La pathétique fuite en avant de la désastreuse « Union » européenne !

Avez-vous ouï la dernière ? L’Union européenne est à présent composée de vingt-huit membres. Vingt-huit, oui, en lieu et place des vingt-sept déjà incapables d’accorder leurs violons quant aux options fondamentales.

Bienvenue, chers amis croates ! Bienvenue à vous dont le passé récent est chargé d’amertume. Vous ne devriez pas, dans ce bas-fond de la démocratie qui vient de vous accueillir, vous sentir trop dépaysés : « vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir » est une ritournelle à laquelle vous êtes accoutumés !

Dans votre sillage se prépare déjà activement la pitrerie suivante : l’adhésion, en tant que dix-huitième membre et – comment pourrait-il en être autrement dans cette fantastique démocratie de supermarché qui est la nôtre – contre l’avis de la majorité de sa population (1), de la Lettonie dans la zone euro, ce fantastique espace de rigueur budgétaire, d’aliénation des peuples, d’allégeance à l’indépendance bancaire et de vénération servile à l’égard de commissaires – dénomination appropriée, en effet –  tous à la fois plus pitoyables et plus hautains les uns que les autres.

Croatie et Lettonie, vous voici donc toutes deux, à des degrés divers, dans le saint des saints du temple bruxellois de la technocratie, englobées par l’une des vagues répliques de ces cercles concentriques qu’avait décrits Soljenitsyne, dans le Walhalla du néant et de l’insignifiant. Vous n’êtes rien de plus – vous en rendez-vous bien compte ? – que des faire-valoir dont se servent les pieds nickelés de la régence européenne pour affirmer fièrement que « le fait [que vous rejoindrez] la zone euro constituera […] une confirmation de la force de [celle-ci]. » Quelle meilleure illustration de la méthode Coué face à des porcs orwelliens qui fourbissent de nouveau leurs armes, de décote des notes qu’ils se permettent à des Etats d’attribuer (cf. l’Italie, ces jours derniers) en offensive spéculative renouvelée (?).

Quiconque oserait étaler le tiers de la moitié de la propension auto-congratulatrice qu’ont manifesté les abrutis respectivement à la tête de la Commission et du Conseil, le dernier d’entre eux, celui au « charisme de serpillière », s’étant référé plus d’une fois avec délectation – comble du sarcasme – à Kennedy, se verrait accusé de narcissisme. Pas eux ! Il fallait les entendre se féliciter les uns les autres après l’obtention arrangée et parfaitement inopportune du dernier prix Nobel de la paix en date. Il faut les voir s’en vanter aujourd’hui encore sur les affiches géantes qui tentent sans succès de masquer la hideur de l’architecture de la place administrative qui jouxte le Caprice des dieux, autrement connu sous le nom de Parlement européen. Il faut souffrir de les entendre donner, à longueur de semaines, des leçons déplacées à tous les régimes non-européens et non-états-uniens qui répriment un peu trop lourdement une manifestation, alors que la répression a été le lot de tous les laissés-pour-compte de la mouvance Occupy, en Grèce bien sûr, mais aussi en Italie, en Espagne, au Portugal, et bien sûr sur le mythique « territoire des libres, pays des valeureux » à l’image duquel nous souhaiterions être conçus !

George Carlin

« Nous, le Peuple des Etats-Unis, aux fins de  constituer une Union plus parfaite, d’établir la Justice, d’assurer la Quiétude au sein de nos frontières, de construire une défense appropriée [Remarquez le ‘d’ minuscule !…], de promouvoir le Bien-être général, et de garantir les bienfaits de la Liberté à nous-mêmes ainsi qu’à notre Postérité, établissons cette Constitution des Etats-Unis d’Amérique. » (2) Ainsi s’entame le préambule de la Constitution de cette grande nation adorée, écrite peu avant que ne s’embrasent les torches de la Révolution française. Certes, nul n’ignore que des décennies de corruption des principes fondateurs auxquelles s’est ajouté l’apothéotique Patriot Act ont fait de ce document de référence un torche-cul pour les patrons de corporation, les super-lobbies et les gros rentiers, mais la perspective d’extraction populaire était bien là, inscrite, dès l’entame, en lettres d’or sur papier de chanvre.

