Archives mensuelles : juillet 2013

Anges déchus et anges rappelés…

Ca a commencé par un jeu. J’avais tout vu, tout fait. Been there, done that. Il fallait du neuf. Il faut toujours du neuf. Et lorsque le neuf ne satisfait plus dans la quantité, c’est le type de pratiques qui prend le dessus.

Je le confie ici parce qu’en toute objectivité, je ne pourrais en parler à personne. Les sujets de fond, l’intimité profonde, on ne trouve jamais qui que ce soit pour en parler. La société moderne est ainsi faite. Je vis avec une femme depuis près de trente ans, et chaque matin, au réveil, je me demande ce que fait là, dans mon lit, cette créature  vis-à-vis de laquelle j’alterne entre indifférence, mépris et dégoût. Je les lui ai faits, ses gosses. J’ai accompli mon devoir. La paix maintenant !

En fait, je ne sais plus qui je suis. Il fut un temps où je le savais, puis tout a été bouleversé, comme ça, d’un coup. Alors, je me suis plongé dans le travail, à corps perdu. J’ai focalisé toute mon ambition sur ma carrière : il ne restait plus rien d’autre. Et j’ai réussi. Je suis au sommet à présent. Plus rien ne peut m’atteindre.

Durant toutes ces années, j’ai enchaîné les nuits sans suite avec presque toutes les conquêtes d’un soir qu’on me présentait, et celles que j’étais allé chasser moi-même aussi. Ca me rappelait les soirées de complaisance organisées pour moi et d’autres membres de mon milieu, lorsque j’étais à la fac. J’ai collectionné les putes de luxe, je me suis vidé les couilles sur des minettes à peine pubères. Sur des minets, jamais. Je hais les minets. Ils me rappellent trop qui j’étais, et cette page-là est tournée à jamais. Tout ce qu’il fallait faire pour distraire mon attention de cette farce qu’était devenue ma vie privée, je l’ai fait. Mais tout ça ne parvenait jamais que très temporairement à rassasier mon appétit. J’étais mort à l’intérieur, je le sentais bien. Je n’existais plus que par la façade, une façade rabougrie, et par cette étrange énergie qui la faisait se mouvoir.

C’est elle qui en imposait à mon personnel, à mes compétiteurs, aux médias et aux autres. A partir d’un certain âge et à force de compromissions, tout s’est mis à tomber du ciel. Je n’avais plus qu’à assumer le rôle qui était attendu de moi, sans fougue, sans précipitation, comme si je me laissais entraîner par les eaux calmes d’un fleuve qui me voulait du bien, comme si je gravitais inlassablement selon une orbite prédéfinie à laquelle je n’avais plus qu’à m’ajuster.

Mon premier financement, puis l’incommensurable héritage de papa, les rachats d’entreprise, la reconnaissance sociale, y compris de la part du bas peuple, qui me dégoûtait, les distinctions honorifiques, les affiliations aux clubs privés les plus sélectifs, les caucus discrets avec mes semblables : j’étais devenu un pilier du microcosme, une espèce d’homme d’Etat.

C’est statique, un pilier. Un homme d’Etat, ça ne bouge pas. Ca ne ressent rien. Ca  n’a que des objectifs et des moyens de les atteindre. Et plus le temps va, plus tous les moyens deviennent bons. De toute façon, que ferait la société sans des gens comme moi ?

Le hic, c’est que je voulais me sentir vivre de nouveau, délester le costard l’ombre d’un instant, couper cette cravate qui m’étrangle, sentir mon cœur battre la chamade comme avant, braver les interdits, niquer la plèbe, la famille, le conformisme puritain, qui me transformaient en statue. C’était le seul moyen pour moi de savoir que j’étais encore vivant, que je n’étais pas qu’un hologramme évoluant au milieu d’une gigantesque illusion. Et cette éruption d’émotions incontrôlables s’est traduite plus d’une fois en colères incohérentes qui ont laissé plusieurs de mes collaborateurs bouche bée.

Alors, j’ai pris quelques contacts. On m’a présenté une série de gens, des gens peu fréquentables, de sales types. L’un d’eux m’a invité à une soirée un peu différente des autres, dans un manoir de campagne cossu planté au milieu d’une propriété verdoyante, à l’abri des regards bien entendu. Disposés en divers endroits d’une pièce souterraine éclairée uniquement de torches à la flamme vive, où flottaient de larges et épaisses étoffes de velours noir qui ne laissaient entrapercevoir que périodiquement des pans de murs en béton nu de couleur pourpre auxquels étaient accrochés une douzaine de masques africains des plus lugubres, un plan d’écartèlement, un pendule, une cage, une roue, et tous les ustensiles habituels pour le genre de cérémonie qui s’y préparait (marteaux et pinces de divers calibres, scalpels, mais aussi chalumeau, lance-flammes et, dans un autre registre encore, électrodes) : à mon corps défendant, j’avais fait mon entrée dans le cabinet des horreurs. Ca m’a fait rire, au début…

Le maître des lieux m’invita à prendre place sur un imposant siège en bois de chêne d’un brun profond, noirci même, en certains endroits, dont l’extrémité supérieure se caractérisait par deux remarquables saillies divergentes qui tendaient vers le plafond, et qui se situait au fond de la pièce, sur une estrade pyramidale composée de trois marches. Le show allait commencer. On fit entrer un garçon et une fille d’une douzaine d’années – le premier fut placé dans la cage, la seconde liée par les pieds et les poings à la roue – et tournez manège ! On les soumit à toutes sortes de tortures, toutes simulées, scénarisées et grotesquement psychologiques. Et, même si ce spectacle ne correspondait en rien à ce à quoi je m’attendais, encore moins à ce que j’étais venu chercher, je restai sur ma faim lorsque je pris congé de mon hôte.

Les scènes auxquelles j’avais assisté continuèrent, malgré leur caractère virtuel, de marquer mon esprit pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce que mon subconscient ne les refoule. Divers aléas avaient ralenti la productivité de l’entreprise ces derniers mois, et mon métier d’industriel reprit aisément le dessus. Puis, un jour, je reçus dans ma boîte à courriels personnelle, dont seuls quelques initiés connaissent l’adresse, un message étrange émanant d’un destinateur qui portait le pseudonyme ‘Eternalwheel’. Après avoir scanné la chose et m’être assuré qu’il ne s’agissait pas d’un spam, je l’ouvris.

Il n’y avait aucun texte, mais le courriel contenait deux fichiers annexés. Le premier représentait un masque africain à l’allure de djinn et aux cornes protubérantes qui arborait un large sourire que je devinais sardonique. Et l’autre… J’étais cloué à mon siège. Il s’agissait de la photo du buste d’une fillette de six ans environ étendu, apathique, sur ce qui ressemblait à un plan d’écartèlement qui ne m’était pas inconnu. Sa poitrine avait de toute évidence été lacérée puis recousue selon une géométrie précise, et ce supplice, en toute probabilité l’avait-elle vécu en direct car sur son visage blême et décomposé se lisait encore un mélange d’intense douleur et d’incompréhension. Ses frêles lèvres étaient légèrement ouvertes, comme si s’était échappé in extremis de la carcasse le souffle de vie désabusé convoité par le bourreau. Dans le coin inférieur droit de la photo, ce mot : « more », assorti d’un point d’interrogation.

Toute la journée, je fus assailli d’images indélébiles, de flashs terrifiants. Les pires atrocités défilèrent dans mon esprit, dans la confusion la plus totale : la petite fille vietnamienne nue courant, désespérée, pour échapper au napalm et à l’agent orange déversés depuis les airs par des militaires déglingués aux ordres de grands-prêtres de guerre endurcis et déshumanisés, les instruments de torture que j’avais vus quelques semaines auparavant, et même une explosion nucléaire…

Une indescriptible angoisse prit ses quartiers en moi : à qui pouvais-je confier ce que je venais de voir sans me mettre moi-même en danger ? Comment pouvais-je savoir ce qui se passait les autres jours de l’année dans le cabinet aux horreurs dont j’avais été le témoin d’un soir ? Etais-je supposé faire part à la police de ce qui s’apparentait à un meurtre ? Si je ne le faisais pas, m’en rendrais-je complice ? Puis une touche de raison chassa les obscurs nuages : il fallait que je contacte mon avocat. Pas celui de l’entreprise, non : trop dangereux ! Il fallait que je contacte mon ami de trente ans et que je lui déballe tout. Il est tenu pas le secret absolu ; il était mon seul recours.

Nous nous sommes donné rendez-vous le soir même à L’Ecailler des Marolles, un petit restaurant étoilé qui ne paye pas de mine où nous avons tous deux nos tables réservées. Je lui parlai de la soirée, de la photo, mais dans mon empressement j’omis sans doute quelques détails, le masque africain notamment. Il m’indiqua qu’en tout état de cause, il fallait que j’évite de perdre mon sang-froid et que je n’ébruite pas l’affaire. Il demanderait, sous le boisseau, l’opinion de quelques-unes de ses connaissances et me conseillerait ensuite quant à l’attitude à adopter. J’étais apaisé. Le maître d’hôtel vint nous demander si nous étions partants pour un digestif. « Un gin », s’exclama mon ami, avant de rectifier, en riant grassement : « non, faites-en plutôt un whisky »…

Je rentrai chez moi. Le sexe était devenu la cadette de mes préoccupations. J’essayais d’être aussi distant et détaché que d’habitude, mais ma femme et ma fille ont dû sentir que quelque chose ne tournait pas rond. Pour échapper à leurs regards suspicieux et à leurs questions inquisitrices, je décidai de m’enfermer toute une semaine dans mon étude, prétextant la finalisation d’un contrat urgent. A peine allumé, mon ordinateur me signala, trois nuits plus tard, que j’avais un courriel en attente. Je cliquai « ok ». C’était le même expéditeur que l’autre jour !

Cette fois, il y avait un message succinct et, de nouveau, une photo. La peur au ventre, je pris d’abord connaissance du premier. Il commençait par un numéro de compte en banque étranger, puis y figurait la somme de 27.500 euros, et il se concluait par un lien ‘deep web’. La photo me glaça le sang : elle représentait une jeune fille, de quinze ans peut-être, dont le visage, pour ce qui en était reconnaissable, ressemblait confusément à celui de la fille qui avait été accrochée à la roue en ma présence. Le reste de son corps avait de toute évidence été passé au chalumeau : sa peau carbonisée s’écaillait en croûtes noirâtres qui ressemblaient à de fines écorces. En bas, à droite, un mot : « encore », suivi d’un point d’interrogation…

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Il était… une fois !

Tout le monde a été pris de cours. Tout s’est passé en quelques fractions de seconde. Je me souviens encore des larmes de la Reine-Mère, sur le balcon de l’hôtel de ville, une semaine après les faits, devant des hordes d’égarés hagards, tandis que la principauté se vidait de ses habitants au pas de charge. Depuis, de jour comme de nuit, les autoroutes sont surencombrées, les aéroports aussi. Certains ont rejoint la France, le plus près possible du Midi : quelle ironie ! D’autres, au double sens du terme les plus fortunés, avaient compris que la situation imposait d’aller bien plus loin.

Elle a beau n’avoir, en principe, plus grand-chose à perdre, elle a fait preuve d’un courage qui trouve rarement à s’illustrer auprès de la jet set, la Reine-Mère. Et du courage, il en fallait : les premières nouvelles étaient tout sauf encourageantes. Outre Pierre Klaes, de la TRIBe (Table-Ronde des Industriels de Belgique) et quelques autres, qui avaient péri presque sur le coup, les autorités s’apprêtaient à dénombrer les victimes, directes et indirectes, par milliers. Je me souviens encore du vieux Klaes, quatre-vingt piges mais toutes ses dents, qui déclarait à qui mieux mieux que la peur, dans ce domaine comme dans d’autres, n’est jamais rationnelle conseillère (1).

Le voilà emporté par sa crédulité religieuse, la semaine même où il s’apprêtait, les lobbyistes habituels à ses côtés, à souffler les quarante-cinq bougies de la construction du premier réacteur belge. Il est de ces coïncidences qui n’en sont peut-être pas vraiment : en prélude à ces festivités et après une courte visite de courtoisie à l’Anversois, envers lequel il parvenait difficilement, ces derniers temps, à cacher son mépris, il était, au moment même où les supports de rétention de Tihange 2 ont cédé, en train d’effectuer le tour du propriétaire de la centrale. Une bonne trentaine de chefs d’entreprises du Top 100, ainsi que près de la moitié des membres de la Chambre des Représentants, ont été exposés à une irradiation cent fois supérieure à la dose assimilable en une vie. Tous ont été mis en quarantaine pour une durée indéfinie. Quant au parrain lui-même, il a été emmené d’urgence au Sart-Tilman, mais rien n’y a fait : sa forte consommation de havanes s’additionnant à l’uranium encaissé, c’est dans un cénacle plus céleste encore qu’il pourra goûter désormais au plaisir des premiers…

Tandis que les isotopes s’échappaient gaiement de la cuve et que le réacteur, exposé et en passe de se délivrer de son enceinte, menaçait de faire exploser une tour dont le béton était déjà fragilisé par des effritements de plus de trente centimètres d’épaisseur (2), et alors que déjà, bravant les annonces lénifiantes des médias traditionnels, le député Lewis était parvenu à semer la panique au sein de la population en annonçant la tragédie sur son site internet, que le ministre de la Défense Dujus cherchait en vain, via des contacts avec son homologue américain, injoignable car pas encore remis de la cuite de la veille, à faire censurer, de premiers rejets d’eau fortement nucléarisée dans la Meuse furent constatés (3).

A qui la faute ? se demandèrent, toujours promptes à désigner le valet noir, les mauvaises langues. Certainement pas à l’ancien premier ministre Plastico Naoto, lui aussi décédé entre-temps, du fait d’un âge avancé : comme le rapportait, peu après le redémarrage de Doel 3 et Tihange 2, un journal online spécialisé dans les questions énergétiques, le bougre et ses comparses, jamais assez couards, avaient pris soin, en effet, de déployer grand le parapluie pour se protéger d’éventuelles retombées nucléaires : « alors qu’auparavant, il avait toujours été annoncé que l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) émettrait un avis qu’il appartiendrait ensuite au gouvernement de valider, le cas échéant, il appert à présent que l’AFCN est pleinement compétente. Le gouvernement se contente de « prendre acte » de la décision de l’AFCN, ce qui s’apparente au mutisme. Ainsi, il échappe à l’écueil d’avoir à prendre une décision sensible et d’être tenu d’en rendre compte ultérieurement. » (4)

Il n’empêche : alors que le verdict d’INES (5) atermoyait entre le 6 et le 7, il ne se pouvait concevoir qu’un tel drame fût le fruit unique du hasard. Geit Keyaert, la porte-parole d’Electraco, se chargea bien sûr de dédouaner illico l’exploitant de toute responsabilité dans l’imbroglio, mais la charge était tellement lourde qu’elle démissionna de ses fonctions. Quant à TRIBe-Chochotte, le conglomérat industriel en charge de la supervision de l’inspection des centrales nucléaires, qui avait donné son feu vert au redémarrage de Doel 3 et Tihange 2, il publia le communiqué suivant : « l’heure n’est pas au règlement de comptes. TRIBe-Chochotte continue, comme hier, de penser que, considérant le fait que, pour des raisons budgétaires, de nouveaux investissements à Tihange 2 n’étaient pas une option (6), le redémarrage du réacteur était la seule solution envisageable si l’on souhaitait éviter une dépression économique due à une pénurie d’énergie. Par ailleurs, TRIBe-Chochotte invite à honorer la mémoire de son président, Pierre Klaes, décédé en héros au nom d’une croyance jamais démentie. »

« Circulez, il n’y a rien à voir » pourrait donc être le résumé du parcours de la très chaude patate nommée réacteur. Pourtant, même un rapide coup d’œil transversal aux constatations et recommandations du Panel d’experts internationaux (7) appelé par l’AFCN au chevet de Tihange et de Doel permettait de constater qu’en dépit du fait que l’AFCN s’en réclamait dans ses documents de propagande (8) pour ajouter au sérieux supposé de ses conclusions, elle ne les y a pas moins atomisées, préférant se ranger du côté de la désinvolture d’Electraco et de la roublardise intéressée de TRIBe-Chochotte. Ainsi, l’on pouvait noter, entre autres négligences, les suivantes, qui résonnent à présent comme autant de sirènes d’alarme…

DANS SES CONSTATATIONS ET RECOMMANDATIONS (7), LE PANEL INTERNATIONAL ETABLIT QUE…

DANS LES CONCLUSIONS FINALES DE L’AFCN (6), L’ON PEUT LIRE POURTANT…

« la surface sous les supports de rétention n’a pas été inspectée. Ceux-ci sont soudés à l’aide d’un alliage de nickel, de chrome et d’acier dont la friabilité est avérée. C’est pourquoi il pourrait requérir une attention supplémentaire. » (page 15)

« L’exploitant considère que ces défauts ne sont pas de nature critique étant donné que les supports protégeraient de potentiels défauts cachés en termes de résistance et de robustesse. » (page 8, point 2.2.4)

« Les inspections n’ont pu être menées sur du matériel dont il peut être démontré qu’il est entièrement représentatif des matériaux présents dans les régions [de la cuve] où les défauts ont été constatés […] » (page 16)

« […] Il est possible que le nombre de défauts et leur importance en termes de sécurité aient été sous-estimés. […] En outre, […] un seul composant contenant des écailles d’hydrogène (propriété d’Areva) est disponible [à des fins expérimentales] et ce composant n’est pas tout à fait représentatif […].» (page 6, point 2.1.)

 

L’AFCN ajoute : « Les résultats de la caractérisation additionnelle de la virole VB-395 d’Areva ont révélé que les défauts dus à l’hydrogène affectent les propriétés mécaniques (résistance à la traction et ténacité) des matériaux en réduisant leur ductilité et en augmentant leur fragilité. […] » (page 29)

« […] avant redémarrage, [il est recommandé qu’] une étude de sensibilité soit réalisée sur base d’une marge RTNDT de 100°C (au lieu des 50°C retenus dans les différents calculs) afin de prendre en compte l’effet incertain de la ségrégation d’impuretés chimiques ainsi que d’autres effets incertains. Le Panel est d’avis que la réussite d’une telle analyse de sensibilité fournit l’assurance de la sécurité opérationnelle prolongée de ces réacteurs […]. » (page 17)

« […] La marge de 50°C par rapport à la RTNDT prise en compte dans le dossier de sûreté est adéquate. » (page 29)

« Deux aspects permettent éventuellement de déterminer la durée de vie des centrales. La fragilisation de la cuve du réacteur constitue le problème le plus délicat, mais pas nécessairement insurmontable. Si la fragilisation est trop avancée, on peut réaliser un « recuit » de la cuve. Le remplacement de la cuve n’est pas davantage exclu. Dans un tel cas, il est cependant possible que, pour des raisons économiques, cela ne soit plus une option réaliste. […] » (9). Sans le savoir et bien avant l’heure fatidique avec les conséquences desquelles une principauté, un pays, des régions frontalières entières se débattent à présent, la commission Ampère avait dressé les contours du problème, avant tout économiques et politiques.

Or, considérant le fait que Tihange 2 a été mis en service en 1983, un an après Doel 3, et que ces deux réacteurs n’étaient supposés fonctionner que trente ans, le Panel international avait demandé aussi que « les effets du vieillissement soient pris en compte dans l’analyse structurelle [de la cuve] » (7 / page 17). Ici non plus, il n’y avait rien à craindre, pourtant, selon le magma d’autorités techniques nationales dites compétentes : « […] l’expansion des fissures dues au vieillissement sous la charge de service ne peut pas être qualifiée de significative. » (6 / page 25, point 5.2.6).

Tout allait bien donc, et il ne fallait pas compter, à de trop rares exceptions près, sur un Parlement anesthésié pour exiger un débat public sur la question, quand il était encore temps. Il suffisait de croiser l’index et le majeur droits pour que, dix ans durant, davantage peut-être, la fatalité aille voir ailleurs. Klaes, Naoto, Keyaert, Electraco et tous les autres, soyez maudits pour l’éternité !!!

