Dialogue très intime à propos de raclures de toutes natures…

          L’UNE DE MES DOUBLES : j’ai lu ton dernier article, consacré aux coupes sombres de ce gouvernement d’apparatchiks autosatisfaits dans le budget de l’accueil aux réfugiés et celui de la Justice.

          MOI : c’était l’un de ces posts passagers qui me permettent de me défouler contre la médiocrité, contre la lie de l’humanité qui gère ce pays.

          Je sais. N’empêche : tu y traitais le premier ministre, aussi minable et lâche soit-il, de pute, de traînée de boîte de nuit et de clubs les plus divers. Tu y accusais à demi-mot ce qui sert de roi à cette nation inexistante d’avoir forniqué avec des mineurs dans sa trentaine, lorsqu’il n’avait quasiment aucun espoir d’accéder au trône. Tu y lançais des menaces à peine voilées de représailles violentes contre les dernières mesures prises…

          Jamais je n’ai souhaité qu’un seul innocent subisse les effets de la révolution à opposer à cette incurie, mais cette situation ne peut plus durer ! Ce sont les faibles que ce quarteron d’incapables – ces dix-neuf « salopards », pour reprendre une expression hexagonale récente qui a fait grand bruit – ne cessent, de restrictions budgétaires en programmes d’austérité, de martyriser ! Parce qu’ils se couvrent mutuellement : bon Dieu, mais rappelle-toi ce gros lard de Dehaene, ou ce Francis Vermeiren, que je mentionnais dans des articles antérieurs : rien que ces deux-là, ils sont à gerber, putain ! Ils ont eu la tutelle sur Dexia pendant une dizaine d’années. Sans cette banque foireuse, toute économie serait superflue. Et les voilà qui se ramassent des boni de centaines de millions d’euros ! Mais c’est le monde à l’envers ! Et tout ce petit monde de s’autocongratuler, d’évoluer dans la consanguinité la plus méprisante, de monopoliser les canaux médiatiques, y compris dans le cas de ceux qui devraient être traités comme des repris de justice, et d’arborer toujours ces larges sourires de faux-culs que le marketing leur impose peut-être, mais qui sont autant de gifles à ceux qui souffrent et se contentent de survivre !

          Je souscris à tout ce que tu viens de dire. Et j’irais même plus loin : ça fait au moins cinquante ans que ce pays est dépourvu d’homme d’Etat, si tant est qu’il en ait jamais compté. Je ne te parle pas de figure charismatique ou de démagogue qui sait caresser les foules dans le sens du poil, mais de personnage (femme ou homme) d’envergure, au diapason de l’avenir et le couteau entre les dents pour défendre les faibles. Et, ces dernières années, c’est pire que tout : c’est la débandade, la déconfiture, le soufflé qui s’affaisse sur lui-même comme un trou noir.

          Bon sang, il ne faut quand même pas être devin, invoquer dans le noir Dieu sait quel sortilège ou boire une potion quelconque pour se rendre compte de l’indécence de la vie miséreuse à laquelle sont destinés tous ceux qui n’ont pas eu la chance de naître sous une bonne étoile !

          Parfois, même si cela paraît difficile à instaurer pratiquement, je suis tentée de penser qu’il faudrait obliger tout politicien qui manifeste le désir de se présenter à une élection de suivre un stage immersif de six mois au moins auprès des pauvres : les SDF, les demandeurs d’asile, les chômeurs, les familles monoparentales, les actifs qui triment pour une solde d’esclave et parviennent à peine à boucler les fins de mois. Presque tous ces valeureux représentants du peuple sont issus du même type de milieu, en effet. Ils ont des contacts quasi quotidiens avec les chefs d’entreprise, jamais avec ces gens-là, qui pourtant votent, mais que même les syndicats ne représentent pas…

          Soit, mais considère le cas du petit bourgmestre de Mons : il est issu, lui, d’une famille d’immigrés italiens qui n’avaient qu’un clou pour se gratter le cul…

          C’est ce qui en fait un traître à triple titre : à l’idéologie socialiste qu’il est supposé défendre, à ceux qui aujourd’hui se trouvent dans une situation similaire à la sienne, naguère, et à ses propres origines.

          Tu comprends, donc, que je l’aie traité de pute.

          Bien sûr, mais en quoi cela fait-il avancer le bazar ? Tête haute en toutes occasions, Yannick ! Tu ne dois pas laisser la médiocrité de ceux qui prétendent le gérer, ni de quiconque, au demeurant, t’entraîner avec elle. Regarde ton article précédent, où s’entremêlent Rimbaud, Ferré, Kandinsky et Schönberg. Il était pas mal. Tu ne souhaites tout de même pas souiller ton blog de ce genre de tache politique…

          Mais c’est comme si c’était les miens que ces enflures méprisent, négligent et abreuvent de leur indécence hautaine, les yeux rivés sur leur compilation de sondages. Tiens, hier encore, je discutais avec une dame apparemment assez cultivée dans un bistrot. Entre autres sujets, on a parlé de la fatalité. Elle me disait – et elle était mon aînée – qu’il y a toujours au moins un chemin qui permet de se sortir d’une situation qui apparaît inextricable. Je lui ai répondu qu’il était difficile de trouver plus optimiste que moi. Mais, me référant à la situation grecque, dont le gouvernement d’enflures au carré ne cesse de taper sur le peuple, au propre comme au figuré, j’ai ajouté que même un Gavroche contemporain qui, dans cette atmosphère de Restauration, se relèverait vingt fois et prendrait chaque fois des coups qui le ramèneraient à terre comprendrait qu’il est inutile de se relever. Parlons-en d’ailleurs, de Ferré et de Rimbaud : je serais curieux de savoir ce qu’ils penseraient de l’époque formidable qui est la nôtre, quel fiel acide ils enverraient à la gueule de tous ces paumés de la politique.

          Ils étaient déjà incandescents à leurs époques respectives. Aujourd’hui, ils exploseraient !

          Et il y a de quoi, non ? Rien que pour ces frais d’avocat ! Ce midi, le journal télé citait le cas d’un couple modeste qui souhaite divorcer. A supposer que les honoraires d’avocat lui auraient coûté 1000 € précédemment, c’est à présent de 1210 € qu’il devrait s’acquitter. Mais on pourrait citer d’autres exemples : celui d’une personne à faibles revenus qui trouve maille à partir avec un agresseur, en rue, ou encore tous les types de litiges auxquels peuvent être confrontés minimexés, chômeurs ou travailleurs-esclaves. Moins 200 € en moyenne pour les chômeurs dès novembre : encore un cadeau de cette petite pute !

          Calme-toi. Je sais que tu es directement concerné : je sais que tu traînes toujours – et depuis des années, à présent – cette histoire De Brackelère derrière toi, du nom de ces salopards multimillionnaires  qui possèdent à Bruxelles une quinzaine d’immeubles, traînent à Monaco,  et à qui tu avais loué un appartement qu’ils ont laissé un hiver entier sans chauffage. Je sais que tu les hais passionnément pour avoir fait traîner pendant des années les procédures que tu as engagées contre eux, avec la complicité d’un juge de paix acquis à leur cause malgré leur responsabilité clairement établie. Je sais aussi que, dans une autre affaire, tu t’es trouvé confronté à une espèce de bossu qui se veut juge, qui rumine sa rage contre la société en crachant à la gueule des justiciables, voire en faisant disparaître, au vu et au su des greffiers, des pièces de certains dossiers. Je n’ignore pas davantage que de l’indemnité que te devaient trois individus qui t’ont agressé en 2005, tu n’as perçu que la moitié, après un parcours du combattant digne d’Homère, et que s’ajoute à cela le fait que la greffière en chef de la Cour d’Appel – cette rosse ! – t’a adressé dernièrement un arrêt en trois exemplaires, l’un par courrier simple, l’autre par recommandé, le troisième par voie d’huissier, que tu as été sommé de payer près de 150 € pour l’information par conséquent tout à fait superflue dont il était porteur.

          Tu m’as entendu m’en plaindre, réclamer autre chose que l’application de la Justice dans tous les cas que tu as cités ? M’as-tu entendu geindre auprès de qui que ce soit parce que l’Ordre français du Barreau de Bruxelles me dénie depuis des mois le droit de me faire représenter, avant même que la bourge ministre chargée de ce département n’ait eu l’intention d’amender le système des avocats pro Deo au point de le rendre inaccessible aux pauvres, sans critères aucuns, par une simple mesure linéaire qui s’ajouterait à cette fameuse TVA qui l’est tout autant, ainsi qu’à l’augmentation annoncée des couvertures d’assurance, sans même parler de ces criminels mafieux, actifs dans la taille du diamant, le recel, voire le meurtre par ailleurs, qui sont autorisés à s’acheter l’annulation de leur procès, tandis que possibilité leur est laissée, pour la troisième fois au moins – mais cette fois-ci, juré, craché, c’est la dernière ! – de rapatrier sans amende leur stash d’argent sale de Suisse ou d’ailleurs ? M’as-tu vu me comporter comme une victime, lors même que j’en aurais eu tous les droits ?

          Tu as raison, une atmosphère de pourriture règne dans ce pays. Peut-être plus encore qu’ailleurs, dans la mesure où il n’y a aucun pilote dans l’avion, la première-ballerine étant juste bonne à faire des pirouettes aux côtés d’affairistes roublards et de petits bleus qui se la jouent, aux dépens des faibles. C’est vrai, en fait, c’est une véritable hécatombe démocratique ! Et qui sème le vent…

          Lorsque les citoyens qui dépendent d’un certain ordre social perdent leur foi dans la capacité du système d’organiser cet ordre, qui n’est pourtant pas, à la base, conçu pour eux mais pour les semblables de ceux qui le conçoivent, lorsque tous les piliers deviennent creux et que les sous-hommes pourtant chargés a minima de leur entretien – n’évoquons même pas l’espoir de chantiers littéralement révolutionnaires ! – restent sourds, tels des autistes de la jet set, à tous les appels visant à les mettre en garde, quelque chose doit exploser, c’est inévitable !

          Patience…

Michaux, De Guldensporenslag

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