« La mort dans la plume »

Huit ans ! Cela devait faire une huitaine d’années que Samuel s’était calfeutré dans son isolement. S’il sortait, c’était uniquement pour faire de nouvelles provisions au supermarché du coin. Il disait bonjour à ses voisins, répondait aux courriers que lui envoyait les diverses administrations publiques, renvoyait ses formulaires d’impôt, remplissait l’essentiel de ses devoirs de citoyen, mais était, pour le reste, de ces hommes devenus invisibles. A l’image de ce chiffre complexe qui fait s’entrelacer deux zéros, son odyssée personnelle traduisait non pas le chaos, mais une indescriptible routine, un parcours attendu qui n’en était pas un, en réalité, et qui toujours l’amenait, tel un Sisyphe contemporain, à suivre un mouvement identique, sans allégresse ni surprise aucunes, avec détachement et résignation.

Ce qui avait provoqué cet état ? S’en souvient-il encore, lui qui auparavant ne jurait que par la fougue, la passion et l’éclat ? Peut-être était-ce le décès de son père, ce monstre froid en apparence, sur la dépouille duquel il s’était penché durant de longues minutes d’effroi, contemplant une mort si proche et pourtant si lointaine, ou encore le dédain que lui manifestèrent dans la foulée ceux qu’il croyait pourtant ses parents, ses amis, bref l’indicible peine qu’il avait ressentie face à ce grand vide… Qui le dira ? Une chose est sûre : il n’était plus le même : perclus de doutes, de tourments puissants, il n’avait de cesse de réconcilier les forces qui, en lui, comme un magma en ébullition, avaient raison de la plus grande part de son énergie.

Son époque, il ne la comprenait plus, encore moins ses acteurs. Et ce terme, d’ailleurs, n’était pas sans l’interroger. L’acteur, en effet, n’est-ce pas  à la fois celui qui agit et celui qui prétend ? Tout lui semblait caduc, vaines prétentions, autosuffisance clanique. Tous ceux et toutes celles qu’il pouvait croiser sur sa route, au hasard d’un instant, les conversations mécaniques dont il percevait des bribes, les rites et les mises en scène cérémonielles, les pseudo-débats orchestrés par le tube cathodique, tout était devenu superficiel, tout ouvrait la voie à un abîme plus grand encore.

Fixation, tel est le terme. En un mystérieux paradoxe, le mouvement apparent de tous ces êtres, de plus en plus nombreux, à en croire les statistiques, lui semblait coulé dans le marbre : un petit tweet par-ci, un petit SMS par-là, un concert de mièvreries, la lutte sans fin d’egos en tous points déroutés, la suprême concurrence du sordide, bref une nature morte mais en effervescence ! Peut-être s’était-il employé, toutes ces années durant, à tenter de comprendre cette trame qui semble ne plus autoriser le moindre recul, la moindre perspective, et confine l’imaginaire et la profondeur au néant…

Le passage à trépas de son père avait été subit. Il n’y avait pas assisté, on le lui avait relaté. Le vieux se serait assis dans son fauteuil en conclusion d’une rude journée de labeur dans les champs, puis, pris d’un spasme soudain, il aurait levé les bras au ciel pour signifier une douleur, comme, à certains égards, le font les charismatiques, une tribu qu’il abhorrait pourtant, et se serait brusquement éteint. A cela s’ajoute une piquante anecdote : à la télé était rediffusé au même moment le classique « Le ciel peut attendre »…

Là s’arrête la parabole, car le vieux, si l’on faisait abstraction de ses écarts de langage et de son tempérament bougon, était tout sauf un diable : fidèle en amour comme un cygne à sa compagne, il était par ailleurs plus que robuste à l’ouvrage : agriculteur, il considérait son métier comme un sacerdoce et, du matin au soir, labourait, pour ainsi écrire, son sillon, veillait sur ses arbres fruitiers comme sur ses petites pousses, cajolant ainsi sa future récolte. C’est bien simple : le voisinage entier le considérait comme un architecte de la terre. Sur son passage, les mauvaises herbes frémissaient, les limaces prenaient la poudre d’escampette et, s’il arrivait à moineaux, mésanges et merles de feindre de se moquer, tous prenaient bien soin de garder leurs distances. Au gré des saisons, il semait et cultivait avec la rigueur de l’horloger et son atelier à ciel ouvert avait, toutes proportions gardées, des airs d’orangerie versaillaise.