______________

(1) Lire (FR) : http://www.rtbf.be/info/societe/detail_nucleaire-chez-nous-c-est-different-bien-sur-que-ca-peut-arriver?id=5774203

(2) Lire (NL) : http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws/binnenland/1.1417917

(3) Lire (FR) : http://www.rtbf.be/info/regions/detail_de-l-eau-s-echappe-de-la-piscine-de-desactivation-de-tihange-1?id=7803650

(4) Source (NL) : http://www.energeia.nl/preview/1883-Electrabel-mag-scheurtjes-reactoren-weer-starten-geen-scheurtjes-Borssele.html

(5) Lire (FR) : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89chelle_internationale_des_%C3%A9v%C3%A9nements_nucl%C3%A9aires

(6) Source (EN / page 11, point 3.1) : http://www.fanc.fgov.be/GED/00000000/3400/3429.pdf

De ce rapport final de l’AFCN qui a motivé le redémarrage de Doel 3 et Tihange 2, seules l’introduction et la conclusion générale sont disponibles en français : http://fanc.fgov.be/GED/00000000/3400/3431.pdf

(7) SOURCE (EN/ pages 15 > 18) : http://www.fanc.fgov.be/GED/00000000/3300/3393.pdf

(8) Lire (FR) : http://www.fanc.fgov.be/fr/page/rapport-d-evaluation-final-faq/1507.aspx#P_7263

(9) Source : http://www.ulb.ac.be/sciences/intra/inforsc_archives/nrj/ampere/ampere5.html

Les deux grosses questions

***

Lire, par ailleurs, les articles antérieurs suivants :

concernant notamment le très instable combustible MOX utilisé à Tihange 2 et Doel 3 : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/08/17/nukieleaks-le-grand-bordel/

concernant Fukushima (contient le détail scientifique de l’ensemble des incidents nucléaires relevés de par le monde) : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/07/05/le-japon-nouveau-leader-des-energies-alternatives/

concernant, notamment, la faute politique caractérisée par l’impréparation totale des services de secours en cas d’incident nucléaire (articles empruntés) : http://intrgalaktiklyon.wordpress.com/tag/fukushima/

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Nouvel Ordre imposé : non merci !

Connaître les règles sociales, les intérioriser et les appliquer est simple. C’est ce que font la plupart des individus et ce qui est attendu d’eux. Cela relève de la politique primaire, de l’instinct d’adaptation à un consensus politique apparent dans lequel ils se sentent appelés à se fondre, du rapport de forces banal sur la nature intrinsèque duquel ils se convainquent de n’avoir aucune prise, du clonage des esprits. En ce sens, il n’y a aucune différence fondamentale entre l’application tacite des règles ainsi définie et le rejet instinctif de ces dernières, dès lors qu’aucune de ces deux postures ne requiert impérativement la compréhension de la fonction desdites règles.

Le double rapport de forces ainsi généré, à la fois au sein du cadre régulateur politiquement consensuel et entre celui-ci et la propension à sa destruction, est absolument creux, vide de toute substance, et il ne requiert aucune contribution individuelle. Il s’agit, au sens premier, d’un cliché, de la photographie, inerte par définition, d’une situation à un temps donné. C’est ce cliché (ou cette série de clichés) qui régit le pouvoir politique apparent, en ce compris les médias de masse, au point d’en rendre toutes les composantes, aussi nombreuses soient-elles, conformes, sinon interchangeables, en occident. C’est ce cliché qui est à la base de la crise fondamentale, celle d’où découlent toutes les autres : la crise du progrès, que certains qualifient, par extension, de crise de conscience.

Car clicher une situation, c’est déterminer un périmètre dont, en toute logique, il est impossible de sortir. Or, ce périmètre est dépassé par les faits dans la mesure où ceux qui l’ont établi ont perdu le monopole de la compréhension. C’est cette tension, de plus en plus palpable, entre une image imposée du réel et le réel tel qu’il est ressenti, deux illusions dont la seconde peut être plus proche que la première du réel tel qu’il est, et la prétention irrationnelle de maintenir cette image en l’état contre vents et marées qui est à la base non seulement de la vague impression de déclin culturel qui tourmente l’Empire, mais aussi de la décadence effective des idées véhiculées, dont la vitalité s’accommode de plus en plus mal de l’environnement fermé conçu par le cliché.

Connaître les règles est nécessaire afin de les comprendre, mais le passage de la connaissance à la compréhension n’est pas automatique. Il requiert la manifestation d’une volonté individuelle consécutive à celle d’une volonté difficilement définissable, supérieure en tout état de cause, universelle sans doute, que lesdites règles apparaissent à l’individu satisfaisantes ou non de prime abord. C’est le processus de compréhension, donc d’intelligence, que cherche en vain à neutraliser le cliché, car c’est par ce processus que s’offre la possibilité de remettre en question les règles et même le scénario dans son intégralité, largement suranné au demeurant, possibilité sans laquelle la liberté est factice. Voilà en quoi le cliché peut être qualifié de fondamentalement réactionnaire : il s’oppose, en effet, au progrès contenu dans les conséquences possibles de la compréhension, parmi lesquelles la coalition de volontés individuelles intelligentes fait figure d’évidence.

Parce qu’il considère chaque individu comme une partie de l’arbre à laquelle est assignée une fonction spécifique, le cliché est contraire à l’esprit de la Renaissance. Parce que, dans la conséquence de cette conception, il estime négligeables et superflues certaines parties de l’arbre, le cliché est contraire à l’Humanité. Tout un qui est, a été et sera est, en puissance, l’arbre tout entier. Qu’un seul individu, peu importe sa position dans l’architecture sociale, puisse devenir l’hôte d’une épidémie susceptible d’en tuer des millions d’autres en est une cynique illustration. Sans trop de difficultés, il est pareillement possible de trouver à celle-ci plusieurs versions positives.

 Mais il ne pourra être question de Renaissance véritable qu’à trois conditions : la première est bien sûr la destruction du cliché, qui doit, sous peine de nullité, s’accompagner des deux secondes, à savoir la structuration progressive de l’Etat de bas en haut, antithèse de la mondialisation financière et corporatiste qui sous-tend le partage des informations et des ressources, et sa neutralité bienveillante face à a diversité des choix de vie individuels, laquelle passe notamment par l’abolition du travail obligatoire.

Un tel progrès est en soi annonciateur d’un nouveau rapport de forces entre la maîtrise réelle de son propre destin (avec le soutien neutre de la collectivité) et le cliché, dont l’ordre totalitaire n’est jamais que le prolongement. Ou, si l’on préfère, entre le consensus mortifère et la force vitale…

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L’artiste, un fumiste ?

« L’art de l’imitation est bien éloigné du vrai, et c’est apparemment pour cette raison qu’il peut façonner toutes choses : pour chacune, en effet, il n’atteint qu’une petite partie, et cette partie n’est elle-même qu’un simulacre. » (1)

Comment ce propos de Platon peut-il se décliner à l’heure des médias de masse et de la technique envahissante qui veut que, lorsque vous sortez de la caverne aux images, vous y êtes encore ? Demeure-t-il pertinent dès lors que, par le biais de ces médias, c’est la Cité tout entière, dont il postulait que devrait être exclu l’artiste, à ses yeux pervertisseur de l’essence, donc du vrai, est elle-même devenue une gigantesque illusion ? L’art est-il uniforme ? Continue-t-il de ne servir à rien ? Et l’artiste a-t-il un rôle à jouer; peut-il jouer un rôle, dans ce contexte ?

Avant tout, peut-on sans anachronisme considérer cette affirmation comme intemporelle, alors que toute la peinture contemporaine, en se libérant du figuratif, a perdu toute prétention à imiter le vrai ? Dans la perspective de l’auteur, elle demeure certes le reflet du reflet du monde des Idées que serait le monde habitable, mais en quoi ce reflet est-il moins pertinent que le reflet de ce reflet que propose aujourd’hui la politique à spectacle, qui a fait fuir les idées pour les remplacer par le pseudo-réalisme de la gouvernance gestionnaire ?

Peut-être faut-il considérer que la Cité véritable est ailleurs que dans la politique publique, enfouie, secrète, hermétique, que cette Cité-là cherche à se rapprocher au plus près des Idées, mais cela impliquerait alors pour le commun des mortels une triple mise en abîme, qui, si elle ne la justifie pas, conférerait au moins un sens à cette sempiternelle caverne :

IDEES (vrai supposé) > CITE (reflet des Idées) > POUVOIR POLITIQUE APPARENT (subcité, reflet du reflet) > CONSOMMATEURS (reflets du reflet du reflet) ?

Dans ce schéma, l’art peut relever à la fois de la Cité et de la subcité, et l’artiste être plus proche du vrai que le politicien. Si l’art est subversif, il ne fera certes pas voir, mais il fera entr’apercevoir le vrai. Si l’abstraction s’associe à l’absence de toute injonction – a fortiori politique – ce sera l’addition des regards portés sur lui qui démultipliera la pièce du puzzle (ou « petite partie ») et atténuera d’autant le simulacre, si tant est que le public soit instruit et critique.

Certes, l’art n’a plus pour vocation universelle de tendre vers le vrai, et c’est tant mieux, car cet imprimatur fut à la base de tous les réalismes imposés, de toutes les figures obligées, de toutes les redondances et de toutes les platitudes. Mais se limiter à l’art pour l’art me semble relever du narcissisme qui a mené à toutes ces aberrations exposées de nos jours dans les foires d’art contemporain, qui sont parvenues ironiquement à créer une école négative, une nouvelle catégorie, alors que leurs auteurs prétendent échapper à toutes. L’art pour l’art est devenu une redondance en soi, qui ne cesse d’alimenter le marché en générations de produits difformes et surfaits.

S’il pouvait se concevoir rebelle durant les sixties, s’il pouvait être interprété comme un coup de poing à la gueule de la convention et de l’utilitarisme tels qu’ils se définissaient alors, il s’est lui-même mué depuis en norme aseptisée et en plate convention, favorisant, au gré de l’émergence de la psychanalyse de masse, les pires épanchements œdipiens et les plus redoutables débordements nihilistes. A force de vouloir – à dose semi-inconsciente sans doute – faire leurs les propos de Platon en arborant fièrement leur bras d’honneur face à la Cité, les anartistes d’hier ont enfanté des générations de je-m’en-foutistes repliés sur la position fœtale. En porte-à-faux par rapport à une décadence, ils en ont généré une autre, dès lors que leur projet social négatif, déconstructeur, n’était complété par aucune ambition sociale nouvelle.

