Nouvel Ordre imposé : non merci !

Connaître les règles sociales, les intérioriser et les appliquer est simple. C’est ce que font la plupart des individus et ce qui est attendu d’eux. Cela relève de la politique primaire, de l’instinct d’adaptation à un consensus politique apparent dans lequel ils se sentent appelés à se fondre, du rapport de forces banal sur la nature intrinsèque duquel ils se convainquent de n’avoir aucune prise, du clonage des esprits. En ce sens, il n’y a aucune différence fondamentale entre l’application tacite des règles ainsi définie et le rejet instinctif de ces dernières, dès lors qu’aucune de ces deux postures ne requiert impérativement la compréhension de la fonction desdites règles.

Le double rapport de forces ainsi généré, à la fois au sein du cadre régulateur politiquement consensuel et entre celui-ci et la propension à sa destruction, est absolument creux, vide de toute substance, et il ne requiert aucune contribution individuelle. Il s’agit, au sens premier, d’un cliché, de la photographie, inerte par définition, d’une situation à un temps donné. C’est ce cliché (ou cette série de clichés) qui régit le pouvoir politique apparent, en ce compris les médias de masse, au point d’en rendre toutes les composantes, aussi nombreuses soient-elles, conformes, sinon interchangeables, en occident. C’est ce cliché qui est à la base de la crise fondamentale, celle d’où découlent toutes les autres : la crise du progrès, que certains qualifient, par extension, de crise de conscience.

Car clicher une situation, c’est déterminer un périmètre dont, en toute logique, il est impossible de sortir. Or, ce périmètre est dépassé par les faits dans la mesure où ceux qui l’ont établi ont perdu le monopole de la compréhension. C’est cette tension, de plus en plus palpable, entre une image imposée du réel et le réel tel qu’il est ressenti, deux illusions dont la seconde peut être plus proche que la première du réel tel qu’il est, et la prétention irrationnelle de maintenir cette image en l’état contre vents et marées qui est à la base non seulement de la vague impression de déclin culturel qui tourmente l’Empire, mais aussi de la décadence effective des idées véhiculées, dont la vitalité s’accommode de plus en plus mal de l’environnement fermé conçu par le cliché.

Connaître les règles est nécessaire afin de les comprendre, mais le passage de la connaissance à la compréhension n’est pas automatique. Il requiert la manifestation d’une volonté individuelle consécutive à celle d’une volonté difficilement définissable, supérieure en tout état de cause, universelle sans doute, que lesdites règles apparaissent à l’individu satisfaisantes ou non de prime abord. C’est le processus de compréhension, donc d’intelligence, que cherche en vain à neutraliser le cliché, car c’est par ce processus que s’offre la possibilité de remettre en question les règles et même le scénario dans son intégralité, largement suranné au demeurant, possibilité sans laquelle la liberté est factice. Voilà en quoi le cliché peut être qualifié de fondamentalement réactionnaire : il s’oppose, en effet, au progrès contenu dans les conséquences possibles de la compréhension, parmi lesquelles la coalition de volontés individuelles intelligentes fait figure d’évidence.

Parce qu’il considère chaque individu comme une partie de l’arbre à laquelle est assignée une fonction spécifique, le cliché est contraire à l’esprit de la Renaissance. Parce que, dans la conséquence de cette conception, il estime négligeables et superflues certaines parties de l’arbre, le cliché est contraire à l’Humanité. Tout un qui est, a été et sera est, en puissance, l’arbre tout entier. Qu’un seul individu, peu importe sa position dans l’architecture sociale, puisse devenir l’hôte d’une épidémie susceptible d’en tuer des millions d’autres en est une cynique illustration. Sans trop de difficultés, il est pareillement possible de trouver à celle-ci plusieurs versions positives.

 Mais il ne pourra être question de Renaissance véritable qu’à trois conditions : la première est bien sûr la destruction du cliché, qui doit, sous peine de nullité, s’accompagner des deux secondes, à savoir la structuration progressive de l’Etat de bas en haut, antithèse de la mondialisation financière et corporatiste qui sous-tend le partage des informations et des ressources, et sa neutralité bienveillante face à a diversité des choix de vie individuels, laquelle passe notamment par l’abolition du travail obligatoire.

Un tel progrès est en soi annonciateur d’un nouveau rapport de forces entre la maîtrise réelle de son propre destin (avec le soutien neutre de la collectivité) et le cliché, dont l’ordre totalitaire n’est jamais que le prolongement. Ou, si l’on préfère, entre le consensus mortifère et la force vitale…

Catégories : Philo de comptoir, Politique / Société | Poster un commentaire

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