Cette perspective, du Bas vers le haut, nonobstant qu’il ait fallu des héritiers des Lumières, forcément instruits, pour la rédiger, la Constitution de la République française la partage, qui déclare, d’emblée, elle aussi : « le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004. » (3)

Ce n’est pas – les Pères Fondateurs respectifs de ces deux nations nouvelles l’avaient bien sûr compris – à quelques despotes, fussent-ils éclairés de sépulcraux néons et de candélabres tamisés, qu’il appartient de s’arroger la confection fondamentale du vivre-ensemble.

Bien sûr, les blattes bouffies de sentiment de supériorité à l’origine de la rédaction du Torchon de Lisbonne ont partagé un point de vue très différent quant à un texte qui contient pourtant la fameuse Charte des Droits fondamentaux : « par le présent traité, les HAUTES PARTIES CONTRACTANTES instituent entre elles une UNION EUROPÉENNE, ci-après dénommée «Union» »(4), précise l’introduction de leur dérisoire missel tout de superstructures imprégné et de citoyenneté quasiment expurgé !

Pourquoi une Union, d’ailleurs ? Certes, tant ce terme que celui de communauté, qualification précédente de l’ensemble hétéroclite dans lequel nous évoluons, disposent de définitions diverses. Sélectivement, je préfère malgré tout « l’état, le caractère de ce qui est commun à plusieurs personnes » (Larousse) à la « conformité de sentiments, de pensées, de comportements entre des personnes et des groupes ».

Et puisque, dans cet article, suavement étreinte par un idéalisme par trop déçu, la mauvaise foi est ma compagne, je ne m’attarderai que sur les causes principales du déficit démocratique qui est parvenu, à grand renfort de porte-parole nullissimes au langage et à la diction informes et rébarbatives, à désoler jusqu’aux plus fervents partisans rationnels de l’Idée d’Europe, dont j’étais jusqu’il y a peu.

Je ne relèverai donc pas les pompeuses déclarations convenues selon lesquelles la fameuse Union aurait « pour but de promouvoir […] le bien-être de ses peuples » (page 19), et autres platitudes du même tonneau. Qui pourrait encore y croire ou le penser, en effet, dès lors que le cadre défini est celui de l’oxymore que constitue « l’économie sociale de marché hautement compétitive » (ibid.) ?

Pareillement, comment accorder un iota d’intérêt à la contre-vérité selon laquelle « elle combat l’exclusion sociale et les discriminations, et promeut la justice et la protection sociales […] » (ibid.) lors même que ses sottes injonctions budgétaires de court-terme souverainement décrétées par la Commission, après l’aval d’une perte critique de souveraineté par un Conseil mi-chèvre mi-chou, sont la cause des premières et le tombeau des secondes ?

Quant à la garantie supposée inscrite dans le marbre qui pose qu’ « [l’Union] respecte la richesse de sa diversité culturelle et linguistique, et veille à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel européen » (page 18), renforcée par le point ‘d’ du troisième alinéa de l’article 107 (page 93), relatif aux subventions culturelles, que peut-elle bien valoir depuis que le nabot du Berlaymonstre à la solde des corporations et des puissances du fric, lesquelles l’ont invité notamment à se prélasser sur le yacht de son ami Latsis, dont une partie des rescue packages accordés avec tant d’entrain et de désintéressement à la Grèce a permis de sauvegarder le patrimoine (bancaire pour partie), a déclaré, à l’encontre tant de la lettre que de l’esprit du Torchon de Lisbonne dont il est supposé, ès qualité de fonctionnaire suprême, être le garant, qu’elle était de nature « totalement réactionnaire » ? (5)

Si l’Esprit démocratique soufflait encore vaguement aux abords de cette Europe en perdition, il aurait tôt fait de castrer cette Commission d’inspiration synarchique. Amender ou supprimer l’alinéa 2 de l’article 17 (page 27), qui stipule qu’ « un acte législatif de l’Union ne peut être adopté que sur proposition de la Commission », en conférant cette prérogative au Parlement, seule institution réellement représentative de l’Union, serait pour ce faire un bon début !