Son départ inopiné fut pour Samuel un coup dur. En guise de thérapie, ce dernier entreprit, pendant quelques mois, de se familiariser avec la besogne de son paternel décédé, mais se rendit bien vite à l’évidence : pareille affaire ne lui était pas destinée. Titulaire d’un diplôme universitaire, il était, aux yeux de tous, le premier intellectuel de la famille, encore qu’il convienne de prendre avec des pincettes cette qualification. Face à l’insistance de sa mère, il avait étudié le droit, mais vouait à présent à cette discipline un tenace mépris. Il voulait devenir écrivain, et en avait sans doute les oripeaux, mais son énorme flemme et son appréhension des critiques le confinaient à l’anonymat.

Il m’avait donné à lire un jour une ébauche de roman, un récit de science-fiction aux allures de prophétie futuriste que je ne savais comment interpréter, car l’action s’y situait au présent. Un antihéros solitaire bien de notre temps y était confronté à une sorte de matrice télévisuelle qui semblait tout savoir de lui (ou presque), le menait par le bout du nez (ou en avait la prétention), excitait ses pulsions animales, l’incitait à se laisser dompter et surveillait le moindre de ses faits et gestes. Comprimé par un cube métaphorique aux allures toujours changeantes, à un labyrinthe dédalique peuplé d’acteurs tous très semblables, le personnage principal envisageait le suicide comme la seule porte vers la liberté dans une réalité technologique désertée par l’humanité.

D’autres personnes ont lu son manuscrit, avant qu’il ne le réécrive à grand peine, se poussant dans ses propres retranchements. Quelques encouragements exceptés, l’une ou l’autre bonne note aussi, il reçut un chapelet de critiques frivoles ou vitriolées, qui démolirent tant le brouillon que le genre lui-même, et eurent tôt fait de le décourager. Certains de ces détracteurs occasionnels cherchaient sans doute à prendre une revanche sur une déculottée passée, tandis que d’autres, plus sincères, invitaient à passer de l’esquisse à l’œuvre. Ces observations, il ne les a perçues que comme des coups de boutoirs supplémentaires dans son âme sensible, quelques morsures de plus dans sa carcasse de mal-aimé, et a fini par se demander quel pouvait bien être, au-delà de l’écriture comme fin en soi ou comme exutoire personnel, l’intérêt de cette curieuse pratique qui consiste à coucher sur le papier ses expériences travesties, ses sentiments camouflés, s’il s’avérait impossible de les partager de quelconque manière, si était inéluctable la critique assassine et si l’exercice entier était destiné à se soumettre aux implacables lois du marché, où les livres de cuisine tiennent désormais le haut du pavé.

Ma première rencontre avec lui remonte à un an. C’était dans le métro, je m’en souviens encore. De ses yeux distants mais expressifs semblait se dégager une lueur tumultueuse qui, quasi instantanément, a attiré mon regard dans son prisme. Une partie de bras de fer visuelle s’ensuivit : qui fixerait l’autre le plus longtemps ? Sa mâchoire serrée, loin de tout romantisme, semblait m’enjoindre de regarder ailleurs, de le laisser en paix et de m’intéresser à l’un ou l’autre des voyageurs indifférents et hagards qui peuplaient le véhicule. Son regard était empli de projectiles qui n’avaient d’autre but que d’assassiner mon intérêt pour lui. Sa détermination, que traduisait son visage tout de haine surfaite, était telle qu’il a remporté la partie aisément. La station Etangs noirs fut l’occasion d’un nouvel échange furtif, couplé cette fois, de sa part, à un sourire cynique. J’en eus froid dans le dos : cet inconnu commençait à m’inquiéter. Il ne restait que quelques stations avant que je n’arrive à destination, et je ne m’en plaindrais sûrement pas. Lorsque tel fut le cas, il me regarda une nouvelle fois, vit que je m’apprêtais à sortir et soudain se leva, s’approcha de moi et enfonça une main dans la poche droite de son ample tweed noir. Je pensais que venait de sonner ma dernière heure, ma gorge se noua, quelques perles de sueur glissèrent sur mon front écarlate. Il me faisait face, à présent, et sortit calmement de sa poche un stylo.

          File-moi ton numéro !

Tout à coup, j’hésitais. Si j’avais été un chien, j’aurais eu la queue entre les jambes.

          Euh, on se connaît ?

          File-moi ton numéro ! répéta-t-il, imperturbable.

Un instant, j’envisageai de lui donner un faux numéro, mais c’était comme si je n’osais pas. Je lui donnai ce qu’il demandait, espérant qu’il perdrait la succession de chiffres quelque part sur la route, ou que, juste désireux de me tester, il s’en débarrasserait sitôt rentré. Neuf mois plus tard, je reçus un coup de fil d’un appelant non identifié.

          Salut, c’est Samuel.

          Samuel ?

