Kibboutz versus Traité de libre-échange transatlantique : voilà le choix !

Je pense que j’aurais beaucoup apprécié de vivre en communauté, l’une de ces communautés qui ont fleuri en certains coins d’Europe et des Etats-Unis au crépuscule des années soixante et à l’aube des seventies. Ce n’était pas la réclusion qui y était la règle, mais, bien au contraire, l’ouverture sur le monde au départ du vécu humain, le partage et l’élaboration, entre adultes égaux, d’un projet de vie commun autosuffisant.

En 1993, de passage à Moscou et Saint-Pet, j’ai visité un kolkhoze, c’est-à-dire un marché de produits d’agriculture artisanaux issus de coopératives de production. Kolkhoze est l’un de ces mots-repoussoirs mis en avant de nos jours par ceux qui continuent, par facilité intellectuelle et parce qu’ils sont restés figés eux-mêmes dans la logique de la guerre froide, de promouvoir la Nouvelle Internationale esclavagiste (c’est-à-dire le capitalisme des mégacorporations) non pas pour ses vertus propres – il n’en a pas ! – mais par opposition, par négativité en somme : le capital-corporatisme, c’est bien puisque le communisme, c’est mal, tel est leur moto.

Ceux, pourtant, qui demeurent convaincus, aujourd’hui plus que jamais, que la mise en commun des ressources est, en combinaison avec la promotion de choix individuels réels (qui ne se limitent pas à l’identité des marques des produits qu’ils achètent) affranchis du paternalisme tutélaire qui a fait les beaux jours (comme les moins glorieux) des sociétés classiques, la voie du salut de l’Humanité ont depuis belle lurette, en revanche, mis à l’index les vieilles lunes totalitaires dont les propagandistes susévoqués, souvent convertis de la dernière heure – ce sont ceux-là, bien sûr, qui ont le plus à prouver à leurs nouveaux maîtres, et font donc étalage du plus grand excès rhétorique, du plus grand fanatisme capitaliste – perpétuent à dessein et par tromperie caractérisée le feu follet. Car, que diable, quelle est la différence fondamentale, de structure et d’inspiration, entre le kolkhoze et les communautés hippies, voire même les kibboutzim (la controverse de l’occupation territoriale en moins) et toutes les initiatives contemporaines de centrales d’achat locales communes qui unifient les petits consommateurs – la logorrhée technocratique ayant banni par ailleurs le terme de ‘citoyens’ – avec l’objectif de s’assurer la qualité des produits et des prix (de vente ET de production) compétitifs ?

Noam (quote 3)

Ce sont ces kibboutzim et toutes les initiatives similaires moins décriées, dont les rassemblements de masse et les campings sauvages qui se succèdent depuis cinq ans dans les principales métropoles occidentales pourraient, avec un peu d’imagination, préfigurer la renaissance réformée, qui sont, en vérité, les adversaires déclarés du nouvel Ordre mondial ! C’est à l’impossibilité, pour les petits, de se coaliser, même pacifiquement, que veillent, au nom des banques et de ceux qui y détiennent le grand capital (car elles ne sont jamais, ne l’oublions pas, que des paravents), les despotes éclairés d’une lumière glauque et sinistre qui entendent gouverner, de plus en plus souvent sans mandat électif, les éclatantes démocraties de l’Ouest. Et c’est donc là que se situe la ligne de fracture entre une droite qui assume sans fard son anti-projet réactionnaire, et la nouvelle gauche. C’est là aussi que se joue l’avenir des peuples !

Même si une large part de ces derniers l’ignore – et comment pourrait-il en être autrement puisque tout, dans le schéma éducatif, professionnel, médiatique et représentatif est fait pour qu’il en soit ainsi ? – ces gouvernants fantoches, tout aussi obsédés par la superstructure que ne l’étaient les pontes soviétiques, savent pertinemment que leur nouvel ordre a pour but d’enculer la plèbe, et quand bien même ce que les théoriciens de la nouvelle droite ancienne appellent la majorité silencieuse se laisserait ad vitam labourer par le nouvel Ordre, la simple réalité de cette conscience, dans le chef des marionnettes du pseudo-pouvoir politique, de suivre une ligne nuisible à la majorité, qui se caractérise par autant de manifestations d’une obstination dans la faute, suffit à les discréditer et à donner du gros grain à moudre à tous ceux qui œuvrent à l’annihilation de leurs tentatives.

Carolus Magnus Collum, bitsh ass

Le traité de libre-échange transatlantique, pour lequel un conseil européen des ministres du commerce devait donner ce jour pro forma un mandat de négociation au despotique commissaire européen sortant responsable de cette matière, en est l’illustration indiquée. Négocié et renégocié dans l’ombre, au moins depuis les années nonante – l’Accord multilatéral sur les investissements, naufragé en plein Atlantique, en fut la première mouture –, ce projet funeste vise en effet ni plus ni moins à enchaîner la liberté (citoyenne) à l’obélisque du pouvoir financier. Il s’inscrit dans un contexte plus vaste de similaires négociations opaques tous azimuts, dont la plupart, entre l’Inde et l’UE par exemple (1), ou encore entre le Canada et l’UE (2), sont en cours de finalisation.

Berlaymonstre

Or, que nous apprennent les fuites qui ont (heureusement) émaillé ces négociations similaires ? Qu’en tous points, l’objectif des négociateurs est de renforcer la domination des multinationales en restreignant toujours davantage la liberté des citoyens ET des individus ! Ainsi, si l’une des ces entreprises, où la taille humaine ne joue plus le moindre rôle, s’estimait lésée par rapport à telle ou telle disposition sociale ou environnementale nationale (ou continentale), elle serait habilitée à poursuivre les pouvoirs publics concernés devant de nouveaux tribunaux de commerce supranationaux (où siégeraient en majorité d’ex-avocats d’affaires véreux) qui, par subsidiarité, se verraient conférer la prééminence sur le droit public, en vue, sinon de faire abroger les législations concernées, d’obtenir des budgets des Etats des compensations colossales pour leur prétendu manque à gagner. Les supermafieux dérèglent le monde ? Qu’à cela ne tienne : laissons-les rédiger les lois !

