooliques pâtissent d’une cirrhose du foie, source de mortalité anticipée. Personne [en revanche] n’est décédé, à ma connaissance, du fait d’avoir fumé du cannabis. Certes, il existe des cas d’addiction au cannabis, je le sais. La folie cannabique, comme on l’appelle, se manifeste par un comportement impulsif, souvent agressif et une perturbation du rythme diurne / nocturne. En définitive, une telle addiction peut mener à une grave psychose, qu’il convient de traiter médicalement. Une éducation adéquate est par ailleurs nécessaire afin d’éviter que de jeunes écoliers prennent place défoncés sur les bancs de l’école. Mais ces cas n’invalident pas mon raisonnement.

RIVM, représentation cartographiée des statistiques relatives aux consommateurs problématiques d'alcool (2008-2011)Source :  http://www.zorgatlas.nl/beinvloedende-factoren/leefstijl/alcoholgebruik/zware-drinkers/#breadcrumb

RIVM, Classement des drogues selon leur nocivité (2009)Source : http://www.rivm.nl/bibliotheek/rapporten/340001001.pdf

Dans un rapport publié en l’an 2000, le ministère de la Justice a constaté que la plupart des consommateurs de cannabis arrêtaient leur consommation avant d’avoir atteint la trentaine, sans être passé aux drogues dures. Il est vrai que la teneur du composant actif du cannabis, le THC, a augmenté considérablement, mais ceci n’invalide pas davantage mon raisonnement : donnez à nos universitaires spécialisés une plante, et ils ne tarderont pas à la produire… »

 –  INSERT  –

« « Les produits cannabiques ne deviennent pas plus dangereux »

29/10/12 – Source: belga.be

Rien n’indique que les produits cannabiques deviennent plus dangereux pour la santé au fil des ans, a indiqué la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Laurette Onkelinx, en se fondant sur une analyse des saisies de cannabis et de haschisch menée par le « Belgian Early Warning System on Drugs » (BEWSD).

En Belgique, la composition des substances psychoactives fait l’objet d’un suivi de la part de cette instance. Les laboratoires toxicologiques sont ainsi tenus de rapporter régulièrement les résultats des analyses des échantillons de drogues au BESWD.

Actuellement, une dizaine de laboratoires toxicologiques rapportent les résultats de leurs analyses réalisées dans le cadre d’une instruction au BEWSD, et pratiquement tous les résultats des analyses réalisées dans le cadre d’une instruction parviennent au BEWSD, a expliqué Mme Onkelinx (PS), en réponse à une question écrite du sénateur Bert Anciaux (sp.a).

L’analyse porte surtout sur la teneur en delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), la principale substance active du cannabis.

Selon la ministre, le taux moyen de THC des plants cannabiques ne présente pas de variation importante au fil des années, avec une moyenne d’environ 10% de THC et de 9,8% en 2011.

Pour ce qui est de la résine de cannabis, les concentrations moyennes en THC sont quelque peu plus élevées (en moyenne 11,8% en 2010).

Les taux maximaux de THC dans le haschisch sont plus élevés que les plants de cannabis (29% en 2010). On n’observe pas de nette augmentation du taux de THC dans la concentration de haschisch, a précisé Mme Onkelinx. »

Source : http://www.7sur7.be/7s7/fr/1518/Sante/article/detail/1525551/2012/10/29/Les-produits-cannabiques-ne-deviennent-pas-plus-dangereux.dhtml

–  FIN DE L’INSERT  –

« Si la production de cannabis est régulée, le contrôle [systématique] de sa qualité peut également être mis en œuvre.

Pour toutes ces raisons, il est recommandé qu’un vent nouveau souffle à présent [sur la politique en matière de drogues]. Aux Etats-Unis, il y a à présent deux Etats où l’usage récréatif de cannabis n’est plus interdit, [le Colorado] et Washington. En Espagne, et surtout au Portugal, la législation se libéralise. Le ministre français de l’Education plaide en faveur d’un nouveau débat à propos de la légalisation du cannabis. [Aux Pays-Bas] le bourgmestre de Rotterdam plaide [quant à lui] pour l’instauration de plantations de cannabis communales, et la commune d’Utrecht souhaite [elle aussi] une production communale de cannabis sur des bases médicales et scientifiques.

C’est pourquoi j’affirme que la politique néerlandaise en matière de drogues prend l’eau de toutes parts, et je pense que son naufrage est imminent. Que ferons-nous alors ?

Mesdames, Messieurs, donnons aux cultivateurs spécialisés une licence d’exploitation pour une plantation de cannabis et contrôlons le cannabis [ainsi] produit quant à sa qualité et sa sûreté en termes de santé publique. Les cultivateurs agréés livreront alors aux coffee shops. Ces derniers ne seront plus autorisés à s’approvisionner qu’auprès des cultivateurs reconnus et à vendre [du cannabis] qu’aux clients majeurs [ce dernier point étant conforme à la législation actuelle]. Et ainsi, exit la mafia.

Il est vrai que la partie la plus importante du cannabis produit aux Pays-Bas est exportée. C’est pourquoi il appartient aux Pays-Bas d’entamer au niveau européen le débat relatif à la légalisation du cannabis. Ce faisant, le gouvernement se rendra compte que nous avons [de nombreux] alliés.

Je vous remercie pour votre attention. »

http://en.wikipedia.org/wiki/Legality_of_cannabis_by_US_state

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