          L’inconnu que t’as rencontré dans le métro il y a quelques mois et à qui t’as filé ton numéro de G…

Je n’en revenais pas. Quel était cet extraterrestre ? Qui était ce fou ? Il me fallait l’éconduire à tout prix : c’était, de toute évidence, le genre de mecs qui vous créent des problèmes.

          Je ne me souviens plus, non. Où avez-vous obtenu mes coordonnées, Monsieur ?

          Paniques pas…

J’étais démasqué. De deux choses l’une : ou je raccrochais ex abrupto, ou je lui fixais rendez-vous dans un lieu public, le plus éloigné possible de mon domicile.

          Je me souviens maintenant, désolé. Ca te dit d’aller boire un verre ?

          C’est une idée, oui…

          Samedi qui vient, vers vingt heures, ça te convient ?

Ca lui convenait, en effet. Je pense que tout ce que j’aurais pu lui suggérer lui aurait convenu, de toute façon. C’est à la brasserie L’Ecume des Jours, à Waterloo, que nous nous rencontrerions.

Le jour dit, morne plaine, point de Samuel à l’horizon ! Cet abruti m’avait berné et m’avait fait parcourir plusieurs kilomètres avec la vieille bagnole déglinguée de ma petite sœur pour les couilles du pape ! Je m’en retournai chez moi dépité et soulagé à la fois : mieux valait cela qu’un épilogue tragique ! Vers deux heures du matin, on sonna à ma porte. Peu coutumier de visites nocturnes impromptues, j’enrageai que mes rêveries fussent ainsi interrompues, mais, de nature serviable et vu l’insistance du gougeât plaisantin, je me dirigeai vers ma fenêtre et aperçus une silhouette qui ne m’était pas familière.

          C’est Samuel !

          Pardon ?

Il s’était laissé pousser les cheveux, mais sa personnalité, elle, n’avait pas changé d’un iota.

          Attends, mais comment tu sais où j’habite ? Et qu’est-ce que tu viens faire ici à cette heure-ci ?

          Relax, j’avais complètement oublié notre rendez-vous, et je voulais venir te présenter mes excuses.

          Mais t’es dingue, mec.

Il se garda de répondre à ma première question et, comme je voulais éviter qu’il en vienne aux mains ou saccage la porte d’entrée de mon immeuble, je n’insistai pas.

          Tu m’ouvres ?

          Attends, mais tu déconnes ? T’as vu l’heure qu’il est ?

          T’es réveillé, non ?

Jamais je n’avais rencontré un type avec un tel culot, un tel réceptacle de vanité. Que ferais-je ? Je me munis du gros rouleau à pâtisserie vermoulu qui faisait office de piètre objet de décoration dans mon salon et lui ouvris la porte. Je l’entendis gravir les escaliers trois à trois et vis son ombre s’insinuer derrière la vitre opaque de la porte de mon appartement. J’étais fébrile, mais je pris mon courage à deux mains…

          T’es vraiment bizarre comme gars, on t’a déjà dit ça ?

          Bizarre, comment ça ?

          Aucun inconnu n’a encore débarqué chez moi à deux heures du matin.

          Excuse, je suis complètement déphasé.

Je m’enquis des raisons de son décalage horaire et appris qu’il était scribouillard et que l’inspiration ne lui venait que la nuit. Si ça ne l’excusait pas, ça expliquait en partie sa curieuse présence, même si j’ignorais encore comment il avait pu me localiser. Je l’invitai à s’asseoir, et nous discutâmes une heure, une deuxième, puis une troisième, jusqu’à ce que soient perceptibles les premières traces de l’aube : une fois qu’on le connaissait, Samuel devenait étonnamment volubile. Ensemble, nous nous sommes adonnés à quelques jeux d’écriture. Ainsi, il m’a initié à l’écriture automatique. Je ne me souviens plus vraiment de l’objet de sa rédaction improvisée, qui partait dans tous les sens, mais, en ce qui concerne ma plume, elle devait être très légère, volante même, après le premier joint que nous partageâmes, car elle donna vie à un aigle géant, ressuscita Lindbergh et alla jusqu’à me propulser parmi les astres.

Je pris congé de mon invité, après que nous nous fûmes promis de nous revoir, et comme, dans l’état qui était le mien, il valait mieux ne pas insister, j’appelai le bureau pour signifier à mes collègues mon indisposition passagère, sans en dévoiler les causes, cela va sans dire. Je m’allongeai sur mon lit aux draps à moitié défaits et m’assoupis comme une masse inerte. Lorsque je revins à moi, une poignée d’heures plus tard, je m’empressai de prendre un bon bain revigorant et, tandis qu’éclataient devant moi les frêles bulles auxquelles avait donné naissance mon gel douche, j’entendis la radio crépiter : « nouvel épisode tragique dans l’histoire de l’aviation : un Boeing 747 de la compagnie Pan Am s’est écrasé sur l’île de Maui. Bilan : trois cents trente-six morts et soixante-six disparus »… Mon sang se glaça dans la baignoire d’eau bouillante : ma sœur et moi venions, en prévision des vacances d’été, de réserver nos tickets pour Hawaï !

Je revis Samuel deux semaines plus tard, dans un bar branché de la capitale où je me trouvais par hasard en compagnie de ma sœur et de l’une de ses conquêtes. Les enceintes y étaient si puissantes que la pseudo-musique qu’elles crachaient enveloppait sans peine toute amorce de conversation, rendant cette dernière inintelligible, en conséquence de quoi nous convînmes d’une nouvelle rencontre, dont son appartement overijsois serait cette fois le théâtre…

          Tu as trouvé facilement ?

          Sans trop de mal : je me balade assez souvent ici en vélo.

          Pour un citadin irréductible, c’est le bagne. Moi, j’y trouve le repos. Et, le matin, j’adore me laisser bercer par le gazouillis des oiseaux dans les arbres, qui, quoique confus, parvient toujours à composer une singulière mélodie.

          La première fois que je t’ai vu, tu ne me donnais vraiment pas l’impression d’être un poète…

          C’est parce que je n’en suis pas un !

          Tu es quoi, romancier, alors ?

          Pas même ! Ou plutôt, ce ne sont là que couvertures d’apparat, masques de scène, conventions langagières, qualifications para-professionnelles. En réalité, je suis un tueur, un assassin.

          En toute sincérité, c’est l’impression que tu me donnais, dans le métro.

          C’est plus qu’une impression, mon ami. C’est la triste réalité qu’il me faut assumer contre mon gré.

A travers une multitude de circonvolutions de l’esprit et de raccourcis scabreux, il se lança dans une interminable dissertation métaphysique, où vie et mort se confondaient à travers ce qu’il appelait la nature morte du vivant moderne, selon laquelle nous nous inscririons tous malgré nous dans une nouvelle forme de déterminisme scénarisé auquel nous sommes susceptibles de contribuer moyennant l’utilisation d’une part de notre âme en guise d’encre pour notre plume. Indéniablement, son esprit planait dans l’un de ses délires.

          T’as de nouveau fumé la moquette ? lui dis-je.

          Ne déconne pas, c’est sérieux, mais ton cartésianisme classique t’empêche encore d’en prendre la mesure.

          Explique-toi…

          L’autre soir, ta plume s’est envolée vers les cimes, a construit un aigle géant et couché Lindbergh sur le papier. Lindbergh est décédé à Maui, vieux. Et, à peine quelques heures plus tard, ton grand aigle s’est crashé avec lui.

          Attends, t’es sérieux, là ? C’est du pur hasard, mon pote.

          Tu y crois donc encore ?

          Et toi, tu crois en quoi ? En l’interconnexion globale par le battement d’ailes du papillon ou, en l’occurrence, le gribouillis d’une plume sur un parchemin chloré ?

          J’essaie de penser… Nous vivons une époque formidable… Et puis, il n’est pas question de gribouillis, mais d’âme, je te l’ai déjà dit. A priori, établir sa liste de courses n’a aucune incidence sur le cours de l’humanité.

          Tu vas trop loin, mon pote. Pour rester dans ta logique, qu’est-ce qui te prouve que ma main et ma plume d’un soir, au lieu d’être les prophétesses d’une tragédie à venir, n’étaient pas toutes deux guidées par un événement déjà inscrit dans les astres, dont je n’aurais été que l’insignifiant messager ?

          Exactement, à ceci près que ton scénario à toi est plus déterministe encore et qu’il ne laisse entrevoir ni pour les humbles créatures qui nous entourent, ni pour nous même, aucune sortie de secours, aucune échappatoire…

A ce dernier sophisme – ainsi le percevais-je –  je ne pus opposer que mon silence. Sans doute étais-je trop las. Sans doute ce monde qui nous abrite ne compte-t-il pas deux Samuel, et cela vaut-il probablement mieux. Quoi qu’il en soit, s’il disait vrai, si sa plume était réellement une arme virtuelle susceptible de provoquer les pires ravages, rien n’indiquait qu’il ne fût possible de la transformer en papillon volage, en outil de sagesse, en cygne majestueux. Modeler une pâte ingrate, lui donner forme, voilà sans doute le colossal ouvrage pour lequel il requérait mon assistance. Mais pourquoi moi ?…

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Tenter d’écrire une historiette sensée, originale et captivante en 15.000 caractères, voilà la gageure soumise il y a un an par un célèbre concours de nouvelles. N’y étant, à mon sens, pas parvenu, j’ai réservé ma tentative à mon blog…

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