Ils ont accouché de l’ère de l’art insignifiant, celle du divertissement artistique anémié, bien sûr récupéré par l’industrie afin de répondre aux canons de la rentabilité : complétant leur logique, qui est celle de Platon, ils ont, comme jamais auparavant, asservi l’art, supposé ne servir à rien, au marché, à ce qui sert à rapporter, brûlant au passage toutes les formes de subversion qu’ils ont utilisées, rendues inopérantes.

Face à cela, certains seraient tentés par un retour au classicisme. C’est leur droit. D’autres demeureront dans la régression, les plus malins par ironie, dans l’espoir de faire percevoir sa négativité, tout en encaissant les devises. C’est leur droit aussi, puisqu’il n’y aucune raison à ce que davantage d’impératifs s’imposent à eux. Chaque artiste devrait être libre de faire ce qu’il veut, sans la moindre interférence de la part de la subcité, puisque c’est ainsi que les plus conscients rejoindront la Cité, qu’ils contribueront à éclairer de faisceaux nouveaux.

C’est de nouvelles formes et de nouveaux outils de subversion que ces derniers devront se munir pour s’opposer à l’illusion façonnée par la subcité et finalement la faire voler en éclats. Le risque dans l’art, c’est eux et eux seuls qui désormais l’assumeront, laissant aux autres le « bazar » (c’est-à-dire l’incohérence inutile). Et alors que le divertissement s’approche de très loin, contourne, divague, il leur faudra, porteur de l’énorme bagage des précurseurs d’avant et n’en reniant aucun aspect, aucune « partie », aller droit au but, viser dans le mille, tout en veillant à ne pas se laisser récupérer eux aussi, à continuer d’inspirer sans se laisser dépérir, vaste programme qui sonnera, en cette civilisation cruellement duale, le début de la fin pour le divertissement en ouvrant grand la porte à toutes les interrogations souhaitées, et peut-être même, pour certains, au vrai…

ersatzkommando

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(1) Platon, La République, Livre X, 598b – 598c, traduction de G. Leroux, Garnier-Flammarion, Paris, 2002

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EXCLUSIVITE / PREMIERE MONDIALE : D Jahnus révèle tout…

Ci-après, une communication d’intérêt public de D Jahnus, voyageur spatial et DJ invité sur www.weekidmuze.wordpress.com

D Jahnus

Thomas Drake, J Kirk Wiebe & William BinneyLe trio infernal de la N.S.A. (« les bons »)

Ceci n’est pas une théorie. Ceci est une conspiration. Une conspiration du silence qui implique des milliards d’individus. Mais seuls les plus malins parmi eux peuvent en être tenus pour responsables, car ils dissimulent l’agenda véritable, dont ils pensent pouvoir bénéficier.

Mesdames, Messieurs, après des années d’enquête freudienne et d’observation sociologique approfondies depuis sa capsule temporelle en villégiature dans l’espace, D Jahnus peut enfin révéler avec la certitude du singe que nous nous sommes tous fait duper, berner, instrumentaliser et baiser dans la tête depuis un siècle au moins.

C’est ainsi que tout commença…

theremin (Leon Theremin, 1919)

Pour se poursuivre comme suit…

THEREMIN Lev  playing

Suite à quoi « video killed the radio star »…

neige d'écran télé

Et voici où nous en sommes aujourd’hui…

harpe laser

Mais aussi amusant que cela puisse paraître, cela s’accompagne de conséquences, en particulier pour les âmes vaillantes, les cœurs purs, car leur bénédiction, à savoir la prophétie affranchie de toute contingence, est jalousement enviée par le côté obscur, par ceux qui se cachent, par les gourous masqués, par les lâches de l’égout du pouvoir.

Imaginez que vous ayez eu la chance de grandir entouré(e) de personnes attentionnées qui vous ont appris les principes de base de l’Humanité et la beauté du monde. En grandissant, vous vous rendez compte que la société n’est pas telle qu’elle devrait être et vous souhaitez être de ceux qui contribuent à l’améliorer.

Lentement mais sûrement, vous en arrivez toutefois à la conclusion que si toute société donnée requiert un ensemble de règles afin d’aller de l’avant, laissant derrière elle la sauvagerie, celles prescrites par une minorité mais destinées à être appliquées par la majorité ne coïncident pas toujours avec l’Idée Supérieure de la Civilisation. Par conséquent, vous vous mettez à en enfreindre l’une ou l’autre.

Tôt ou tard, vous serez alors confronté(e) à la matrice, la chose, la machine, comme la dénomment sans trop d’égards certains. Pour D Jahnus, c’est la Source. Pour d’autres encore, c’est la technique, et il s’agit pour eux d’un assistant académique qui permet la communication globale. Personne n’y échappe, pas même les chefs d’Etats. Internet est l’outil contemporain qui permet d’éveiller les consciences par rapport à la Source, nous dit D Jahnus. En aucun cas le moindre monopole ne devrait-il dès lors être en mesure de s’approprier ni la toile, ni la Source elle-même, car ceci signifierait pour tous l’esclavage.

Bien sûr, dans l’exemple retenu, vous ignorez son existence, sans même mentionner son potentiel. En général, vous devrez attendre quelques années après la puberté ou après l’université pour en prendre conscience. Vous continuez donc à vous investir au nom du bien, jusqu’à ce qu’un jour… BOOM ! BAM ! PSHHHHT ! SPLASH ! GLOUGLOU ! GLOUGLOU ! Votre perspective entière varie de 180, sinon 360°…

La première hypothèse de la plupart des gens consiste en une transmission extraterrestre à travers des champs magnétiques nucléaires. Ceci nécessiterait bien entendu une définition claire de ce qui relève et ne relève pas de l’extraterrestre. Quoi qu’il en soit, vous commencez à entendre des voix, qui vous susurrent : « ne répète ceci à personne, personne ne te croira, un tel secret ne peut être révélé sans créer la panique générale », et d’autres affirmations de la sorte. D Jahnus sait de quoi il parle dans la mesure où il était aux premières loges pour en faire lui-même l’expérience, dans la prison / base spatiale de Saint-Quentalamo, où il poursuivait un entraînement en vue de son premier voyage dans l’espace lointain. Et il peut vous confirmer qu’à ce stade, en effet, toute résistance est futile.

La confusion induite par pareille expérience peut être maîtrisée, mais elle va généralement de pair avec une pression exercée par des éléments extérieurs, qui vous disent de faire ce que l’on vous dit, ce à quoi s’emploient d’ailleurs les crédules et les soumis au sein de la société, ceux qui respectent la loi virtuelle.

Pas les curieux, ni les idéalistes, ni les esprits supérieurs. Ceux-là poursuivront leur quête du vrai, et seront par là même confrontés de plus en plus souvent à diverses formes d’intimidation, à l’arbitraire, et même à la force. Mais, à ce moment-là, la résistance est nécessaire afin de préserver la singularité. Leur pureté est une qualité que d’autres personnes, de vieilles personnes, des hommes et des femmes, apprécient considérablement, car elle a le goût d’un esprit d’ado (« smells like teen spirit »), un mets dont ils raffolent, une qualité qu’ils ont perdue depuis belle lurette…

A vrai dire, ça s’appelle l’amour. L’amour leur fait penser à Jésus, aux fadaises sentimentales, aux émotions, et à touts ces déchets d’humanité. Pendant longtemps, il a été officieusement banni. Il ne l’est plus, à présent. Voici, sur base de ses découvertes à travers toute la galaxie, le G.°.M.°.L.°. (Glorieux Message de Libération, ou encore Genèse de Modèle Linguistique) dont D Jahnus gratifie l’humanité, au péril de sa vie (La NASA pourrait pulvériser son vaisseau à n’importe quel moment au moyen d’une arme à faisceau d’énergie concentrée, c’est-à-dire d’un laser militaire, si elle était au courant…), car l’amère farce de la soumission a assez duré et il importe de combler le fossé de connaissances. Merci, D Jahnus !…

Mais, surtout…

FLASHBACK MIX :

http://weekidmuze.wordpress.com/2012/05/21/dark-dark-mix-for-thundery-times/

Aaron Swartz

« Aaron Hillel Swartz (8 novembre 1986 – 11 janvier 2013) était informaticien / programmateur, écrivain, militant politique et activiste d’Internet. Swartz a joué un rôle important dans le développement du format internet RSS, dans l’organisation Creative Commons, dans l’architecture de sites web web.py, ainsi que dans le site d’informations sociales Reddit. En 2013, son nom a été inclus dans le Internet Hall of Fame.

Swartz devint un partenaire à part entière dans Reddit après sa fusion avec sa propre entreprise, Infogami. Ses engagements ultérieurs étaient centrés sur la sociologie, l’éveil à la citoyenneté et l’activisme. En 2009, alors qu’il souhaitait en savoir plus sur l’activisme réel, il contribua au lancement du Comité de la Campagne pour le Changement Progressiste (Progressive Change Campaign Committe). En 2010, il devint chercheur associé au Laboratoire de Recherche sur la Corruption internationale Edmond J. Safra de l’université de Harvard, dirigé par Lawrence Lessig. Il fonda le groupe internet Exigez le Progrès (Demand Progress), connu pour sa campagne contre le projet de législation SOPA (Stop Online Piracy Act).

Le 6 janvier 2011, Swartz se fit arrêter par la police du Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.), secondée par un agent des service secrets, pour entrée avec effraction, après avoir téléchargé systématiquement des articles d’un journal académique, depuis la plate-forme JSTOR. Des procureurs fédéraux ajoutèrent [entre autres] à cette charge onze violations du Computer Fraud and Abuse Act, qui prévoit [notamment] une pénalité maximale de 1 million de dollars, 35 ans de prison et la confiscation des actifs.

