Mais qu’a donc fumé Dimitri Itskov ?

Méthodiquement disposé non sur quelqu’occulte console dévernie par les éons et ornementée de quelque nébuleuse toile couleur or, mais dans une mare bistrée de boue diaphane, reflet du frimas qui enveloppe de sa brume aigre les surfaces pâlies et ternes des hommes, le crâne a parlé.

C’était il y a soixante-huit ans. J’avais vingt ans. Je traînais au pied le lourd boulet de la gêne auquel me reliait la chaîne des âges. Gauche et tendu, je m’avançais dans cette frêle galerie couverte de la mémoire des pendus, butinant avec pudeur les photographies noircies et âcres de l’abjection et du remords.

Les structures blêmes et faméliques qui y étaient représentées me regardaient comme leur contemporain, nu et dénué de toute appartenance, tandis que le tic-tac dissolu dont l’arythmétique réglait le lieu et qui résonnait comme un faisceau de bombes m’arrachait mes premières larmes humaines.

« Plus jamais ça », colporte-t-on sur les banderoles et dans les beaux discours. Et pourtant… Et pourtant, ma Reine, le mirage des chiffres, l’abondance de péréquations sauraient-ils masquer la Faute ? Sauraient-ils faire s’évaporer l’amertume du déjà vu ? Sauraient-ils faire passer pour impéritie ce qui n’est, en vérité, que méthodique logique ?

Affranchissons-nous, ma Reine. Affranchissons-nous non de nos corps, encore moins de nos âmes, mais de cette pestilence mortuaire qui s’est agrippée à nos destins et dans laquelle, sanglée par d’écœurants prophètes du déclin qui de Toi se réclament mais te craignent au fond, Tu n’as pas Ta main.

Tour Effeil

Je le sais : Tout ce que Tu as créé, Tu peux le détruire. Je n’attends donc de Toi ni commisération, ni charité, mais massacre et attendrissement. Il est temps ! Il est temps de renverser le pendule : non pas son aiguille, mais son axe lui-même, par-delà les pays, par-delà les frontières, sottes conventions qui ne valent que l’histoire qu’elles charrient et le projet qu’elles portent.

Tue le protocole, ma Reine ! Plante avec détermination dans l’organe asséché de tous les coprophages moguls qui peuplent les forteresses argentées de la décadence, et dans celui de tous leurs insignifiants pygmalions, la lance diamantée qui les saisira d’effroi. Tous ont failli, et il doit leur en cuire ! Anéantis l’indigence de sentiments et fais cesser la danse des rois ! Panse, de par le monde, les plaies de toutes leurs victimes.

Voilà, ô ma Reine, respectueux mais debout, les célestes missions qu’aujourd’hui je T’assigne pour qu’enfin naisse l’aube aux milliards d’espoirs et mûrisse l’éon tant rêvé des fiers sans-culottes en pamoison qui, entourés de gracieuses sylphides en extase, des héros prendront la relève. Permets-moi de T’accompagner vers la quintessence, ma Reine. Viens. Viens…

Enfant à l'agonie

Avatar Projecthttp://2045.com/

Catégories : Philo de comptoir, Politique / Société | Tags: , , , , , , | Poster un commentaire

Navigation des articles

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :