Assis ! Donnez la papatte !

Pour le troisième mois consécutif, mon syndicat a négligé de me verser mon allocation de chômage. Nous sommes le 10 juillet. La carte de chômage relative au mois de juin, dûment complétée et signée, a été déposée le soir du 30 juin dans sa boîte à lettres. Le 8 juillet, il a pourtant prélevé sur mon compte ma cotisation mensuelle. Suis-je le seul dans ce cas ?

Probablement pas : il s’agit sans doute, à quelques mois à peine de la mise en application de l’une des mesures-phares du gouvernement mis sur pied par les marchés, à savoir le renvoi sous le seuil de pauvreté de tous ces sales chômeurs, de rappeler à ces derniers que bientôt sonnera le glas et que leurs droits, aléatoires et sujets à tous les arbitraires possibles, même les syndicats n’en ont cure !

En effet, dès lors que ceux-ci sont inféodés, ici-bas, aux partis politiques, dont ils vont jusqu’à porter le nom (socialiste, chrétien ou libéral), ce qui explique sans doute leur coutumière pugnacité lors des conflits, et que leur hiérarchie est familière des pseudo-joutes souterraines et secrètes et se plie de bonne grâce au conditionnement mental typique de toute société démocratique contemporaine, condition sine qua non pour parler aux masses via les canaux habituels et, quant aux partis, prendre part à un quelconque gouvernement (suivez mon regard…), ne serait-il pas logique qu’à quelques pleines Lune à peine de ladite échéance, ils rappellent au lumpenprolétariat à quel point il est insignifiant et ne mérite même pas que ses intérêts soient défendus dans une arène politique en voie de privatisation et de scission complètes ?

N’est-il pas logique, en effet, de continuer d’utiliser les méthodes pavloviennes vis-à-vis d’une catégorie de citoyens – des sous-citoyens, dans les faits – qui, même s’ils donnent gentiment la papatte lorsqu’ils se présentent auprès des services de mise à l’emploi et subissent avec résignation tous les quolibets, ne disposent que d’une chance infime d’obtenir leur susuc’ étant donné leur poids numérique démesuré face à celui des offres disponibles ?

Cela s’appelle, Mesdames, Messieurs, le darwinisme social, avec les compliments de votre syndicat, encore qu’à bien y réfléchir, c’en est une déclinaison pervertie, pour ne pas écrire renversée : tous ceux qui ne parviennent pas ou rechignent à s’adapter à l’anti-modèle économique imposé, au nom des dettes nationales, par les salopards des marchés, qui continuent de s’empiffrer après avoir pourtant étalé leur totale incompétence et leur incapacité à s’adapter, sont voués à l’abandon total, comme en Grèce, où le nombre de sans-abri a atteint 25.000 unités, où 30 % de la population se trouve sous le seuil de pauvreté, où plus de 60 % des jeunes sont au chômage et où le gouvernement de droite, antichambre du fascisme sur lequel plane l’épée de Damoclès de l’incompétence technocratique des ronds-de-cuir à la solde des vautours, supprime droit acquis après droit acquis jusqu’à rendre le travail obligatoire le samedi, dans certains secteurs, cependant que le revenu minimal a été abaissé à 586 € par mois !

Mais qu’à cela ne tienne : selon la même logique du « marche ou crève », les SDF ne souffriront pas longtemps puisque déjà une nouvelle drogue du pauvre a fait son apparition sur le submarché, mélange délétère de métamphétamine diluée et d’huile de moteur, qui aura raison d’eux dans les plus brefs délais. Et si tel n’était pas le cas, il resterait bien sûr le suicide : 2000 par an en Grèce depuis le début de la crise, alors que leur nombre était limité à 200 ou 300 auparavant (1).

Déjà les partis de la droite de la droite, pour laquelle la droite aux affaires a déroulé le tapis rouge,  montrent le bout de leur nez. Ils veilleront – c’est sûr – à parfaire le dispositif d’élimination systématique des faibles pour illustrer la revanche sur les révolutionnaires des aristocrates guillotinés réincarnés en roitelets de la finance, PDG de multinationales et/ou lâches sorciers de pacotille en cape noire ou blanche, relayés dans la réalité tangible par des cohortes de soumis détestables et sadiques qui ne sont plus capables d’autre chose que de soumettre à leur tour.

L’Euro, leur Frankenstein titubant, doit-il tomber, entraînant dans sa chute l’économie mondiale ? Ou est-ce le tour au dollar en premier lieu, vu la dette nationale autrement plus importante encore d’Etats-Unis initiateurs de la crise de 2008 qui ne pourront continuer longtemps à en masquer l’ampleur en recourant à la planche à billets ? Ou la persécution dictatoriale de peuples entiers au nom d’un nouvel ordre inopportun et qu’ils rejettent doit-elle perdurer ? Quelle est la différence, étant donné que dans tous les cas, ce sont les mêmes qui ramasseront le magot ?…

C’est pourquoi, plus que jamais, dans l’attente de la fin du processus électoral allemand, qui pourrait relancer de plus belle la rapacité – donc la crise –, il semble impératif d’empêcher la vraie gauche, celle de Syriza par exemple, de démontrer qu’elle dispose d’une alternative viable, qui consiste en l’application de ce seul credo : gros créanciers, allez vous faire foutre ! C’est ce qu’a fait l’Islande, mais vu sa taille, elle ne menaçait effectivement personne.

La vérité est crue : nous vivons dans des dictatures économiques et financières interconnectées, soutenues dans leur entreprise de destruction de la sécurité sociale par une industrie du divertissement décadente et des médias d’information largement complaisants. La démocratie, elle, suppose la liberté individuelle, la mixité culturelle, l’égalité des droits, le recours constant à un peuple mature et le respect de ses décisions (comme en Suisse) ainsi que la coopération économique (plutôt que la concurrence), toutes fadaises présentées comme des réalités aux premiers communiants.

Pas contents ? Prenez-vous un procès, des coups de bâton ou une cartouche (cf. Alexandros Grigoropoulos) ! Mieux encore : croupissez en prison bien au-delà du délai légal, sans autre forme de procès (cf. Kostas Sakkas). Prêts à collaborer ? Très bien : assis ! Donnez la papatte !!!

___________________

(1) Source : http://millstonenews.com/2012/12/ambassador-leonidas-chrysanthopoulos-on-the-greek-economic-crisis-could-this-greek-tragedy-lead-to-civil-war.html

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