Le 11 janvier 2013, deux ans après son arrestation initiale, Swartz fut découvert mort dans son appartement de Brooklyn (New York), où il s’était [apparemment] pendu. »

http://en.wikipedia.org/wiki/Aaron_Swartz

http://www.guardian.co.uk/technology/2013/mar/19/aaron-swartz-mit-documents-release-redactions

« Le Projet MKUltra est le nom de code d’une expérimentation scientifique secrète menée par le gouvernement des Etats-Unis portant sur l’ingénierie comportementale humaines (le contrôle mental), supervisé par la Division du Renseignement scientifique de la CIA. Le programme vit le jour au début des années cinquante, reçut l’approbation officielle en 1953, fut réduit en importance en 1964, davantage encore en 1967, et officiellement démantelé en 1973 [« démantelé, mon cul », dit D Jahnus, « il fut perfectionné et généralisé. »].

Le programme était impliqué dans de nombreuses activités illégales, en particulier l’instrumentalisation comme cobayes de citoyens canadiens et états-uniens qui ne se doutaient de rien, ce qui suscita une controverse quant à sa légitimité. MKUltra incluait l’usage de nombreuses méthodes de manipulation de l’état mental et des fonctions cérébrales, y compris l’administration discrète de drogues (en particulier le LSD) et d’autres substances chimiques, l’hypnose, la privation sensorielle, l’isolation, les abus verbaux et sexuels, ainsi que d’autres formes de torture.

L’étendue du Projet MKUltra était vaste, des recherches s’effectuant au sein de 80 institutions, y compris 44 universités et écoles supérieures, ainsi que des hôpitaux, des prisons et des compagnies pharmaceutiques. La CIA était active dans ces institutions par l’entremise de sociétés-écrans, même si parfois les plus hauts responsables de celles-ci étaient au courant de son implication. Comme le remarquerait ultérieurement la Cour suprême, MKUltra était :

intéressé par « la R&D en matière de moyens chimiques, biologiques et radiologiques susceptibles d’être utilisés dans des actions clandestines afin de contrôler le comportement humain. » Le programme consistait en 149 sous-projets dont la CIA avait confié la concrétisation à diverses universités, à des fondations de recherche et à des institutions similaires. Au moins 80 institutions et 185 chercheurs privés y ont pris part. En raison du financement indirect de MKUltra, de nombreux participants ignoraient qu’ils avaient affaire à la CIA. »

http://en.wikipedia.org/wiki/Project_MKUltra

« Le procureur qui poursuit Aaron Swartz est lié au suicide d’un autre hacker »

http://rt.com/usa/swartz-prosecutor-suicide-hacker-050/

D Jahnus

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Vous avez dit lutte des classes ?…

Nous sommes à la veille de 1789, mais c’est encore l’Ancien Régime, modelé en trois sous-structures à l’appartenance héréditaire, la noblesse, le clergé et le Tiers-Etat. Ce dernier représente plus de neuf dixièmes de la population et se compose à la fois de bourgeois et de roturiers. Les bourgeois savent que seuls, ils ne pourront renverser la monarchie. La famine et l’aggravation générale des conditions d’existence de ceux qui deviendront les sans-culottes leur seront d’un précieux secours pour obtenir leur assistance dans leur entreprise de déstabilisation du pouvoir féodal : le bas et le milieu s’allieront objectivement pour renverser le sommet de la pyramide sociale.

Bien sûr, le vent de liberté qu’ils feront souffler conjointement sur la France, dont la déclaration des droits de l’homme sera le plus brillant manifeste, aura également son revers : l’appropriation, en son nom, de la propriété, jusqu’alors monopole des aristocrates et des hommes de robe, de sorte que l’égalité, fièrement proclamée sur les frontispices des bâtiments publics, ne sera que de façade : si l’inégalité de biens est telle, en effet, qu’elle affecte directement la structure sociale (notamment l’éducation), comment pourrait-il y avoir égalité effective de droits ? Et c’est ainsi qu’en majeure partie et malgré une amélioration des conditions de vie générales, les fils et petit-fils des Misérables d’hier partageront le lot de leurs valeureux ancêtres, utilisés comme chair à canon et instrumentalisés de la plus bourge façon.

Grosso modo, cette situation perdurera durant tout le XIXe siècle, qui consacrera, de soubresauts en soubresauts communards et à travers les nostalgies restauratrices, l’émergence progressive d’un mouvement véritablement égalitaire qui, à mesure que s’approchera le XXe siècle, réclamera pour chaque homme, quelle que soit sa position sociale, les droits sociaux et politiques qui lui reviennent, bientôt secondé par des pans entiers de l’élite bourgeoise, motivés par le caractère juste de ce combat, qui se scinderont de l’axe libéral (dont les avocats avaient très largement infesté la représentation populaire censitaire) pour porter sur les fonts baptismaux le courant socialiste.

Puis viendra, comme par magie, la première guerre, précédée, il est vrai, de l’affrontement franco-prussien de 1870 (une diversion unificatrice ?). Elle n’empêchera pas la progression des droits sociaux, que du contraire, et même la boucherie suivante n’en aura pas raison : ce sera exactement l’inverse. Car après avoir vécu ce genre d’horreur, l’on tend à manifester vis-à-vis de son prochain une compassion plus grande, qui se traduira en l’occurrence par l’application progressive de l’agenda du Conseil national de la Résistance, dont Monsieur Stéphane Hessel était l’un des derniers témoins.

Les années 1980 signeront, au niveau mondial, le début de la décrue démocratique revendiquée dont l’architecture naissante du nouvel ordre mondial né des ruines du mur de Berlin, dont nous subissons aujourd’hui jour après jour les effets, sera l’abominable consécration. ’68 avait ouvert le bal : il fallait à tout prix se débarrasser d’un modèle politique dépassé, dépeint un peu trop facilement comme un nouvel Ancien régime. Celui-ci n’avait-il pas, après tout, commis ou soutenu les pires exactions coloniales et ne reposait-il pas sur un paternalisme révolu et ringard ? Sans doute, mais la bêtise goguenarde et les pulsions instinctives qui avaient actionné l’ire de la jeunesse bourgeoise contre la génération bourgeoise qui la précédait s’accompagnait aussi, sans le savoir peut-être, d’une remise en cause des acquis sociaux forgés par cette dernière. Est-ce un hasard si quasiment tous les anciens soixante-huitards recyclés dans le pouvoir (médiatique, politique, etc.) vireront casaque libérale ?

C’est l’épisode socialiste qu’il s’agit à tout prix d’effacer, et il va de soi que ce mot ne désigne pas les usurpateurs politiques qui portent ce sigle de nos jours. Il s’agit de faire comme si il n’y avait d’autre affrontement qu’entre libéraux (dits progressistes, dans ce schéma, et auxquels s’est ralliée la social-démocratie) et chrétiens (conservateurs), bref de dupliquer le rapport de forces états-unien, ni plus ni moins.

Ce faisant réapparaît une situation digne d’antan, en plus hybride : d’un côté, il y a le clergé, ses séides, la grande bourgeoisie et la noblesse catholiques, et d’autre part la grande bourgeoisie libérale (devenue noblesse de fait, concrétisant de la sorte son rêve multiséculaire), sa sœur moyenne, sans laquelle elle n’est rien, et, après OPA réussie, les restes du socialisme délavé. En-dessous, un nouveau Tiers-Etat, moins imposant en nombre que jadis mais tout aussi marginalisé. Dans les faits, celui-ci se compose tant de la petite bourgeoisie que des travailleurs précaires (ces deux statuts étant susceptibles de s’enchevêtrer) et des non-travailleurs, qui partagent, à peu de choses près, le même type d’existence.

Etant donné que le nouveau clergé, tout aussi hypocrite que l’ancien, et la nouvelle noblesse libérale, tout aussi acharnée à conquérir le podium pour elle seule, connaissent leur histoire – ces gens-là, ma p’tite dame, passent des décennies à ne rien foutre et il leur est donc loisible de faire exactement ce qu’ils veulent, s’instruire, par exemple, financer des guerres aussi – ils savent que de la division du nouveau Tiers-Etat dépend leur maintien et ne redoutent qu’une chose, car elle signifierait leur perte : une nouvelle coalition d’intérêts entre la petite bourgeoisie, les non-travailleurs et une partie de l’élite intellectuelle de la bourgeoisie moyenne, bref un socialisme régénéré.

Ce nouveau clergé et cette nouvelle noblesse libérale, dont les intérêts se confondent, disposaient jusqu’à présent de deux outils majeurs afin de concrétiser cette division : le média télé et la concurrence. Or, si la crise bancaire a démontré une chose, c’est l’extrême imbrication des structures du sommet : touchez une carte, et le reste du château s’effondre. En réalité, la concurrence n’est rien d’autre qu’un outil d’asservissement mental pour la petite et la moyenne bourgeoisie, car qui passe son temps à vouloir être meilleur que son adversaire désigné ne le passe pas à prendre conscience de sa réelle similitude à celui-ci, qui n’a de cesse de vouloir soumettre – voire détruire – son alter ego social fait le jeu des maîtres, et qui méprise le chômeur ou le SDF ne perçoit pas que l’amélioration de leurs conditions de vie est la solution qui ôtera à jamais au cadre moyen sa peur partiellement inconsciente des conséquences de se trouver un jour sans le sou.

Le média télé, associé à l’industrie du divertissement hollywoodienne et MTVesque, sert, quant à lui, les maîtres auto-investis de deux façons au moins : d’une part, il maintient à l’égard de la petite bourgeoisie l’illusion soporifique et idolâtre d’ascension sociale en propulsant régulièrement sur l’estrade, par le biais d’une très subtile machinerie invisible à l’œil nu, certains de ses membres, qui, pour la plupart, se contentent de se sucrer considérablement au passage en oubliant leurs roots :

          « Wesh, z’y va, trop ouf, le Ramzy… »

          « Look, man, it’s Jay Z… »

« Jay-Z Says He Didn’t Understand Occupy, But That Didn’t Stop Him from Profiting Off It with T-Shirts »

http://gawker.com/5941933/jay+z-says-he-didnt-understand-occupy-but-that-didnt-stop-him-from-profiting-off-it-with-t+shirts

           « Gaston, viens, Les Z’amours va commencer… »

D’autre part, il cherche, par l’entremise du même processus de subjugation mentale (1), à corrompre, à récupérer, et, à défaut, à écarter – dans tous les cas, à casser la personnalité de – quiconque appartient à la bourgeoisie moyenne et s’avère un peu trop remuant ou manifeste des idées un peu trop périlleuses. Un nouvel Hugo ? Un nouveau Zola ? Plus jamais ça ! Même s’il se compose presqu’exclusivement de personnages recrutés de la sorte, le média télé est ainsi l’allié objectif de la stratégie des maîtres. Que des intellectuels de salon à la Finkielkraut réfutent cette évidence et rejettent la responsabilité de l’abrutissement généralisé sur les aliénés plutôt que sur le système d’aliénation les rend détestables.

Outre la fin de la prescription massive d’antidépresseurs, deux événements, étalés dans le temps, peuvent contribuer à faire vaciller lesdits maîtres de leur piédestal : un réveil démocratique des médias – c’est ce sur quoi misent notamment Amy Goodman de DemocracyNow!, Edwy Plenel et Julian Assange – ainsi que l’augmentation numérique continue, au point de devenir incontrôlable, des travailleurs précaires, des chômeurs et des SDF (qui sont, depuis 2008, au nombre de 25.000 en Grèce uniquement), lesquels finiront bien alors par s’allier et se répandre comme la chienlit.

Si ceux-ci parviennent à s’affranchir de syndicats fossilisés qui ne défendent pas leurs intérêts et à créer dans la foulée de nouvelles plates-formes de revendications, et s’ils obtiennent une antenne médiatique pour faire valoir leurs points de vue, ils seront à la base d’un renouveau de la gauche. Si la dernière condition n’est pas réunie, la violence sociale se décuplera, étant donné qu’il ne faudra plus, dans les conditions qui s’annoncent, miser sur la désobéissance civique passive (un refus massif de payer ses impôts, par exemple) comme facteur de soulèvement populaire.

Sur l’aire de jeu dite occidentale, cette gauche n’émergera pas aux Etats-Unis – où les jeux sont faits – mais en Europe, où, même s’il est tard, il est encore temps. C’est pour cette raison et pour empêcher la réussite d’une telle conjonction, qui renverrait des années en arrière leur projet de domination mondialisé, que les maîtres s’affairent à lier, au rythme militaire, les deux rives septentrionales de l’Atlantique sur les plans commercial, monétaire et supra-juridique. C’est pour cette raison qu’il est primordial de les faire échouer.

C’est de cette manière, et de cette manière seulement, que renaîtront le progressisme et la démocratie !

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(1) La formule, qui ne recouvre peut-être pas ici la même réalité, est du philosophe Bernard Stiegler.

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Liberté de croissance : le nouveau paradigme…

Une fois de plus devient coutume, je vais m’intéresser à un mot, un mot de gauche et un mot gauche, un mot teinté de progressisme qui cherche à exprimer un projet nouveau qui repose sur une nécessité impérieuse mais ne parvient pas à s’affranchir de ce à quoi ce projet s’oppose, ni à susciter l’engouement général dont dépend sa réussite sociopolitique. Ce mot, c’est la décroissance…

Parmi les ‘dés’, rares sont ceux qui illuminent d’espérance, dès lors que la plupart sont dérivés de la particule latine ‘de’, qui « marque la séparation, l’éloignement d’un objet avec lequel il y avait contact, union, association » (1), elle-même très proche de ‘di(s)’, qui, lorsqu’elle ne désigne pas le dieu des enfers, « marque le plus souvent la division, la séparation, la distinction, la négation » (2), le renversement antithétique, concret ou figuré, faisant pivoter le sens d’une racine sur lui-même, encore que, parfois, les deux significations s’avèrent très semblables, sinon rigoureusement identiques (par exemples, les verbes nudare et denudare > mettre à nu, pendere et dependere, être suspendu, ou encore torquere > tordre et distorquere [subst. distorsio] > distordre, mais aussi le substantif delirium > délire, alors que le verbe lirare signifie déjà, entre autres, être fou, divaguer).

Et si ce qui précède vous a fait perdre votre latin ou vous a donné l’impression d’être confronté(e) à une démence (dementia) passagère du rédacteur, notion hautement tendancieuse qui pourrait être la petite-cousine renversée de la mesure (mensa), subjective elle aussi, rassurez-vous : il ne s’agissait que d’une introduction discursive…

Au nombre de ces mots contraires, aux préfixes privatifs, il y a certes le désir (dont le ‘dé’ paraît distinct), la découverte et la délivrance, mais il y a surtout la dépendance, le dénuement et – nous y sommes ! – la décroissance…

Dans le cas de ce dernier, dont les implications auraient laissé les Latins bouche bée, sauf, peut-être, juste avant le déclin de l’Empire, mais dont la construction respecte les règles de l’art étymologique, le ‘dé’, s’il remplit parfaitement son rôle, assume aussi celui de croque-mitaine, baigné dans l’humeur moderne des anti-guerre et des objecteurs divers, qui, hier, avant de subir eux aussi un retournement, se nommaient juste pacifistes et libertaires, anars pour les plus indociles.

Or, comment faire saliver les masses avec un projet dont la dénomination est, dans l’absolu, l’antithèse même de la raison d’être (et d’espérer) de l’homme et de la femme : grandir en toutes choses, chacun(e) à sa façon et selon ses affinités ? Paul Ariès et les autres théoriciens de la décroissance ne sont pas idiots : cette objection, ils la connaissent. C’est pourquoi ils insistent sur la croissance des liens au détriment de celle des biens, sur le bien-vivre plutôt que sur le vivre-grassement. Et que l’avenir leur donne raison ou non, que se produise enfin l’amorce d’une juste répartition des richesses, au niveau mondial comme entre les diverses classes sociales de chaque nation, dont le revenu de base inconditionnel (ou allocation universelle) doit être l’axiome, ou que – comme c’est à prévoir et comme le laissent déjà supposer des stratégies militaires dont l’objectif premier est de protéger le patrimoine des plus riches parmi les plus riches – le narcissisme égoïste et vil qui caractérise la nouvelle aristocratie, dont un milliardaire plus machiavélique que les autres déclarait il y a peu qu’elle était en train de gagner la lutte des classes (class warfare), se poursuive indistinctement, au risque d’une dernière confrontation massive qui veillerait à répartir en décimant, ils ont raison !

Evolution de la part cumulée des 10 % d'individus les plus riches dans le revenu total des Etats-Unis

Répartition de la richesse mondiale

Mais ils ne sont pas à l’abri du paradoxe, car si leur objectif est de rendre à la vie toute sa superbe et d’assurer à l’humain son épanouissement le plus complet et le plus noble en contestant à la croissance le monopole du modèle économique, la dénomination qu’ils ont retenue pour leur mouvement ne dénie pas à l’économie sa place de grand pilier central autour duquel gravitent, dans un Midnight Express occidentalisé, les armées de zombies travailleurs.

Cette dénomination, elle n’est parlante que pour les convaincus, qui la conçoivent holistique, mais laisse perplexe la classe moyenne inférieure, qui n’a pas encore, Le juste prix aidant,  abandonné tout rêve d’Euromillions, et, bien entendu, irrite les cadres moyens, avides d’heures sup’ et désireux de prouver qu’ils en ont où il faut.

Moyennant une reformulation de son cri de ralliement héraldique et un marketing plus adéquat – il faut ce qu’il faut, par les temps qui courent –, le projet serait peut-être à même de faire davantage de nouveaux émules. Encore faut-il pour cela à son avant-garde préciser quel contenu précis elle entend lui donner…

En effet, je ne suspecte pas Paul Ariès de nostalgie pour les soviets, mais lorsque je l’entends, sur le plateau du Grand Soir (ou nunca), déclamer en crescendo, sous forme de litanie aboyée, sa longue liste d’abus consuméristes et qu’y figure en bonne place, dans la catégorie des occupations outrageusement énergivores, le nombre de clics sur les ordinateurs (de consultations de pages internet, pour être précis), j’en viens à me demander si nous parlons bel et bien de la même problématique et si ses envolées passionnées sont réellement destinées à persuader le plus grand nombre, ce dont il se défend certes, mais qui n’en est pas moins la condition de croissance de tout mouvement qui se veut d’envergure s’il a pour ambition de fonder une alternative apte à répondre aux colossaux défis posés et ne souhaite pas être réduit à l’état de énième secte de gauche, destinée, celle-ci, aux bobos bienheureux obsédés par l’empreinte carbone du citoyen de base, et aux franciscains miséricordieux résolus à l’ascèse.

J’ai bien compris que la question que posent Ariès et d’autres est celle de la seule possibilité, pour des groupes d’individus, de se dégager de l’oppression d’un système économique monolithique et dogmatique, mais une addition de petits projets non coordonnés peut-elle aboutir à remettre réellement en question celui-ci ou n’est-elle, elle-même vectrice d’égocentrisme, qu’un agrégat de leurres supposés vivre le temps qu’ont vécu les communautés soixante-huitardes, auxquelles je réitère cependant une fois encore mon sincère attachement ?

Dans la négative, je suis logiquement amené à me poser la question constitutive de la nature (ou de l’absence) de leadership au sein d’une nouvelle utopie de masse, de prime abord humaniste : y serait-il derechef question d’un dirigisme élaboré alternativement dans d’obscures arrière-salles de bâtiments lugubres et dans de confortables datchas de bord de mer, ou d’une ressuscitation de l’anarcho-syndicalisme combattu tant par les Untermenschen fascistes que par les ordures staliniennes ? Qui établirait ce qui relève de la croissance économique, et selon quels critères ? Système pour triompher du système ou coordination asystémique ? Et la singularité y serait-elle reconnue et respectée ?

Dans un article antérieur consacré au capital-corporatisme,  je faisais d’un libéralisme bâti sur les PME, conçu comme un entrelacs coopératif mondialisé, l’un des piliers d’une société réinventée, débarrassée à la fois des pratiques de coteries tutélaires du sommet et de la concurrence factice au sein de la base. Qu’une telle société repose sur plusieurs piliers constitue en effet le gage de la diversité réelle que conspuent à la fois les totalitarismes et le capital-corporatisme. Le projet porté par le terme bancal de décroissance en constitue, quant à lui, le pilier libertaire, localisé économiquement mais tout aussi ouvert sur le monde, en esprit.

