Les médias télévisuels subeuropéens ont vécu !

feu Le Peuple

L’ère qui est la nôtre est celle de l’information, tout le monde en convient. Qui dispose de l’information a un temps d’avance sur les autres. L’information, qui pourrait bien être à la fois le liant et la substructure de l’univers entier – du multivers, qui sait ? – est à l’homme contemporain ce que le silex était aux premiers hommes : un outil indispensable pour aller de l’avant. Elle est aussi source de lumière, mais elle est bien gardée, très bien gardée…

Il ne s’agit certes plus du monopole d’antan, qui permettait à des ministres de définir tant sa forme que son contenu, en tout cas pas de prime abord. Mais elle continue pourtant de répondre à une logique de chasses gardées, en Europe plus qu’ailleurs en Occident. Elle reste prisonnière de structures devenues désuètes que commandent dans tel cas les pouvoirs publics, dans tel autre des intérêts corporatistes, duopole incontournable en Europe. Or, l’aspirant journaliste qui a pour ambition d’introduire de la nouveauté, de l’originalité, de l’intégrité et du changement dans le carrousel de l’information devrait être inconscient, dans le besoin ou particulièrement vénal pour accepter de se mettre au service des uns ou des autres…

Quel loser ne faudrait-il être, en effet, pour s’engager au sein d’un nid de vipères qui représente l’exact opposé des idéaux que l’on chérit, pour accepter de se mettre à la solde de la succursale d’une corporation telle qu’Universal, où l’âge mental moyen est de quinze ans, où la superficialité revendiquée fait office de company policy, et où la consommation de stupéfiants durs comme la consommation des êtres, jusqu’à l’extinction de toute flamme intérieure, clôt le vicieux cercle du nihilisme contemporain, effrontément mis en scène au détriment du Tout ? Mais, pareillement, de quelle foi déplacée en l’Etat ne faudrait-il faire preuve pour devenir le mercenaire médiatique de trusts publics où la parole n’est jamais pleinement libre que lorsqu’elle satisfait le pouvoir ou une certaine opposition ?

Les médias télé de chez nous tournent en boucle; ils tournent en rond ! Ils ne proposent plus le moindre débat véritable, se contentant de débats étiquetés, périmés ou recyclés jusqu’à la nausée, selon des codes qui ne trompent plus personne. Les rennes de leurs émissions, où l’infotainment (c’est-à-dire l’information divertissante) a désormais la part belle, sont toujours tenus par les mêmes bêtes de foire plastiques, prototypes d’enflures tellement autosatisfaites qu’elles s’imaginent avoir, par écran interposé, leurs entrées dans la vie privée des spectateurs, qu’elles conçoivent aussi passifs qu’elles n’ont pu l’être lorsqu’ambitieuses pedzouilles, elles se sont fait recruter pour maintenir l’illusion virtuelle broadcastée, moyennant le confortable salaire garantissant leur silence. Le plus souvent, leurs invités sont à leur image, celle du fier néant. Lorsqu’il ne se déclare pas ouvertement, le mépris des unes et des autres pour les vies de chiens dont ils dérobent l’attention sans scrupule se lit derrière leur bouille fardée de ce même maquillage dont s’enduisait le visage la noblesse décadente de jadis, dont ils ont gardé le sentiment de supériorité déplacé.

Il demeure certes quelques îlots d’esprit plus ou moins critique – et nous leur rendons hommage –,  mais comment pourraient-ils échapper aux règles qui s’appliquent à toutes les autres émissions : le nivellement par le bas, la soumission au crapitalisme des multinationales et l’impératif de confinement de l’insatisfaction populaire à travers la mainmise sur les esprits ? Comment, des échanges convenus qu’ils mettent inlassablement en scène, la moindre étincelle de renouveau pourrait-elle jaillir ? Et comment la vérité factuelle pourrait-elle être servie par la confrontation de bonimenteurs ? Comment, enfin, le souci d’objectivité couplé à la liberté de dire (et de contredire) pourraient-ils s’accommoder de la tutelle de monstres fossilisés qui n’ont de cesse de leur imposer leur arbitraire ?

