Syrie & Co : décryptage intermédiaire

De tous temps, particulièrement en temps de guerre, les pouvoirs publics (ou la résistance) ont utilisé des langages codés pour faire parvenir des messages subliminaux à des alliés lointains, qu’il se soit agi, naguère, du morse ou, dans la foulée, de codes espions autrement plus perfectionnés. Internet est un vecteur de choix pour la transmission de tels codes. C’est bien pourquoi la NSA s’emploie à en acquérir illégalement le monopole, comme l’indiquent les dernières révélations en date de Snowden, passées miraculeusement inaperçues dans ce fouillis médiatique belliqueux qui est parvenu, par la plus étrange des coïncidences, à faire oublier brièvement les bourdes et mensonges répétés d’une administration américaine sécuritaire qui n’en est pas à un reniement près…

Mais il y a plus subtil encore que ces codes-là : imaginez des chefs d’Etat qui parviendraient, en un seul discours, à s’adresser à la fois à leur public dans la langue de bois habituelle, mais aussi à plusieurs phalanges, milices ou loges dans un langage imperceptible par ledit public. Imaginez – pour prendre un exemple au hasard – que le président du monde libre parvienne, à travers des phrases types que seuls sont à même de comprendre ses interlocuteurs initiés, à signifier à tel ou tel dictateur moyen-oriental qu’il aurait depuis un certain temps dans le collimateur un ultimatum pour quitter le pouvoir.

Imaginez à présent que ledit dictateur, qui avait auparavant indiqué avec force et emphase que jamais il ne se résoudrait à recourir à l’arme chimique, excepté en cas d’invasion par une puissance étrangère, se soit abandonné à cette extrémité face à une marche trouble sur Damas de plusieurs pelotons de black water ops, ou que lesdits pelotons eux-mêmes  y aient eu recours, directement ou par procuration, afin de signaler discrètement leur présence (Une fois encore, le lecteur sera libre de déterminer l’option la plus probable.). Il est de notoriété publique, en effet, que certains présidents du monde libre rechignent à entamer des guerres ouvertes, auxquelles ils préfèrent les guerres sans publicité.

A travers le langage codé médiatique qui lui est adressé par interviews et conférences de presse interposées, ledit dictateur saurait à présent qu’il dispose d’une semaine environ – le Congrès américain se réunira dans la semaine du 9 septembre – pour prendre la poudre d’escampette qu’il lui reste et la balancer à l’égout, à défaut de quoi, en parallèle au lancement de quelques missiles destinés à semer le désarroi populaire et à empêcher la coordination de l’appareil militaire syrien, les pelotons bottés précédemment mentionnés s’en chargeraient eux-mêmes, en profitant sans doute pour déloger le persévérant importun – qui s’accroche, qui s’accroche, qui s’accroche, bordel !!! – de son palais ou de la cachette monitorée par satellites dans laquelle il se sera terré – on conçoit difficilement, vu la préciosité affichée du personnage, qu’il puisse s’agir cette fois, d’un puits ou d’une espèce de terrier comparable à celui où s’était réfugié le rat de Bagdad – assurant, une fois encore, au nom du jihad et de la paix dans les chaumières du 1 %, la victoire triomphale de Dame Liberté, malgré des liftings répétés qui l’ont rendue méconnaissable.

Certes, le congrès états-unien aura été informé au préalable de cette stratégie, comme l’ont déjà été les présidents de ses commissions ad hoc. Il aura été convaincu du caractère kasher et sans faille de son apothéose : « trust me, I know what I’m doing », lui susurrera-t-on. Il est donc peu probable qu’il refuse au commandant en chef l’onction démocratique d’apparat. Certes, la Russie a positionné dans les parages du lieu du crime plusieurs navires de guerre aptes à capter et à brouiller les communications ennemies, mais ces tapettes de Moscou oseraient-elles s’en prendre aux maîtres du monde avec leur technologie forcément issue de la déglingue soviétique ? De l’esbroufe que tout cela, voyons…

Se pose toutefois la question de savoir comment, par quelle phrase ambiguë aux interprétations multiples, indiquer aux phalanges et à l’éventuelle cinquième colonne syrienne le moment propice pour passer à l’action, ainsi que les endroits où ne pas se trouver lorsque les Tomahawk (à prononcer ‘tomawak’, by the way. Geronimooo !…) – quelle vicieuse ironie ce nom ne contient-il ? – atteindront leurs cibles. « Les voyoux (thugs) de Damas savent à présent qu’il est temps » pourrait convenir comme imprimatur oral aux mercenaires de Blackwater… Ce serait plus prosaïque, en tout cas, que « tant va à l’eau la cruche de Damas qu’à la fin elle se dissout ». Ce pourrait être plus solennel, cependant : « la marche de la punition rédemptrice est engagée ; la communauté internationale et ses alliés se tiennent prêts, désormais, à affronter le mal damascène ».

