Blackwater / Academi : l’armée privée de l’Empire…

J’ai déjà évoqué ici, mais par le biais uniquement, la sulfureuse réputation de la firme anciennement connue sous le nom de Blackwater et devenue depuis lors Academi, qui n’a d’ailleurs pas eu besoin de mon article pour que soient révélées au grand jour par Wikileaks sa responsabilité directe dans l’assassinat de 17 civils irakiens, ce qui a encouragé ladite compagnie à modifier la dénomination de sa vitrine, après sa comparution devant une commission spéciale du Sénat des Etats-Unis, en février 2010. L’article dans lequel je l’avais mentionnée avait trait aux tout aussi sulfureux – le mot est à prendre ici au sens littéral – épandages massifs de substances chimiques dans le ciel, aussi connus sous la dénomination de chemtrails (1).

Blackwater est une firme de mercenaires privés fondée en 1997 et largement financée par le ministère de la Défense de l’Empire : malgré les tumultes dont elle est à l’origine en Irak, et l’opprobre internationale dont elle s’est couverte à ces occasions, l’administration Obama lui a octroyé, fin 2012, un contrat de 22 millions de dollars aux termes duquel elle est supposée veiller à l’hébergement des troupes US en Afghanistan jusqu’en 2015, année qui devrait coïncider avec leur retrait intégral. Cet hébergement, ladite firme l’assurera au sein de ce qu’elle se permet d’appeler avec un cynisme outrancier « le camp de l’Intégrité ». C’est cette même intégrité qui lui a sans doute valu de devoir verser, en août 2012, 7,5 millions de dollars au ministère de la Justice états-unien pour vente et possession illégales d’armes… (2)

Et encore ne s’agit-il là, en toute probabilité, que de la surface émergée de l’iceberg : les mercenaires, ça s’efforce, par nature, de rester discret, surtout si leur quartier général se situe à quelques encablures à peine de celui de la CIA, en Virginie, où il a été érigé sur un marais transformé, au grand dam des riverains, en gigantesque camp d’entraînement. C’est précisément à ce marais que la firme doit son appellation d’origine : eaux sombres, troubles, opaques. Et si la dernière en date tend à faire penser aux académies militaires – Academi entraîne aussi des boys – certains observateurs autorisés n’hésitent pas à la rapprocher aussi, contre toute évidence, de l’Aca de Platon, mais il s’agirait alors sans doute de l’académie des eaux opaques, l’académie de la merde en somme, celle qu’il faut parfois triturer, à son corps défendant, pour vider les égouts…

Et des égouts, Dieu sait s’il y en a. Outre ceux déjà mentionnés, qui contribuent à établir, dans le second cas, l’existence d’un marché d’armes parallèle au service de la politique étrangère conquérante de l’Empire mais sans sa caution explicite, d’actions officieuses (ou covert) donc, on peut citer notamment, sous réserve (3), l’ancien ambassadeur grec au Canada Leonidas Chrysanthopolous, qui affirmait, il y a quelques mois, que, face à une éventuelle menace de putsch (4), le gouvernement grec aurait recouru aux services d’Academi pour le protéger lui-même, ainsi que le parlement, ce que l’entreprise a eu beau jeu de nier catégoriquement : que l’ancien diplomate ait ou non dévoilé un lièvre, l’opacité de l’entreprise est garantie par une fragmentation en filiales aux identités distinctes digne du plus élaboré des montages financiers offshore.

Academi, c’est en quelque sorte la combinaison de la SS et de la Gestapo, à même de faire chuter des gouvernements à elle seule si elle le souhaitait. C’est la souris qui s’est faite éléphant, la milice privée armée. Elle a conseillé l’appareil policier (anti-émeutes) de plusieurs pays européens, dont celui des Pays-Bas – ne doutons pas que l’intérêt accru de ceux-ci pour les drones civils, dans l’Allemagne de Merkel notamment, peut leur être en partie attribué – et est spécialiste de l’infiltration de tout groupe désigné comme potentiellement nuisible par ses clients, y compris (surtout ?) des coalitions d’intérêt et des lobbies pacifiques.

