DEMANDE DE GRACE DE BRADLEY MANNING A SON OBAMAJESTE : la dernière chance pour cette administration égarée de redorer son blason !

 « Obama ne devrait pas être accueilli les bras ouverts lors de la commémoration de la Marche sur Washington »

« Dans l’ombre de Martin Luther King »

Par AJAMU BARAKA, 19 août 2013

« Le 28 août prochain, le King Center, la Southern Christian Leadership Conference et le National Council of Negro Women organiseront au Mémorial Lincoln un événement à l’occasion du 50e anniversaire de la Marche historique sur Washington de 1963 afin de commémorer cette manifestation extraordinaire et déterminante. Pour attirer l’attention sur celui-ci, ces organisations ont apparemment invité le président des Etats-Unis à prononcer le discours-phare [de la journée] à l’endroit même où Martin Luther King prononça sa célèbre adresse « I Have A Dream ».

Le fait que Barack Obama se positionnera [ainsi] dans l’ombre de King, sa présence étant amenée à susciter l’impression qu’il représente d’une manière ou d’une autre les valeurs et le sacrifice personnel de Martin Luther King, de A. Philip Randolph, de Bayard Rustin, d’Ella Baker, de Rosa Parks et d’un grand nombre de personnes parmi les milliers qui se réuniront cet après-midi-là dans le parc national devrait être perçu comme un camouflet par tous ceux qui se sont battus et continuent de se battre en faveur des droits de l’humain, de la paix et de la Justice sociale.

Abandonner à Barack Obama le podium devant lequel se tint King permet à l’Etat de boucler la boucle du sens quant à un chapitre important de l’histoire afro-américaine, et aux possibilités que cette histoire contient. Lier les exigences et les aspirations des Afro-Américains de 1963 à la montée au pouvoir de Barack Obama en tant que président des Etats-Unis, au sein de la structure suprématiste blanche encore dominante, établit une limite [claire] qui reflète la réalité oppressante de la vie afro-américaine. Cela envoie un message fort, même s’il est n’est pas assumé consciemment, celui selo  lequel la plus haute aspiration, la plus haute réalisation possible pour un Afro-américain, est d’être en mesure de servir le pouvoir blanc, d’être un serviteur. Voilà la figure de référence « positive » pour la nouvelle classe dirigeante noire.

Ce que ces soi-disant leaders noirs, et même de nombreux progressistes et radicaux, ne comprennent pas, c’est que, dans des batailles idéologiques et culturelles dans lesquelles le capitalisme et ses laquais son partout présents, les symboles ont du sens. Lorsque que Barack Obama prononcera son discours ce jour-là, il conclura le processus de fusion symbolique entre les luttes pour les droits civiques, les intérêts de l’Etat états-unien et l’ordre capitaliste, entamé par la promulgation d’un jour de commémoration national en l’honneur de King, avec pour conséquences politiques et idéologiques de rendre de facto impossible toute critique substantielle des liens entre le suprématisme blanc, le patriarcat capitaliste et l’oppression continue des Afro-Américains, et de réduire le spectre de l’acceptable dans l’embarrassante situation devant laquelle se trouvent les Afro-américains face aux réformes au sein de l’ordre existant.

Mais le fait qu’Obama est, de sa politique intérieure à sa politique étrangère, la négation vivante de tout ce en quoi King et son mouvement croyaient, en 1963, constitue un obstacle encore plus grand au développement d’une conscience d’opposition et d’un mouvement de résistance parmi les Afro-Américains et les forces progressistes aux Etats-Unis.

L’un d’entre vous pourrait-il s’imaginer que MLK soutienne ou souscrive à la rationalisation incohérente des actions d’Obama ? A l’actif de ce dernier figure l’assassinat d’Abdulrahman al-Awlaki, 16 ans, au moyen d’un missile tiré par un drone, et il ne s’agit là que de l’un des nombreux civils innocents tués ou estropiés par les Etats-Unis ès qualité de dommages collatéraux, sous la bannière de la guerre contre le terrorisme. Ajoutez à cela l’invasion illégale et immorale de la Libye ainsi que le meurtre de 50.000 Libyens [dans ce cadre], le boycott de (la préparation de) la conférence des Nations-Unies consacrée à la lutte contre le racisme, lequel avait assuré une couverture politique à tous les autres Etats racistes européens qui s’étaient également défaussé [1], l’incompréhensible obstruction au retour en Haïti du président Bertrand Aristide, en exil forcé par la grâce de l’administration Bush, ainsi que le feu vert à l’expulsion d’un nombre record de travailleurs sans papiers, une politique qui a coupé des familles en deux et terrorisé des communautés.