Selon leur logique, les cultures qui ne sont pas parvenues, par un matraquage de masse, à imposer leurs modes d’expression artistique à l’ensemble de la planète sont appelées à se laisser engloutir (3). Dans le domaine de l’agriculture, les OGM et les hormones synthétiques pour bestiaux, pour la plupart interdits au sein de l’Union européenne à ce stade (au grand dam de la Commission), préparent en outre, par ce biais, leur retour triomphal, au nom de la concurrence libre et non faussée. Dans le secteur de la santé, si lucratif au regard du vieillissement des baby boomers, ce sont notamment les médicaments génériques (donc la possibilité pour les plus pauvres de rester en vie) qui sont directement dans la ligne de mire. Quant au partage en peer-to-peer et à l’internet libre, poubelle !  Ils ne rapportent rien ! (4)

Face à cette offensive, sans commune mesure avec les précédentes, d’un capitalisme que certains myopes ont le tort de déclarer hâtivement moribond, c’est l’exception culturelle que les derniers des Mohicans sociaux-démocrates ont choisi d’utiliser come cheval de Troie, faisant l’impasse sur le fait que la culture d’un peuple, et même d’un continent, ne se limite pas aux films projetés sur la toile, bref à l’industrie culturelle, mais qu’elle est profondément imprégnée de notions philosophiques générales telles que la dignité humaine et la liberté, mises à mal par le mercantilisme. En effet, le supermarché qui se construit se présente comme un ensemble de diktats uniformes délétères et libertivores : regroupement de communes en vue d’obtenir un prix de l’énergie plus avantageux ? Interdit ! Préférence locale ? Interdit ! Protection des consommateurs ? Secondaire ! Nationalisations de domaines-clés de l’activité humaine ? Interdit ! Soutien public à tel ou tel secteur prometteur ou stratégique ? Interdit ! Principe de précaution dans le cadre de nouvelles exploitations de ressources telles que le gaz de schiste ? Interdit ! C’est bien simple : ce capital-corporatisme interdit tout ; il détruit la liberté !

Quel est, la plupart du temps, l’argument-massue des starlettes politiques face à cette régression collective ? Que toutes ces mesures favorisent l’économie et l’emploi, ce qui constitue un mensonge de charogne de plus. En effet, comme le rappelait la semaine dernière Bernard Friot, à la télé, seuls 20 % du PIB français sont réinvestis dans l’économie, 15 % de ce même produit intérieur brut (c’est-à-dire l’ensemble des richesses produites par an) se volatilisant dans l’escarcelle des prêtres du profit, et il n’est pas à douter que le constat puisse être généralisé. Par conséquent, c’est l’architecture elle-même qui est brinquebalante ; ériger des annexes n’y changera rien… sauf si l’objectif est tout différent de celui affiché, s’il est, en d’autres termes, honteusement totalitaire !

L’Europe, Les Etats, les partis, les chefs, rien à foutre : c’est aux principes et aux idées qu’est fidèle l’honnête homme, vous dirait le sage. Or, à quelque niveau que ce soit, l’on ne jure plus que par le contenant et le mouvement ; le contenu s’est évaporé. Ce mouvement, il est centripète ou centrifuge : soit les Etats se referment sur eux-mêmes, soit ils s’ouvrent indéfiniment sur le monde. Mais ce que la propagande de la pensée unique oublie de mentionner, c’est que si les hommes dits de bonne volonté ne peuvent raisonnablement être favorables à une réédition des boucheries qui ont ensanglanté l’Europe, tous ne partagent pas la croyance selon laquelle la centrifugeuse n’a qu’une seule fonction et un seul modus operandi. Les centrifugeuses modernes, en effet, permettent de faire des jus de fruits tout autant que des milk-shakes, et elles disposent de vitesses variables.

L’union internationale des immensément riches échouera car il est impératif qu’elle échoue ! Si un nouvel ordre doit émaner, c’est de la prise de conscience par les 99 % de la planète (et de l’Europe), sans distinction de nationalités, de convictions, d’origines, ni de genres, de la fondamentale convergence de leurs conditions de vie, qui ne connaissent pas de frontières, et de la nécessité de trouver des solutions originales, viables et appropriées à notre temps en matière d’activité et de dignité humaines. Le mercantilisme est dépassé : vive la révolution libérale du revenu inconditionnel garanti, vive l’allocation universelle… et vive la communauté humaine !

http://basicincome2013.eu/ubi/fr/

http://www.facebook.com/pages/Revenu-de-base-universel/448948405174469?ref=stream

http://www.facebook.com/Pour.1Revenu.inconditionnel.de.base

________________

(1) Lire : http://www.facebook.com/pages/Stop-the-EU-India-Free-Trade-Agreement/144687138908841

(2) Lire : http://www.huffingtonpost.ca/dave-coles/canada-eu-free-trade_b_3378962.html

(3) Lire : http://www.lalibre.be/culture/politique/article/822254/les-clefs-pour-comprendre-l-exception-culturelle.htm

(4) Lire ces articles que j’ai consacrés précédemment à la question : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/06/09/acta-ou-comment-le-monde-cherche-a-sunir-contre-les-internautes/

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/07/10/anonymous-deurope-et-du-canada-le-combat-nest-pas-gagne-non-a-acta-non-a-ceta/

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/10/25/acta-ceta-etc-stop-au-deni-de-democratie/

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