Et si, au fond, au lieu de décroissance, c’était subconsciemment le mot ‘démocratie’ et la réalité qui l’accompagne que nous désirions…

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(1) Cf. Dico Gaffiot : http://www.lexilogos.com/latin/gaffiot.php?q=dis

(2) http://www.lexilogos.com/latin/gaffiot.php?q=de

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Par un détour, dans la forêt verte…

Jonny, celui sans le ‘h’, car il est le diminutif de Jonathan, non de John, se promène, luisant de stridulantes ondes Martenot répondant aux ondes radio qu’il a captées étant teen, dans la fuligineuse vallée aux mânes spectrales emportées, au fil des siècles, par l’altier ouvrage des Parques vers ce tourbillon inapparent de consciences qui le tourmente à présent.

Le kid décontenancé s’y lamente, l’ombre de Syd à ses côtés, qui flirte, terrifiante de morbide pugnacité, avec les échos sifflants et distordus émis par le carrousel d’esprits hantés confinés au purgatoire mais convoqués dans l’éther en son nom, de la onzième à la quatorzième minute trente, par le quatuorvirat mélano-sélénien qui prit sa relève, du vaste vide spatial qui, s’il recèle des mystères en surnombre, s’abstient de divulguer la pertinence de l’ésotérique sorcellerie qui inlassablement s’évertue à ce que tant de vase toujours s’agglomère à la délicate vulnérabilité de la création.

Perdu dans les méandres d’un film à grands frissons produit par cette société du spectacle à laquelle pourtant il contribue, il se laisse voguer au gré du défaitisme d’un jour, d’une semaine, d’un an, de cinq peut-être, sur les flots inertes qui, se réveillant soudain par intermittences, ont fait sombrer tant d’âmes plastifiées, certaines s’y agitant encore, leur potentiel cloué à la potence.

Leur morgue, leur assassine futilité, leurs caprices, il lui faut les leur restituer, faute de quoi il serait, tel l’agneau sur la croix, dévoré par les bêtes. Le voilà donc, multimodal et pluricordes, qui, en réponse à l’infamie, compose sans ferveur mais avec style cet hymne doux aux Valkyries, où la torpeur est lancinante et la résignation amère : que le vent les emporte ! Et se fait remarquer, comme il se dit par pudique litote, par des symphonies de prestige.

Force placide derrière la voix geignarde du frontman d’apparat, il se voit ainsi à son tour promettre  le devant de la scène. Il ne le revendiquait pas : avec sa taciturne mélancolie de bon bad boy, le contre-jour lui seyait à merveille. C’est que cette légèreté profonde qui s’associe contre son gré aux turpitudes de l’expérience, ces subtiles touches cristallines qui se combinent par simulacre à ces violons en déshérence, cette pluie fine de sons perlés et subreptices qui, pendant ou après le supplice, révèlent la douloureuse Humanité, c’est dans l’interstice qu’elles ont leur place, dans les anfractuosités où le Soleil péniblement au sombre le dispute, clichant une lutte immémoriale, une bataille sanguinaire, où des figures inquiétantes sorties d’on ne sait quel bestiaire chargent l’air d’épouvante, fluidifient par une transe primitive l’existence pour la rendre plurielle, surprennent, ravissent, ravivent dans les forges du destin, là-haut, tout en bas, entre loup et chien.

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La pathétique fuite en avant de la désastreuse « Union » européenne !

Avez-vous ouï la dernière ? L’Union européenne est à présent composée de vingt-huit membres. Vingt-huit, oui, en lieu et place des vingt-sept déjà incapables d’accorder leurs violons quant aux options fondamentales.

Bienvenue, chers amis croates ! Bienvenue à vous dont le passé récent est chargé d’amertume. Vous ne devriez pas, dans ce bas-fond de la démocratie qui vient de vous accueillir, vous sentir trop dépaysés : « vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir » est une ritournelle à laquelle vous êtes accoutumés !

Dans votre sillage se prépare déjà activement la pitrerie suivante : l’adhésion, en tant que dix-huitième membre et – comment pourrait-il en être autrement dans cette fantastique démocratie de supermarché qui est la nôtre – contre l’avis de la majorité de sa population (1), de la Lettonie dans la zone euro, ce fantastique espace de rigueur budgétaire, d’aliénation des peuples, d’allégeance à l’indépendance bancaire et de vénération servile à l’égard de commissaires – dénomination appropriée, en effet –  tous à la fois plus pitoyables et plus hautains les uns que les autres.

Croatie et Lettonie, vous voici donc toutes deux, à des degrés divers, dans le saint des saints du temple bruxellois de la technocratie, englobées par l’une des vagues répliques de ces cercles concentriques qu’avait décrits Soljenitsyne, dans le Walhalla du néant et de l’insignifiant. Vous n’êtes rien de plus – vous en rendez-vous bien compte ? – que des faire-valoir dont se servent les pieds nickelés de la régence européenne pour affirmer fièrement que « le fait [que vous rejoindrez] la zone euro constituera […] une confirmation de la force de [celle-ci]. » Quelle meilleure illustration de la méthode Coué face à des porcs orwelliens qui fourbissent de nouveau leurs armes, de décote des notes qu’ils se permettent à des Etats d’attribuer (cf. l’Italie, ces jours derniers) en offensive spéculative renouvelée (?).

Quiconque oserait étaler le tiers de la moitié de la propension auto-congratulatrice qu’ont manifesté les abrutis respectivement à la tête de la Commission et du Conseil, le dernier d’entre eux, celui au « charisme de serpillière », s’étant référé plus d’une fois avec délectation – comble du sarcasme – à Kennedy, se verrait accusé de narcissisme. Pas eux ! Il fallait les entendre se féliciter les uns les autres après l’obtention arrangée et parfaitement inopportune du dernier prix Nobel de la paix en date. Il faut les voir s’en vanter aujourd’hui encore sur les affiches géantes qui tentent sans succès de masquer la hideur de l’architecture de la place administrative qui jouxte le Caprice des dieux, autrement connu sous le nom de Parlement européen. Il faut souffrir de les entendre donner, à longueur de semaines, des leçons déplacées à tous les régimes non-européens et non-états-uniens qui répriment un peu trop lourdement une manifestation, alors que la répression a été le lot de tous les laissés-pour-compte de la mouvance Occupy, en Grèce bien sûr, mais aussi en Italie, en Espagne, au Portugal, et bien sûr sur le mythique « territoire des libres, pays des valeureux » à l’image duquel nous souhaiterions être conçus !

George Carlin

« Nous, le Peuple des Etats-Unis, aux fins de  constituer une Union plus parfaite, d’établir la Justice, d’assurer la Quiétude au sein de nos frontières, de construire une défense appropriée [Remarquez le ‘d’ minuscule !…], de promouvoir le Bien-être général, et de garantir les bienfaits de la Liberté à nous-mêmes ainsi qu’à notre Postérité, établissons cette Constitution des Etats-Unis d’Amérique. » (2) Ainsi s’entame le préambule de la Constitution de cette grande nation adorée, écrite peu avant que ne s’embrasent les torches de la Révolution française. Certes, nul n’ignore que des décennies de corruption des principes fondateurs auxquelles s’est ajouté l’apothéotique Patriot Act ont fait de ce document de référence un torche-cul pour les patrons de corporation, les super-lobbies et les gros rentiers, mais la perspective d’extraction populaire était bien là, inscrite, dès l’entame, en lettres d’or sur papier de chanvre.

Cette perspective, du Bas vers le haut, nonobstant qu’il ait fallu des héritiers des Lumières, forcément instruits, pour la rédiger, la Constitution de la République française la partage, qui déclare, d’emblée, elle aussi : « le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004. » (3)

Ce n’est pas – les Pères Fondateurs respectifs de ces deux nations nouvelles l’avaient bien sûr compris – à quelques despotes, fussent-ils éclairés de sépulcraux néons et de candélabres tamisés, qu’il appartient de s’arroger la confection fondamentale du vivre-ensemble.

Bien sûr, les blattes bouffies de sentiment de supériorité à l’origine de la rédaction du Torchon de Lisbonne ont partagé un point de vue très différent quant à un texte qui contient pourtant la fameuse Charte des Droits fondamentaux : « par le présent traité, les HAUTES PARTIES CONTRACTANTES instituent entre elles une UNION EUROPÉENNE, ci-après dénommée «Union» »(4), précise l’introduction de leur dérisoire missel tout de superstructures imprégné et de citoyenneté quasiment expurgé !

Pourquoi une Union, d’ailleurs ? Certes, tant ce terme que celui de communauté, qualification précédente de l’ensemble hétéroclite dans lequel nous évoluons, disposent de définitions diverses. Sélectivement, je préfère malgré tout « l’état, le caractère de ce qui est commun à plusieurs personnes » (Larousse) à la « conformité de sentiments, de pensées, de comportements entre des personnes et des groupes ».

Et puisque, dans cet article, suavement étreinte par un idéalisme par trop déçu, la mauvaise foi est ma compagne, je ne m’attarderai que sur les causes principales du déficit démocratique qui est parvenu, à grand renfort de porte-parole nullissimes au langage et à la diction informes et rébarbatives, à désoler jusqu’aux plus fervents partisans rationnels de l’Idée d’Europe, dont j’étais jusqu’il y a peu.

Je ne relèverai donc pas les pompeuses déclarations convenues selon lesquelles la fameuse Union aurait « pour but de promouvoir […] le bien-être de ses peuples » (page 19), et autres platitudes du même tonneau. Qui pourrait encore y croire ou le penser, en effet, dès lors que le cadre défini est celui de l’oxymore que constitue « l’économie sociale de marché hautement compétitive » (ibid.) ?

Pareillement, comment accorder un iota d’intérêt à la contre-vérité selon laquelle « elle combat l’exclusion sociale et les discriminations, et promeut la justice et la protection sociales […] » (ibid.) lors même que ses sottes injonctions budgétaires de court-terme souverainement décrétées par la Commission, après l’aval d’une perte critique de souveraineté par un Conseil mi-chèvre mi-chou, sont la cause des premières et le tombeau des secondes ?

Quant à la garantie supposée inscrite dans le marbre qui pose qu’ « [l’Union] respecte la richesse de sa diversité culturelle et linguistique, et veille à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel européen » (page 18), renforcée par le point ‘d’ du troisième alinéa de l’article 107 (page 93), relatif aux subventions culturelles, que peut-elle bien valoir depuis que le nabot du Berlaymonstre à la solde des corporations et des puissances du fric, lesquelles l’ont invité notamment à se prélasser sur le yacht de son ami Latsis, dont une partie des rescue packages accordés avec tant d’entrain et de désintéressement à la Grèce a permis de sauvegarder le patrimoine (bancaire pour partie), a déclaré, à l’encontre tant de la lettre que de l’esprit du Torchon de Lisbonne dont il est supposé, ès qualité de fonctionnaire suprême, être le garant, qu’elle était de nature « totalement réactionnaire » ? (5)

Si l’Esprit démocratique soufflait encore vaguement aux abords de cette Europe en perdition, il aurait tôt fait de castrer cette Commission d’inspiration synarchique. Amender ou supprimer l’alinéa 2 de l’article 17 (page 27), qui stipule qu’ « un acte législatif de l’Union ne peut être adopté que sur proposition de la Commission », en conférant cette prérogative au Parlement, seule institution réellement représentative de l’Union, serait pour ce faire un bon début !

Il s’en prendrait ensuite à cette concurrence prétendument incontournable, pierre angulaire salie d’un projet moribond, en soulignant l’extension possible du champ d’application de l’article 44 (page 67), qui implique que « lorsque dans un État membre un produit fait l’objet d’une organisation nationale du marché ou de toute réglementation interne d’effet équivalent affectant dans la concurrence une production similaire dans un autre État membre, une taxe compensatoire à l’entrée est appliquée par les États membres à ce produit en provenance de l’État membre ou l’organisation où la réglementation existe, à moins que cet État n’applique une taxe compensatoire à la sortie. » Ô, protectionnisme honni, j’écrirai ton nom, d’autant plus depuis l’élection, combattue par l’Europe et les Etats-Unis, du Brésilien Azevedo à la tête de l’OMC (6), en remplacement du crâne d’œuf socialiste délavé qui a squatté pendant des décennies, au prix d’un reniement sans nom, les quartiers de l’anti-démocratie supranationale.

Dans son élan, il bifferait alors l’article 107 (page 93), à la base, entre autres, de l’évanescence du choix politique, lui qui dispose que « sauf dérogations prévues par les traités, sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États ou au moyen de ressources d’État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions. »

Enfin, en guise de clou de la réforme véritable, la Banque centrale européenne n’aurait qu’à bien se tenir, elle et les articles 123 (page 101) et 130 (page 106), qui disposent respectivement, en contradiction flagrante avec la plus élémentaire démocratie (coopérative) et dans la plus complète servitude volontaire à l’égard de la mercatocratie, que, d’une part,  « il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres […] d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres [et que] l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite », et que, d’autre part, « […] ni la Banque centrale européenne, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions, organes ou organismes de l’Union, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme […] », ce qui a conduit, en Belgique mais peut-être ailleurs aussi, à cette situation proprement surréaliste dans laquelle des déchets de cabinets ministériels, teintés politiquement par la force des choses, recyclés dans des postes à haute responsabilité au sein de la Banque nationale se considèrent omnipotents au point de renverser la charge de la politique en assaisonnant régulièrement le pseudo-débat de contraintes nouvelles en matière de dépenses sociales.

Nous, le Peuple d’Europe, n’avons aucune place dans cette équation. Tandis que les rats de la technocratie s’apprêtent à quitter le navire, laisserons-nous à d’autres parmi leurs semblables et à de nouveaux sous-fifres des corporations le soin de bâtir notre commune destinée ? Europe, nous réveillerons-nous bientôt ??!

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(1)   Source : http://www.liberation.fr/monde/2013/07/09/la-lettonie-adoptera-l-euro-le-1er-janvier_917017

(2)   Source : http://www.archives.gov/exhibits/charters/constitution_transcript.html

(3)   Source : http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/constitution_11-2011.pdf

(4)   Les majuscules sont dans le texte, que les masochistes adeptes de logorrhée administrative peuvent consulter ici : http://bookshop.europa.eu/is-bin/INTERSHOP.enfinity/WFS/EU-Bookshop-Site/fr_FR/-/EUR/ViewPublication-Start?PublicationKey=QC3209190

(5)   Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/06/17/libre-echange-barroso-qualifie-de-reactionnaire-la-position-de-paris_3431274_3214.html

(6)   Source : http://www.rfi.fr/ameriques/20130507-roberto-azevedo-prendra-suite-pascal-lamy-tete-omc

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Monsieur le pape, encore un petit effort…

Mon cher Monsieur le pape,

« La culture du bien-être nous rend insensibles aux cris d’autrui [et] aboutit à une globalisation de l’indifférence », avez-vous affirmé, en début de semaine, lors de votre visite au port de Lampedusa, cité hybride à la croisée des chemins grec, romain, phénicien et arabe, visite par laquelle vous souhaitiez mettre en lumière le sort peu enviable réservé aux réfugiés en Europe, de nos jours, certains d’entre eux s’échouant avec leur embarcation de fortune à quelques centaines de mètres à peine des côtes, sans que personne ne s’imagine venir à leur secours (1).

Je vous l’avais promis (2) : comme il sied pour tout responsable politique, je ne vous jugerais qu’à l’aune de la conformité entre vos paroles, vos actes et vos décisions.

Je ne l’ignore pas : la tâche que vous ont infligée ceux qui étaient vos pairs avant que leur père vous ne deveniez, en vous faisant enfiler cette immaculée chasuble qui ne pardonne aucune tache, est plus qu’ardue, quasi surhumaine : il vous faut restaurer la confiance tout en faisant le grand ménage. Un cardinal mafieux s’est ainsi vu renvoyer à ses chères études, tandis que le management de la banque du Vatican a laissé à ses successeurs, un peu comme chez nous dans le cas de Dexia, le soin de faire oublier les monumentaux dégâts dus aux credit default swaps les plus mystérieux : pain sec et eau en perspective pour votre curie, autant, à n’en pas douter, que pour nos chômeurs et nos travailleurs précaires… Contentons-nous d’espérer que ces quelques boucs émissaires ne serviront pas que de temporaires épouvantails, et que le roulement de têtes n’en est qu’à sa genèse…

Sur votre parcours de pèlerin de la foi retrouvée, que certains qualifieraient plus volontiers de longue marche rédemptrice, dans ce désert peuplé de scorpions où la damnation n’est jamais loin et où les bonnes intentions peuvent s’avérer retorses, vous pouvez compter, il est vrai, sur une allié de taille : l’impressionnante machine de communication qui s’est instantanément mise en branle suite à votre nomination par décret divin liquéfié percolant, par bribes mais orchestralement, des esprits sublimes tout de rouge teintés qui de leur encerclement vous étouffent.

Cette bonhomie, ce caractère débonnaire que vous affichez en toutes circonstances filmées, pour le besoin de la Cause, sans doute vous en défaites-vous de temps en temps dans la discrétion des alcôves : même pour vous, après tout, l’habit de moine ne saurait davantage contenir l’homme que les préconceptions ne sont en mesure de résumer le singe. Je vous imagine tirer parfois avec une extase à peine lisible les oreilles de quelque jeune fripon qui se serait, à votre insu – pensait-il – soulagé dans la coupe de communion, agglomérant substances et fluides non promis au mariage. Et je ne vous en tiens pas rigueur : ces diablotins, si on les laissait faire, Dieu sait de quelle apocalypse ils seraient porteurs demain…

En un mot comme en cent, votre hyper-pontificat semble à présent sur les rails. Et si les trains d’AnsaldoBreda ne sont pas partout réputés pour leur fiabilité, le vôtre, astral, semble bien parti pour déniaiser une Europe qui, une fois encore, tend à s’abandonner à la pente dangereuse du dédain d’autrui et du paganisme pharisien impie du plaisir strictement autolâtre qu’instille la jouissance boueuse de l’avare consommation.

« Care, care, care, care au carré, mes frères, ceux d’ici, de là-bas et de l’entre-deux aussi, car je vous ai compris », tel est le nouvel apostolat que vous affichez face à toutes ces brebis égarées – de Panurge, il faut bien l’écrire – dont vous administrez l’office des âmes. Une petite canonisation par-ci, une autre par-là : deux icônes nouvelles sur l’ancestrale coupole : tout le monde est servi, même la troïka. Avec vous, point d’extrême, point d’Ushuaïa, en somme : dans la vitrine, de la dentelle ; derrière le voile, les grands débats…

Pour autant, vous n’êtes pas sans apprécier la délicatesse de votre position : vous voilà écartelé entre deux horloges asynchrones que vous entendez mettre au diapason. Ce paradoxe est votre mur. L’escalader supposerait transcender cette posture du pas à gauche, du pas à droite, qui visent à faire bonne mesure, car si en chacun le Messie se loge, les privilèges dont il a gratifiés certains l’ont désaxé temporairement…

Or, n’est-ce pas là que le bât blesse, et doublement encore ? Dans l’insistance avec laquelle vous vilipendez le bien-être, la quête du bonheur, qui était pourtant l’horizon doré des réfugiés engloutis et de leurs frères survivants, traités comme des bandits, leur oasis espérée, ainsi que dans votre curieuse circonspection à l’égard du mot ‘partage’ ?

Le bien-être, la menace ? Ou sa crucifixion par le monopole et l’univocité de sa représentation ? A plusieurs formes de bien-être, celle sacralisée par les marchés ne laisse aucune place, et au bien-être de tous s’oppose le bien-mieux-être de quelques-uns. Tel est de la problématique le nœud gordien, que seul pourra dénouer la divine cohésion retrouvée entre la redistribution à large échelle, la fraternelle mutualité, l’individualité des aspirations et l’inspiration spirituelle…

Oserez-vous, Monsieur le pape, à ce titanesque chantier vous atteler ? L’avenir, déjà écrit sans doute en partie, nous le révélera.

D’ici là, au désir et bon vent !…

Yannick Baele

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(1) Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/07/08/le-pape-francois-a-lampedusa-par-solidarite-avec-les-migrants_3443857_3224.html

(2) Lire : https://yannickbaele.wordpress.com/2013/03/20/si-la-scientologie-est-une-secte-la-compagnie-de-jesus-est-sa-vicieuse-ainee/

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