[Martin Luther King aurait-il applaudi au verdit pluri-décennal de Bradley Manning, prononcé aujourd’hui ?, ndb] Aurait-il estimé que les actions d’Edward Snowden relèvent de la désobéissance civile ou qu’elles méritent une persécution internationale et l’emprisonnement ? Quelqu’un pourrait-il concevoir que King tresse des louanges à l’administration Obama pour avoir tourné le dos au peuple du Honduras qui, lorsqu’il avait demandé [fin juin 2009, ndb] le soutien des Etats-Unis pour protéger sa démocratie, [avait dû se rendre à l’évidence que] ces derniers étaient aux côtés des auteurs du coup d’Etat, qu’ils assistaient ?

Martin Luther King aurait-il pu rester silencieux sur l’assassinat d’Etat de Troy Davis ? Et qu’aurait-il pu dire, lui qui a personnellement subi la main de fer de la répression étatique, à propos de la décision de l’administration Obama de coordonner, au niveau fédéral, l’anéantissement du mouvement Occupy Wall Street à travers le pays [ce dont celui lui-même se défend, ndb], et d’octroyer à la présidence, par l’entremise du National Defense Athorization Act, le pouvoir de détenir indéfiniment des citoyens américains sans décision de justice, leur déniant ainsi leurs droits constitutionnels et humains ?

Si vous ne voyez aucun lien entre les positions morales et politiques d’Obama et celles de Martin Luther King, c’est parce qu’il n’en existe pas.

Certes, d’aucuns diront, à juste titre, que l’inventaire des années Obama souligne les dures réalités auxquelles est confronté un président des Etats-Unis. Mais cela fait partie de la critique. La réalité entachée de sang de la présidence américaine est celle d’un pouvoir qui s’engage structurellement, politiquement et émotionnellement, à maintenir la domination capitaliste globale de suprématie blanche. Le symbole d’un Barack Obama occupant « la Maison des Blancs » et les dures réalités de sa présidence ne peuvent se concilier avec l’espoir contenu dans le discours de King, pas davantage avec la vision des Noirs qui, réunis dans le parc en 1963, exigeaient une société égalitaire et un monde animé par la Justice sociale. Et, a fortiori, il ne peut se concilier avec les enseignements de Martin Luther King qui, en dépit de ses propres limites typiquement humaines, est un géant de probité en comparaison à Barack Obama et à son obséquieuse défense du pouvoir blanc et des intérêts de l’Empire.

L’invitation faite à cet homme constitue une insulte aux yeux de quiconque croit en la Justice, en l’intégrité, et en l’indépendance des mouvements populaires, et elle devrait [par conséquent] être retirée. Et si elle ne l’est pas, tous ceux parmi nous qui se considèrent comme des tenants d’une [telle] indépendance […] par rapport à tous les partis politiques, et du droit du peuple de donner sens à ses propres expériences indépendamment de l’Etat devraient boycotter l’événement [à venir] et appeler leurs amis à faire de même. »

Ajamu Baraka est activiste (de longue date) des droits de l’humain, auteur et vétéran de la Libération noire ; il est pacifiste, opposé à l’apartheid, et il soutient, en outre, les mouvements de solidarité avec l’Amérique centrale aux Etats-Unis. Il est actuellement professeur à l’Institute for Policy Studies, à Washington, D.C.

http://www.counterpunch.org/2013/08/19/obama-should-not-be-welcomed-at-the-march-on-washington-commemoration/

_______________

[1] La conférence initiale contre le racisme organisée par les Nations-Unies eut lieu en 2001 à Durban. En 2009 et en 2011 se tinrent des conférences de suivi. Le discours prononcé par le président iranien d’alors lors de la première de celle-ci contenait des références à l’illégalité d’Israël qui ont suscité l’ire de nombre d’Etats occidentaux. S’ensuivit un lobbying intense pour boycotter la seconde. A titre indicatif, la Belgique avait, en 2009, quitté la salle lors de la prise de parole controversée, mais elle s’est gardée de boycotter l’intégralité des deux conférences.

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