Et ainsi, dans ce rêve éveillé, sera renversé le énième dictateur du cru, sa face martyrisée par les barbus livrée en pâture aux médias du monde entier, au premier rang desquels les libéraux, qui raffolent discrètement de telles orgies là où les conservateurs s’en délectent ouvertement. Un procès à La Haye eût été superfétatoire et embarrassant, en effet; de toute façon, ce n’est décidément pas le genre de la maison. Flanby, dans un flash-back Cahuzac patricien, se mordra les doigts de ne pas avoir été de l’aventure, rappelé à sa normalité économique par un parlement hostile à une guerre désapprouvée en masse, tandis que le philo-jihadiste de service, invité par le Mossad à poser au milieu de barbus cannibales, échafaudera déjà sa prochaine épopée ludique, non sans avoir fait rafler, ni vu ni connu, quelques trésors antiques dans des musées syriens dévastés.

La bannière étoilée nommera, quant à elle, un gouverneur plénipotentiaire dans l’attente d’un simulacre d’élection anticipée, lequel, avant de se faire lyncher publiquement dans sa légation par une foule revancharde qui n’aura pas accepté l’interdit a-hallal du massacre de toutes les minorités corrompues du pays, veillera à faire disparaître toutes les preuves compromettantes, conviera les partenaires privés, les émirs et les mollahs à un grand gala de printemps, et inaugurera, sans fanfare cette fois, le premier black site syrien (n’est-ce pas ?). Quant aux phalanges, elles auront déjà transbahuté leur arsenal du théâtre chimique à l’arène nucléaire, après un détour obligé par l’un ou l’autre bled africain en guise de détournement transitoire de l’attention du public. Et, fier et conquérant, l’aigle métallique s’envolera, trompetant : « mission accomplished »…

Peu de temps après, un tremblement de terre soudain affectera une nouvelle fois la région de Bouchehr, provoquant bel et bien, cette fois, l’explosion de la centrale nucléaire qui s’y trouve. Le monde réagira avec émoi, apportant soutien et réconfort à la population locale. Des collectes et des concerts leur seront dédiés. Puis des agents du service secret d’en face transmettront à leurs homologues américains des mesures confidentielles des isotopes de la saloperie qui se sera dégagée de la centrale…

« La communauté internationale détient désormais la preuve », indiquera le nouveau président du monde libre, « que l’Iran est dans un processus de fabrication de l’arme nucléaire. Les isotopes relevés par nos alliés sur place ne laissent planer aucun doute : l’intensité des métaux relevés range ceux-ci dans la catégorie militaire ». « Pourrions-nous voir ces preuves ? », demanderont les niais. « Et puis quoi encore ! » leur rétorquera-t-on. « Terror ! » s’exclamera Sharon, s’extirpant brusquement de son sommeil. Ni une ni deux, il créera Kadima+ et ravira le pouvoir à « cette clette de Bibi » – ce seront ses mots, pas les nôtres ! L’armée égyptienne, abandonnant ses poursuites contre El Baradei, permettra au vieux de renouer avec l’inspection atomique, et le monde, à bout de souffle, le retiendra pourtant une fois encore, à moins que…

Dernières nouvelles du front

***

11/07/13 – La radio iranienne de langue française IRIB annonce :

« Il y a quelques années, l’Arabie saoudite était considérée le plus grand détenteur des réserves mondiales de pétrole (34 % des réserves confirmées du monde). Mais la découverte des réserves yéménites à Jouf a bouleversé totalement la situation ; désormais c’est [le] Yémen qui détient 34% des réserves confirmées de pétrole dans le monde entier. […] Selon certaines sources, le gouvernement saoudien aurait proposé secrètement le paiement de 10 milliards de dollars par an au gouvernement yéménite en échange d’une concession d’exploitation pétrolière pour une période de 50 ans. Mais le Yémen aurait rejeté l’offre des Saoudiens. Par ailleurs, des compagnies américaines auraient proposé une proposition très séduisante aux Yéménites : en échange d’une concession pétrolière, elles seraient prêtes à construire dans ce pays toutes les infrastructures qui manquent : routes, ponts, usines, raffineries, aéroports… Les autorités yéménites auraient rejeté aussi les offres des compagnies américaines. Selon des analystes, la récente visite du président yéménite à Moscou était liée, entre autres, à la possibilité de l’activité des compagnies pétrolières russes dans les régions du nord du Yémen, tout près des frontières de l’Arabie saoudite. »

http://french.irib.ir/analyses/item/265163-%C3%A0-riyad,-il-y-a-de-quoi-se-sentir-menac%C3%A9-d%C3%A9couverte-au-y%C3%A9men-de-34-des-r%C3%A9serves-mondiales-de-p%C3%A9trole