Academi, c’est à la fois le monstre qui surgit de l’abime dans lequel se sont précipités les Etats à force de privatisations des missions publiques essentielles, et le lieu par excellence de toutes les magouilles, de tous les mélanges de genres, de tous les conflits d’intérêts, puisqu’y siègent ou y ont siégé notamment le très controversé ministre de la Justice de Bush fils Ashcroft, à la base du Patriot Act, ou encore l’amiral Inman, après avoir pris leurs retraites respectives (sans oublier le sinistre touche-à-tout Cofer Black…). Academi, c’est le zénith doré du complexe militaro-industriel dénoncé naguère par un Eisenhower sur le départ, qui l’avait pourtant sérieusement entretenu, comme le feraient d’ailleurs tous ses successeurs, avec une mention spéciale pour le clone de John Wayne, et à l’exception peut-être de l’un d’entre eux, mais celui-là, tout le monde sait ce qu’il en advint…

Celui qui continue d’alimenter les rumeurs quant à sa localisation et son occupation actuelle, en revanche, c’est l’employé de Blackwater James Steele, ancien colonel de l’armée américaine recyclé dans les basses besognes lucratives, que les techniques spéciales de torture crapuleuse et la sauvagerie meurtrière ont, pour ainsi écrire, rendu célèbre, au point que The Guardian ait consacré, en début d’année, un reportage à son cas…

 Dans un autre article, je sous-entendais qu’il était probablement un Caligula moderne, mais, contrairement à l’empereur, la décadence et l’inhumanité qui le caractérisent voyagent beaucoup : du Vietnam à l’Irak, en passant par le Salvador (et la Libye ?). Et aujourd’hui – qui sait ? – les Emirats-Unis, l’Afghanistan, le Pakistan et / ou la Syrie ?…

Après le retentissant « justice has been done » présidentiel qui a suivi l’assassinat supposé de ben Laden par des troupes d’élite – aucun fait vérifiable n’a été apporté pour le démontrer, et jusqu’à preuve du contraire, le journalisme n’est pas une affaire de foi –, qu’il serait plaisant d’ouïr l’ami James à l’occasion d’un procès en bonne et due forme, cette fois. Certes, pareille hypothèse relève de la pure fiction dans la mesure où il fait partie de ces ressources (assets) qui, parce qu’elles en savent trop sur trop de monde, sont appelées à se faire assassiner (be terminated) elles aussi, le moment venu, pour se faire remplacer par d’autres pâles figures dantesques conditionnées à l’inhumanité.

Si celui que Rumsfeld présentait comme « un vrai professionnel » vit encore et se trouve aux Emirats, ce ne peut être que parce qu’il sera allé y chercher ses ordres auprès d’Erik Prince, le mégalomane et psychopathe fondateur de Blackwater, qui y a émigré et établi une espèce de base arrière, de résidence armée secondaire, sous la bienveillance des notables féodaux du coin. S’il est en Afghanistan, nul doute que le « camp Intégrité » lui aura ouvert ses portes. Si c’est au Pakistan qu’il a temporairement élu domicile, cela s’expliquerait pas son impérieux besoin de la farniente, pas pour son éventuelle contribution, humble forcément, à la biffure de quelques noms supplémentaires sur la liste discrétionnaire d’attentats ciblés établie unilatéralement par le pouvoir exécutif de l’Empire…

Abdulrahman al-Awlaki

Certes, il se peut aussi qu’il ait changé d’identité, voire même qu’il se soit mué en Charlene pour se déplacer incognito, ou qu’il se terre en un lieu où personne ne songerait à aller le chercher (au fond d’une grotte, à Tora Bora, par exemple), mais s’il est en Syrie – dernière option – il y a fort à parier qu’auprès de ses petits camarades de la légion locale d’Academi, dont RT.com signalait déjà, il y a plus d’un an, la présence dans le pays, il se sera indéniablement abstenu de livrer des armes aux rebelles extrémistes avant que n’ait été donné le fiat ad hoc, et que bien sûr, à cette bizarre substance blanchâtre – chimique, sans aucun doute – qui a fait littéralement mousser la bouche de plusieurs martyrs syriens, en mars dernier, et a à ce fiat donné lieu, substance dont la Russie, sur base de nouvelles preuves présumées, vient d’attribuer l’utilisation à une frange des rebelles (Il se serait agi de gaz sarin.) (5), rien ne peut le lier, ni lui, ni son (ex-) employeur…

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(1) Le voici : https://yannickbaele.wordpress.com/2013/02/12/gratia-solis-generositatis-omnibus-fingit

(2) Source : http://rt.com/usa/blackwater-afghanistan-us-academi-374/

(3) … dans la mesure où sa révélation ne semble relayée, pour l’heure, que par d’obscurs sites de nature souvent (extrême-) propagandiste… Le lien vers son interview complète est disponible à la fin de l’article suivant.

(4) La police et l’armée grecques, touchées elles aussi par les réductions surréalistes des dépenses publiques, seraient massivement infiltrées par l’extrême-droite locale.

(5) Source : http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hTd3oq3gfUC_NN7I4J5U0yjk4gCg?docId=CNG.176040174492e19c8dcaa7c589b347e4.191

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