Pute et soumise : il faut être les deux, et, de préférence, profondément bête en prime, pour bosser à Chacals+, à France bleue, à la BiBiCee, ou encore dans ce temple de l’amateurisme roublard et de la vulgarité au ras des pâquerettes qu’est le service de l’audiovisuel belge francophone supposé public. Pute et soumise par rapport à l’information orientée au service d’élites en décomposition avancée que le miroir effraie, pute et soumise par rapport à des porcs orwelliens que la seule fortune héritée a propulsés où ils sont et qui n’ont d’autres arguments que la carotte et le fouet, pute et soumise face au culte des personnalités surfaites, qui squattent l’écran comme des mouches un réverbère, la nuit tombée.

Comment se débarrasser de l’influence néfaste d’inquiétants guignols comme BHL ? se sont demandés à maintes reprises toute une série de planqués. Comment rendre l’information libre ? La réponse à ces fausses énigmes est simple, en vérité : il suffit, pour une fois, de suivre l’exemple d’outre-Atlantique, celle de médias réellement indépendants au milieu des conglomérats d’intérêts habituels, qui ne dépendent ni du pouvoir politique, ni du pouvoir économique. « Neither government, nor corporate funded, and without ads », affiche fièrement le Real News Network, soutenu par une pléiade d’intellectuels, Chomsky en tête, et même par quelques vedettes. Ni Pflimlin, ni Meuheu pour leur imposer des carcans en fonction des maîtres respectifs qu’ils servent !

Democracy Now! est, à mon estime, le phare de ces entreprises d’information d’un genre nouveau, où la droite (parfois extrême) trouve aussi son compte, par ailleurs. Active depuis plus de vingt-cinq ans, ce qui n’était à l’origine qu’une émission de radio modestement diffusée est aujourd’hui relayé par un millier de télés et de radios câblées ou satellitaires à travers les Etats-Unis, et est bien sûr accessible à chacun via Internet. Une heure par jour suffit amplement à cette émission pour mettre l’accent sur tout ce qui dérange le pouvoir au sens large, en dévoilant le dessous des cartes et en invitant des invités résolument progressistes que les frileux petits soldats de la presse d’ici considéreraient sulfureux.

Il n’y a, à ma connaissance, aucune initiative comparable en Europe. Or Dieu sait si l’information continentale, lorsqu’elle n’est pas simplement ignorée, est orientée par les Etats pour plaire à leurs souverains respectifs. Dieu sait aussi si la gauche – non, le flan, j’ai dit la gauche ! – a besoin de nouveaux vecteurs de communication non partisans (Sorry, la Méluche…).

La presse de masse, aux abois, se demande souvent comment sortir du guêpier dans lequel elle est fourrée : audience volage, critiques acerbes, recettes publicitaires en chute libre et concurrence accrue avec le web. Sa réponse est une concentration accentuée : au rythme actuel, il n’y aura bientôt plus qu’un seul groupe de presse écrite flamand, homogène, omnipotent et de facto totalitaire (à l’image de la société, à moins que ce ne soit l’inverse ?). La mienne est un retour aux sources, à la faveur de l’électronique : celle de médias orientés – progressistes, en ce qui me concerne – qui, en s’additionnant, créeront un kaléidoscope de points de vue qui garantira la diversité réelle, car non feinte et non soumise au politiquement correct qui assèche le débat démocratique. Là sont les winners; là est l’ambition de changement et, en ce domaine, nulle part ailleurs !

Nous verrons bien, dans les années qui viennent, quelle option s’attirera les faveurs du public. Nous verrons bien, dans les années qui viennent, ce qui, de la niaiserie formatée ou de l’éveil citoyen, l’emportera ! Entre-temps, Mesdames les poupées, Messieurs les abrutisseurs…

L'Huma… et Jaurès était pourtant, à son époque, le représentant de la gauche molle !…

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