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_y%C3%A9m%C3%A9nite

28/08/13 – Le journal télévisé officiel syrien en langue française (d’inspiration soviétique) fait état d’une rencontre entre Assad et une délégation yéménite, passée largement inaperçue, et ajoute :

« Les membres de la délégation yéménite ont affirmé leur appui à la Syrie face aux tentatives visant à porter atteinte à sa position et à son rôle soutenant l’arabité, le nationalisme et la résistance, estimant que la fermeté et la victoire de la Syrie sont celles de la nation arabe tout entière. »

31/08/13 – La presse internationale rapporte :

Yemen’s Prime Minister, Mohamed Salim Basindowa, narrowly escaped an apparent assassination attempt Saturday evening, as his armored car came under gunfire en route to his home in an upscale neighborhood in the Yemeni capital. […]

Basindowa rose to his current position as the choice of the Joint Meeting Parties (JMP), a coalition of Yemen’s establishment opposition factions, which were granted the power to choose the prime minister and half the seats in the transitional unity government under the conditions of the power transfer deal that led to Saleh’s ouster. […]

“I think what happened tonight was political […],” said a government official close to the Prime Minister, speaking on the condition of anonymity due to the sensitivity of the topic. “It’s not about killing anyone, but about sending a message.” ”

http://www.mcclatchydc.com/2013/08/31/200964/yemeni-prime-minister-escapes.html#.UiKjxn-DEwo

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26/08/09 – The National rapporte :

Other reports in the Turkish press said [Turkey and Qatar] were exploring the possibility [for the latter to supply] gas to the strategic Nabucco pipeline project, which would transport Central Asian and Middle Eastern gas to Europe, bypassing Russia. A Qatar-to-Turkey pipeline might hook up with Nabucco at its proposed starting point in eastern Turkey. Last month, Mr Erdogan and the prime ministers of four European countries signed a transit agreement for Nabucco, clearing the way for a final investment decision next year on the EU-backed project to reduce European dependence on Russian gas.[…] The reports said two different routes for such a pipeline were possible. One would lead from Qatar through Saudi Arabia, Kuwait and Iraq to Turkey. The other would go through Saudi Arabia, Jordan, Syria and on to Turkey.”

http://www.thenational.ae/business/energy/qatar-seeks-gas-pipeline-to-turkey

20/02/13 – Al Arabiya rapporte :

In July last year, Iran, Iraq and Syria inked a memorandum of understanding for the gas pipelines, with Tehran saying that the total cost of the project would be about $10 billion.

The construction of pipelines stretching for several thousand kilometers (miles) “should take three to five years once funding is secured,” Iran’s deputy oil minister Javad Ouji said at the time.

Ouji said in July that the project calls for the construction of a 56-inch (142 centimeter) pipeline with a capacity of 110 million cubic meters a day, connecting southern Iranian port of Assalouyeh to Iraq and then to Syria, with the possibility of extending to Lebanon and Europe.
http://www.alarabiya.net/articles/2013/02/20/267257.html

L’Iran dispose des deuxièmes plus importantes réserves de gaz au monde (après la Russie).

28/06/13 – Le Figaro fait état de l’abandon par l’UE du projet de gazoduc Nabucco :

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/06/28/20002-20130628ARTFIG00602-le-projet-nabucco-enterre-par-un-gazoduc-qui-rejouit-la-grece.php

27/08/13 – Bloomberg relate l’annonce par l’UE d’un possible dépôt de plainte à l’encontre du géant russe Gazprom pour abus de monopole. Dans cet article, on peut lire :

Russia’s role in Europe’s gas market was demonstrated in March when Gazprom’s exports to the U.K. jumped 40 percent from a year earlier as unseasonably cold weather depleted storage inventories, pushing up prices to a seven-year high. Gazprom has the capacity to increase production at will if the price is right, Vladimir Drebentsov, head of Russia and CIS economics at BP Plc (BP/), said at the Flame conference in Amsterdam in March.

http://www.bloomberg.com/news/2013-08-26/eu-said-to-draft-gazprom-complaint-as-putin-prepares-g-20-talks.html

30/08/13 – RT signale…

« Turkey PM Tayyip Erdogan says any operation must follow the Kosovo model, and include a force on the ground. « We are not happy with a limited operation. It shouldn’t just be a day or two of strikes, and then nothing. We need regime change in Syria. » »

http://rt.com/news/syria-crisis-live-updates-047/

Atlas historique (empire ottoman)

31/08/13 – L’agence russe Interfax diffuse une interview du président russe dans laquelle celui-ci affirme par deux fois que le vote du parlement britannique opposé à une intervention militaire en Syrie a représenté pour lui une véritable surprise (cf. vidéo dans l’article précédent).

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