Il s’en prendrait ensuite à cette concurrence prétendument incontournable, pierre angulaire salie d’un projet moribond, en soulignant l’extension possible du champ d’application de l’article 44 (page 67), qui implique que « lorsque dans un État membre un produit fait l’objet d’une organisation nationale du marché ou de toute réglementation interne d’effet équivalent affectant dans la concurrence une production similaire dans un autre État membre, une taxe compensatoire à l’entrée est appliquée par les États membres à ce produit en provenance de l’État membre ou l’organisation où la réglementation existe, à moins que cet État n’applique une taxe compensatoire à la sortie. » Ô, protectionnisme honni, j’écrirai ton nom, d’autant plus depuis l’élection, combattue par l’Europe et les Etats-Unis, du Brésilien Azevedo à la tête de l’OMC (6), en remplacement du crâne d’œuf socialiste délavé qui a squatté pendant des décennies, au prix d’un reniement sans nom, les quartiers de l’anti-démocratie supranationale.

Dans son élan, il bifferait alors l’article 107 (page 93), à la base, entre autres, de l’évanescence du choix politique, lui qui dispose que « sauf dérogations prévues par les traités, sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États ou au moyen de ressources d’État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions. »

Enfin, en guise de clou de la réforme véritable, la Banque centrale européenne n’aurait qu’à bien se tenir, elle et les articles 123 (page 101) et 130 (page 106), qui disposent respectivement, en contradiction flagrante avec la plus élémentaire démocratie (coopérative) et dans la plus complète servitude volontaire à l’égard de la mercatocratie, que, d’une part,  « il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres […] d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres [et que] l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite », et que, d’autre part, « […] ni la Banque centrale européenne, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions, organes ou organismes de l’Union, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme […] », ce qui a conduit, en Belgique mais peut-être ailleurs aussi, à cette situation proprement surréaliste dans laquelle des déchets de cabinets ministériels, teintés politiquement par la force des choses, recyclés dans des postes à haute responsabilité au sein de la Banque nationale se considèrent omnipotents au point de renverser la charge de la politique en assaisonnant régulièrement le pseudo-débat de contraintes nouvelles en matière de dépenses sociales.

Nous, le Peuple d’Europe, n’avons aucune place dans cette équation. Tandis que les rats de la technocratie s’apprêtent à quitter le navire, laisserons-nous à d’autres parmi leurs semblables et à de nouveaux sous-fifres des corporations le soin de bâtir notre commune destinée ? Europe, nous réveillerons-nous bientôt ??!

_______________

(1)   Source : http://www.liberation.fr/monde/2013/07/09/la-lettonie-adoptera-l-euro-le-1er-janvier_917017

(2)   Source : http://www.archives.gov/exhibits/charters/constitution_transcript.html

(3)   Source : http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/constitution_11-2011.pdf

(4)   Les majuscules sont dans le texte, que les masochistes adeptes de logorrhée administrative peuvent consulter ici : http://bookshop.europa.eu/is-bin/INTERSHOP.enfinity/WFS/EU-Bookshop-Site/fr_FR/-/EUR/ViewPublication-Start?PublicationKey=QC3209190

(5)   Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/06/17/libre-echange-barroso-qualifie-de-reactionnaire-la-position-de-paris_3431274_3214.html

(6)   Source : http://www.rfi.fr/ameriques/20130507-roberto-azevedo-prendra-suite-pascal-lamy-tete-omc

Publicités
Catégories : Philo de comptoir, Politique / Société | Étiquettes : , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Navigation des articles

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :