Dieu, que je suis laid…

Laissez-moi vous le confier, si vous avez deux minutes à perdre : j’ai l’impression qu’à mesure que mon intelligence (c’est-à-dire ma faculté de comprendre) s’enrichit, mon corps s’enlaidit. Disparus ou enfouis, les pectoraux saillants que m’enviaient les quinquas ventripotents sur la plage de nudistes (Ils me l’ont dit.). Encombrées de monceaux de graisse infâme et purulente, les cuisses quasi divines que se sont plu, plus d’une fois, à caresser sans crier gare avant de se faire rabrouer sec des hommes mariés déculottés, au sauna. Recouverte d’un masque de gorille, la face de jeune premier qui fit mes beaux jours. Cul d’acier devenu cul de baleine. Et cette bite, putain ! Celle qui, il n’y a pas si longtemps, illuminait de sa stature les backrooms et les bois, j’ignorais qu’elle pourrait si subrepticement perdre tant de centimètres. Si tout mon embonpoint pouvait, d’un coup de baguette magique, aller lui porter secours, sans doute le magique haricot atteindrait-il les cieux…

A l’image des oiseaux qui, paraît-il, se cachent pour mourir, je fuis les regards qui se posent sur cette enveloppe désormais plus qu’ingrate. C’est que, voyez-vous, on m’observe. Tout ce que je dis, tous les pornos que je mate, tout ce que je fais, n’est pas uniquement enregistré avec minutie par le général Keith là-bas, son pote à la crème de dentifrice ici  – sans oublier Felipe, demain, notre nouveau commandant suprême, LOL – tout cela est également mâché, ingurgité et dégueulé puis retransmis par la télé de manière subliminale, pour ceux qui savent lire only.

Tenez, pas plus tard que l’autre jour, Prout me faisait encore un clin d’œil, chez Ardichien. Comment je sais qu’il m’était adressé ? C’est bien simple : tout est dans le contexte. Il a envie de moi, je le sens bien, de l’idée qu’il s’en fait, en tout cas ! Il parlait de Ruchier et de son penchant sérieux pour la branlette – regardez-le bien la prochaine fois qu’il couvre son visage entier d’un bouquin à quat’ sous ou d’un mag à people pour s’esclaffer derrière comme un crétin, au non-vu mais au su de tous. Ponctué du roulement de tambour caractéristique des feintes réussies, il expliquait qu’il le connaissait bien, le bougre, qu’avant chaque émission, il se rendait aux latrines pour se soulager, comme Brel allait dégobiller. Et a conclu le tout par l’une de ses phrases assassines qui font tout son charme de débutant paumé : « les vrais mecs, c’est pas se branler qu’ils font dans les chiottes ». Deux heures avant, j’avais enculé Kenny dans les WC pourris et puant l’urine de matous défraîchis de mon club de handball, où je m’étais rendu pour la première fois en cinq ans. Coïncidence ?…

Ah, ce corps… C’est comme s’il avait accumulé toute la laideur des âmes mortes ou pas encore nées que j’ai croisées ces derniers temps, ici et dans un au-delà obscur. Comment donc faire aimer ce corps, et en ai-je envie, d’ailleurs ? Les anatomies comme la mienne, elles me répugnaient avant, lorsque de baiser il était question. C’est que je me mets à la place de l’éblouissante Sophie, qu’au bureau je reluque quand elle regarde ailleurs. Elle bosse aux big accounts, ceux du top 25. J’ai beau essayer, je ne l’imagine pas prendre son pied avec Shreck. C’est bon pour les dessins animés, ça…

Et pourquoi les lamentations esthétiques seraient-elles l’apanage de la gent féminine, je vous le demande ? Seins aussi fermes que possible, ventre plat, même après avoir pondu un mioche ou deux, hanches sveltes d’un côté, mamelles pendouillantes, bide de femme enceinte et chibre rabougri de l’autre ? Est-ce bien raisonnable, dites-le moi, même pour le latin lover autrefois le plus désiré du quartier ?…

Retourner affronter la crétinerie qui se durcit la chair à la salle de fitness, alors ? Passer outre les tentatives désespérées des paparazzis de tous caniveaux de clicher cette laideur sur la pellicule numérique pour la rapporter à Ardichien ou Ruchier, qui s’en tripoteraient illico ? Jeune mais pas fou ! Recourir aux extrémités de ces politocards grassouillets (pour ne pas écrire gras) qui, en un mois, parviennent à perdre quarante kilos et à stabiliser leur masse ? A d’autres. Toujours est-il qu’en attendant, c’est encore un été qui échappe à mes cent vingt unités (et des bricoles). Atteintes cent quarante, peut-être que je me réveillerai…

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